•  Ouai, bof. Des images mille fois vues et un commentaire pas original. On peut s'en passer.

    scénario: 10/20       technique: 16/20   note finale: 10/20

    Voyage of time: au fil de la vie

    Hymne à la nature et à l’univers, Voyage of Time s’interroge sur le rôle de l’homme dans le futur. Après ces temps infinis, quel est le sens de notre passage sur Terre ?

    Voyage of Time n’est pas un film. Ni même un documentaire. Il n’essaye même pas d’en prendre l’apparence. Non, Terrence Malick semble bien éloigné de tout procédé. Il livre une symphonie. De l’art.

    Mais de l’art, dans tout ce qu’il y a de plus intime ou emphatique. De beau comme de ridicule où le sublime touche au grotesque, et inversement. Une dualité de ton, un sentiment double qui ne laisse pas de marbre.

    Alors que ses précédents métrages alimentaient déjà cette vocation chez l’américain à partir dans le lyrisme naïf, Voyage of Time pousse le curseur encore plus loin, la narration n’existe plus, le récit est spectral et non plus littéral. Dans ce dernier, Malick nous montre sa vision de la naissance du monde, du cosmos jusqu’à l’infime vague, de l’infiniment grand à l’infiniment petit. Les belles images se suivent, ne ressemblent pas, paraissent parfois légères comme une plume, tout comme elles s’alourdissent de poésie embryonnaire sur la puissance matricielle de la nature mais toujours agrémentées d’une furtive mélancolie sur son devenir.

    On suit avec passion une fille qui découvre le monde moderne, tout comme on ricane avec un sourire ironique cette vision des premiers hommes par Terrence Malick. Les plans larges sur la nature, les plans numériques qui iconisent les planètes comme rarement, les cellules qui se chevauchent, les séquences sous-marines se succèdent et ne s’interrompent pas : c’est beau, c’est grand, ça invite au voyage introspectif et au mélange des couleurs.

    Chez Malick le montage parait toujours aussi personnel, touché par la ramification d’une mémoire qui déchante, une mosaïque en pleur et on ne se rend même pas compte de la beauté de ce que l’on voit. Mais au-delà de toute velléité cinématographique, de tout intérêt scientifique, de tout ce maelstrom aussi inerte qu’en mouvement entre le son et l’image, il y a un homme derrière le projet : Terrence Malick. Avec Voyage of Time, il continue de tracer le sillon de son questionnement. Malgré la candeur, la grandiloquence parfois pompeuse de ses insertions numérisées représentant des dinosaures ou autres bestiaires, l’américain semble empreint d’une peur : celle de ne pas trouver de réponses à ses questions.

    Celle d’un homme qui regarde les yeux au ciel, celle qui s’égare dans la nature et qui se pose toujours la même question : « Où es-tu ? ». Il parle mais ne reçoit pas de signe avant-coureur d’une seule parcelle de réponse. Alors il sillonne le monde. Et alors que les plans pourraient se suivre pour ne rien signifier, toute l’ampleur est là : la construction d’un monde, d’un regard qui scrute le moindre détail qui pourrait répondre à ses interrogations sur l’existence de quelque chose qui le dépasse.

    C’est ce qui fait que le cinéaste regarde hagard le suivi de l’humanité, de l’humain qui vit comme « un enfant abandonné ». Derrière le côté ésotérique de l’ensemble, Malick ne porte jamais le costume de prosélyte et ne tente même pas de convaincre. Il n’est pas là pour délivrer un message, autre que celui d’un amour qui nous transporte, de la métamorphose d’une déclaration d’amour à la vie. Le fil rouge de Voyage of Time n’est pas la chronologie du monde ni même les découvertes scientifiques. Il n’y a rien de tout cela.

    Terrence Malick n’est pas là pour donner un cours d’histoire ou de physique, c’est un homme, un empilement d’atomes qui fait voyager son esprit à travers les strates aussi temporelles que spatiales pour ne plus se sentir seul. Est-ce d’une profondeur sans égale ? Non, Terrence Malick radote un peu mais n’a jamais paru si vulnérable devant son cinéma, et ça en devient touchant tellement le geste parait si intime.


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    l'éveil de la permaculture

    La permaculture laisse entrevoir une lueur d’espoir avec ses solutions écologiquement soutenables, économiquement viables et socialement équitables. Accessible à tous, elle peut être mise en oeuvre partout… Aujourd’hui, des hommes et des femmes se rencontrent et expérimentent cette alternative crédible. La transition “permacole” est en marche !

    « Chacun d'entre nous fait partie de la solution, tout le monde peut-être acteur du changement. »
    Polluée, réchauffée, surpeuplée, malmenée, notre planète – et tout ce qu'il y a dessus – ne va pas fort. Et fibre écolo ou pas, ils sont de plus en plus nombreux à agir pour faire en sorte qu'elle se porte mieux. C'est ainsi que se développe de nouvelles manières de vivre, de faire, de consommer, de produire, de cultiver. Et on en arrive tout naturellement à la permaculture.
    La permaculture, c'est une agriculture qui tente de suivre au mieux les phénomènes naturels afin de maintenir et de respecter les équilibres entre les différentes composantes de l'écosystème Terre. L'humain est une de ces composantes. Hier marginale, elle intéresse aujourd'hui, par ses performances et ses bienfaits, de plus en plus de monde, et d'abord des agriculteurs qui se convertissent à sa pratique. Le CNRS y voit une possible alternative à l'agriculture intensive, grande consommatrice d'engrais chimiques et de pesticides. Plus globalement, la permaculture est pour ses initiateurs une solution concrète à l'effondrement des sociétés humaines.

    À travers de nombreux témoignages, de superbes images, des animations, ce film nous permet de découvrir la permaculture dans sa globalité, de comprendre ce que c'est, ce qu'elle propose. C'est un film plein d'enseignements et de dynamisme qui donne juste envie de passer à l'action. Le réalisateur est clair : la permaculture est plus qu'un modèle, elle nous permet de changer notre regard sur le monde et notre quotidien.


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  •  Un petit bijou!!

    Visages villages

    Agnès Varda et JR ont des points communs : passion et questionnement sur les images en général et plus précisément sur les lieux et les dispositifs pour les montrer, les partager, les exposer.
    Agnès a choisi le cinéma.
    JR a choisi de créer des galeries de photographies en plein air.
    Quand Agnès et JR se sont rencontrés en 2015, ils ont aussitôt eu envie de travailler ensemble, tourner un film en France, loin des villes, en voyage avec le camion photographique (et magique) de JR.
    Hasard des rencontres ou projets préparés, ils sont allés vers les autres, les ont écoutés, photographiés et parfois affichés.
    Le film raconte aussi l’histoire de leur amitié qui a grandi au cours du tournage, entre surprises et taquineries, en se riant des différences.

    Deux drôles de personnages tout droits sortis d'une bande dessinée minimaliste viennent se balader nonchalamment sur le générique du film. Des accords de guitare épurés, proches des folk songs chers aux road-movies américains, rythment leurs pas de manière opiniâtre et guillerette comme pour les guider irrémédiablement l'un vers l'autre. On reconnaît immédiatement la silhouette particulière d'Agnès Varda, petite femme au talent et à l'humanité inversement proportionnels à la taille, qui paraît encore plus minuscule qu'à l'accoutumée aux côté de cette asperge de JR. On ressent immédiatement l'invitation à un voyage humble, léger, orchestré par le duo improbable et comique du plasticien trentenaire et de la cinéaste octogénaire. Si le pont entre les œuvres urbaines monumentales de l'un et les ouvrages fignolés tout en discrétion de l'autre ne saute pas aux yeux, un cousinage évident se révèle progressivement. On comprend vite que le chemin avec eux ne sera jamais pesant et qu'on n'aura jamais envie de les quitter, eux, leur univers espiègle et généreux : Agnès, ses sourires émouvants, et ce vaurien de JR qui n'arrête pas de l'asticoter. Comme si le plus grand respect qu'on pouvait témoigner aux « vieilles » était de rester insolent, de ne pas s'apitoyer sur les fragilités d'un corps désormais inadapté aux frasques d'un esprit pétillant, indomptable. Madame Varda, il y a plus de jeunesse, d'énergie et de rébellion sous votre frange bicolore que dans n'importe quelle boîte de nuit branchée !



    D'ailleurs ce n'est pas dans un night-club que se sont rencontrés AV et JR. Pas plus que lors d'un de ses vernissages, même si la cinéaste connaissait les collages XXL du photographe. Pas rencontrés non plus à un arrêt de bus… Illustrant chacune de ces situations de manière hilarante, Varda manie l'anaphore avec malice, amorce son récit par un jeu de devinettes. Dans une boulangerie ? Pas plus que sur une route… Quoi que ce soit moins certain, puisque c'est en la prenant ensemble que les deux co-réalisateurs de Visages Villages vont se découvrir l'un l'autre, sous notre regard complice.
    Voilà notre glaneuse et notre baroudeur, improbable équipage, embarqués dans une camionnette-photomaton à l'œil gourmand, prêts à croquer tous les passants. On ne se lasse pas de leurs échanges pleins d'humour, de candeur, de pragmatisme, dans lesquels ils se renvoient la balle tendrement, jouant avec les idées, les images, les mots. On prend plaisir à leurs haltes villageoises, à les voir musarder de Pirou Plage aux plages d'Agnès, tout en piquant une tête dans la nouvelle vague. Mais surtout on se régale de leur capacité d'émerveillement communicative, de leur curiosité insatiable pour les autres. Et le hasard (le meilleur assistant d'Agnès Varda, dit-elle !) nous fait rencontrer des gens qui semblent parfois d'un autre temps, d'un autre monde qui sont pourtant les nôtres. En quelques portraits, Agnès et JR donnent une voix aux « masses silencieuses », magnifiant ces anonymes, agrandissant leurs photos comme pour signifier leur importance, leur redonner la fierté d'être ce qu'ils sont.

