•  Ce film est un petit bijou que je vous recommande. Raph Fiennes joue le discret et placide mentor de Noureev, qu’incarne avec brio Oleg Ivenko, danseur classique professionnel, dont c’est le premier rôle de cinéma. Sa performance, comme sa ressemblance avec son modèle, étonne. D’une grâce agile et magnétique.Bien joué, bien filmé, les décors et les costumes sont parfaits. L'image est magnifique.

    scénario: 18/20    technique: 19/20     acteurs: 18/20   note finale: 18/20

    Nooreev

    Jeune prodige du célèbre ballet du Kirov, Rudolf Noureev est à Paris en juin 1961 pour se produire sur la scène de l'Opéra. Fasciné par les folles nuits parisiennes et par la vie artistique et culturelle de la capitale, il se lie d'amitié avec Clara Saint, jeune femme introduite dans les milieux huppés. Mais les hommes du KGB chargés de le surveiller ne voient pas d'un bon œil ses fréquentations "occidentales" et le rappellent à l'ordre. Confronté à un terrible dilemme, Noureev devra faire un choix irrévocable, qui va bouleverser sa vie à jamais. Mais qui va le faire entrer dans l’Histoire.

    S'il est un personnage romanesque, c'est bien Rudolf Noureev : un danseur d'exception, une étoile filante qui influença d'une façon phénoménale la danse masculine, perturba radicalement les codes du ballet, fascina des générations d'amateurs et continue aujourd'hui encore à inspirer nombre d'artistes. En plus il était beau : « Du fauve il avait le regard brûlant et le mouvement aussi » dira de lui Christine Okrent pour annoncer sa disparition en pleine gloire en 1993… âgé d'à peine 54 ans.
    Le film ne dit pas toute sa vie, mais ses débuts à Leningrad (Saint-Pétersbourg), sa rencontre avec Alexandre Pushkin, professeur de danse respectueux et respecté qui joua un rôle déterminant dans l'évolution du jeune prodige jusqu'au moment où sa vie bascule radicalement…
    Son père, commissaire politique de l'Armée rouge, avait disparu alors qu'il avait trois ans, laissant sa famille dans une précarité qui lui laissa durablement un insatiable appétit de richesse et de reconnaissance. Il avait une énergie folle, en réaction, peut-être, à un complexe d'infériorité chronique. Pauvre, venu tardivement à la danse, il avait le sentiment qu'il devait « faire tenir six années en trois » pour rattraper son retard. Ralph Fiennes a toujours été fasciné par le personnage, fasciné aussi par la Russie dont il parle la langue et s'il prend grand soin à reproduire scrupuleusement le contexte, il se donne à lui-même le rôle d'Alexandre Pushkin, prof dont la bienveillante tolérance a compté dans l'affirmation du talent de Noureev.

    1961, nous sommes en pleine guerre froide. C'est à contre cœur que la Russie soviétique autorise Noureev à sortir de ses frontières pour se produire à l'Opéra de Paris avec le ballet du Mariinsky, encadré de près par le KGB complètement dépassé. « Il n'entend rien à la politique » avait dit son directeur de troupe pour rassurer les autorités, échaudées par les insoumissions et les frasques de ce danseur fantasque.
    Mais à peine la représentation terminée, Noureev échappe à cette surveillance trop visible, pour le simple plaisir de flâner en toute liberté dans Paris ou faire la fête avec les danseurs français… Probable qu'il n'avait rien calculé à l'avance, dit Fiennes : « les Soviétiques, en lui mettant la pression, l'ont poussé à faire le choix de rester en France ». En arrivant à Paris, lui qui n'a connu que l'univers gris de la pauvreté, est instantanément fasciné par la ville, sa liberté festive, cette foultitude d'amis avec qui il peut s'exprimer en toute sincérité, sans contrainte…
    Au moment du voyage de retour vers la mère patrie, alors même qu'il s'apprête à embarquer dans l'avion, il fait volte face, se précipite vers deux gendarmes à qui il demande protection et supplie la France de le garder, soutenu par ses nouveaux amis…

    On imagine qu'il n'a pas été commode de parvenir à trouver le comédien capable d'exprimer l'incandescence du tempérament de Noureev. C'est finalement dans la troupe nationale du Tatarstan que Fiennes, après de longs mois de recherche, a fini par dénicher Oleg Ivenko, danseur lui même, n'ayant jamais joué la comédie, mais étonnant de ressemblance physique avec son modèle… « Restait à être spontané et à s'investir émotionnellement »… dit encore Fiennes. C'est ce que réussit Oleg Invenko, avec une classe et une fougue emballantes… et un talent de danseur époustouflant – les scènes de danse ne sont pas très nombreuses dans le film mais elles sont exaltantes.


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  •  Ce film est un petit bijou! Plein d'humour et de tendresse, il plaira aux petits comme aux grands. Une heureuse surprise. A travers cette comédie sociale, la réalisatrice, dont les grands-parents étaient eux-mêmes éleveurs de vaches laitières, met en lumière les difficultés du monde agricole, à l’instar des récents films "Normandie nue" et "Petit paysan". Guillaume de Tonquédec est irrésistible en fermier au bord de la faillite qui lit des textes classiques à toute la basse-cour. Les poules du film sont fantastiques... Un pur bijou d'originalité et d'émotion. La poule Roxane est fantastique! Il paraît que c'est un premier film. J'attends le suivant de cette merveilleuse réalisatrice avec impatience.

    scénario: 18/20      acteurs: 18/20   technique: 18/20   note finale: 18/20

    Roxane

    Toujours accompagné de sa fidèle poule Roxane, Raymond, petit producteur d’œufs bio en centre Bretagne a un secret bien gardé pour rendre ses poules heureuses : leur déclamer les tirades de Cyrano de Bergerac. Mais face à la pression et aux prix imbattables des grands concurrents industriels, sa petite exploitation est menacée. Il va avoir une idée aussi folle qu'incroyable pour tenter de sauver sa ferme, sa famille et son couple : faire le buzz sur Internet.


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  • Une pure merveille sur l'absurdité des hommes. Un palestinien et une israélienne sortent ensemble et à cause de cela les évènements vont s'enchaîner de façon dramatique. Subtil et profond, le film nous livre une magistrale analyse du dévoiement politique tant israëlien que palestinien. Tout a commencé par un baiser, tout se termine en foutoir et c’est absolument captivant.Quand la paranoïa et la jalousie rendent fous!

    scénario: 18/20   technique: 18/20   acteurs: 18/20  note finale: 18/20

    The reports on Sarah and Salem

    Sur fond de conflit politique, une jeune israélienne, Sarah, et un jeune palestinien Saleem, s'éprennent l'un de l'autre. Leur aventure déclenche un jeu dangereux de duperie entre ceux qui détiennent le pouvoir et ceux qui ne le détiennent pas.

    Comment une simple liaison, fut-elle extra-conjugale, peut-elle se transformer en affaire d’état ? The Reports on Sarah and Saleem va vous le faire découvrir. Véritable aventure kafkaïenne, ce thriller amoureux regorge de rebondissements. S’il ne court pas après l’analyse politique, elle le rattrape en filigrane et donnera à ceux qui en sont friands plusieurs niveaux de lecture. C’est donc un film passionnant et rondement mené qui attend ses spectateurs au tournant, ne les laissant guère respirer en toute sérénité. Tout comme ses habitants, nous voici prisonniers de l’haleine étouffante d’une Jérusalem bicéphale, dans laquelle les frontières sociales élèvent entre les individus un mur invisible honteux aussi puissant que celui érigé entre Israël et Palestine. Ici tout transpire une sorte d’apartheid larvé, endémique, entretenu par les autorités mais également par certaines classes de la population. Ici chacun compose avec la chape qui pèse sur ses épaules, alourdie par le poids de certaines familles traditionalistes, qu’elles soient juives ou arabes. Se rencontrer, aimer une personne du bord opposé se fait de façon secrète, dans la crainte constante (et un brin excitante) d’être dévoilé, rejeté, bafoué.


    Ce jour-là, quand on assiste à une arrestation, le pain quotidien des Palestiniens, on est loin de se douter des tenants et des aboutissants de l’affaire. Comme toujours, nul ne sait si elle est légitime, si on gardera longtemps l’homme en cage, si les motifs officiels correspondront à une réalité. Entre check points, ségrégation, magouilles, menaces, la paranoïa s’est enracinée dans la ville dite sainte. Tout prisonnier devient un symbole, un résistant, un héros… Pourtant si on savait d’emblée ce qui a conduit Saleem dans cette galère, on se garderait d’en faire un plat et on étoufferait le scandale dans l’œuf.
    Flash back… Saleem est un modeste chauffeur livreur, fauché comme les blés. Pas grand chose qui puisse le rendre fier de sa vie. Aucun métier lucratif qui lui permette d’assumer la charge de son épouse et d’une future ribambelle de mioches. C’est pas que l’amour ou la tendresse s’étiole entre les deux, mais le manque d’autonomie, de perspectives est un monstre larvé qui ronge de l’intérieur… À force de subir sa vie plutôt que de la vivre, on rêve d’évasion, d’espace à soi où respirer à plein poumons.
    Sarah, elle, est du bon côté de la barrière, celle des gens aisés, cultivés, la classe moyenne mais néanmoins dominante israélienne. Si elle travaille dans une boulangerie, cela semble plutôt pour tromper son ennui, fuir une routine vide de sens, oublier l’absence d’un mari policier plus affairé à servir de nébuleux intérêts supérieurs qu’à entretenir la vitalité de son foyer.
    Sarah et Saleem n’avaient rien pour se rencontrer… Pourtant ils se rencontrèrent… Étreintes torrides à l’arrière d’une fourgonnette, au beau milieu d’un parking isolé et un brin sordide. Une relation adultérine des plus banales pimentée par la saveur de l’interdit, d’autant plus goûteuse que ces deux-là font partie de deux mondes que tout oppose. Et ce dernier point, associé à de malheureux concours de circonstances, va faire basculer de simples rendez-vous charnels en liaisons dangereuses…

    Il faudrait encore parler de la douce femme de Saleem, personnage qui va se densifier au fil d’un film qui ne sombre jamais dans le simplisme… Le choix des actrices est remarquable et témoigne d’une aventure collective courageuse. Produire un film palestinien en territoire hostile est une belle gageure – le pays n’a réussi à en produire qu'une trentaine dans toute son histoire. Chapeau bas à l’équipe et particulièrement à la comédienne Sivane Kretchner, qui incarne Sarah, vilipendée en Israël pour avoir interprété au théâtre le rôle de Rachel Corrie, une militante américaine pro-palestinienne, tuée en 2003 par l’armée israélienne (à laquelle Simone Bitton a consacré son très beau documentaire Rachel en 2009).


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  • Ce film est une pure merveille où tout est réussi: le scénario, les dialogues, les décors, les costumes. les acteurs sont au commet de leur art et c'est divinement filmé. James Kent est un grand réalisateur! Keira Knightley vibre dans Cœurs ennemis de James Kent. Il y avait longtemps que la comédienne n’avait pas été aussi bouleversante que dans le rôle de cette Anglaise attirée par un Allemand à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Un vrai mélo, dans la grande tradition du genre, dont les résonances troubles font écho à la situation historique où évoluent les personnages, et que porte une Keira Knightley qu’on dirait sortie d’un film de Douglas Sirk. Une adaptation bouleversante du best-seller de Rhidian Brook, qui ne masque ni la douleur ni la cruauté des personnages. Au-delà de la romance élégante et classique, ce film aborde intelligemment la dénazification dans une Allemagne dévastée par la guerre et les ravages sur un couple de la mort d’un enfant.

    scénario: 18/20      acteurs: 19/20   technique: 20/20   note finale: 189/20

    Coeurs ennemis

    Hambourg, 1946. Au sortir de la guerre, Rachel rejoint son mari Lewis, officier anglais en charge de la reconstruction de la ville dévastée. En emménageant dans leur nouvelle demeure, elle découvre qu'ils devront cohabiter avec les anciens propriétaires, un architecte allemand et sa fille. Alors que cette promiscuité forcée avec l'ennemi révolte Rachel, la haine larvée et la méfiance laissent bientôt place chez la jeune femme à un sentiment plus troublant encore.

    Cœurs ennemis, le titre annonce la couleur et le ton de cet ample film romantique et historique qui se déguste comme on dévore un best-seller. C'est d'ailleurs l'adaptation d'un roman à succès, de grande qualité, la preuve : il est publié dans l'excellente collection de poche 10/18. Au programme donc : un contexte historique terrible, deux personnages que tout oppose, appartenant à deux camps ennemis, qui vont se rapprocher au prix d'une lutte intérieure contre leurs préjugés.

    Nous sommes en 1946. La jeune Rachel arrive à Hambourg, totalement dévastée quelques mois auparavant par l'aviation alliée. Elle vient y rejoindre Lewis, son mari, officier supérieur britannique en charge de la reconstruction et de la pacification de la ville, tache titanesque. Comme c'était souvent le cas, le couple est logé dans une maison – splendide, au bord de l'Elbe – réquisitionnée à des Allemands : l'architecte Lubert qui vit là avec sa fille Frida et une domestique. Au grand dam de Rachel, qui goûte peu la fréquentation des ennemis vaincus, Lewis, refusant d'en rajouter dans l'humiliation, a choisi de ne pas expulser les propriétaires, leur proposant une cohabitation.


    On comprend vite que Rachel et Lubert partagent une blessure liée à la perte d'un être cher : elle la mort de son enfant décédé dans les bombardements de Londres, lui celle de sa femme lors de l'offensive des alliés. Et malgré les réticences premières de la jeune femme, c'est sans doute cette blessure commune qui va, sinon provoquer, en tout cas accentuer leur attirance réciproque autant qu'interdite. Lewis, lui, est trop occupé pour remarquer quoi que ce soit…
    L'intrigue est donc on ne peut plus classique mais elle est très bien menée et le film vaut surtout par son ambiance, la qualité de sa reconstitution historique d'une période peu représentée à l'écran, la richesse des personnages et l'excellence du jeu des comédiens. Keira Knightley – rodée aux grands rôles historiques : Orgueil et préjugés, Anna Karénine, The Duchess, Colette tout récemment – incarne avec brio toutes les facettes de cette femme, mère inconsolable, envahie par une inextinguible colère face à la mort de son enfant, épouse aimante mais déçue qui lutte contre un sentiment interdit, maîtresse passionnée et sensuelle. Face à elle, les deux hommes sont également riches en complexité, autant l'acteur australien Jason Clarke en mari solide et profondément bon que le troublant Alexander Skarsgard, qui personnifie à lui seul l’ambiguïté et la souffrance des élites allemandes vaincues et brisées.

    La reconstitution louée plus haut rend bien compte de la dévastation de Hambourg (les bombardements alliés ont fait probablement 100000 morts dans la ville) et du chaos qui a suivi, avec son lot de pénurie alimentaire et de maladies. Quant au scénario, il décrit parfaitement la complexité de la situation. Car évidemment l'Allemagne mit énormément de temps à tourner la page et, face à l'ampleur du chaos et du fort ressentiment envers ceux qui étaient considérés comme les occupants, perdura un reliquat de résistance nazie (ceux qu'on appelait les « werewolf », auteurs d'attentats contre les forces alliées), représentée dans le film par le petit ami de Frida, la fille de Lubert. Le film a ainsi une réelle valeur historique et son récit palpitant fait oublier les réserves que peuvent susciter ses allures de bluette romantique.


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  • Encore une merveille! On reste en haleine jusqu'au bout. "Les Témoins de Lendsdorf" nous rappelle qu’un film, quand il est réussi, est toujours symbolique, qu’il réunit l’image et l’idée, que l’une ne va jamais sans l’autre. Dans les champs ou les salles d’archives, l’investigation en question relève de l’archéologie mémorielle... Mais on est littéralement happé par ce travail austère et dérangeant, d’autant que l’obsessionnelle enquête de Yoel bifurque vers un questionnement identitaire assez inattendu. Et vertigineux. Amichai Greenberg, dont c'est le premier long métrage, fait preuve d'une grande efficacité narrative et d'un vrai sens du rythme. Sa mise en scène séduit, tandis que la complexité de son propos satisfait les cinéphiles les plus exigeants. Le réalisateur israélien Amichai Greenberg adopte la forme du thriller pour mettre en lumière le massacre de Rechnitz, en Autriche, en 1945 et les questionnements d’un historien sur son identité juive. Et c'est une totale réussite.

    scénario: 18/20      acteurs: 18/20   technique: 18/20    note finale: 18/20

    Les témoins de Lendsdorf

    Yoel est un historien juif orthodoxe, chargé de la conservation des lieux de mémoire liés à la Shoah. Depuis des années, il enquête sur un massacre qui aurait eu lieu dans le village de Lendsdorf en Autriche, au crépuscule de la Seconde Guerre Mondiale. Jusqu’ici patientes et monacales, ses recherches s’accélèrent lorsqu’il se voit assigner un ultimatum : faute de preuves tangibles des faits, le site sera bétonné sous quinzaine…

    Le propre de l'homme, c'est l'oubli…
    Yael est un historien juif orthodoxe qui enquête depuis des années sur une question qui l'obsède : où donc sont enfouies les victimes d'un massacre de Juifs qui a eu lieu à la fin de la seconde guerre mondiale à Lendsdorf, au cœur de l'Autriche ? Ses recherches jusqu'alors solitaires et silencieuses prennent brutalement un coup d'accélérateur à cause de l'ultimatum donné par les responsables d'un projet immobilier qui doit s'implanter sur ce qu'il suppose être l'endroit où sont enterrées les victimes : impossible de geler indéfiniment toute construction. Faute de preuves tangibles du massacre, le site sera bétonné sous quinze jours.

    Yael s'immerge alors plus intensément dans les archives, se rend sur les lieux supposés du carnage, s'acharne à retrouver les témoins encore vivants, les presse de questions… C'est comme un thriller, la quête obsessionnelle et tourmentée d'une vérité qui se dérobe sans cesse : il y a ceux qui ont oublié, ceux qui veulent oublier, ceux qui se taisent et Yael se cogne contre le vide du silence tandis que cette histoire qu'il n'a pas vécue l'affecte au plus profond de lui même, comme s'il avait absolument besoin de savoir pour pouvoir vivre sereinement. « La question de la Shoah est un élément intense et lourd de la vie de la communauté juive , dit Amichaï Greenberg, même aujourd'hui… » Comment et pourquoi cette nécessité de transmettre la mémoire de la Shoah alors même qu'on ne l'a pas vécue ? L'histoire de ceux qui nous ont précédé a-t-elle un si grand rôle sur ce que nous sommes…
    Cette quête que Yael menait, croyait-il, avec des motivations religieuses, culturelles, idéologiques, va pourtant prendre un tour inattendu en le confrontant à l'histoire de sa propre famille, une histoire occultée par sa mère et qui le renvoie tout à coup à sa propre identité. La vérité est-elle toujours bonne à dire, en quoi nous aide-t-elle à vivre ? Cette mise à nu d'une histoire familiale enfouie va avoir des conséquences dans sa relation à ses proches, à son neveu à particulier… L'oubli serait-il parfois un remède à la douleur et le silence une nécessité pour arriver à survivre ? Le véritable mystère qui alimente alors l'intrigue semble être moins celui du lieu où sont enfouis les disparus que les mensonges de sa propre mère.

    The Testament (traduction anglaise du titre original) est inspiré du massacre de Rechnitz en Autriche. Dans ce petit village, 600 Juifs sont condamnés à des travaux forcés. Dans la nuit du 24 au 25 août 1945, peu de temps avant l'arrivée de l'Armée Rouge, une grande fête à laquelle participe la nomenklatura nazie est donnée dans un château voisin du camp des prisonniers. Pendant que la fête bat son plein, les officiers allemands distribuent des armes aux invités qui massacrent alors près de 200 Juifs.
    Ce ne fut pas un cas isolé dans la région, où on achevait les prisonniers trop épuisés pour marcher. Mais dans ce cas précis, on ne retrouvera jamais les corps des victimes, les habitants de Rechnitz s'enfermant dans un mutisme obstiné, scellé au fil du temps par la disparition des témoins.


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  • Un film plein d'humour avec des acteurs formidables! On rit d'un bout à l'autre. Les dialogues sont géniaux.  Une réflexion brillante sur le pouvoir de l’argent.On peut simplement regretter que la fin ne soit pas à la hauteur du film.

    scénario: 18/20      acteurs: 18/20    technique: 18/20   note finale: 18/20

    La chute de l'empire américain

    À 36 ans, malgré un doctorat en philosophie, Pierre-Paul Daoust est chauffeur pour une compagnie de livraison. Un jour, il est témoin d'un hold-up qui tourne mal, faisant deux morts parmi les gangsters. Il se retrouve seul avec deux énormes sacs de sport bourrés de billets. Des millions de dollars. Le pouvoir irrésistible de l’argent va bousculer ses valeurs altruistes et mettre sur sa route une escort girl envoûtante, un ex-taulard perspicace et un avocat d’affaires roublard. Après Le déclin de l’Empire Américain et les Invasions Barbares, La Chute de l’Empire Américain clôt ainsi la trilogie du réalisateur Denys Arcand.

    Nous faire pouffer de rire sur ce monde désespérant ! C’est une fois de plus le pari réussi par Denys Arcand. Le constat est tout aussi sévère que dans les précédents films de la trilogie officieuse entamée avec Le Déclin de l’empire américain (1986) et Les Invasions barbares (2003). S'il n’est nul besoin d’avoir vu les deux premiers pour apprécier ce nouvel opus, les spectateurs qui les connaissent retrouveront la même veine narquoise sous une forme entièrement renouvelée, qui pioche dans le registre de la comédie et du film noir pour en illustrer le propos de façon toujours plus percutante et dynamique. Un film somme, où l’on retrouve les thèmes de prédilection du réalisateur et son sens du dialogue mis au service de ce qu’il sait faire de mieux : s’en prendre au système.
    L’empire américain décidément dégringole de haut. Bien mal avisés sont ceux qui continuent de penser « Jusqu’ici tout va bien ! » alors qu’il les entraîne avec lui dans sa course folle et que le sol se rapproche inexorablement ! Ce n’est pas en faisant l’autruche qu’on apprend à voler ! Alors mes biens chers sœurs, mes bien chères frères, rigolons ensemble ! Ça au moins, on ne peut pas nous le retirer.
    Pierre-Paul (tiens, il manque Jacques ?) est un spécimen en voie de disparition, un idéaliste de première dans une époque décadente. Il a des airs de troglodyte mal luné malgré son jeune âge. C’est pourtant une tronche, ce gars-là. Des années d’études brillantes pour obtenir un doctorat en philosophie et le voici enfin devenu… chauffeur livreur ! Le même alphabet qui lui permettait de lire Marx, Épicure, Aristote ou Racine… ne lui sert plus qu'à rentrer des adresses sur son GPS. On serait aigri à moins… Quant à ses amours, elles battent de l’aile. Sa copine bosse dans une banque, ce qui fait d’elle une collabo, une social-traitre. Bon, Pierre-Paul est poli et cultivé, il le lui dit donc de façon plus élaborée, mais non moins blessante… Et son amoureuse de lui demander à juste titre : m’aimes-tu donc ? Et lui de ne savoir que répondre. Y’a pas mieux pour briser une relation pourtant sincère.

    Sur ces entrefaites, un événement vient bousculer le cours des choses et l’empêcher irrémédiablement de retrouver ses esprits. Une manne inespérée va lui tomber du ciel, ou plutôt d’un camion : alors qu’il doit livrer un stupide colis pour trois dollars six cents, Pierre-Paul se retrouve à la tête d’un jackpot incroyable qui va tournebouler sa vie et pas que la sienne ! Mais chut ! On ne va pas tout vous dire, n’est-ce pas ? Voilà en tout cas notre olibrius dans une situation inextricable qu’il ne peut résoudre seul. Dès lors il devra entraîner dans son son sillage de drôles de zigotos : une prostituée de luxe, un gangster sur le retour, un avocat d’affaires, un kiné asiatique, un voleur à la tire noir et, tant qu’y être, sa désormais « ex », la banquière. Tout un aréopage improbable, des bras cassés unis pour réussir le coup du siècle ! Tandis que la police, rongeant son frein, lui colle aux fesses, Pierre-Paul (toujours sans Jacques !) louvoie entre ses activités salariées et bénévoles pour l’équivalent québecois des « compagnons d’Emmaüs ». L’occasion de faire un arrêt image sur ces beaux portraits de SDF, femmes, hommes, natifs d’ici ou d’ailleurs. Notre damoiseau a le cœur aussi grand que tous ceux qui luttent avec ou sans culottes, avec gilets jaunes ou sans chemises. Un cœur plus généreux que les possédants, les dirigeants… Dans le fond, l’injustice et la misère seront toujours plus puantes que l’odeur de l’argent sale, nous dit cette parabole contemporaine grinçante, haute en cynisme, mais fichtrement drôle.


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  • Un très beau film tout en nuances. Melvil Poupaud, Denis Ménochet et Swann Arlaud interprètent avec superbe ces héros ordinaires qui brisent le silence. Un film engagé et brillant. A travers un fait d’actualité, François Ozon signe à la fois un grand film politique, incitant à de grands questionnements de société, et un portrait très juste d’hommes fragiles mais jamais faibles.

    scénario: 18/20    acteurs: 18/20   technique: 18/20  note finale: 18/20

    Grâce à Dieu

    Alexandre vit à Lyon avec sa femme et ses enfants. Un jour, il découvre par hasard que le prêtre qui a abusé de lui aux scouts officie toujours auprès d’enfants. Il se lance alors dans un combat, très vite rejoint par François et Emmanuel, également victimes du prêtre, pour « libérer leur parole » sur ce qu’ils ont subi.
    Mais les répercussions et conséquences de ces aveux ne laisseront personne indemne.