    C'est un hymne aux simples mortels, aux ignorés du CAC 40, aux oubliées de la grande Histoire. À ceux qui œuvrent silencieusement, aux ouvriers, aux paysans, aux héros de l'ombre, aux ombres de leurs ombres, leurs invisibles compagnes : femmes de dockers, de mineurs, fermières, serveuses… C'est un incroyable carillonneur qui virevolte parmi ses cloches. C'est Jeannine si touchante qui se revoit petite fille en train de guetter le « pain d'alouette » que son père ramenait du coron. C'est Patricia l'éleveuse qui résiste à la mode d'écorner les chèvres pour les empêcher de se battre. C'est Jackie le facteur heureux des liens tissés au fil de ses tournées, ou encore cet ingénieur fier de se sentir utile en travaillant dans une usine classée à risques… Tant de visages restés obscurs ou devenus illustres qui seront engloutis un jour par le temps, le vent et les marées.
    Le mot de la fin, si on avait le choix, on ne le laisserait pas à Godard (affectueusement évoqué par AV), mais à Pony, artiste méconnu et haut en couleurs : « Je suis né à l'ombre d'une étoile. Ma mère la lune m'a donné sa fraîcheur. Mon père le soleil, sa chaleur. Et l'univers pour y habiter. Tu te rends compte ? C'est quand même une grande place, que j'ai dans la vie ! »


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  • Un très beau documentaire sur un moine birman bizarre qui prône la haine et la mort des musulmans de son pays. Intéressant et effrayant.

    scénario: 18/20          technique: 18/20    note finale: 18/20

    Le vénérable W

    En Birmanie, le « Vénérable W. » est un moine bouddhiste très influent. Partir à sa rencontre, c’est se retrouver au cœur du racisme quotidien, et observer comment l'islamophobie et le discours haineux se transforment en violence et en destruction. Pourtant nous sommes dans un pays où 90% de la population est bouddhiste, religion fondée sur un mode de vie pacifique, tolérant et non-violent.

    « La haine est certainement le plus durable des plaisirs… » (Lord Byron)

    Dans sa robe couleur safran, ce moine à l'air poupon, humblement assis face à la caméra, provoque d'emblée un élan d'empathie. D'autant qu'une religion qui ne s'embarrasse ni de dieux ni de maîtres pourrait a priori sembler constituer un bon rempart contre tous les intégristes monothéistes prêts à en découdre pour prouver que le seul bon dieu est le leur. Et si le bouddhisme, qui prône un amour sans limite envers tous les êtres, était la solution aux désordres du monde, du moins de ceux du Myanmar (ou Birmanie) ? On se laisse bercer par les paroles apaisantes qu'Ashin Wirathu prononce, son calme charismatique… On écoute sans déplaisir le récit vite brossé de son enfance, son arrivée dans un premier monastère… On verrait presque en lui une victime, un opprimé, devenu un cador de la méditation grâce à neuf ans dans les geôles de la junte militaire. Presque un héros non violent façon Gandhi en quelque sorte… À l'écouter… Puis une petite phrase dérape… Quelques mots mis bout-à-bout qui véhiculent une idéologie si diamétralement opposée aux mantras bienveillants qu'on se pincerait presque en se demandant si on a bien entendu. D'ailleurs le discours repart de plus belle sur les bienfaits de la bonté, de la compassion… C'est alors que notre bon bonze revient à la charge en accusant les Musulmans de « s'entredévorer comme des poissons ».


    Ces dangereux adorateurs d'Allah seraient également devenus aussi véloces que des lapins dans l'art de se reproduire. C'est « la stratégie du sexe » : violer et engrosser autant de femmes que possible pour multiplier leur sale engeance. Une manière imparable de conquérir le monde ! Dans la bouche d'un individu lambda ce serait juste détestable, grotesque… Dans la bouche de ce religieux révéré, ça glace les sangs ! Plus nul doute ne plane : nous voilà plongés dans la fange du racisme ordinaire. L'ennemi à abattre est désormais clairement désigné par Wirathu : c'est la part musulmane du peuple birman (4%), dont la petite minorité des Rohingyas venus jadis du Bengladesh… Méthodiquement, systématiquement, l'inénarrable bien plus que vénérable W. jalonne ses sermons d'invectives venimeuses qui insidieusement s'infiltrent dans les veines d'une société encore convalescente après tant d'années de dictature. Ainsi attise-t-il les braises d'une colère larvée, qui ne demande qu'à s'embraser au moindre incident. Et c'est ce qui ne tardera pas à se produire, comme on le sait… D'autant que Wirathu a créé autour de lui une organisation qui vise à être aussi performante que « la CIA, le Mossad »… Viennent alors les questionnements sur ceux qui avancent à couvert derrière ces illuminés… La place des autorités dans tout cela, celle du prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi, celle des contrées occidentales ? À qui profitent ces crimes ?

    C'est un film extrêmement dérangeant, faussement neutre. Barbet Schroeder nous dispense de discours moralisateurs qui enfonceraient des portes ouvertes. Grâce à un montage méthodique, sans effet superfétatoire, où sont savamment agencées les interviews actuelles, les images d'archives, les vidéos d'amateurs, il anéantit nos repères, nous amène à analyser. Inutile de se fier à nos premières impressions, à nos sentiments qui nous tromperont plus d'une fois au fur et à mesure que le récit avance. C'est une spirale vertigineuse qui nous engloutit, presque physiquement. Fascinés, paralysés comme autant de petites souris apeurées devant l'énorme serpent. On a beau essayer de décortiquer l'incompréhensible, peut-être ne le comprendra-t-on jamais. Après tout l'inhumanité est aussi une composante de l'humanité.
    Le Vénérable W. vient achever brillamment ce que Barbet Schroeder appelle sa « Trilogie du mal » : le premier volet était en 1974 Général Idi Amin Dada : Autoportrait, le deuxième L’Avocat de la terreur, sur Jacques Vergès, en 2007.


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  •  L’auteur des "Bienveillantes" consacre un documentaire vertigineux aux enfants-soldats d’Ouganda. Un très beau documentaire malgré certaines longueurs.

    scénario: 18/20     technique: 18/20     note finale: 16/20

    Wrong elements

    Ouganda 1989. Un jeune insurgé acholi guidé par des esprits, Joseph Kony, forme un nouveau mouvement rebelle contre le pouvoir central, la LRA, « l’Armée de Résistance du Seigneur ». Une armée qui se développe au fil des années par des enlèvements d’adolescents – plus de 60 000 en 25 ans – dont moins de la moitié sont ressortis vivants du « bush ». Geofrey, Nighty et Mike, un groupe d’amis, ainsi que Lapisa, font partie de ces adolescents, enlevés à l’âge de 12 ou 13 ans. Aujourd’hui ils tentent de se reconstruire, de retrouver une vie normale, et reviennent sur les lieux qui ont marqué leur enfance volée. À la fois victimes et bourreaux, témoins et acteurs d’exactions qui les dépassent, ils sont toujours les “Wrong Elements” que la société a du mal à accepter. Pendant ce temps, l’armée ougandaise traque, dans l’immense forêt centrafricaine, les derniers rebelles LRA dispersés. Mais Joseph Kony, lui, court toujours.

    Dans son roman Les Bienveillantes, Jonathan Littell interrogeait la responsabilité individuelle face au mal à travers le portrait d'un officier nazi. La question hante également le premier documentaire de l'écrivain-journaliste, mais avec une acuité plus terrible encore. Car les « bourreaux » de Wrong elements ont commis leurs exactions quand ils étaient adolescents…
    A partir de 1989, dans l'Ouganda ravagé par la guerre civile, le mouvement rebelle Lord's Resistance Army (l'Armée de la résistance du Seigneur ou LRA) a enlevé plus de 60 000 jeunes pour les transformer en soldats. Dès l'âge de treize ans, Geofrey et Mike ont ainsi reçu l'ordre de piller, de torturer, de tuer. Nighty, elle, a été esclave sexuelle pour les cadres de l'organisation. Après des années de cauchemar, ils ont réussi à fuir et à bénéficier de l'amnistie accordée aux « repentis ».

    Face à la caméra toujours à bonne distance, ils racontent leur tentative de retour à une vie normale : difficile de se réinsérer dans une société dont on a longtemps été l'ennemi, où les familles des morts réclament vengeance… Le réalisateur chronique les retrouvailles des trois amis sur les lieux mêmes de leur passé sanglant. Les herbes hautes ont effacé les traces du quartier général de la LRA, mais Geofrey, Mike et Nighty se souviennent de tout. Alternent les récits terribles et les blagues. Rejouent la guerre dont ils furent les acteurs autant que les victimes. Et redeviennent des enfants…
    Leurs rires, leur appétit de vivre contrastent avec la solitude de Lapisa, une autre « épouse de guerre », aujourd'hui aux portes de la folie. Et avec l'incompréhension de Dominic Ongwen, l'officier supérieur de la LRA dont Littell a pu filmer la reddition, en Janvier 2015. Lui aussi a rendu les armes dans l'espoir d'être amnistié. Mais l'ampleur de ses crimes l'interdit : il est réclamé par le Tribunal Pénal International. Pour Geofrey, le sort réservé à son ancien chef est injuste, car lui aussi a été recruté par la LRA sous la contrainte quand il était gamin…

    Jonathan Littell raconte cette page d'histoire complexe en journaliste, avec des cartons explicatifs pour préciser la chronologie, et quelques images d'archives saisissantes. Mais aussi, et surtout, en cinéaste aux partis pris esthétiques assumés. Les longs plans de la jungle luxuriante sont mis en scène comme des tableaux. La beauté des images, magnifiée par l'utilisation de la musique classique, n'est pas gratuite : elle offre une distance salutaire pour dépasser le simple récit des événements. Et pour prendre conscience de la dimension universelle de la tragédie des enfants-soldats.


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  •  Un documentaire intéressant mais que le montage est laborieux... Le réalisateur va dans tous les sens et on le sent vraiment dépassé par son sujet. Dommage. Intéressant mais 30 minutes de trop.

    scénario: 12/20   technique: 12/20   note finale: 12/20

    l'opéra

    Une saison dans les coulisses de L’Opéra de Paris. Passant de la danse à la musique, tour à tour ironique, léger et cruel, l’Opéra met en scène des passions humaines, et raconte des tranches de vie, au coeur d’une des plus prestigieuses institutions lyriques du monde.

    Scène d’ouverture splendide sur le toit de l’opéra Bastille. On surplombe Paris sous les pâles rayons du soleil qui s’éveille : océan d’immeubles et de monuments encore grisés par la nuit qui s’achève, ciel aux bleus hésitants, volutes de nuages teintés de blancs et de gris luminescents. Deux pompiers, rendus minuscules par ce décor grandiose, s’activent sur une musique magistrale, de toute beauté. L’instant d’après, plongée directe dans un bureau cossu où l’on va assister à un conseil d’administration digne d’un scénario d’opéra bouffe. Pris avec distanciation, les non dits, les manœuvres diplomatiques… deviennent autant de petits clins d’œils comiques et parfois cyniques qui donneront complexité et relief à la suite du récit.


    La tension dramaturgique qui s’ensuit n’a rien à envier à une tragédie grecque ! Mais où sont donc cachés ceux qui vivent d’amour et d’eau fraîche, de passion musicale dans cette honorable maison ? Où sont passés les cantatrices (chauves ou pas), les grands musiciens, les petits rats de l’opéra et leurs entrechats ? Ne vous inquiétez pas : eux aussi sont-là ! Ainsi qu’un Benjamin Millepied et mille autres petites voix… Seulement Jean-Stéphane Bron ne limite pas le champ de sa caméra à un cadre conventionnel. Son documentaire n’est pas le fruit d’un regard spécialisé dans les arts lyriques mais celui d’un curieux amusé, lucide et gourmand. Il croque sur le vif un tableau surprenant, inattendu et accessible même aux plus profanes d’entre nous. Il filme avec autant de bonheur et d’intensité les personnes qui effectuent les tâches ingrates (mais ô combien essentielles) que celles qui tiennent le haut du plateau. Il se faufile dans les coulisses, s’intéresse tout aussi bien à ceux qui tiennent une serpillière qu’à ceux qui tiennent les cordons de la bourse. Et surtout il n’aborde pas la vieille dame tricentenaire religieusement, avec des pincettes. Loin de limiter son investigation au seul paraître, il survole vite fait ses fards et ses paillettes pour aller mieux farfouiller sous ses jupons (le petit fripon !). On ne s’extasie peut-être pas des heures sur la beauté d’une œuvre mais on n’en ressort pas moins nourris, touchés par la douleur d’une danseuse après sa prestation, réjouis par le bonheur communicatif d’un jeune baryton qui réussit son audition, oppressés par le trac des vedettes ou par la tension qui règne autour du plateau…

    Pom pom pom pom ! Voilà l’orchestre qui arrive au grand complet. Puis les chœurs de chanteurs qui vocalisent ou de syndicalistes qui revendiquent, tandis qu’au dehors, dans la rue, gronde la colère des intermittents. L’opéra de Paris c’est comme le condensé d’une planète mystérieuse, si lointaine et si proche de la nôtre, peuplée par le ballet incessant de petites mains humbles qui s’affairent sous le regard indifférent des puissants de notre monde. Ici la classe ouvrière côtoie de si près les classes dirigeantes, l’oligarchie, que ça donne le tournis quand on y songe. Ces techniciens, ces balayeurs, ces coiffeuses, ces costumières, ces régisseuses… virtuoses de l’ombre, peu reconnus, mais souvent tout aussi impliqués et passionnés que les artistes eux-mêmes. On les découvre attentifs, stressés, dévoués, émouvants, drôles, parcourus par des rires nerveux… Personnages hauts en couleurs, arrogants ou effacés, généreux ou mesquins, subtils ou caricaturaux… multiples. Ici le beau côtoie le laid, le grotesque flirte avec la délicatesse, la mesquinerie avec la générosité… Mais tous finissent par œuvrer à l’unisson dans un même élan pour atteindre la perfection à chaque levée du rideau.

    Si le film reste de bout en bout envoûtant, une de ses plus belles scènes le film est peut-être celle où la caméra saisit au vol le regard d’une femme de ménage noire dont les pas croisent ceux d’un groupe de très jeunes musiciens, tout aussi noirs qu’elle. Un regard complexe, magnifique qui dit tout : l’étonnement, la fierté, l’espoir que les temps changent enfin ! Au final le rideau se referme sur un très bel hymne à l’humanité, aux petits, aux obscurs, aux sans-grades dont on ressort envoûté.


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  • Un excellent documentaire sur un problème méconnu de la guerre d'Algérie. Bien filmé, très intéressant, je recommande.

    scénario: 17/20     technique: 17/20   note finale: 17/20

    Algérie si possible

    En rencontrant ses anciens compagnons de combat, le film suit le parcours d’Yves Mathieu, anticolonialiste en Afrique Noire puis avocat du FLN. À l’indépendance de l’Algérie, il rédige les Décrets de Mars sur les biens vacants et l’autogestion, promulgués en 1963 par Ahmed Ben Bella. La vie d’Yves Mathieu est rythmée par ses engagements dans une Algérie qu’on appelait alors « Le Phare du Tiers Monde ». La réalisatrice, qui est sa fille, revient sur les conditions de son décès en 1966.

    C'est un film passionnant, un document rare et précieux sur une période pas vraiment connue de notre histoire récente, saisie dans sa dimension personnelle, locale et néanmoins universelle. À travers le destin d'un homme engagé, ce sont les destins des peuples qui se dessinent, se confrontent, et interrogent notre propre actualité.
    Viviane Candas part ici à la recherche de ceux qui étaient les compagnons de son père, tué un matin de 1966 sur une route d'Algérie par un camion militaire, et réussit au fil de ce parcours personnel à nous questionner sur des sujets aussi forts que la pureté en politique, les difficultés à ancrer une belle idée révolutionnaire dans la durée alors que, l'individualisme des uns, la soif de pouvoir des autres, la bureaucratie et l'immaturité politique du plus grand nombre la menacent autant que les interférences des pays « partenaires ». Ici, le récit factuel ne se dissocie jamais de ce qu'il y a de plus fondamental : le sens des choses, le sens de l'engagement, la difficulté d'agir dans un contexte où s'exercent des forces contradictoires. Pour autant qu'il y ait un lien affectif profond, en suivant les fils de vie qui la relie à l'histoire de son père, jamais Viviane Candas ne cède à la facilité et tisse un portrait intense et superbe, à la hauteur d'un homme exceptionnel et modeste, porté par un idéal immense et dont les valeurs survivent malgré le temps et sa disparition précoce.

    Yves Mathieu est né en Algérie. Avocat, militant anticolonialiste, engagé très tôt dans les réseaux de la résistance française, il devient un des avocats du FLN et continue après l'indépendance à travailler avec acharnement pour donner autonomie et force à cette Algérie qui lui est chevillée à l'âme. Son épouse aussi est avocate et ils participent ensemble à l'alphabétisation des populations, au reboisement des zones brûlées au napalm par l'armée française, à la mise en place d'un système de santé… Il est un des acteurs du projet d'autogestion des domaines agricoles, rédigeant les décrets de Mars 1963 sur les biens vacants, il participe aux comités de gestion qui dessinent les contours de la démarche révolutionnaire qu'engage Ben Bella dès 1963… L'Algérie devient alors « le phare du tiers-monde », le point de convergence de tous ceux qui luttent un peu partout dans le monde pour construire des sociétés plus justes… Che Guevara y tiendra son dernier discours public (en français).
    Puis Houari Boumédiène, à la suite d'un coup d'état, prendra le pouvoir et Ben Bella sera mis en résidence surveillée… La lumière n'a jamais été faite sur les conditions de l'accident qui a coûté la vie à Yves Mathieu ce matin là. Il se savait surveillé et les réactions de certains proches du pouvoir d'alors laissent entendre qu'ils s'attendaient à une issue de ce genre.

    Viviane Candas, en sus d'être la fille d'Yves Mathieu, est comédienne, scénariste, romancière, réalisatrice (Suzanne, qu'on avait beaucoup aimé il y a déjà dix ans). Son film est riche de rencontres exceptionnelles, d'informations multiples. Au-delà du portrait d'un homme, elle dessine celui d'un pays à un moment précis, donne à méditer sur son évolution, sur le rôle que la France a pu y jouer… « Pour que la jeunesse élargisse le champ des possibles et n'aie pas peur de faire de grandes expériences, il faut que la mémoire des expériences précédentes lui soit transmise. Elle trouvera comment s'en servir. » Viviane Candas


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  • Un très beau documentaire sur Jerôme Bosch et son célèbre tableau "le jardin des délices" en particulier. Très réussi et passionnant.

    scénario: 16/20     technique: 16/20      note finale: 16/20

    Le mystère Jerôme Bosch

    500 ans après sa disparition, Jérôme Bosch, l’un des plus grands peintres flamands, continue à intriguer avec une œuvre aussi fascinante qu’énigmatique, aux interprétations multiples. À travers « Le Jardin des Délices », historiens de l’art, philosophes, psychanalystes en cherchent le sens et rendent un hommage vibrant à un artiste qui défie le temps.

    Savez-vous quel est le point commun entre Deep Purple, le groupe précurseur du heavy metal, et Michael Jackson, le King de la Pop ? La réponse, pour le moins étonnante, est : Jérôme Bosch et plus précisément son célébrissime Le Jardin des Délices. Fascinés par le peintre flamand, les uns et l'autre ont utilisé un détail de ce tableau mythique pour illustrer une de leurs pochettes, celle de l'album éponyme Deep Purple de 1969 et, pour le roi du moon walk, celle de son album Dangerous, en 1991…
    C'était une amusante petite anecdote pour montrer à quel point ce peintre et tout spécialement son Jardin des Délices, exposé depuis 1936 au Musée madrilène du Prado, ont marqué des générations d'artistes de tout poil, autres peintres comme Dali et plus largement les surréalistes, mais aussi artistes de BD, philosophes et évidemment historiens d'art. Le documentariste José Luis López-Linares, qui connait chacun des recoins du Prado, a eu tout le loisir de voir et revoir Le Jardin des Délices et de se laisser subjuguer par sa beauté vénéneuse et son vertigineux mystère. Il a ressenti l'impérieux besoin de confronter cette œuvre non seulement au regard des visiteurs – frappés parfois du célèbre syndrome de Stendhal –, mais à celui de prestigieux intervenants de tous horizons qui nous font partager leur passion pour Bosch et leur ressenti face à une œuvre dont l'interprétation prête encore, cinq siècles après sa création, à controverses.