    Ne rien laisser au hasard, ne rien céder au pathos. Refuser le manichéisme autant que les raccourcis, ne pas tomber dans la caricature, fuir les clichés. Frapper fort, mais avec une implacable justesse, sans appel, sans échappatoire, sans possibilité aucune ni de minimiser, ni de tergiverser : voilà la chair, puissante, du nouveau film de François Ozon. Et c’est un grand film, un film important. Il faut par ailleurs une audace certaine pour se lancer dans une fiction inspirée de faits on ne peut plus réels, en ne changeant ni les noms des protagonistes, ni les dates, ni les lieux, ni les témoignages. Grâce à Dieu aborde donc de front les actes criminels de pédophilie commis au sein de l’évêché de Lyon par le Père Preynat dans les années 1980 et 1990, et met en évidence le silence complice de l’Église et en particulier celui de Monseigneur Philippe Barbarin, archevêque de Lyon depuis 2002. Redisons le mot : le résultat à l'écran est implacable.

    Le film commence aux côtés d'Alexandre. Il a la quarantaine, vit à Lyon avec sa femme et ses cinq enfants. C’est une famille bourgeoise, catholique pratiquante, attachée à ses valeurs, unie, aimante, se rendant avec conviction à la messe du dimanche. Un jour, par hasard, Alexandre découvre que le prêtre qui a abusé de lui lorsqu’il était jeune scout officie toujours auprès d’enfants. Choqué, mais aussi porté par les paroles du nouveau pape progressiste, François, il décide de s’adresser aux autorités ecclésiastiques pour demander des explications. Sans le savoir, il vient d’ouvrir la boîte de Pandore, qui renferme, outre les monstruosités d’un homme qui a abusé pendant des années de dizaines de jeunes garçons placés sous son autorité, toute la mécanique du silence qui a insidieusement été mise en place par la hiérarchie de l'Église, par les familles, par la société.
    Face au manque évident de réactivité de l’Évêché, parce qu’il croit sincèrement à la vertu de la parole et qu’il demeure viscéralement attaché aux valeurs chrétiennes, Alexandre va aller plus loin et chercher d’autres témoignages. Un, puis un autre, et un troisième lui parviennent : parmi les anciens scouts du groupe Saint-Luc, nombreux sont ceux à avoir subi les attouchements, et parfois plus, du père Preynat, homme d’Eglise charismatique et terrible prédateur sexuel.

    Le film s’attache alors à raconter la création, dans un élan où fraternité et douleur se rassemblent, de l’association « La parole libérée » : en portant l’affaire sur la place publique, en demandant des comptes à l’église sur son silence, en voulant que justice soit faite, les victimes vont faire céder le verrou qui a cadenassé des décennies de honte, relâchant dans les esprits les torrent de souffrance qui, enfin, va pouvoir être dite et entendue. Et l’image, symbolique, de ces adultes accompagnant les enfants trahis qu’ils étaient dans ce délicat cheminement est tout simplement bouleversante.
    Alexandre s’est construit tant bien que mal une identité avec ce fardeau, trouvant le salut dans l’amour d’une famille et dans la foi. Mais Gilles n’a jamais pu s’extirper de la peur, de la culpabilité, ni en finir avec cette rage sourde qui distille encore en lui tant de violence. François, de son côté, a enfoui le secret dans un recoin bien planqué de sa mémoire, bouffant du curé comme on prend un antidote au poison. Certaines familles ont essayé de protester et ont renoncé devant l'impossibilité de se faire entendre, d'autres ont su et se sont tues, d’autres ont détourné le regard, d’autres encore ont minimisé les faits…

    Porté par un trio de comédiens remarquables, Grâce à dieu a l’intelligence de placer au centre de son propos la dimension humaine et la question du droit, de la justice, sans éluder les questions spirituelles et morales que le sujet implique.


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  • Une pure merveille! Gamblin mérite le césar du meilleur acteur! Il est grandiose dans ce film: je crois que c'est son meilleur rôle. Casta aussi est magnifique et son jeu tout en nuances et en douceur est une pure merveille.  Un film romantique qui, à travers le portrait de cet homme rugueux au cœur tendre, donne foi en l’humanité. Ce biopic plein de poésie doit en grande partie sa réussite à l’interprétation sans faille de Jacques Gamblin, totalement habité par ce rôle de doux rêveur. Ce projet réclamait un acteur idéal, crédible dans un personnage de taiseux, inadapté au monde des hommes. Le film ressemble à son personnage central : silencieux et attachant, tenant les émotions à distance sans jamais les esquiver. Il puise sa beauté dans le mystère qui continue d’entourer le Palais idéal du facteur Cheval.les acteurs sont au service d'un scénario particulièrement réussi. C'est divinement filmé.

    scénario: 19/20                 acteurs: 19/20                  technique: 19/20   note finale: 19/20

    L'incroyable histoire du facteur cheval

    Fin XIXème, Joseph Ferdinand Cheval, est un simple facteur qui parcourt chaque jour la Drôme, de village en village. Solitaire, il est bouleversé quand il rencontre la femme de sa vie, Philomène. De leur union naît Alice. Pour cette enfant qu’il aime plus que tout, Cheval se jette alors dans un pari fou : lui construire de ses propres mains, un incroyable palais. Jamais épargné par les épreuves de la vie, cet homme ordinaire n’abandonnera pas et consacrera 33 ans à bâtir une œuvre extraordinaire : "Le Palais idéal".

    On connaît tous, peut-être sans toujours savoir le nommer ni le situer, cet étrange et saisissant monument, ce palais aux formes singulières, ni tout à fait bâtiment, ni tout à fait sculpture, amoncellement harmonieux de pierres, de colonnes, de statues et de tours comme tout droit sorties d’un conte oriental. Mais si l’on sait le destin tragique d’un Van Gogh ou les passions d’un Rodin, on aura du mal à raconter l’histoire du créateur de cette œuvre unique et hors-norme, un homme simple et ordinaire qui ne se voyait pas lui-même comme un artiste. Avec ce film, Niels Tavernier comble nos lacunes et nous raconte le destin incroyable d’un taiseux solitaire, facteur de son état mais poète dans l’âme. Jacques Gamblin campe un facteur Cheval plus vrai que nature, visage émacié, regard un peu fou perdu dans les paysages lointains de son imaginaire et inspiration dévorante pour l’œuvre de toute une vie. Il donne à l’homme toute la complexité de ses silences et au créateur toute la passion de son projet, mais surtout, il retranscrit avec une grande justesse ce que devait être le caractère de ce singulier bonhomme à l’aune de son palais : un cœur pur, encore perché dans l’arbre naïf de l’enfance, un esprit vif et drôle ayant plus le goût de l’écrit que celui du langage et un grand amoureux de la Nature, les deux pieds dans la Terre mais la tête dans les étoiles. Mais entrons plutôt dans le palais…

    Nous sommes à la fin du xixe siècle, à Hauterives, petit village de la Drôme. Ferdinand Cheval est facteur et fait tous les jours sa tournée à pieds, 33 kilomètres de chemins escarpés, de ruisseaux, de bois, de prairies qu’il parcourt les sens aux aguets, attentif au moindre chant d’oiseau. L’homme est effacé et peu à l’aise en compagnie de ses semblables dont il semble ne pas comprendre les codes et les usages. La nature, sa beauté, sa pureté, ses surprises et ses trésors, lui offre tout ce dont il a besoin pour être heureux. Peu de temps après la disparition tragique de sa femme et la séparation d’avec son jeune fils, il fait la connaissance de Philomène, une jeune veuve dont il va s’éprendre. Une fille naîtra de cette union, Alice.

    Au cours de l’une de ses tournées, il butte sur une pierre, manquant de tomber. Attiré par sa forme curieuse, il la ramasse et la glisse dans sa poche pour mieux la regarder à tête reposée. Ce sera « la pierre d’achoppement », celle sur laquelle il va bâtir son œuvre. Car par amour pour Alice, sa fille chérie, il a déjà en tête les contours de ce sublime Palais, fruit de son imagination, de ses lectures sur des pays lointains et de la contemplation des cartes postales exotiques qu’il achemine chaque jour jusqu’à leurs destinataires. Tout en restant facteur, il commence alors la construction de ce Palais Idéal, travaillant la nuit, charriant des cailloux dans sa besace, un panier, une brouette, inventant des techniques pour que son œuvre soit robuste, montant des échafaudages et faisant fi de tous les sarcasmes de ceux qui le prennent pour un fou. Absorbé tout entier par cette tâche qui le nourrit et l’habite, lui l’architecte, le maître d’œuvre, l’ouvrier, lui l’homme simple, le père aimant, le facteur Cheval crée le monde dans lequel il veut vivre. Une mosquée, un temple hindou, des animaux, un chalet suisse, un balcon, des escaliers, une cascade, des géants… la liste est infinie et montre toute l’audace et toute la curiosité de ce modeste facteur qui inventa, sans le savoir, l’art brut.


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  •  C'est la saison des beaux films. ce film est tout simplement magnifique; Avec douceur et subtilité, "Monsieur" bouscule les conventions pour montrer l’héritage des castes, pourtant abolies, et inviter à reconstruire des relations dans le respect mutuel. Un film à voir, indéniablement, pour comprendre ce que vivent encore les femmes en Inde, de manière la plus discrète qui soit. Un film aussi fin qu'intelligent, à ne surtout pas rater.

    scénario: 19/20       acteurs: 20/20     technique: 20/20     note finale: 19/20

    Monsieur

    Ratna est domestique chez Ashwin, le fils d'une riche famille de Mumbai.
    En apparence la vie du jeune homme semble parfaite, pourtant il est perdu. Ratna sent qu'il a renoncé à ses rêves. Elle, elle n'a rien, mais ses espoirs et sa détermination la guident obstinément.
    Deux mondes que tout oppose vont cohabiter, se découvrir, s'effleurer...

    Au creux de l’hiver, rien de tel qu’un film ensoleillé tout droit venu du pays des saris pour réchauffer nos sens engourdis. Monsieur est une gourmandise, aussi tendrement colorée et épicée qu’un subtil tandori. Ne reniant nullement les codes du cinéma populaire bollywoodien, il en élargit le champ, s’attaque aux carcans de la société indienne contemporaine dans un remarquable équilibre entre compréhension et dénonciation des traditions. Pour sa première fiction, la réalisatrice Rohena Gera s’attaque aux plafonds de verre et aux cages dorées de son pays natal, bousculant les convenances en douceur.

    Quand Ratna arrive à Bombay, c’est comme une bouffée d’incognito salutaire pour la villageoise qu'elle a toujours été. Ici son passé ne lui colle plus aux babouches. Non qu’il soit si terrible, mais il est des préjugés ancestraux qui persistent dans son village d’origine où chacun épie les faits et gestes des voisins, surtout ceux des voisines, des filles, des cousines… Impossible d’échapper aux injonctions des parents, à l'obsession du qu’en dira-t-on dans un bled où tout le monde vous a vu grandir. Arriver dans l’immense capitale du Maharashtra procure dès lors une véritable sensation de liberté. Ici une veuve pas trop éplorée (mariage de raison oblige) peut remettre des bijoux sans qu’on l’accuse de trahir son défunt mari, sans passer pour une dévergondée. On devine qu’elles sont nombreuses à être venues à la ville chercher une forme de rédemption, ou tout simplement la possibilité de respirer, l’espoir d’avancer vers un futur plus ouvert. Mais l’anonymat offert par cette grande marée humaine ne résout pas tout. Il y a au moins une chose à laquelle nul n’échappe : sa condition sociale. Pas plus qu’on échappe à son genre.

    Mais Ratna est loin d’être une victime soumise. Sous ses dehors dociles se cache une volonté inflexible qui va progressivement attirer l’attention de son nouveau maître, Ashwin. Bel homme languide, il est le fruit d’une classe supérieure qui persistera toujours à mépriser les humbles. Chez ces gens-là, on ne marie pas les torchons avec les serviettes et les domestiques sont constamment renvoyées à leur rang de serpillère, de petit électro-ménager humain interchangeable. Autant dire qu’Ashwin ne prête d'abord pas plus d’attention à sa nouvelle employée qu’aux tapis de son salon. Ils appartiennent à deux mondes opposés, deux planètes faites pour ne jamais se rencontrer, chacune rivée à son orbite, mue par des forces immuables. Chacun-e connait sa place et se garde de la remettre en question.

    Ce qui va faire la différence, c’est l'intelligence vive de Ratna. Elle observe, analyse sans disserter, anticipe les demandes et finit par comprendre son patron à demi-mots, mieux que quiconque. Elle perçoit son profond désarroi. La grandiloquence du paraître s’effrite. Bien calfeutré sous l’opulence, elle découvre le microcosme étriqué dans lequel Arshwin évolue à petits pas déjà vieux, du sofa au bureau, de son appartement frigide à sa luxueuse voiture climatisée. Dans le fond lui aussi n’est qu’un rouage, un mâle reproducteur prédestiné à perpétuer la dynastie familiale grâce à un mariage digne de son rang. Son avenir est tout bouché, alors que celui de Ratna est peuplé de tissus chatoyants, de marchés bruyants, de pousses verdoyantes, en un mot d’humanité. Il semble tout soudain qu’elle a tout à rêver, pas grand chose à perdre. Sans mot dire, l’obéissante servante creuse son sillon, avec ténacité, forçant le respect, même celui d’Arshwin, à son corps défendant. L’un et l’autre commencent alors à s’épier, sans jamais oser se frôler… C’est d’un romantisme fou !

    Cela pourrait être l’histoire banale d’un amour empêché qui laisserait un souvenir larmoyant et tragique. Mais dans un ordre si bien établi, nul clan n’a besoin de s’interposer entre les amoureux. Pas de poison, pas de poignards, pas de larmes… pas d’autres armes que les mots. Des mots qui enferment mais qui permettent aussi parfois de se libérer…

     


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  • Une fable familiale qui communique bien son envie de préserver à jamais ces merveilles de la nature. Gilles de Maistre (Le Premier cri) a filmé en temps réel, soit sur trois années, la fusion entre la jeune comédienne (Daniah de Villiers) et le félin. Pas de doublures, rien ! Du magnifique cinéma comme je l'aime: c'est beau et on apprend quelque chose!

    scénario: 19/20      acteurs: 19/20    technique: 19/20    note finale: 19/20

    Mia et le lion blanc

    Mia a onze ans quand elle noue une relation hors du commun avec Charlie, un lion blanc né dans la ferme de félins de ses parents en Afrique du Sud. Tous deux grandissent comme frère et sœur et deviennent vite inséparables. Trois ans plus tard, Charlie est devenu un lion imposant. Mia découvre alors le secret que cache la ferme : son père vend les lions à des « chasseurs de trophées ». Mia n’aura désormais qu’une obsession : sauver Charlie, à tout prix.

    Heureusement, à l’heure de la sortie de ce film, le Père Noël est déjà passé par la cheminée. Tant mieux pour vous, à quelques jours près, vous auriez eu droit à « Un vrai bébé lion blanc pour dormir dans mon lit » sur la liste des cadeaux souhaités par vos bambins déjà bien trop gâtés. Car il faudrait avoir un cœur de pierre pour ne pas craquer devant les ronronnement de ce gros matou blanc aux yeux bleus et ne pas être touché par l’incroyable relation entre cette gamine et ce félin sauvage.

    Au cœur de la savane, dans la ferme d’élevage de félins de ses parents, Mia ronchonne, elle râle, elle est en colère. Ayant quitté l’Angleterre, ses copains, la grande ville, elle a bien du mal à se faire à cette nouvelle vie en pleine nature. Les animaux ? La beauté des paysages ? Oui, bon et après ? Pourtant un événement va changer le cours de sa vie : la naissance d’un lion blanc dont l’arrivée, rare, est comme une prophétie et Mia a beau être une presque ado blasée de presque tout, elle aime encore secrètement les belles histoires un peu magiques. Préférant d’abord laisser son frère s’occuper du lionceau baptisé Charlie, elle va peu à peu s’approcher de la bête et tomber sous son charme pour finir par entretenir une relation complètement fusionnelle avec lui. Au bout de trois années de vie commune, ils sont devenus inséparables, Mia a retrouvé la joie et le goût de cette vie au grand air au contact de ce singulier compagnon. Mais à l’âge de 14 ans, quand Charlie est devenu un magnifique lion adulte, elle découvre l’insoutenable vérité : son père a décidé de le vendre à des chasseurs de trophées. Désespérée, Mia n’a pas d’autre choix que de fuir avec Charlie pour le sauver.
    « Cherche jeunes comédiens prêts à grandir trois ans avec des lions » : telle aurait pu être l’annonce, pas banale, passée pour le casting de Mia et le lion blanc. Car pour raconter avec le maximum d’authenticité cette histoire, Gilles de Maistre a voulu mettre en place un dispositif exceptionnel. Ces félins sauvages ne « s’apprivoisent » qu’au terme d’un long processus d’imprégnation, comme celui expérimenté par le comportementaliste animalier Kevin Richardson. Il fallait donc pour incarner cette histoire que les jeunes acteurs grandissent véritablement avec le lion choisi au berceau pour partager l’écran avec eux. Tout au long des trois ans sur lesquels s’est étalé le tournage, ils ont suivi un entraînement spécifique (supervisé par Kevin Richardson lui-même), quasi quotidien, qui leur a permis de créer et de maintenir cette relation privilégiée avec l’animal. C’est grâce à ce dispositif que Gilles de Maistre a pu réaliser Mia et le lion blanc sans aucun trucage, ce qui lui donne une aura toute particulière.

    Des somptueux paysages, une ode à l’enfance dans ce qu’elle a de plus pur, de plus intransigeant (les adultes ont ici des rôles plus ambivalents et sombres, y compris les parents), de plus passionnel, c’est un superbe conte de Noël qui nous emporte très loin


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  • Ce film est une pure merveille: tout y est réussi. C'est magique! Cela m'a donné envie de voir le premier. Irrésistible ! On ne pouvait avoir plus parfaite Mary Poppins qu’Emily Blunt pour l’incarner. Sa beauté, sa fraîcheur, son port parfait pour revêtir les costumes les plus excentriques avec un style impeccable font mouche.

    scénario: 18/20           acteurs: 20/20          technique: 20/20          note finale: 19/20

    Le retrour de Mary Poppins

    Michael Banks travaille à la banque où son père était employé, et il vit toujours au 17 allée des Cerisiers avec ses trois enfants, Annabel, Georgie et John, et leur gouvernante Ellen. Comme sa mère avant elle, Jane Banks se bat pour les droits des ouvriers et apporte son aide à la famille de Michael. Lorsque la famille subit une perte tragique, Mary Poppins réapparaît magiquement dans la vie de la famille. Avec l’aide de Jack, l’allumeur de réverbères toujours optimiste, Mary va tout faire pour que la joie et l’émerveillement reviennent dans leur existence… Elle leur fera aussi découvrir de tout nouveaux personnages plein de fantaisie, dont sa cousine, l’excentrique Topsy.


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  • AGA

    Dans un décor à la blancheur sereine, on assiste entre mélancolie et résignation à la lente et inéluctable disparition d’un mode de vie désormais révolu. De cet univers glacé ressort la chaleur de sentiments puissants éprouvés par deux êtres dont le regard est orienté dans une même direction. Visuellement splendide, "Aga" est une leçon d’amour. Ce film est une merveille à tous les niveaux.

    scénario: 20/20       technique: 20/20      acteurs: 20/20   note finale: 20/20

    AGA

    La cinquantaine, Nanouk et Sedna vivent harmonieusement le quotidien traditionnel d’un couple du Grand Nord. Jour après jour, le rythme séculaire qui ordonnait leur vie et celle de leurs ancêtres vacille.
    Nanouk et Sedna vont devoir se confronter à un nouveau monde qui leur est inconnu.

    Une étendue de rêve immaculée… Ici le ciel finit par se confondre avec la terre. Ici le moindre bruissement résonne comme un début de chanson ancestrale dont seuls les Iakouts devinent la rime. Nous sommes au bout du monde, au nord de la Sibérie. Nanouk et Sedna semblent avoir perdu leur âge au détour d’une de ces dunes d'un blanc limpide. Partout la neige nous enrobe de sa beauté glacée mais néanmoins organique. Seules les tenues traditionnelles de Sedna, le son de sa guimbarde bousculent l’ordre établi par le sempiternel hiver feutré, amènent la touche colorée qui permet d’espérer un printemps. Le climat polaire qui givre toute chose ne semble jamais atteindre les cœurs du vieux couple. Ils battent chaleureusement au gré d’une tendresse immuable, déteignant l’un sur l’autre, prenant soin l’un de l’autre, sans avoir besoin de le déclarer. Peu de mots se disent, aucune grande déclaration. Peut-être par peur de troubler la quiétude environnante, ou tout simplement parce que ce n’est pas l’usage dans cette civilisation en voie de disparition.


    Au-dessus de leurs têtes les avions passent haut dans le ciel, laissant des trainées qui ne tarderont pas à disparaitre, elles aussi. Parfois la radio leur amène une musique lointaine. Parfois un ravitaillement venu d’une ville lointaine parvient jusqu’ici. Que l’époque change, que les moteurs vrombissent, Sedna et Nanouk restent-là au fond de la toundra avec, comme seuls remparts contre les tempêtes, les tentures de peau de leur frêle yourte. Rivés à un quotidien pragmatique, ils se contentent de vivre en essayant de rendre leur monde moins hostile, avec pour compagnon leur chien de traineau tout aussi attentif et silencieux qu’eux. Les jours se succèdent, paisibles, amoureux. Les actes le prouvent. Nanouk sait quand passe le gibier, où creuser la glace pour ramener du poisson ou tout simplement de l’eau potable. Sedna connait les rares herbes qui poussent dans la toundra, celles qui soignent, les manières d’accommoder leur maigre pitance. Ils se guettent, s’attendent en silence. On goute la luminosité des paysages, le calme de leur quotidien rempli d’âme, d’écoute. On les découvre seuls, courageux, on les admire. Ensemble ils forment un tout qui se complète, comme deux inséparables. Puis on se prend à redouter le pire… On ne sait trop pourquoi. Un sentiment diffus, un danger qui guette, tapi dans l’ombre, les saisons qui se dérèglent, le temps qui semble s’accélérer. Et puis Aga… Ce prénom inoubliable qu’on évite de prononcer, mais qui rôde dans les têtes, qui plane toujours à proximité.

    Milko Lazarov, cinéaste bulgare dont c'est le deuxième film, nous offre un moment inoubliable, terriblement beau. Il suffit de se laisser transporter dans son rythme particulier, bien emmitouflé dans notre confort moderne. Alors la magie opère, magistrale, tenace. Les prises de vues sont sublimes, qu’elles embrassent les paysages infinis ou se glissent au plus près des acteurs.


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  • Un très beau documentaire, dans l'ère du temps, puisqu'on en voit plein de ce genre mais il est réussi. La brutale concentration urbaine, la démographie galopante, la quête de la performance : les causes de la maladie de l'agriculture sont connues. Il reste à changer de modèle. Pas facile, mais nécessaire.

    scénario: 16/20           technique: 16/20     note finale: 16/20

    On a 20 ans pour changer le monde : Affiche

    On a 20 ans pour changer le monde…et tout commence par la terre qui nous nourrit. Le constat est là : 60 % des sols sont morts, et le mode de production actuel ne nourrit pas la planète. Mais des hommes et des femmes relèvent le défi et démontrent que l'on peut se passer des pesticides et des intrants chimiques pour toute notre alimentation. Grâce à leur énergie communicative qui bouscule les discours et les habitudes, un autre monde est possible ! 

    Hélène Medigue est particulièrement sensibilisée aux problématiques de notre agriculture depuis de longues années, car elle a été touchée directement dans son entourage par les conséquences des perturbateurs endocriniens. La naissance de ses filles a par ailleurs généré une prise de conscience plus large des conséquences de notre agriculture sur notre environnement. Elle explique : "Pourquoi les agriculteurs en France vont si mal ? L’industrialisation de notre agriculture est née pour de mauvaises raisons, ce modèle de production ne fonctionne plus et pourtant on continue. On marche sur la tête ! L’état de notre agriculture peut être le reflet de certains dysfonctionnements de notre société et impacte directement des valeurs (santé, éducation, alimentation, travail...) qui sont essentielles à notre condition."

    Hélène Medigue a découvert Maxime de Rostolan et l’association Fermes d’Avenir à travers un article dans le journal Le Monde. La réalisatrice a immédiatement été inspirée par les propositions concrètes développées pour actionner la transition agricole en France (financement, production, formation et influence sur les citoyens et sur les pouvoirs publics grâce à des propositions de lois) et surtout parce que l’association fédère la collectivité, rassemble des mondes qui a priori ne sont pas destinés à coopérer. Elle précise :

    "Ma volonté n’était pas de faire un film sur la permaculture ou les techniques nouvelles qui promeuvent l’agroécologie mais plutôt de privilégier l’aspect humain, l’énergie déployée et les combats menés, par un groupe de citoyens tout au long d’une année. La petite bande de Fermes d’Avenir ne prétend pas tout régler, ils se trompent parfois mais ils prennent les problèmes à bras le corps. Ils s’engagent, bousculent les idées reçues et n’attendent plus que les pouvoirs publics se décident à trancher. J’ai eu besoin de filmer « des gens qui font » !"