    Car ce qui se dévoile au fil du film et des entretiens, c'est que Jérôme Bosch, né au milieu du xve siècle dans un honnête bourg du Brabant septentrional (l'actuel nord des Pays Bas, alors sous domination du duc de Bourgogne avant son annexion quelques années plus tard à l'Empire des Habsbourg) est lui-même un mystère. Ce qui surprend, c'est le contraste entre ce qu'on connaît du parcours de l'homme, très conservateur, fils d'une famille de peintres installés, membre honorable de la très pieuse confrérie Notre Dame (une assemblée de notables très catholiques, qui vouaient un culte à la Vierge) et sa folie picturale absolument singulière et même inacceptable pour son époque, au point qu'il fut boudé pendant quatre siècles avant d'être redécouvert entre autres par les surréalistes. Cette folie créatrice est peut être à son apogée dans ce Jardin des Délices tryptique probablement commandé par le prince de Nassau dont la cour était alors à Bruxelles. Un tryptique à vocation morale, avec sur le panneau gauche une évocation supposée de la Genèse et du Jardin d'Eden. Au centre une description hallucinante, à base d'innombrables micro saynètes, d'un eden voué aux excès et à la luxure. Et enfin à droite une description méticuleuse des affres de l'enfer. Face à ce tableau fourmillant de détails géniaux et grotesques – fruits géants que des personnages minuscules dévorent, animaux fantastiques symboles du péché pour la plupart, scènes orgiaques à peine déguisées, tortures que même le plus sadique des bourreaux chinois impériaux n'auraient pas imaginées – on a toujours cherché comprendre si Bosch était un moraliste rigoriste voulant montrer le pire pour inciter à la vertu, ou un génie provocateur se vouant à la description du vice avec gourmandise.

    Le film voyage au cœur d'une œuvre qui mériterait des heures de contemplation et permet de confronter les réflexions de grands noms de la littérature, de la philosophie, de l'histoire de l'art, des arts plastiques contemporains pour tenter de décrypter – peut-être en vain – un mystère qui se voulait dès le départ insoluble. Mais même si aucune réponse définitive n'est donnée, l'enquête est passionnante et excitante.


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  •  Un très beau documentaire sur la vie d'un orchestre. Très intéressant!

    scénario: 16/20     technique: 16/20    note finale: 16/20

    Royal orchestra

    Pour célébrer son 125e anniversaire, le prestigieux Orchestre Royal du Concertgebouw d’Amsterdam part en tournée à travers le monde. Heddy Honigmann suit les virtuoses à Buenos Aires, Soweto et Saint-Pétersbourg. Elle nous fait partager leur quotidien loin de leurs familles et leur communion avec le public ; elle part également à la rencontre des auditeurs et spectateurs, réunis par la même passion pour la musique.

    Le tour du monde en cinquante concerts ! Ainsi s'appelait dans un premier temps cet incroyable documentaire, d'une simplicité vraie, qui nous a tous emballés au Festival de La Rochelle, avant d'être débaptisé. On aimait ce premier titre : Le tour du monde en cinquante concerts… Comme un petit clin d'œil à Jules Vernes qui disait bien la patte espiègle et subtile de la réalisatrice Heddy Honigmann. D'un travail de commande (passée par le prestigieux Royal Concertgebouw Orchestra d'Amsterdam pour célébrer ses 125 ans) elle a réussi à faire une véritable aventure de vie qui se déguste comme un roman ! Ce n'était pourtant pas gagné d'avance : comment filmer la tournée internationale de cet organisme presque tentaculaire (une tête qui dirige et de multiples bras : plus de cinquante musiciens) et en faire une œuvre vivante, cohérente, originale, qui tienne le spectateur en haleine ? Comment trouver des plans d'attaque originaux, ne pas sombrer dans le « déjà vu » ?

    Heddy Honigmann réussit tout cela avec brio et dirige sa caméra avec les gestes précis et limpides d'un véritable chef d'orchestre. Toujours à capter la petite chose, le menu détail qui en disent plus long que bien des discours et ménagent des moments de respirations joviaux ou tendres. Son plaisir indéniable derrière la caméra est immédiatement perceptible, communicatif et jamais elle ne se met en avant. Cinéaste discrète, marionnettiste de l'ombre, qui nous entraîne avec bonheur dans les coulisses, l'intimité des virtuoses et même celle de leurs plus modestes admirateurs. La musique devient plus qu'un simple loisir, elle est un art de vivre démocratique, presque une philosophie. Elle est aussi un langage à part qui relie entre eux les mélomanes venus de tous horizons. De Saint Pétersbourg à Buenos Aires en passant par Soweto… Heddy ne se contente pas de survoler les sujets et en peu de plans elle brosse un contexte politique, humain… passionnant.

    Première séquence : mais quel est ce petit point insignifiant sur cette grande scène, perdu au milieu de cet immense opéra vide qui semble l'engloutir ? Voilà le percussionniste de cette formation symphonique ! Et c'est fort malin de commencer par lui. Le bougre parle de son boulot avec tant d'humilité et de drôlerie que, d'un coup de baguette, il brise la glace et un mythe. La grande musique n'est pas une affaire d'élite, elle aussi accessible aux petites oreilles, celle des obscurs, des sans-grade. Elle est avant tout une merveilleuse aventure à la portée de tous. On finirait même par croire qu'un jour elle parviendra à briser les ridicules frontières érigées par la petitesse des hommes !


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  •  Un joli documentaire sur l'histoire de l'humanité. Les images sont splendides. On peut cependant regretter qu'elles aient été vues et revues 1000 fois.

    scénario: 16/20       technique: 18/20      note finale: 16/20

    Les saisons

    Après avoir parcouru le globe à tire d’ailes avec les oiseaux migrateurs et surfé dans tous les océans en compagnie des baleines et des raies mantas, Jacques Perrin et Jacques Cluzaud reviennent pour ce nouvel opus sur des terres plus familières. Ils nous convient à un formidable voyage à travers le temps pour redécouvrir ces territoires européens que nous partageons avec les animaux sauvages depuis la dernière ère glaciaire jusqu’à nos jours.
    L’hiver durait depuis 80 000 ans lorsque, en un temps très bref, une forêt immense recouvre tout le continent. Une nouvelle configuration planétaire et tout est bouleversé. Le cycle des saisons se met en place, le paysage se métamorphose, la faune et la flore évoluent. L’histoire commence… À un interminable âge de glace succède une forêt profonde et riche puis, sous l’impulsion d’hommes nouveaux, une campagne riante.
    Les Saisons est une épopée sensible et inédite qui relate la longue et tumultueuse histoire commune qui lie l’homme aux animaux.

    Après avoir parcouru le globe à tire-d’aile avec les oiseaux migrateurs et surfé dans tous les océans en compagnie des baleines et des raies manta, Jacques Perrin et Jacques Cluzaud reviennent pour ce nouveau film sur des terres plus familières. Ils nous convient à un voyage à travers le temps pour redécouvrir ces territoires européens que nous partageons avec les animaux sauvages depuis la dernière ère glaciaire.
    L’hiver durait depuis 80000 ans lorsque, en un temps très bref, une forêt immense recouvre tout le continent. Une nouvelle configuration planétaire et tout est bouleversé. Le cycle des saisons se met en place, le paysage se métamorphose, la faune et la flore évoluent. L’histoire commence… À un interminable âge de glace succède une forêt profonde et riche puis, sous l’impulsion d’hommes nouveaux, une campagne riante.


    Un peu plus qu’un simple film documentaire animalier, Les saisons est une épopée sensible et pédagogique à travers les âges qui relate la longue et tumultueuse histoire commune qui lie l’homme aux animaux. Le discours n’est pourtant pas assommant et si le film s’adresse à un public large (et donc aussi scolaire), il reste avant tout très visuel. Pas de grand exposé scientifique ni trop de blabla universitaire : la beauté des images se suffit à elle-même et les mots, dévoilés avec parcimonie, ne sont là que pour situer les grandes lignes du propos.
    La caméra suit au plus près les animaux petits et gros, lents et rapides, prédateurs ou simple habitants de cette planète bleue et verte que l’homme et sa technologie n’ont pas épargnée.
    Bébés renard et oisillons, majestueux cerfs, sangliers, oies sauvages, hibou, en solo ou en troupeau, sous le vent, les feuilles, la neige ou le soleil, le règne animal est filmé dans toute sa sublime diversité, dans sa sauvagerie autant que son authentique poésie.


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  • Une pure merveille! Ce documentaire sur la dernière année d'enseignement d'un instituteur de campagne est une véritable madeleine de Proust. Plein de tendresse, sensible et émouvant, ce film nous ramène sur les chemins de l'enfance et c'est un pur bonheur. merci à la réalisatrice, et à toute l'équipe.

    scénario: 20/20        technique: 20/20              note finale: 20/20

    Mon maître d'école

    A St Just-et-Vacquières, Jean-Michel Burel, maitre d’école d’une classe à plusieurs niveaux, commence sa dernière année scolaire avant la retraite. L’instituteur enseigne la tolérance et la sagesse au même titre que l’orthographe et les mathématiques. Il mène son programme avec détermination. Il s’évertue à soutenir les élèves pour leur donner confiance et les élever plus haut. À travers les yeux d’une ancienne élève, aujourd’hui réalisatrice, se dessine une école intemporelle où la rigueur se conjugue avec la bonne humeur, une école où la liberté commence avec le respect de celle des autres. Une école qui appartient à tous et au domaine universel de l’enfance.


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  •  Un documentaire très intéressant sur un ancien président africain qui fut un visionnaire et qui fut assassiné par son meilleur ami qui est d'ailleurs toujours au pouvoir!! A voir, pour l'histoire et pour l'homme qui voulait une Grande Afrique!

    scénario: 19/20         technique: 19/20     note finale: 19/20

    Capitaine Thomas Sankara

    Capitaine Thomas Sankara dévoile le destin unique du président du Burkina Faso, de son élection en 1983 à son assassinat en 1987. Révolutionnaire, féministe et écologiste, Thomas Sankara a transformé l’un des pays les plus pauvres du monde en défendant la voix des exclus jusqu’à la tribune de l’ONU pour réclamer l’annulation de la dette africaine. Ces archives étonnantes redonnent la parole à ce leader charismatique qui a marqué les consciences bien au-delà de l'Afrique.

    Le metteur en scène Christophe Cupelin explique d'où lui vient son intérêt pour le BurkinaFaso et le chef d'état atypique assassiné en 1987 Thomas Sankara : "Je me suis rendu une première fois au Burkina Faso en 1985. La découverte de la révolution Burkinabé fut un choc et une révélation pour le jeune homme de dix-neuf ans que j’étais. Pour tous ceux de ma génération, africains ou non, qui ont connu Thomas Sankara, il représentait alors non seulement l’espoir d’une société plus juste au Burkina Faso mais encore l’espoir d’un monde meilleur pour tous. Ce président innovant qui parlait avec verve et humour de problèmes sérieux, notamment à la radio nationale du Burkina, a laissé une trace indélébile dans ma mémoire."

    Thomas Sankara devient président de la Haute-Volta le 4 août 1983. Une année après, il marque définitivement l'histoire et l'identité de son pays en le rebaptisant Burkina Faso, littéralement la « terre des hommes intègres ». Bien au-delà des frontières de son pays, il a représenté un immense espoir pour une grande partie de la jeunesse africaine.
    Sa politique d'affranchissement du Burkina Faso, qui promeut notamment l'autosuffisance de la nation sur le plan alimentaire, l'amène à prendre radicalement position contre toute forme d'influence impérialiste ou néocoloniale, et lui fait adopter un discours sans ambages à l'égard des puissants de son époque. Sankara tente de réformer en profondeur la société civile, qu'il considère comme encore figée sur le modèle féodal, en luttant contre les inégalités entre hommes et femmes, l'analphabétisme, la corruption, les privilèges des fonctionnaires… Mais en dépit des succès apparents et de la popularité de sa révolution, Sankara est contesté en coulisses. Il est brusquement assassiné le 15 octobre 1987 lors d'un coup d'État que l'on dit organisé par Blaise Compaoré, l'homme qu'il considérait comme son frère, actuel président du Burkina Faso.
    À travers un montage d'archives rares méticuleusement rassemblées, le réalisateur Christophe Cupelin offre une vision complète de l'héritage intellectuel et politique de Sankara, et restitue fidèlement l'atypisme de ce chef d'Etat, percutant dans son action comme dans ses propos. Vingt-sept ans après sa disparition tragique et officiellement non élucidée, ce film donne enfin à voir et à entendre la parole de Thomas Sankara, l'un des plus importants leaders africains du xxe siècle.

    Thomas Sankara était un chef d’Etat atypique dont la renommée a littéralement traversé les frontières de son pays et du continent africain. L'homme politique anti-impérialiste était considéré comme le porteparole des laissés pour comptes :"C’était un révolutionnaire anti-conformiste, même vis-à-vis de son propre camp. Par sa probité, son intégrité et son charisme, il a été celui qui a « osé inventer l’avenir », selon sa propre formule. Il appartenait à la nouvelle génération apparue en Afrique dans les années 1980, de jeunes militaires révolutionnaires épris d’intégrité et de liberté. « Sans formation politique, un militaire n’est qu’un criminel en puissance », disait-il, marquant ainsi sa différence. Ses déclarations ont fait trembler les pouvoirs et inquiété les chancelleries, au nord comme au sud. Et sa mort aux accents tragiques a contribué à faire de lui une figure mythique de l’histoire contemporaine africaine adulée par les jeunes Africains. Aujourd’hui, la majorité des Burkinabés gardent de Thomas Sankara l’image d’un homme intègre, qui a changé les mentalités de ses concitoyens et donné une dignité à son pays. Une image et un idéal qui résistent au temps, Thomas Sankara étant toujours perçu comme le « père » fondateur de la nation", note Christophe Cupelin.


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  •  Beau commentaire. Ennuyeux au commencement.

    scénario: 14/20        technique: 16/20          note finale: 16/20

    Allende mon grand-père

    Marcia souhaite rompre le silence entretenu autour du passé tragique de sa famille. 35 ans après le coup d'État qui a renversé son grand-père, Salvador Allende, premier président socialiste élu démocratiquement, elle estime qu'il est temps de retrouver les souvenirs familiaux, les images de leur vie quotidienne qui leur a été arrachée. Un passé intime qui lui est inconnu, enterré sous la transcendance politique d’Allende, l’exil et la douleur familiale. Après plusieurs décennies de non-dit, Marcia essaie de dresser un portrait honnête, sans grandiloquence, prenant en compte la complexité de pertes irréparables et le rôle de mémoire sur trois générations d'une famille blessée.

    C’est l’histoire d’une famille. On pourrait presque ajouter : « c’est l’histoire banale d’une famille qui ne l’est pas ». Une famille qui ressemble à tant d’autres : la famille Allende. Il y a dans toutes les familles des secrets bien enfouis sur lesquels le temps a posé inlassablement des strates de non dits. Il y a dans toutes les familles des figures charismatiques qui s’imposent plus que d’autres, laissant bien après leur disparition des traces indélébiles dans l'esprit des vivants. Il y a dans toutes les familles d’indicibles chagrins qui se transmettent en héritage.
    Le nœud tragique et terrible de la famille Allende s’enracine ce 11 Septembre 1973 de triste mémoire : Salvador Allende, premier président socialiste élu démocratiquement au Chili, est renversé par un coup d’état militaire. Il se suicide quelques heures après dans le palais de la Moneda, laissant le pays entrer dans les pages les plus noires et les plus terrifiantes de son histoire et une famille contrainte à l’exil. Le parcours politique de Salvador Allende a été raconté dans bien des films, notamment ceux de Patricio Guzman (La Bataille du Chili, Salvador Allende, Le Cas Pinochet) et pour beaucoup, celui que l’on appelait « Presidente Allende » reste associé à cette image célèbre : un homme derrière un pupitre, exalté, pris dans la sincérité de son engagement, le doigt levé face à la foule.

    Mais l’histoire que nous raconte Marcia n’est pas celle du Chili, ni celle du président Allende, c’est l’histoire de l’homme Allende, c’est celle de « Chicho », son grand-père. Près de quarante ans après le coup d’état militaire et après des années d’un silence familial pesant, Marcia estime qu’il est temps d’ouvrir l’album de famille. Faire parler les vivants tant qu’ils le sont, repêcher à la surface du temps présent les souvenirs douloureux autant que la beauté fugace des instants de bonheur pour tenter non pas de réécrire l’histoire, mais simplement de redonner une place à l’intime, enterré sous la transcendance politique d’Allende. Le projet est ambitieux, douloureux, difficile car si les enfants et petits enfants de Salvador Allende ne vivent plus en exil et peuvent librement se réunir autour de Hortensia Bussi, son épouse, magnifique et digne très vieille dame, les mots ont bien du mal à sortir.
    Mais avec délicatesse et respect pour les pudeurs et les souffrances de chacun, à force de persévérance et grâces aux milliers de photos qui ont gravé à tout jamais la vie privée de cet homme complexe et aimant, la parole va se partager. Les fantômes du passé vont enfin pouvoir s’inviter aux souvenirs et aux chagrins des vivants, allégeant le lourd fardeau d’une blessure familiale qui a tant de mal à se refermer.

    Sans pathos excessif, sans grandiloquence admirative, Allende mon grand-père bouleverse par la sincérité tendre de ses attentions qui, dépassant le champ du politique, redonnent au mythe Allende une dimension fragile, imparfaite et ô combien humaine.

     


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  • Un très beau documentaire même s'il n'apporte rien au débat puisque les solutions montrées ont été vues et revues 1000 foiq. Mais c'est intéressant tout de même. une piqure de rappel. bien filmé.

    scénario: 16/20        technique: 18/20    note finale: 16/20

    Demain

    Et si montrer des solutions, raconter une histoire qui fait du bien, était la meilleure façon de résoudre les crises écologiques, économiques et sociales, que traversent nos pays ? Suite à la publication d’une étude qui annonce la possible disparition d’une partie de l’humanité d’ici 2100, Cyril Dion et Mélanie Laurent sont partis avec une équipe de quatre personnes enquêter dans dix pays pour comprendre ce qui pourrait provoquer cette catastrophe et surtout comment l'éviter. Durant leur voyage, ils ont rencontré les pionniers qui réinventent l’agriculture, l’énergie, l’économie, la démocratie et l’éducation. En mettant bout à bout ces initiatives positives et concrètes qui fonctionnent déjà, ils commencent à voir émerger ce que pourrait être le monde de demain…

    Qui n'a pas eu envie de changer le monde ? Au moins de le rendre meilleur ? Qui n'a pas rêvé d'un monde où chacun mangerait à sa faim, et sainement, aurait un toit, de qualité, pourrait circuler librement, où l'argent ne serait plus le roi, mais juste un moyen, où l'air ne serait plus pollué jusqu'à l'asphyxie, où les océans ne seraient plus pillés par la pêche industrielle ni envahis par le pétrole ou le plastique, où les champs, les arbres, les animaux ne seraient plus empoisonnés par les pesticides, infectés par la radioactivité invisible, inodore ? Un monde où l'intérêt commun serait compris de toutes et tous : la nécessité de nous inventer une nouvelle et belle vie, maintenant, pendant qu'il est encore temps, pour que demain ne soit pas le résultat inéluctable de nos errements…


    Loin de l'écologie triste et punitive, loin du discours sur le développement durable cher au greenwashing, vous allez voir un film formidable, vivant, enthousiasmant sur notre extraordinaire capacité à rebondir face à l'adversité, notre extraordinaire capacité à imaginer, notre extraordinaire capacité à faire. Mélanie Laurent et Cyril Dion sont allés rencontrer des gens passionnants à travers le monde, qui œuvrent au quotidien à ce changement indispensable : Inde, États-unis, Canada, Danemark, Allemagne, Islande, Scandinavie, Finlande, Grèce, France…
    Le film est composé de cinq chapitres : agriculture, énergie, économie, démocratie et éducation. Construction intelligente et pédagogique, dans le meilleur sens du terme, qui nous montre bien que tout est lié, qu'il s'agit bien d'un problème politique, là aussi dans le sens noble du terme. Et il présente des actions, des alternatives concrètes qui sont mises en œuvre, avec succès, dans tous ces domaines. Mélanie Laurent : « Mises bout à bout, les initiatives comme la permaculture, les monnaies locales, les énergies renouvelables, dessinent un monde possible. Ce qui peut paraître démotivant, c’est qu’il ne s’agit que d’initiatives isolées, mais en même temps elles ne demandent qu’à être réunies ! Il y a déjà un monde qui tient la route, qui existe, où tout est possible. Des solutions sont déjà disponibles, dans tous les domaines, c’est forcément inspirant ! »

    Tout s'enchaîne judicieusement et vient renforcer la certitude qu'il faut d'urgence opérer une rupture symbolique, mais aussi pratique avec notre système actuel fondé sur le pétrole et les autres énergies fossiles, sur le nucléaire, sur le productivisme, sur le consumérisme, sur la financiarisation de l'économie, sur l'éducation normative et compétitive…
    Pas de doute, Cyril Dion, co-fondateur avec Pierre Rabhi du mouvement Colibris, et Mélanie Laurent, actrice et réalisatrice, tous deux activistes pour un monde meilleur, ont réussi leur coup : sur les thématiques qu'il aborde, Demain est un film-somme, essentiel, un outil d'information et d'action qui est aussi un spectacle passionnant et exaltant.