    Hélène Medigue s'est lancé le défi de réaliser ce film sans voix-off et en évitant les interviews qui créent parfois une distance. Elle a fait le choix d’une caméra en mouvement, pour accompagner au plus près ses personnages à travers leurs échanges et ainsi capter et saisir ce qui n’est pas dit. La cinéaste raconte : "Comment l’être humain, à cause de son inconscience et sa « toute-puissance » technologique, peut-il ainsi se désynchroniser de la nature, notre bien le plus précieux ? Je ne sais pas si on a 20 ans pour changer le monde, je suis juste convaincue que dans 20 ans il sera peut-être trop tard ! Je veux montrer, à travers ce film, que nous sommes tous interdépendants, que c’est une force, une énergie inépuisable, le contraire de l’individualisme qui rend le monde injuste et fou. J’ai eu la chance de faire la rencontre de François Charlent qui a produit le film et a su m’accompagner de son regard exigeant et bienveillant."

     


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  •  Une merveille! Les décors et les costumes sont magnifiques. les acteurs sont géniaux et c'est du cinéma comme je l'aime, c'est à dire qu'on apprend quelque chose ou que cela fait réfléchir. L'image est d'une beauté à couper le souffle. Un très beau film, au sujet original, qui fait montre de ce que le cinéma français sait réaliser de mieux quand il est ambitieux et exigeant.

    scénario: 19/20     technique: 20/20    acteurs: 19/20   note finale: 19/20

    l'échange des princesses

    1721. Une idée audacieuse germe dans la tête de Philippe d’Orléans, Régent de France… Louis XV, 11 ans, va bientôt devenir Roi et un échange de princesses permettrait de consolider la paix avec l’Espagne, après des années de guerre qui ont laissé les deux royaumes exsangues.
    Il marie donc sa fille, Mlle de Montpensier, 12 ans, à l’héritier du trône d’Espagne, et Louis XV doit épouser l’Infante d’Espagne, Anna Maria Victoria, âgée de 4 ans.
    Mais l’entrée précipitée dans la cour des Grands de ces jeunes princesses, sacrifiées sur l’autel des jeux de pouvoirs, aura raison de leur insouciance…

    Étrangement, il y a quelque chose de très actuel dans ce film qui nous parle d’un temps pourtant lointain. Nous sommes en 1721, à la cour de Louis XV, qui n’a pas encore atteint l’âge de régner. Les enfants d’alors, s’ils ne connaissent pas le privilège d’être ballotés entre deux divorcés, sont déjà les enjeux de stratégies décidées par leurs aînés. Bien loin des contes de fées où l’amour tombe à pic sous l’apparence d’un sémillant prince, invariablement charmant, les héritières de l’époque sont monnayables à merci. Née princesse, pas encore femme, on peut-être mariée à tout instant pour perpétuer une dynastie et renforcer la puissance d’un royaume. Et les rejetons mâles sont à peine mieux lotis…
    Louis XV, orphelin à l’âge de deux ans, n’en a que onze alors qu’il revient à Versailles sous la houlette de Philippe d’Orléans, ci-devant Régent du royaume (fabuleux Olivier Gourmet). C’est un enfant tétanisé par la mort de plusieurs de ses proches qui débarque dans le palais à l’abandon depuis des années et qui transpire la solitude, tout comme lui-même. Mais le petit Dauphin n’a d’autre alternative que de se conformer à ce que d’autres ont décidé pour lui. Il fallait un signe fort pour le peuple… On en exigera d’autres… On redoute que la paix avec l’Espagne soit un brin fragile alors même que l’on vient à peine de cesser de guerroyer. Germe en conséquence une double idée géniale pour sceller une alliance stratégique et indéfectible avec le pays voisin. D'une part marier la fille du régent de France Marie-Élisabeth, âgée de onze ans, au futur roi d’Espagne Don Luis qui en a treize. De l'autre unir la sœur de ce dernier, l’infante Marie-Victoire, âgée de bientôt quatre ans (!!!) à Louis XV… Aucun des quatre jouvenceaux n’a évidemment voix au chapitre, chacun devant se plier aux protocoles imposés par ses aînés.
    C’est en grand apparat que l’on prépare donc, côté espagnol comme côté français, le voyage des deux princesses, activant les préparatifs, redoublant de conseils à chacune d’elle. Tandis que les garçons découvrent leurs futures épouses au travers de portraits peints qui les font chavirer ou blêmir d’inquiétude, voire les deux à la fois. Un flot de sentiments et de sensations ambigus s’entremêlent, qu’on soit déjà ou pas encore pubère : comment accueillir cet autre qu’on ne connait pas, qu’on imagine à peine ? Alors qu’on ne se connait même pas soi-même ? À quatre, onze, treize ans, que comprend-on du mariage, de la procréation ?
    Pour les deux princesses c’est l’arrachement plus ou moins violent à ceux qu’elles aimaient, à un mode de vie plus ou moins apprécié mais qui du moins leur était familier. Sans possible retour en arrière. Voilà leurs carrosses respectifs qui s’ébranlent et les entraînent, résignées plus que consentantes, en terra incognita, vers un ailleurs dont elles ignorent tout ou presque.

    Même si l’histoire est romancée, elle repose sur des faits historiques bien réels et donne envie d’en apprendre plus. Catherine Mouchet campe magnifiquement Madame de Ventadour, gouvernante d’une grande humanité. Andréa Ferréol excelle dans le rôle de la Palatine, une femme à l’intelligence vive et au parler franc. Toutes deux seront de véritables alliées pour la petite infante Marie-Victoire (impressionnante Juliane Lepoureau, pas plus haute que trois pommes et déjà grande actrice ! – tous les jeunes acteurs sont d'ailleurs formidables) qui porte en elle un détonnant alliage de maturité et d’innocence. Elle est un ravissement pour les yeux et l’esprit qui ne cessera d’irradier la cour de sa présence malgré les intrigues qui vont se tramer dans son dos…


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  • Nicolas Vanier a grandi en Sologne, une région naturelle forestière qui a fait de lui un amoureux de la nature et de la vie sauvage. Via L'Ecole buissonnière, le metteur en scène a cherché à rendre hommage à cette "féerique région sauvage", comme il l'avait aussi fait dans Le Dernier trappeur pour les montagnes rocheuses du Canada, Loup pour la Sibérie ou Belle et Sébastien pour les Alpes. "Il était naturel que je revienne chez moi pour ce film, sur ce territoire que j’aime et où j’ai développé, dans les pas de mon grand-père, mon goût pour la nature et ma connaissance de la forêt et des animaux", explique-t-il. Ce film est une merveille. C'est une hymne à la nature qui est merveilleusement filmée. Il est réussi à tous les niveaux: technique, scénario et jeu des acteurs.

    scénario: 19/20          technique: 19/20    acteurs: 19/20     note finale: 19/20

    L'école buissonnklière

    Paris 1930. Paul n’a toujours eu qu’un seul et même horizon : les hauts murs de l’orphelinat, sévère bâtisse de la banlieue ouvrière parisienne. Confié à une joyeuse dame de la campagne, Célestine et à son mari, Borel, le garde-chasse un peu raide d’un vaste domaine en Sologne, l’enfant des villes, récalcitrant et buté, arrive dans un monde mystérieux et inquiétant, celui d’une région souveraine et sauvage. 
    L’immense forêt, les étangs embrumés, les landes et les champs, tout ici appartient au Comte de la Fresnaye, un veuf taciturne qui vit solitaire dans son manoir. Le Comte tolère les braconniers sur le domaine mais Borel les traque sans relâche et s’acharne sur le plus rusé et insaisissable d’entre eux, Totoche. Au cœur de la féérique Sologne, aux côtés du braconnier, grand amoureux de la nature, Paul va faire l’apprentissage de la vie mais aussi celui de la forêt et de ses secrets. Un secret encore plus lourd pèse sur le domaine, car Paul n’est pas venu là par hasard… 


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  • Une merveille! Ce film est une merveille à tous les niveaux: on est pris par le film. Il faut dire que tout est réussi, le scénario, les costumes, les décors, c'est divinement filmé et les acteurs sont possédés par leurs rôles. Le cinéma comme je l'aime: on apprends quelque chose et on passe un bon moment.

    scénario: 19/20     acteurs: 19/20    technique: 19/20   note finale: 19/20

    Confident royal

    L’extraordinaire histoire vraie d’une amitié inattendue, à la fin du règne marquant de la Reine Victoria. Quand Abdul Karim, un jeune employé, voyage d’Inde pour participer au jubilé de la reine Victoria, il est surpris de se voir accorder les faveurs de la Reine en personne.
    Alors que la reine s’interroge sur les contraintes inhérentes à son long règne, les deux personnages vont former une improbable alliance, faisant preuve d’une grande loyauté mutuelle que la famille de la Reine ainsi que son entourage proche vont tout faire pour détruire.
    A mesure que l’amitié s’approfondit, la Reine retrouve sa joie et son humanité et réalise à travers un regard neuf que le monde est en profonde mutation.

    De l'histoire d'amitié a priori improbable entre la reine Victoria vieillissante et un de ses serviteurs indiens, le toujours inattendu Stephen Frears a tiré un film subtil et malicieux, un divertissement de haut vol qui allie enracinement historique, reconstitution somptueuse et humour volontiers irrévérencieux. Histoire improbable donc mais pourtant tout ce qu'il y a d'authentique, tellement que la couronne britannique, très à cheval sur le respect de l'historiographie officielle, avait enterré cet épisode durant près d'un siècle au point de faire détruire des documents, jusqu'à ce qu'une historienne plonge son nez dans des carnets renfermant des notes écrites en langue ourdou – la langue officielle du Pakistan, parlée au Nord de l'Inde – par la reine elle-même !


    Nous sommes en 1887, la reine Victoria approche de ses 70 ans, un âge avancé à l'aune du xixe siècle. Elle a 50 ans de règne au compteur et elle s'apprête justement à fêter son jubilé d'or. Au même moment, à l'autre bout du monde mais toujours dans l'Empire britannique, plus précisément à Agra, la ville où se dresse le légendaire Taj Mahal, deux Indiens musulmans sont choisis pour faire le voyage jusqu'à Londres et offrir au nom des Indes une médaille commémorative à la souveraine. Et il se trouve que la vénérable reine va se prendre immédiatement d'affection pour un des deux Indiens, le jeune et fringant Abdul Karim, qu'elle gardera à son service jusqu'à sa mort en 1901, faisant de lui son confident et son professeur : il lui fait découvrir la langue ourdou, la religion musulmane, la culture et la cuisine indiennes…
    Dès les premières séquences, on voit à l'œuvre la patte malicieuse de Frears, satiriste hors pair : la reine, gloutonne et grassouillette, supporte à grand peine les obligations de la cour et la vile obséquiosité de son entourage. Le lever et l'habillage sont des épreuves de force pour les domestiques, chaque repas est cocasse tant Victoria engloutit ses plats à un rythme que n'arrivent pas à suivre les autres convives… Le voyage des deux Indiens est traité sur un mode proche de celui des Lettres persanes de Montesquieu. Considérés comme des sauvages à qui on fait l'honneur de montrer ce qu'est « la civilisation », ils constatent dès leur descente du bateau la saleté et la misère qui règnent à Londres, infestée de rats, hantée par les clochards. Frears a eu la bonne idée de coller à Abdul Karim un compagnon de voyage hilarant et qui est tout son opposé : petit et beaucoup moins beau garçon, Mohammed vomit l'Angleterre et son climat, et peste de devoir courtiser ceux qui sont responsables des malheurs de son peuple. Il est un peu la voix anti-coloniale du film…

    Mais le cœur du récit est bien cette amitié sincère entre Victoria et Abdul, qui transcende les races et les classes sociales, et que Frears nous relate tout en observant l'absurdité de l'exercice du pouvoir monarchique : la reine ne peut compter sur personne, sa famille et ses proches guettant plus ou moins tous sa fin prochaine, elle se déplace de manoir en château sous la garde d'une véritable armée, sous la menace permanente d'un attentat toujours à craindre sur des territoires au bord de l'explosion. Et Frears, en arrière-plan, montre bien un pays où les inégalités sont flagrantes, le racisme pesant.
    S'appuyant sur une formidable troupe d'acteurs menée par la magnifique Judi Dench, Stephen Frears réussit le pari de combiner une comédie historique enlevée et un regard aussi intelligent que lucide sur la société anglaise de l'époque.


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  • Ce film captivant évoque le destin singulier de Seretse Khama et Ruth Williams, dont l’union mixte mit en émoi l’Empire britannique avant de donner naissance au Botswana. C'est une totale réussite. Le cinéma comme je l'aime: un bon scénario, des acteurs magnifiques, bien filmé et on apprend des trucs.

    scénario: 19/20      acteurs: 19/20     technique: 19/20    note finale: 19/20

    A United Kingdom

    En 1947, Seretse Khama, jeune Roi du Botswana et Ruth Williams, une londonienne de 24 ans, tombent éperdument amoureux l’un de l’autre. Tout s’oppose à leur union : leurs différences, leur famille et les lois anglaises et sud-africaines. Mais Seretse et Ruth vont défier les ditkats de l’apartheid. En surmontant tous les obstacles, leur amour a changé leur pays et inspiré le monde.