     


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  • Un très joli documentaire qui n'a hélas pas rencontré son public. c'est frais, c'est mignon, c'est léger. Du bon Disney...

    scénario: 18/20      technique: 18/20       note finale 18/20

    Au royaume des singes

    Les réalisateurs de Chimpanzés nous entraînent dans la jungle profonde d’Asie du Sud au cœur de la forêt humide primaire du Sri Lanka, où vivent les macaques à toque dont la hiérarchie sociale est des plus strictes. La vie peut s’avérer belle, la nourriture abondante et la sécurité assurée si tant est que l’on soit né au plus haut de l’échelle sociale. Mais pour Maya et son nouveau-né, la lutte est quotidienne. Il leur faudra beaucoup d’ingéniosité, de travail et un peu de chance pour espérer changer leur place dans le monde. Découvrez un royaume où rien n’est jamais acquis !


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  • Un documentaire décevant qui part dans tous les sens et qui y aurait en proposant un montage différent. Très très moyen. Ennuyeux et qui n'apporte rien. Perte de temps, quoi.

    scénario: 10/20          technique: 12/20       note finale: 11/20

    Une jeunesse allemande

    La Fraction Armée Rouge (RAF), organisation terroriste d’extrême gauche, également surnommée « la bande à Baader » ou « groupe Baader-Meinhof », opère en Allemagne dans les années 70. Ses membres, qui croient en la force de l’image, expriment pourtant d’abord leur militantisme dans des actions artistiques, médiatiques et cinématographiques. Mais devant l’échec de leur portée, ils se radicalisent dans une lutte armée, jusqu’à commettre des attentats meurtriers qui contribueront au climat de violence sociale et politique durant « les années de plomb ».

    Si ce film documentaire est ennuyeux et décevant, c'est pour plusieurs raisons qui nous frappent immédiatement, pendant la vision, ou un peu plus tard, à la réflexion : sa construction qui le rend ennuyeux et extrêmement décevant ; son parti pris de ne travailler qu’à partir d'images d’archives, de ne pas surligner le propos de dates, de didactisme, un choix qui nous pousse donc à suivre les événements comme si on y était, en direct ; le choix assez pertinent de la musique révoltée et urgente de l’époque qui nous plonge dans son ambiance ; et surtout peut-être le fait qu’il nous immerge dans les réflexions des protagonistes, sans prononcer de jugement, sans prendre parti. Clairement, la plupart des questions qu'ils se posent, on les a tous plus ou moins partagées. Comment se faire entendre d'un pouvoir qui oppresse, d'une société de consommation qui avilit, de médias qui abêtissent ? Quelle latitude cette société nous laisse-t-elle pour s’exprimer ? Quels sont les moyens efficaces pour résister, lutter ?

    Ulrike Meinhof (journaliste), Holger Meins (cinéaste), Horst Malher (avocat), Gudrun Ensslin et Andreas Baader (étudiants)… Nés autour de la seconde guerre mondiale, ces jeunes Allemands brillants qui vont de plus en plus se radicaliser sont le fruit de la démocratie ouest allemande. Engagés, ils testent tous les moyens à leur portée pour faire entendre leur différence : l’art, la création d’un journal, les meetings… L’effondrement du mouvement étudiant, fin 1968, va les pousser vers ce qu’ils appelleront une « guérilla urbaine ». En 1970 nait la RAF : Rote Armee Fraktion ou Fraction Armée Rouge… Si le groupe, entré dans la clandestinité, commence par braquer des banques pour se procurer des subsides, il n’en restera pas là… Bombes, enlèvements : s'engage une épopée sanglante qui bouleversera l’Allemagne… et toute l'Europe avec elle ! Leurs actions vont avoir des répercussions particulièrement fortes dans les pays limitrophes comme la France, qui suivra chaque étape de cette montée de violence avec effroi. C'est qu'au delà du cas allemand, le phénomène de la radicalisation interroge nos systèmes politiques et leurs limites. On peut étendre la réflexion du film à d'autres organisations qui connaîtront le même basculement. On se souvient facilement de l'IRA, de l'ETA, du FLN, des Blacks Panthers, un peu moins des Tigres de la libération de l'Îlam Tamoul… On a un peu plus oublié l'ASA (Armée Secrète Arménienne pour la libération de l'Arménie), le FLQ (Front de Libération du Québec)… Ce serait bien sûr simpliste et faux de les mettre tous dans le même sac. On ne peut se contenter d'analyses de comptoir alors qu'on pénètre sur un terrain miné, truffé de peurs, de morts et de souffrances. Les moteurs de ces mouvements, leurs idéologies, la nature de l'oppression qu'ils subissent ou pensent subir… tant de choses diffèrent. Mais dans tous les cas la ligne de démarcation semble parfois ténue entre ce qui distingue un justicier d'un criminel. Qu'est-ce qui légitime la prise des armes, les victimes qui en résultent ? En 1942, en France, Monseigneur Piguet, évêque de Clermont, ne qualifiait-il pas de terroristes les actes de ceux que l'on a par la suite décorés et appelés des résistants (certes on était en temps de guerre) ?

    À bien les décortiquer, tous ces pans d'Histoire épineux nous offrent un éclairage fascinant sur notre époque contemporaine et nous en restituent toute la complexité. Ce n'est certes pas anodin si des cinéastes s'en emparent actuellement. Les hommes heureux n'ont pas d'histoires… Comblé, en sécurité, qui éprouverait le besoin de fuir son pays ou d'en contester violemment les fondements ?
    Le travail de Jean-Gabriel Périot est superficiel et brouillon : sans faire l’apologie du terrorisme, il le questionne et le documente, en montre toutes les facettes, ses conséquences sur le peuple, l’opinion, son traitement par les médias. C’est vraiment pas passionnant, peu dense, et on est presque soulagé quand ça s’arrête.


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  • Un très joli documentaire par un maître du genre. Il existe divers systèmes éducatifs, plus ou moins répressifs pour les enfants. Très réussi.

    scénario: 18/20      technique: 18/20   note finale: 18/20

    Alphabet

    Les méthodes pédagogiques utilisées pour éduquer nos enfants ne sont-elles pas dépassées ? De la France à la Chine, de l'Allemagne aux États-Unis, "Alphabet" questionne un système éducatif qui privilégie la performance au détriment de la créativité et de l’imagination. En exposant au grand jour les limites d’un modèle hérité de la révolution industrielle, pédagogues, chercheurs, scientifiques, chefs d’entreprise et élèves abordent le rôle de l’enseignement et envisagent des voies alternatives à nos pratiques actuelles. Après We Feed The World (sur la crise alimentaire) et Let’s Make Money (sur la crise financière), Alphabet clôt « la trilogie de l’épuisement », comme l’appelle son réalisateur Erwin Wagenhofer.

    Après avoir mis en évidence l’absurdité et la fin programmée du système alimentaire industriel (We feed the world), puis celles du système financier ultra-libéral (Let’s make money), Erwin Wagenhofer s’attaque à un autre mammouth, moins polémique sur le papier mais pas le moins important des trois : le système éducatif. Et une fois de plus, l'étude est argumentée, le constat sans concession. On le sait : le système éducatif dominant ne laisse que trop peu de place à la créativité, à l’imagination, à l’esprit critique… On le sait : la course aux bonnes notes, aux bons résultats, aux meilleurs classements est devenue plus qu’un simple objectif, une véritable obsession. On le sait : les élèves et étudiants sont stressés, fatigués, épuisés par des programmes trop lourds, angoissés par la peur de rater.

    On a beau le savoir, la démonstration en images et en mots, ceux de quelques éminents pédagogues, chercheurs, théoriciens de l’éducation aux quatre coins du monde, n'en est pas moins édifiante. Car la machine éducative, modèle hérité de la révolution industrielle, fonctionne trop souvent comme un rouleau compresseur. L’exemple le plus hallucinant est sans doute celui de la Chine qui, en faisant le grand bon dans la société de consommation, a fait de son système éducatif une gigantesque usine à concours. Et les « boîtes » censées préparer les élèves – souvent dès leur plus jeune âge et au prix de moult sacrifices financiers des parents – aux diverses « Olympiades » sont devenues des multinationales puissantes cotées en bourse.
    L’Europe n’est pas en reste et forme de bons petits soldats qui viendront grandir les rangs d’une armée toute dévouée au Dieu business et ils sont tout aussi effrayants, ces jeunes étudiants bien habillés qui participent au concours du futur super big boss de demain. Le pire étant sans doute que personne ne s’interroge vraiment sur le sens de tout cela et que chacun (parents, enseignants, ministres de l’éducation) participe à sa manière, consciente ou non, à nourrir, à son échelle, un système qui dévore ses enfants, ne leur laissant plus le temps de s’ennuyer, de rêver, de jouer.

    Alors quoi, c’est fichu ? Il ne nous reste plus qu’à pleurer ? Il est déjà trop tard ? Au secours, nos enfants vont tous finir lessivés du cervelet ? Heureusement, il a toujours existé des chemins de traverses, des écoles buissonnières, des alternatives à la pensée unique, au modèle dominant. C’est sans doute là qu’il faut aller chercher les clés pour penser l’école autrement, c'est là que le film d'Erwin Wagenhofer va filmer des expériences stimulantes.
    Peut-être devrait on s’inspirer de la pédagogie d’Arno Stern et de ses ateliers de peinture où il n’y a d’autre consigne que celle de se faire plaisir. Peut-être faudrait-il écouter cette étude qui raconte que libre arbitre et sens critique sont bien plus forts chez un enfant de 4 ans que chez un jeune adulte de 18. Ou simplement s’inspirer de notre cerveau qui fait fonctionner ses deux hémisphères en parfaite collaboration, sans que l’un cherche à écraser ou à avoir une meilleure note que l’autre. Alors parents, enseignants, Ministres (re) voyons notre Alphabet, réfléchissons et agissons !


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  •  Un très joli film sur le Chili et sur les côtés noirs de son histoire.

    scénario: 18/20       technique: 18/20    note finale: 18/20

    Le bouton de nacre

    Le bouton de nacre est une histoire sur l’eau, le Cosmos et nous. Elle part de deux mystérieux boutons découverts au fond de l’Océan Pacifique, près des côtes chiliennes aux paysages surnaturels de volcans, de montagnes et de glaciers. A travers leur histoire, nous entendons la parole des indigènes de Patagonie, celle des premiers navigateurs anglais et celle des prisonniers politiques. Certains disent que l’eau a une mémoire. Ce film montre qu’elle a aussi une voix.

    Patricio Guzman nous offre un film documentaire d'exception, qui nous subjugue par son intelligence et sa beauté. Le cinéaste chilien parvient à nous raconter plusieurs histoires qui n'ont a priori rien à voir : celle d'une goutte d'eau coincée dans un bloc de quartz depuis quelques milliers d'années, celle des Indiens des terres australes décimés par les colons et les maladies et enfin celle tout aussi terrible des victimes du régime sanglant de l'infâme général Pinochet… Et tout ça avec une fluidité incroyable, une maîtrise éblouissante des images et de l'agencement du récit.
    Ça commence avec une séquence splendide : l'interminable (4000 kilomètres !) façade littorale Pacifique du Chili vue du ciel. On découvre à quel point le Sud du pays est un labyrinthe aquatique, construit autour d'un estuaire. Puis la caméra redescend de la stratosphère et s'enfonce dans les fjords où les glaces s'effondrent dans les eaux limpides. C'est grandiose… Mais au lieu de se laisser aller plus longtemps à l'observation de la nature dans toute sa splendeur, le narrateur nous raconte le destin des peuples indigènes, des Indiens arrivés là il y a probablement 10 000 ans, navigant sur des canoës une grande partie du temps et vivant de ce que pouvait leur offrir la mer. Des peuples qui furent quasiment exterminés par les colons sanguinaires mais aussi par les bactéries dont les envahisseurs étaient porteurs. Patricio Guzman nous fait rencontrer les derniers survivants des trois ethnies originaires, musées vivants d'une langue et d'une mémoire délibérément écrasées. Etrange bégaiement de l'histoire, c'est sur ces mêmes terres inhospitalières, sur l'île Dawson plus précisément, que le gouvernement Pinochet a installé un des principaux camps de concentration où furent entassés, torturés, assassinés… les compagnons de route de Salvador Allende.


    Ce cheminement pourrait paraître artificiel s'il n'y avait la mise en scène de Guzman, qui utilise aussi bien des images d'archives que des reconstitutions étonnantes, insufflant à ce récit multiple une poésie exaltante qui ne nuit jamais à sa cohérence. Ainsi une artiste déploie une immense fresque en carton représentant sur quinze mètres le réseau aquatique du pays. À un autre moment, Guzman organise minutieusement la reconstitution de l'assassinat d'une militante de gauche, depuis l'injection mortelle jusqu'à l'immersion du corps dans le fjord, lesté d'un rail métallique. Autre exemple, il rassemble comme sur une étrange photo de classe les survivants du camp de concentration de l'île Dawson et annonce la durée de leur séjour de souffrances…

    Dans la lignée directe de son remarquable Nostalgie de la lumière, qui lui se déroulait dans l’extrême-Nord désertique du Chili, terre de cimetières indiens et de sépultures improvisées d'opposants à Pinochet, il évoque en un puzzle fascinant l'histoire mouvementée de son pays, mêlant l'histoire, la géographie et la métaphysique. Incroyable Guzman, ancien prisonnier des tortionnaires du régime fasciste, qui réussit la prouesse de perpétuer inlassablement la mémoire douloureuse mais indispensable des drames passés tout en se renouvelant magnifiquement à chacun de ces films.


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  • Un très beau documentaire sur un génocide méconnu. Là encore on s'aperçoit que les bourreaux ne regrettent rien. les seules excuses qu'on entend sont celles de la fille d'un bourreau qui est effarée par ce qu'elle apprend. On constate aussi que les victimes n'oublient jamais. Triste.

    scénario: 18/20        technique: 18/20     note finale: 18/20

    The look of silence

    Adi Rukun est ophtalmo itinérant. Au gré de ses visites, il enquête sur les circonstances de la mort de son frère aîné, accusé de « communisme » et assassiné pendant les grands massacres de 1965 et 1966 en Indonésie. 
    La caméra de Joshua Oppenheimer accompagne Adi dans sa confrontation avec les assassins. Patiemment, obstinément, malgré les menaces, ils s'emploient ensemble à vaincre le tabou du silence et de la peur.

    « The Look of silence est profond, visionnaire, stupéfiant. » Werner Herzog
    On a en mémoire plusieurs très grands films qui rendent justice à la petite et la grande Histoire. On pense évidemment à Claude Lanzmann qui, il y a trente ans, avait trouvé la forme juste pour évoquer la Shoah, on pense à Rithy Panh qui a consacré la plus grande partie de son œuvre documentaire à autopsier les massacres de masse commis par les Khmers Rouges. Mais un génocide restait sans images ou presque, inconnu du plus grand nombre : celui, en 1965, des communistes indonésiens ou des citoyens considérés comme tels (dans la vision des tortionnaires, la famille et les proches des dits communistes étaient tout aussi coupables et méritaient eux aussi d’être massacrés). Ce sont pourtant, selon les experts, entre 500 000 et un million de personnes qui disparurent en quelques mois, jetées dans les fleuves, enterrées vivantes, sommairement mais massivement exécutées par les milices anticommunistes téléguidées par le nouveau régime en place.

    La spécificité de ce génocide est que ses responsables n’ont jamais été punis. Pire encore, certains d’entre eux sont encore aux manettes du pouvoir cinquante ans plus tard. Jamais repentance n’a été faite et on enseigne encore aujourd’hui aux jeunes écoliers combien ces massacres ont été nécessaires face à des communistes que l’histoire officielle présente comme les vrais tortionnaires en puissance, qu’il fallait absolument éradiquer. Cette histoire a passionné le jeune documentariste danois Joshua Oppenheimer, qui a déjà réalisé en 2012 un premier film sur le sujet, The Act of killing, qui donnait la parole aux bourreaux : témoignant d’une désinvolture glaçante et d’une absence totale de remords, ceux-ci racontaient, amusés, tous leurs crimes.
    The Look of silence prend un point de vue différent puisqu’il suit Adi, un jeune opticien rural ambulant qui profite de ses tournées pour interroger le passé obscur de sa famille. Adi est né peu après l’exécution de son frère aîné. Et avec un courage, une abnégation et une sérénité impressionnantes, il va aller à la recherche puis à la rencontre des meurtriers de son frère et de leurs complices, y compris au cœur de sa propre famille. Une quête qu’il conduit sans jamais se dissimuler, gardant toujours un calme apparent face à des monstres septuagénaires qui racontent leur crime avec bonhomie. Mais peu à peu Adi parvient à déstabiliser ses interlocuteurs, en particulier un préfet régional très mal à l’aise avec ses questions calmes et incisives.

    Et avec une simplicité lumineuse, le film parvient à remettre en cause la chape de plomb qui pèse sur le pays depuis cinquante ans. Adi et Joshua Oppenheimer ont fait en sorte que The Look of silence soit désormais largement diffusé en Indonésie, contribuant ainsi à bousculer par le cinéma – et quel cinéma ! – le cours de l’histoire.


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  • Un documentaire très réussi sur les enfants de 4 pays qui veulent réaliser leurs rêves! C'est très bien filmé!

    scénario:  18/20     technique: 18/20    note finale: 18/20

    Le grand jour

    Aux quatre coins du monde, de jeunes garçons et filles se lancent un défi : aller au bout de leur rêve, de leur passion et réussir l’épreuve qui va bouleverser leur vie. Ensemble ils vont vivre une journée unique celle de toute les espérances.


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  • Un très joli documentaire sur l'arrivée de Raf Simons chez Dior. Il est montré comme un être sensible et talentueux.

    scénario: 16/20      technique: 16/20   note finale: 16/20

    Dior et moi

    Nommé directeur artistique de la maison Dior en avril 2012, suite au départ précipité de John Galliano, le styliste belge Raf Simons ne dispose que de huit semaines pour lancer sa première collection haute couture. Le défi se révèle une aventure collective, pleine d’humour et d’émotions, autour de la passion d’un métier et au service de la vision d’un créateur atypique, qui fuit les projecteurs. Loin des clichés inhérents à un univers où podium et excentricités ont souvent la part belle, la caméra attentive de Frédéric Tcheng livre un portrait attachant et haut en couleurs des petites mains et collaborateurs d’une des maisons françaises les plus mythiques.