    Voilà une page d’histoire dont le récit, édifiant, méritait bien qu’on y consacre un film. On doit cet accomplissement à la Britannique Amma Asante, qui avait déjà signé A Way of Life en 2004 et Belle en 2013. Son nouveau long métrage, A United Kingdom (littéralement« Un Royaume-Uni »), évoque l’histoire vraie de Seretse Khama et Ruth Williams.

    Un prince noir et une secrétaire blanche

    Le premier était noir, prince héritier d’un territoire situé au nord de l’Afrique du Sud, le Bechuanaland, placé sous protectorat britannique depuis 1885, et qui deviendrait en 1966 le Botswana indépendant. La seconde était blanche, fille d’un couple de la classe moyenne londonienne et jeune secrétaire juridique.

    Elle allait devenir l’épouse du futur roi, envers et contre tous : ses parents, la famille de son mari, l’époque. Et surtout les services diplomatiques de l’Empire britannique, qui n’entendaient pas fâcher l’Afrique du Sud voisine, en pleine instauration de l’apartheid mais dont les ressources en uranium s’avéraient précieuses au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

    Un couple singulier qui tint bon contre l’Empire britannique

    La réalisatrice s’empare de cet épisode singulier – qui fit les beaux jours de la presse britannique –, en dosant subtilement les ingrédients du mélodrame et du drame historique, sur fond de domination coloniale et de lutte politique. Le résultat est aussi séduisant que captivant, tant ce couple courageux eut d’embûches placées sur sa route.

    Jeune homme brillant envoyé en Grande-Bretagne par son oncle régent, afin d’y recevoir la meilleure éducation, Seretse Khama fut sommé de choisir entre cette femme blanche et son royaume. Ils tinrent bon, essuyant haine et humiliation, manœuvres et trahisons, avant que leur détermination et leur droiture imposent leur force. Le futur roi fut banni de son pays tandis que son épouse y donnait naissance à leur premier enfant. Après lui avoir promis le rétablissement de ses droits, Winston Churchill tenta de l’exclure définitivement du jeu.

    Rien n’y fit. Leader charismatique et intelligent, Seretse Khama prit l’Empire à son propre jeu, renonça à son statut de monarque pour mieux faire de son pays une démocratie, dont il devint le premier président élu et dont il géra, pour le bien commun, les ressources issues des mines de diamant. À tel point que le Botswana fut surnommé la Suisse de l’Afrique. Et que le grand Nelson Mandela se référait encore à son leader, en 2000, vingt ans après sa mort.


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  •  Une pure merveille! Les acteurs sont grandioses: les deux petits acteurs sont fantastiques et ont beaucoup de talent. c'est bien filmé, le scénario est très intéressant et les dialogues sont réussis.

    scénario: 18/20        acteurs: 18/20     technique: 18/20     note finale: 18/20

    Un sac de billes : Affiche

    Dans la France occupée, Maurice et Joseph, deux jeunes frères juifs livrés à eux-mêmes, font preuve d’une incroyable dose de malice, de courage et d’ingéniosité pour échapper à l’invasion ennemie et tenter de réunir leur famille à nouveau.

    La fiction est parfois bien utile aux parents quand la réalité, celle de l’histoire ou du temps présent, peut sembler difficile à expliquer aux plus jeunes. Comment trouver les mots justes qui racontent sans effrayer ? Comment donner un sens à des évènements qui en sont totalement dénués ? Comment transmettre sans pour autant plomber les ailes des nouvelles générations ?

    Tiré de l’œuvre autobiographique de Jospeh Joffo, étudiée dans les classes depuis des décennies, Un sac de billes permet tout cela à la fois. D’une forme très classique et volontairement pédagogique, l’histoire est racontée à hauteur de ces deux héros, un enfant et son grand frère adolescent fuyant la terreur nazie, et aborde les sujets les plus douloureux de la seconde guerre mondiale sans angélisme ni pathos exacerbé. L’exil, la douloureuse séparation des familles, la déportation, la France occupée, la résistance, mais aussi les collabos et la haine ordinaire, banalisée et portée par le gouvernement de Vichy. Grave par son sujet, le film réussit toutefois à imposer à la narration quelques temps de respiration nécessaires comme ces instants fugaces de bonheur arrachés à la peur ambiante ; il dit aussi la fraternité et la solidarité de quelques-uns… Un message qui résonne de manière toute particulière en 2017.

    Toujours vif, infatigable témoin de cette page de l’histoire qu’il est plus que jamais urgent de rappeler, Joseph Joffo fut le précieux conseiller de ce film indispensable « À l’heure actuelle, l’histoire que j’ai vécue résonne de manière particulièrement forte. À cause du terrorisme, des enfants sont contraints eux aussi de fuir. Comme nous il y a cinquante ans, ils se retrouvent sur les routes, totalement isolés et livrés à eux-mêmes. J’espère que le film nous incitera à nous interroger sur le destin de ces enfants et de ces familles déchirés ».


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  •  Un super film avec des acteurs merveilleux et des décors somptueux. Les deux acteurs principaux ont d'ailleurs tombés amoureux pendant le tournage. Le livre est beaucoup plus riche que le film.

    scénario: 18/20   acteurs: 19/20   technique: 19/20     note finale: 19/20

    Une vie entre deux océans

    Quelques années après la Première Guerre mondiale en Australie. Tom Sherbourne, ancien combattant encore traumatisé par le conflit, vit en reclus avec sa femme Isabel, sur la petite île inhabitée de Janus Rock dont il est le gardien du phare. Mais leur bonheur se ternit peu à peu : Isabel ne peut avoir d’enfant… Un jour, un canot s’échoue sur le rivage avec à son bord le cadavre d’un homme et un bébé bien vivant. Est-ce la promesse pour Tom et Isabel de fonder enfin une famille ?


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  •  Un superbe film à l'esthétisme exacerbé. Jolie mise en scène, acteurs parfaits, scénario formidable et beaucoup d'originalité. sans parler des surprises...

    scénario: 18/20   acteurs: 18/20     technique: 18/20   note finale: 18/20

     

    Frantz : Affiche

    Au lendemain de la guerre 14-18, dans une petite ville allemande, Anna se rend tous les jours sur la tombe de son fiancé, Frantz, mort sur le front en France. Mais ce jour-là, un jeune Français, Adrien, est venu se recueillir sur la tombe de son ami allemand. Cette présence à la suite de la défaite allemande va provoquer des réactions passionnelles dans la ville.

    L'action se passe au lendemain de la Grande Guerre, dans une petite ville allemande tranquille, assommée par la défaite, accablée par l'absence de ses jeunes gens tombés au front. Anna pleure Frantz, son fiancé, et vit désormais chez ses beaux-parents aussi inconsolables qu'elle. Sa vie est rythmée quotidiennement par ses visites au cimetière ; c'est là qu'elle repère, un matin gris, un jeune homme inconnu qui se recueille sur la tombe de Frantz et s'éloigne précipitamment à son arrivée. Elle apprend bientôt que le garçon est français.
    Après quelques réticences – difficile d'accepter la compassion de quelqu'un qui pourrait être le meurtrier de leur fiancé et fils – Anna et les parents de Frantz vont comprendre qu'Adrien était devenu un ami de leur cher disparu au moment où celui-ci, résolument francophile, avait visité Paris avant guerre.

    Et peu à peu, insidieusement, Adrien va rentrer dans la vie de cette famille bienveillante, notamment dans celle des parents qui, bercés par les souvenirs racontés par le jeune Français, ravis de leur passion commune pour la musique, vont trouver en lui de quoi combler la douleur et l'absence, jusqu'à voir en lui peut-être un fils de substitution. Quant à Anna, elle se laisse peu à peu troubler par la fragilité et la délicatesse d'Adrien, mais peut-elle déjà se permettre de se laisser aller au sentiment amoureux, surtout envers un ami de Frantz, qui plus est un ami Français ? Par ailleurs le récit d'Adrien n'est il pas trop idyllique ? Que cache le regard parfois vague du jeune homme, que penser de son émotion qui peut paraître extrême plusieurs mois après la disparition de Frantz ?
    François Ozon a été inspiré par la pièce de théâtre de Maurice Rostand, écrite au lendemain de la Guerre, quand la France voulait croire en une paix et une réconciliation possibles… Cette pièce avait déjà inspiré Ernst Lubistsch pour l'un de ses films les plus méconnus, Broken Lullaby (1932). Dans les deux cas, c'est le jeune Français qui était le personnage central, par qui le lecteur / spectateur suivait le déroulement du récit. Ozon, grand dramaturge des femmes, a fait de la jeune Anna le cœur de son film : magnifique personnage (incarné par une actrice tout aussi magnifique : Paula Beer) à la fois passionné et rigoureux, en proie aux plus grands tourments avant de trouver une juste voie. Face aux traumatismes de la guerre, qui ont laissé les hommes comme des enfants peureux, c'est bien la femme qui domine la situation…

    Tourné majoritairement dans un très beau noir et blanc qui donne une réelle authenticité à cette Allemagne se réveillant péniblement de la guerre (on pense à la saga Heimat d'Edgar Reitz, on pense aussi au Ruban blanc de Haneke), Frantz est un très beau film romanesque, qui évoque l'espoir – peut-être vain – dans la réconciliation de peuples qui se sont récemment déchirés, qui dit le tourment des âmes prises dans la fureur de l'histoire et qui peuvent se fourvoyer, se désespérer, se racheter, s'élever, se mentir…


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  • Un film d'une beauté à couper le souffle. C'est une totale réussite à tous les niveaux. La réalisatrice a réussi à faire un chef-d'oeuvre. la mise en scène est magnifique, l'image est sublime. Et le tout est d'une incroyable douceur. Audrey Tautou est géniale et aura un prix d'interprétation, j'espère. Plus beau, c’est difficile. Le moindre tissu, le moindre reflet sur des cheveux, le duveté de la peau d’un nouveau-né, le moindre bouquet, la couleur de l’eau de mer... Donnent à chaque instant envie de se lover dans l’image. Plus magique, c’est impossible. Le film nous plonge dans une famille française, de la fin du XIXe siècle à aujourd’hui, sous le regard de Valentine — Audrey Tautou, que l’on suit de la prime jeunesse à l’extrême vieillesse, de même que les autres actrices qui l’entourent, Mélanie Laurent et Bérénice Bejo. Voir « Éternité », film plus subversif qu’il n’en a l’air, c’est comme saisir dans sa main le sentiment de l’existence et éprouver pour de vrai comment le temps passe sur les visages et les corps. Ceux des principales actrices, bien sûr, que l’on voit vieillir et rajeunir entre deux plans, mais aussi ceux des enfants, nombreux dans le film. La vie tout simplement. C’est totalement émerveillé qu’on quitte la salle de cinéma. Un long-métrage choral qui brille par sa mise en scène originale et soignée.

    scénario: 20/20     technique: 20/20    acteurs: 20/20   note finale: 20/20

    Eternité

    Quand Valentine se marie à 20 ans avec Jules, nous sommes à la fin du 19e siècle. À la fin du siècle suivant, une jeune Parisienne, l’arrière-petite-fille de Valentine, court sur un pont et termine sa course dans les bras de l’homme qu’elle aime. Entre ces deux moments, des hommes et des femmes se rencontrent, s’aiment, s’étreignent durant un siècle, accomplissant ainsi les destinées amoureuses et établissant une généalogie… Une éternité…

    Éternité est l'adaptation de L’Élégance des veuves d’Alice Ferney, paru en 1995. Un roman qui a particulièrement ému le réalisateur Tran Anh Hung, "bouleversé par cette histoire de famille nombreuse, de filiation et de généalogie", se confie-t-il. "Moi qui me suis senti sans enracinement solide parce que je n’ai connu en tout et pour tout que trois personnes en guise de famille. C’est en cela que le sujet du livre me touche intimement. Quand je vois une famille nombreuse, j’éprouve un sentiment de solidité, de pérennité qui m’émerveille".

     


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  •  Une merveille! Ce film est sublime et parle encore du génocide des indiens par les espagnols!

    scénario: 19/20     acteurs: 19/20    technique: 19/20   note finale: 19/20

    L'étreinte du serpent

    Karamakate, un chaman amazonien puissant, dernier survivant de son peuple, vit isolé les profondeurs de la jungle. Des dizaines d'années de solitude ont fait de lui un chullachaqui, un humain qui a tout d'une coquille vide, dépourvu de souvenirs et d'émotions. Sa vie est bouleversée par l'arrivée d'Evans, un ethnobotaniste américain à la recherche de la yakruna, une plante sacrée très puissante, possédant la vertu d'apprendre à rêver. Ils entreprennent ensemble un voyage jusqu'au coeur de l'Amazonie...

    Tel un immense serpent, le fleuve rampe au milieu d'arbres centenaires, enracinés dans une terre de mystères. La nature vigilante semble tenir à l'œil celui qui s'aventure à la lisière de ses songes. La jungle amazonienne renvoie celui qui y pénètre à sa condition chétive et vulnérable. Evans fait partie de ceux-là. Ethno-botaniste passionné, il n'a pu résister à braver les dangers pour venir vérifier les dires de ses livres et partir à la recherche de la « yakruna », liane sacrée rarissime, réputée pour ces fortes vertus hallucinogènes. « Jamais un blanc n'a dit un truc aussi sensé ! » s'exclame Karamate, le chamane qu'on lui a indiqué comme guide. Un étranger qui quémande son aide et s'intéresse aux végétaux ? Ça c'est exotique ! Pourtant, il en a vu passer des conquistadors venus-là pour prendre ou pour évangéliser. Il les as vus, puis les a oubliés, comme il a oublié de se souvenir. Peu à peu il est devenu ce « chullachaqui », ce corps vide, dépourvu d'émotions, presque hors du temps, qui hante la forêt, se remplit d'elle. Dernier représentant de son peuple, dépositaire d'un savoir unique, précieux, forgé dans des années d'oubli de soi et d'écoute de la nature, de ses plus infimes murmures comme de ses plus dévorantes colères, de ses orages déchaînés.


    Habitué aux duperies de ceux qui cherchent à s'accaparer la terre et ses richesses, Karamate, méfiant, observe, jauge, écoute Evans et accepte en définitive de l'accompagner, même s'il sait qu'il est dans nature de la fourmi d'aimer l'argent.
    Voilà nos deux hommes qui s'enfoncent au cœur de la forêt et de ses envoûtements. Dérisoire équipage d'un petit canoë fragile qui glisse sur des eaux sombres, faussement calmes. Parfois ils effleurent des rives qui regorgent de plantes étranges, de vie grouillante, de serpents qui se faufilent. Observateurs observés auxquels la nature n'accorde aucun répit. Les souvenirs de Karamate remontent régulièrement à la surface, le voilà jeune guidant un autre homme, Théo… Ici le temps n'est pas linéaire, comme en occident. Pour les Indiens il est comme une série d'événements qui ont lieu simultanément dans plusieurs univers parallèles. Ce nouveau rythme, cette expérimentation constante pénètre peu à peu chaque fibre des deux explorateurs, Evans et Théo, bouleverse leurs sens, leurs croyances. Il n'y a qu'à se laisser porter, consentir au dépouillement et tâcher d'apprendre à rêver comme ils ne l'ont jamais fait… Leur périple se transforme en quête initiatique hallucinante, hallucinogène, à des années de distance. Là où ils croyaient trouver quelques sauvages attardés, c'est tout une humanité luxuriante qu'ils découvrent, qui possède un savoir peut-être à tout jamais perdu pour l'homme blanc. Certes ce dernier sait se servir d'une boussole, mais dans cet espace sans repères, à quoi servirait le Nord ? Il faut accepter de le perdre. Les communautés Cohiuano, les Ocaina, les Huitoto… n'ont pas besoin des notions occidentales pour trouver leur route dans la moiteur de leur contrée. Leur science est puissante, ils ont l'art de la survie, l'art de vivre en bonne intelligence avec les éléments, les esprits, de respecter et de protéger l'ordre naturel des choses. Si fragiles face à l'infini…

    Tout cela est superbement interprété, mis en scène dans un noir et blanc profond, sensuel. On s'enfonce nous aussi dans la beauté intimidante de l'Amazonie, pris au piège d'un royaume intemporel dominé par une nature qui ne nous appartient pas et tout juste nous tolère, où seuls les humbles peuvent subsister. Magnifique fable sur la vulnérabilité de l'homme…


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  • Ce film est une merveille! Extrêmement bien réalisé, plein d'humour et de tendresse, il est très amusant. Les acteurs sont excellents!

    scénario: 19/20       acteurs: 19/20    technique: 19/20   note finale: 19/20

    La vache

    Fatah, petit paysan Algérien n’a d’yeux que pour sa vache Jacqueline, qu'il rêve d'emmener à Paris, au salon de l'Agriculture. Lorsqu'il reçoit la précieuse invitation devant tout son village ébahi, lui qui n’a jamais quitté sa campagne, prend le bateau direction Marseille pour traverser toute la France à pied, direction Porte de Versailles.L’occasion pour Fatah et Jacqueline d’aller de rencontres en surprises et de vivre une aventure humaine faite de grands moments d’entraide et de fous rires. Un voyage inattendu et plein de tendresse dans la France d’aujourd’hui.

    Il était une fois… Cette délicate de vache, aussi tendre qu'un steak taillé dans le filet, est un véritable conte de fées. Un de ces films d'antan où se feuilletait au générique et en technicolor un gros livre chargé de dorures. Sauf que nos sociétés, aujourd'hui, n'aiment plus trop les contes. Trop dangereux, les contes, car on pourrait y croire. Trop subversives, ces histoires qui, invariablement, se terminent bien alors qu'il entre de nos jours dans la stratégie de nos élites de ne jamais nous faire rêver à des lendemains heureux.
    Pensez donc ! Imaginez un monde où tous se réconcilieraient autour d'une vache en route, sur les chemins buissonniers de France, vers un Salon de l'agriculture où chacun serait payé au juste prix de son travail. Impensable… Les contes, en effet, dérangent et troublent l'ordre productiviste établi en laissant croire au pauvre peuple qu'il est toujours possible de changer la vie pour le meilleur, alors qu'on devrait bien savoir qu'elle est en route vers le pire à travers la stricte observance de l'évangile néolibéral qui n'arrête pas, lui, de nous beugler aux oreilles, via les prix Nobel d'économie, qu'il faut être réaliste et se contenter de peu, alors qu'il y aurait avantage à se contenter de beaucoup en ignorant les sornettes qui s'obstinent à nous marteler qu'il faut se préparer maintenant à changer trois ou quatre fois de boulot au cours de sa vie, pour en trouver… du boulot, sans réfléchir un seul instant à ce que seraient ces boulots…

    Pour Fatah en tout cas, modeste paysan d'une vallée perdue du Magreb, pas question de céder aux oukases des prix Nobel d'économie. Paysan il est, paysan il restera toute sa vie, tout comme Jamel Debbouze d'ailleurs, producteur et acteur du film, dont on peut parier qu'il le gardera à vie, lui aussi, son boulot sympa d'amuseur public. Pour l'heure, notre ami Fatah s'occupe avec tendresse de sa vache, une belle tarentaise à la robe brun fauve nommée Jacqueline, qu'il inscrit chaque année avec persévérance au Salon de l'agriculture à Paris. Une constance qui finit par porter ses fruits : une lettre officielle lui annonce qu'il est invité avec Jacqueline. Néanmoins, restrictions budgétaires obligent, le voyage n'est pas pris en charge. Qu'à cela ne tienne, Fatah qui ne doute de rien prend le bateau direction Marseille, puis entame le chemin Marseille/Paris à pied. Le voyage, on s'en doute, sera haut en couleurs, à l'image de ce premier contact avec les gendarmes qui, héberlués, acceptent de se faire photographier, sans sourciller, aux côtés de Jacqueline.
    Avec un bel appétit de découvertes, Fatah parcourt une France dont il a une haute idée et qui, surprise, le lui rend bien. Son sourire engageant et son compagnonnage animal font merveille et attirent une sympathie mâtinée de curiosité de ceux qu'ils croisent, à l'image de cette troupe de théâtre fraternelle qui lui fait découvrir le « flirt » et la poire, ou de ce chatelain perclus de problèmes qu'il parvient à sortir d'un égocentrisme déprimant en l'entraînant dans la folle ronde de l'entr'aide.

    Mais plus que tout, il émane de La Vache un peu de ce qui fait le succès inattendu et incroyable de Demain : cette impression que, malgré la période assez misérable que nous traversons, nous ne sommes pas définitivement abonnés au malheur. En effet, sur un ton bon enfant et sans mièvrerie, le film délivre un message sain mais généreux : de quelque côté de la Méditerranée que l'on vienne, il est possible de se retrouver sur les mêmes valeurs…


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  • Joy

    Une heureuse surprise! Ce biopic est une totale réussite. Tout d'abord les acteurs sont excellents. Jennifer Laurence est paffaite en femme qui veut réussir et sortir de sa condition. Robert de Niro est génial en père étrange. Mais tous ces bons acteurs ne seraient rien s'ils n'étaient pas au service d'un excellent scénario qui fait que le film passe comme une seconde. c'est bien filmé. Formidable!

    scénario: 19/20       technique: 19/20    acteurs: 20/20   note finale: 19/20

    Joy

    Inspiré d'une histoire vraie, JOY décrit le fascinant et émouvant parcours, sur 40 ans, d'une femme farouchement déterminée à réussir, en dépit de son excentrique et dysfonctionnelle famille, et à fonder un empire d’un milliard de dollars. Au-delà de la femme d’exception, Joy incarne le rêve américain dans cette comédie dramatique, mêlant portrait de famille, trahisons, déraison et sentiments.


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  •  J'ai failli rater cette merveille! La pauvre condition de la femme au début du XXième siècle est particulièrement bien décrite. Le scénario montre bien l'évolution de cette femme ordinaire qui se retrouve embarquée dans un combat qui la dépasse largement.  Bien filmé, bien joué. Meryl Streep a un rôle minuscule.

    scénario: 18/20       acteurs: 18/20      technique: 18/20   note finale: 18/20

    Les suffragettes

    Au début du siècle dernier, en Angleterre, des femmes de toutes conditions décident de se battre pour obtenir le droit de vote. Face à leurs revendications, les réactions du gouvernement sont de plus en plus brutales et les obligent à entrer dans la clandestinité pour une lutte de plus en plus radicale. Puisque les manifestations pacifiques n’ont rien donné, celles que l’on appelle les suffragettes finissent par avoir recours à la violence pour se faire entendre. Dans ce combat pour l’égalité, elles sont prêtes à tout risquer: leur travail, leur maison, leurs enfants, et même leur vie. Maud est l’une de ces femmes. Jeune, mariée, mère, elle va se jeter dans le tourbillon d’une histoire que plus rien n’arrêtera…

    Suffragettes… Le mot a un petit côté léger et désuet, comme s'il évoquait une réalité certes sympathique mais sans grande conséquence, sans grand enjeu. Et pourtant ! Il faut se rappeler que ce nom de « suffragettes » désigne des femmes audacieuses et courageuses, des guerrières ordinaires qui se sont battues pour le droit de vote des femmes dans l'Angleterre du début du xxe siècle. Un combat qui mit encore quelques années à se répercuter en France et qui n’est pas encore venu à bout, un siècle plus tard, des résistances mâles les plus archaïques.
    La grande force de cet excellent film, outre sa dimension purement historique (et pédagogique : avis aux enseignants, c'est un support idéal pour travailler avec les élèves), c’est de nous plonger au cœur de ce combat, en s'attachant non pas à une figure charismatique, celle en l'occurrence d'Emmeline Pankhurst, célèbre féministe anglaise incarnée par Meryl Streep, mais à une activiste de l'ombre, une anonyme, une ouvrière.
    Là où l’on aurait pu craindre une éventuelle grandiloquence du propos, scènes de foules, grands discours et violons à l’appui, on saisit ainsi au vol la naissance hésitante mais sincère d’une conscience politique, avec tout ce que cela suppose de fragilité, de fougue, de fraîcheur mais aussi de blessures et de désillusions. Et Carey Mullighan campe à la perfection celle par laquelle cette histoire à la fois rude et exaltante nous est contée.


    Maud est ouvrière dans une blanchisserie industrielle. C’est dans ce quartier qu'elle est née, c'est dans cette entreprise que sa mère avant elle a trimé toute sa vie, dans cette entreprise qu’elle a rencontré son mari, dans cette entreprise sans doute qu’elle épuisera sa jeunesse, sa santé, sa beauté dans les vapeurs toxiques et sous les brûlures des fers. Maud est une bosseuse et elle accomplit son travail en silence, sans toutefois se soumettre complètement à l’autorité patriarcale d’un directeur dont on imagine bien qu’il a usé et abusé de son pouvoir, sur elle hier, sur d’autres plus fraîches et vulnérables aujourd’hui. Maud ne cherche rien de plus qu’à gagner son salaire, sans faire de vagues, et apporter sa contribution, même modeste, au quotidien du ménage.
    Autour d’elle, à l’usine, dans la ville, les revendications des femmes de tous âges et de toutes conditions résonnent comme un appel à la rébellion. Le combat pour le droit de vote des femmes, mené par la Women's Social and Political Union (WSPU), est à un tournant décisif. Les simples mots, les grands discours, le lobbying auprès des quelques rares hommes politiques un peu sensibles à la cause ne semblent par porter leurs fruits. L’heure est au changement de stratégie, les paroles ne suffisent plus, les femmes doivent passer à l’acte.

    Prise un peu par hasard dans le mouvement, Maud va découvrir plus qu'un combat légitime, une véritable communauté humaine et hétéroclite de femmes en lutte. Des femmes soumises rêvant de liberté, des femmes libres rêvant de justice pour toutes, des femmes modernes rêvant de progrès social. Maud va devenir militante, avec tout ce que ça suppose de violences psychologiques et physiques, d’humiliations, d’heures de prison et de solitude.
    Car la société n’est pas prête à changer et la police va tout faire pour que l’insurrection au féminin étouffe avant de se propager : il faut gaver de force celles qui font la grève de la faim, enfermer les plus combatives… Mais rien ne peut arrêter ces femmes qui ont décidé de se mettre en marche et de prendre leur futur en main.


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  • Une pure merveille!! Une histoire très originale servie par des acteurs fantastiques! Pas d'effets spéciaux, pas de violence, pas de sexe et c'est une totale réussite!! Un petit bijou!

    scénario: 19/20   acteurs: 19/20    technique: 19/20   note finale: 19/20

    Le goût des merveilles

    Au cœur de la Drôme provençale, Louise élève seule ses deux enfants et tente de préserver l’exploitation familiale. Un soir, elle manque d’écraser un inconnu au comportement singulier. Cet homme se révèle vite différent de la plupart des gens. Et sa capacité d’émerveillement pourrait bien changer la vie de Louise et de sa famille.


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  • Un film comme je les aime!! On apprend des choses, c'est un film qui reprend un fait historique. Les acteurs, sont fantastiques, le scénario est très réussi et c'est bien filmé! 

    scénario: 18/20      acteurs: 18/20   technique: 18/20   note finale: 18/20

    Elser, un héros ordinaire

    Allemagne, 8 Novembre 1939. Adolf Hitler prononce une allocution devant les dirigeants du parti nazi dans la brasserie Bürgerbräu à Munich. Une bombe explose, mais Hitler ainsi que Joseph Goebbels, Heinrich Himmler, Martin Bormann et d’autres ont quitté les lieux quelques minutes plus tôt. L’attentat est un échec. Rattrapé à la frontière suisse alors qu’il tentait de s’enfuir, Georg Elser est arrêté puis transféré à Munich pour être interrogé. Pour les Nazis, il s’agit d’un complot et on le soupçonne d’être un pion entre les mains d’une puissance étrangère. Rien ne prédestinait Georg Elser, modeste menuisier, à commettre cet acte insensé ; mais son indignation face à la brutalité croissante du régime aura réveillé en lui un héros ordinaire…

    C'est un film formidable qui exalte l'esprit de résistance, qui nous captive avec un personnage et un épisode presque oubliés d'une période historique sur laquelle on croit pourtant tout savoir.
    A la fin des années 1930, alors que le régime nazi a déjà bien assis son pouvoir, Georg Elser est un modeste menuisier de la Souabe, la partie occidentale de la Bavière. Une région aussi rurale qu'industrielle, marquée à la fois par un fort catholicisme et une conscience ouvrière et syndicale très puissante. Et ce Georg Elser ordinaire, entré presque par hasard et surtout par amitié dans le Röter Kampferbund (l'unité combattante du parti communiste), ce garçon bien plus intéressé par le jazz et les filles – qui le lui rendent bien – que par la politique et le militantisme, a failli changer le cours de l'histoire, un certain 8 Novembre 1939. Seul, sans aucun appui, sans aucune « formation » aux techniques de l'action secrète ou de commando, et au bout de plusieurs mois de préparation minutieuse, l'homme discret va fabriquer une bombe, à partir de mécanismes d'horlogerie et d'explosifs volés dans la carrière la plus proche, et la placer, après des nuits de planque assidue, dans un des piliers de la Bürgerbraükeller, la brasserie munichoise où Hitler a prévu de prononcer un discours pour commémorer son coup d'état raté de 1923. On connait malheureusement la suite : Hitler, préoccupé par les préparatifs de la guerre, écourte son discours et part plus tôt que prévu vers Berlin avec sa garde rapprochée, si bien que l'attentat ne va tuer que quelques seconds couteaux. C'est le premier d'une longue série d'attentats ratés contre Hitler (pas moins de 7, on se dit qu'il n'y a vraiment pas de justice divine) et surtout le seul accompli par un civil, tous les autres le seront par des militaires du régime.

    Le cœur du film tourne autour du fascinant triangle que forme Elser, rapidement arrêté alors qu'il essayait de passer en Suisse, et ses interrogateurs et bourreaux, Heinrich Müller, chef de la Gestapo, et Arthur Nebe, chef de la police judiciaire. Les deux nazis ne peuvent pas croire que le jeune homme a agi seul et ils veulent lui faire avouer le nom de ses complices ou commanditaires. Agents étrangers ? Cellule communiste ? Mais malgré leurs efforts zélés, qui vont évidemment jusqu'au recours à la torture, il faut se rendre à l'évidence, même si le Fürher la refuse obstinément : Elser est un simple citoyen porté par la conviction profonde de devoir « agir ainsi pour éviter que plus de sang ne soit versé »…
    Le film est passionnant parce que, au-delà du huis-clos carcéral qui va durer de longues années au cours desquelles Elser affrontera les mêmes protagonistes, le film revient en flashback sur son parcours, sur tout ce qui l'a fait évoluer depuis le début des années 30. Années encore heureuses où le jeune Elser et ses amis profitent de la nature splendide (on est tout près du superbe lac de Constance), aiment librement tout en ne dédaignant pas la tradition catholique, font la fête au rythme de la musique traditionnelle bavaroise tout en découvrant le jazz. Un monde où jeunes communistes et nationaux socialistes s'asticotent sans que les deuxièmes ne tentent d'exterminer les premiers.

    Puis à peu à peu le nazisme s'installe et la progression de l'épidémie est magnifiquement décrite : le maire un peu crétin, dont on se moquait volontiers, se rallie aux idées simples du national socialisme, les chrétiens pratiquants sont ridiculisés par les adeptes du paganisme, les croix gammées recouvrent tout et l'asservissement de chacun est inéluctable alors que tout communiste ou supposé tel est arrêté et torturé. C'est tout cela que refuse Georg Elser, c'est pour combattre tout cela qu'il va accomplir son acte hors du commun. Un héros ordinaire auquel l'acteur Christian Friedel (découvert en instituteur dans Le Ruban blanc de Michael Haneke) donne une épaisseur, une énergie, un charme extraordinaires.


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  • Une pure merveille! J'avais adoré le précédent film de Christian Carion "Joyeux Noël" et j'adore celui-là. C'est du cinéma comme je l'aime: techniquement parfait, des acteurs excellents, un scénario abouti et des images à couper le souffle. On apprend beaucoup de choses et le film permet de réfléchir. Du GRAND cinéma!!!

    scénario: 20/20      acteurs: 19/20    technique: 20/20     note finale: 20/20

    En mai, fais ce qu'il te plait

    Mai 1940. Pour fuir l'invasion allemande, les habitants d'un petit village du nord de la France partent sur les routes, comme des millions de Français. Ils emmènent avec eux dans cet exode un enfant allemand, dont le père opposant au régime nazi est emprisonné à Arras pour avoir menti sur sa nationalité. Libéré dans le chaos, celui-ci se lance à la recherche de son fils, accompagné par un soldat écossais cherchant à regagner l'Angleterre...

     


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  •  Ce film est une pure merveille à tous les niveaux!

    scénario: 20/20      acteurs: 20/20    technique: 20/20   note finale: 20/20

    Mémoire de jeunesse

    Printemps 1914. Jeune femme féministe à l’esprit frondeur, Vera Brittain est résolue à passer les examens d’admission à Oxford, malgré l’hostilité de ses parents particulièrement conservateurs. Décidée à devenir écrivain, elle est encouragée et soutenue par son frère et sa bande d’amis – et notamment par le brillant Roland Leighton dont elle s’éprend. Mais les rêves de Vera se brisent au moment où l’Angleterre entre en guerre et où tous les jeunes hommes s’engagent dans l’armée. Elle renonce alors à écrire pour devenir infirmière. Tandis que la jeune femme se rapproche de plus en plus du front, elle assiste avec désespoir à l’effondrement de son monde.

    C'est un film aussi beau et romanesque que bouleversant, une fresque historique et intime qui nous plonge au cœur de la tragédie que fut la première guerre mondiale tout en brossant le portrait passionnant d'une femme passionnante : Vera Brittain. Tout commence paradoxalement par une scène de liesse. Nous sommes en 1918 dans les rues de Londres et tout le monde fête l'armistice. Dans la foule, une belle jeune femme garde un visage grave, étrangère à l'allégresse générale. Son regard est celui d'une génération perdue, décimée, passée de l'innocence à la conscience de l'indicible. Cette femme, c'est Vera Brittain, qui deviendra quelques années plus tard une grande écrivaine et une militante anti-guerre acharnée…

    Puis le film nous ramène à l'été 1914, dans le bucolique Derbyshire, au bord d'un lac qui invite à la baignade. Vera est une jeune fille de la bonne société qui vit une existence heureuse et confortable auprès de parents aimants, même si on père fait preuve d'un autoritarisme et d'un conformisme pesants : leur sujet de conflit principal est la volonté irréductible de Vera d'intégrer Oxford. À l'époque, une telle ambition universitaire est hors de propos pour une fille (les premiers diplômes ne seront délivrés aux femmes que dans les années vingt). Mais soutenue par son frère cadet Edward, Vera ne va rien céder et va réussir à rejoindre les bancs de la prestigieuse université britannique. C'est durant ce même été 1914 qu'elle trouve l'amour en la personne avenante de Roland Leighton, un ami de son frère, féru de poésie, romantique exalté et moderne comme certains jeunes hommes savent l'être en cette période qui fait suite à plusieurs décennies victoriennes étouffantes.
    L'arrivée de la guerre va évidemment tout changer, tout bouleverser. Roland, Edward et leur ami Victor (profondément bien que discrètement amoureux de Vera) partent gonflés d'élan patriotique sur les terribles champs de bataille de la Somme, eux qui sont passés par les meilleurs et les plus nationalistes lycées militaires. Et Vera, transie d'angoisse pour les hommes de sa vie, va comprendre rapidement que pour l'heure, sa place n'est plus entre les bois séculaires de l'université d'Oxford mais auprès des combattants, à la mesure de ses moyens : elle s'engage donc en tant qu'infirmière volontaire d'abord dans un hôpital londonien puis à proximité du front, dans le terrifiant hôpital de campagne d'Etaples.
    La puissance évocatrice du film doit sans doute beaucoup aux récits de Vera Brittain dont il est directement inspiré. Mémoires de jeunesse montre cette guerre d'hommes à travers les yeux d'une femme qui y a participé et dont la vie a définitivement basculé. Sans surenchère ni complaisance, le film n'édulcore à aucun moment l'horreur des combats telle qu'elle apparaît aux équipes soigantes débordées : voir cette scène magnifique – dont on imagine qu'elle a contribué à forger le pacifisme viscéral de la future écrivaine – où Vera recueille les dernières paroles d'un officier allemand agonisant, qui dans son délire la prend pour sa femme sans qu'elle le détrompe, le laissant partir avec un ultime sourire ; ou cette autre dans laquelle l'uniforme ensanglanté d'un des protagonistes est rendu à ses parents pour les convaincre d'abandonner tout espoir même si le corps de leur fils n'a pas été retrouvé.

    Le film montre comment toute une génération enthousiaste et prometteuse a été brisée, fauchée en pleine jeunesse ou hantée à jamais par le souvenir de l'horreur, avec la farouche détermination du plus jamais ça. Et la tragédie est d'autant plus saisissante qu'on la voit dans les yeux limpides, le visage lumineux de Vera, incarnée par la merveilleuse actrice suédoise Alicia Vikander…


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  • Tout simplement une merveille! Bien joué, bien réalisé et plein de suspens. J'ai adoré.

    scénario: 18/20      acteurs: 18/20      technique: 18/20   note finale: 18/20

    Lorsqu’il fait la connaissance de Maria Altmann, un jeune avocat de Los Angeles est loin de se douter de ce qui l’attend… Cette septuagénaire excentrique lui confie une mission des plus sidérantes : l’aider à récupérer l’un des plus célèbres tableaux de Gustav Klimt, exposé dans le plus grand musée d’Autriche, dont elle assure que celui-ci appartenait à sa famille ! D’abord sceptique, le jeune avocat se laisse convaincre par cette attachante vieille dame tandis que celle-ci lui raconte sa jeunesse tourmentée, l’invasion nazi, la spoliation des tableaux de sa famille, jusqu’à sa fuite aux Etats-Unis. Mais l’Autriche n’entend évidemment pas rendre la « Joconde autrichienne » à sa propriétaire légitime… Faute de recours, ils décident d’intenter un procès au gouvernement autrichien pour faire valoir leur droit et prendre une revanche sur l’Histoire.


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