    Beaucoup lui doivent beaucoup : Pierre Cardin, Yves Saint Laurent ont fait leurs premiers pas chez Christian Dior. Pour autant et pour le commun des mortels, le nom de Dior évoque avant tout une marque de luxe, et guère davantage… Signe de nos temps mercantiles où les sigles ont remplacé les hommes, où la création artistique a laissé place aux flagrances et autres fards à joues et où les stars de cinéma sont devenus des enseignes publicitaires sur jambes (souvent très belles, au demeurant).
    Ce documentaire rend donc à Dior ce qui appartient à Christian et nous offre un voyage à la fois intime et public entre deux époques, deux styles, deux hommes qui auront placé leurs destinées sous le signe de la Maison Dior : Christian Dior lui-même, évidemment, le fondateur et génial couturier, et Raf Simons, directeur artistique des collections prêt-à-porter, haute couture et accessoires, qui succéda en 2012 au sulfureux John Galliano. Le film n’aura de cesse de croiser les regards et les univers de ces deux créateurs, suivant les pas du styliste belge faisant ses premières armes dans la grande maison au rythme des mots de Christian Dior, ceux qu’il coucha dans ses mémoires et qui ponctuent le récit des créations d’hier et d’aujourd’hui.

    Que l’on soit féru de mode ou simple curieux, l’attraction irrésistible du film tient dans ce subtil et classieux mélange des styles et des modes narratifs, tour à tour très énigmatique quand il s’agit d’évoquer les méandres de la création et les interrogations quelquefois tourmentées de Christian Dior puis très pragmatique quand il nous offre à suivre les affres des préparatifs d’un défilé de haute couture, des premiers croquis au jour J.
    Mais le clou du spectacle n’est pas là où on l’attend : les vrais vedettes ne sont ni Monsieur Dior ni Monsieur Simons mais mesdames (les plus nombreuses) et messieurs les ouvriers de l’ombre, les « petites mains » comme il est d’usage de les appeler, garantes d’un savoir-faire, d’un style, d’un coup de ciseaux : ceux de la Maison Dior. Et il est fascinant de pénétrer dans les secrets des ateliers, sous les toits de Paris, un peu comme par effraction, et d’écouter, de suivre, de vibrer avec ces travailleurs ordinaires qui sont au final les véritables artisans d’une collection.
    Tourné dans les coulisses de l'élaboration de la première collection du créateur belge, le film dit les inquiétudes provoquées au sein des ateliers par l'arrivée de ce nouveau designer estampillé « minimaliste » – il s'en agace souvent – et celles qui se font jour dans l'entourage du styliste : le poids de la tradition ne va-t-il pas étouffer la liberté ? Le nouveau venu saura-t-il supporter la pression énorme qui pèse sur ses épaules ? Le réalisateur illustre aussi la tension permanente, au sein de la maison, entre les ambitions purement artistiques et les nécessaires impératifs économiques d’une machine aussi importante que la Maison Dior.

    Par son regard intelligent et le refus de tomber dans une simple approche admirative de son sujet, Frédéric Tcheng réalise ici un travail remarquable qui remet l’art, l’artisanat, la création au cœur du propos… Et l’on gardera en mémoire non pas l’image du regard parfaitement maquillé de Marion Cottillard, mais bel et bien celui, ô combien émouvant, de la chef d’atelier un jour de grand stress…

     


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  •  Un très bel hommage à Cavanna! A voir!

    scénario: 16/20    technique: 16/20    note finale: 16/20

    Cavanna, jusqu’à l’ultime seconde, j’écrirai

    Un doc au long cours sur François Cavanna, le créateur de Charlie Hebdo et de Hara Kiri, l’inventeur de la presse satirique, l’auteur des Ritals et d’une soixantaine d’ouvrages, disparu fin janvier 2014. Le film repose sur des entretiens avec Cavanna réalisés peu de temps avant sa mort, des archives oubliées et des témoignages inédits comme ceux de Siné, Willem, Delfeil de Ton et Sylvie Caster. En filigrane l’histoire en passe d’être oubliée du premier homme qui aurait pu dire « Je suis Charlie ».

    « Seule la virulence de mon hétérosexualité m'a empêché à ce jour de demander Cavanna en mariage. » Pierre Desproges
    Le très beau documentaire du journaliste, écrivain et cinéaste Denis Robert et de sa fille Nina commence par l'enterrement de ce géant qu'était François Cavanna, l'homme dont les romans historiques et populaires (Les Ritals, Les Russkofs…), largement inspirés de son histoire personnelle (l'arrivée en France de ses parents, immigrés italiens, puis, durant la guerre, son séjour en Allemagne au service du travail obligatoire…) et de son vécu politique, ont fait le bonheur de toute une génération de lecteurs. Cavanna qui, avec « Hara Kiri » puis « Charlie Hebdo », a imposé dès les années 60 une presse satirique inspirée et inventive, qui n'avait pas peur d'aller très loin et de chier dans la colle, pour reprendre l'expression favorite de son vieux camarade Siné. Un mec dont la stature marmoréenne et les bacchantes célèbres s'imposaient sur les plateaux télé, entre tendresse et coups de gueule gigantesques, comme celui poussé, à l'occasion de l'arrêt – faute de lecteurs – du premier « Charlie Hebdo », sur le plateau de « Droit de Réponse », émission mythique de feu Michel Polac, où il est arrivé que volent les cendriers.

    Denis Robert croyait comme beaucoup que Cavanna faisait partie de la mémoire passée et présente de tout un chacun mais, alors qu'il donnait un cours à des étudiants journalistes, il se rendit compte, atterré, que la plupart ne le connaissaient pas : il y en eut même un, victime consentante de l'abrutissement télévisuel, pour le confondre avec l'humoriste canadien Anthony Kavanagh ! Denis Robert, connu pour ses enquêtes dans le monde économique (il eut les pires ennuis à cause de ce qu'on appela « l'affaire Clearstream »), décida qu'il était urgent de témoigner de Cavanna, sa vie et ses œuvres, tant qu'il était vivant, ne sachant pas au début du tournage qu'il aurait peu de temps et que le 7 Janvier 2015, un événement tragique marquerait à jamais l'histoire du journal créé par le bonhomme et son complice Choron.
    Ponctué par les interventions très belles de Siné, Charb et de proches plus anonymes lors de l'enterrement, le film, à partir d'images d'archives, de témoignages de compagnons (des collaborateurs d'Hara Kiri comme Delfeil de Ton, mais aussi des amis moins connus comme un brillant paléontologue) et surtout de longs extraits d'un entretien avec Cavanna, déroule avec intelligence et gourmandise le parcours de ce fils de prolo italien devenu écrivain populaire et joyeux fouteur de bordel via la presse.

    Il est émouvant de revoir le Cavanna touché par les hommages de ses pairs écrivains sur le plateau très propret d'Apostrophes, ou le Cavanna chef d'une joyeuse bande de fêtards avec tous ses copains d'Hara Kiri puis de Charlie dont beaucoup ont tristement disparu (Gébé, Choron, Reiser, emportés trop vite par la maladie, Wolinski parti avec Honoré, Cabu et Tignous dans l'attentat du 7 Janvier). Le film ne fait pas pour autant l'économie d'une critique de la dérive de Charlie Hebdo sous la direction de Philippe Val (et derrière lui l'avocat Richard Malka, par ailleurs défenseur de… Clearstream !). On apprend par Delfeil de Ton l'entourloupe de la direction qui ne donna que 0,4% du capital de Charlie à son cofondateur Cavanna, obligeant le malheureux devenu nonagénaire à travailler encore et toujours pour survivre. Le regard triste et les paroles mesurées mais néanmoins accusatrices de Cavanna témoignent du fossé qui l'opposait au nouveau Charlie et du regret qu'il porta toutes ses dernières années pour la brouille avec son frère ami/ennemi Choron, dans laquelle on l'avait poussé. Ce qui n'empêche pas le film de rendre un vibrant hommage à tous les combattants de l’irrévérence tombés ou pas, et à tous ceux qui perpétuent cet héritage.


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  •  Un documentaire sur ceux qui disent non. C'est un peu fouillis, ça part dans tous les sens et le montage n'est pas terrible.

    scénario: 12/20    technique: 12/20    note finale: 12/20

    On est vivants

    De quoi est fait l'engagement politique aujourd'hui ?
    Est-il encore possible d'infléchir le cours fatal du monde ?
    C'est avec ces questions, dans un dialogue à la fois intime et politique avec son ami Daniel Bensaïd, philosophe et militant récemment disparu, que Carmen Castillo entreprend un voyage qui la mène vers ceux qui ont décidé de ne plus accepter le monde qu'on leur propose. Des sans domiciles de Paris aux sans terres brésiliens, des zapatistes mexicains aux quartiers nord de Marseille, des geurriers de l'eau boliviens aux syndicalistes de Saint Nazaire, les visages rencontrés dans ce chemin dessinent ensemble un portrait de l'engagement aujourd'hui, fait d'espoirs partagés, de rêves intimes, mais aussi de découragements et de défaites. Comme Daniel, ils disent: "L'histoire n'est pas écrite d'avance, c'est nous qui la faisons".

    « Le vieux a du mal à mourir, le neuf tarde à naître. » Antonio Gramsci - « Il n' y a de combats perdus que ceux que l'on a pas menés. » Oscar Oliveira, syndicaliste bolivien

    Comment, après des années de défaites sociales et syndicales , de renoncements idéologiques d'une partie de ceux qui avaient porté l'espoir d'un progrès social, de montées de peurs xénophobes que l'on croyait remisées aux sombres caves de l'Histoire, comment après tout ça trouver encore l'énergie de l'engagement, la force de lutter, l'espoir encore d'un monde meilleur ? Le nouveau film de la franco-chilienne Carmen Castillo, dont le titre sonne comme un rappel salvateur, est le parfait antidote au défaitisme, au fatalisme politique, à la rengaine « tous pourris » ou au refrain « il n'y a pas d'alternative ».

    La vie de Carmen Castillo n'a pourtant pas été pavée que de bonheurs et de victoires. Compagne de route de l'expérience Allende, elle a vu les mille jours de progrès social s'achever dans le sang avec le coup d'État de Pinochet – qu'elle a vécu dans sa chair avec la mort de son compagnon et l'exil forcé. Puis, après les années de soutien et de luttes en France, ce sera parfois le doute et le découragement. Parmi les compagnons indéfectibles toujours confiants et jamais abattus, il y avait le philosophe marxiste Daniel Bensaïd, cofondateur avec Alain Krivine de la Ligue Communiste Révolutionnaire. Daniel Bensaïd, penseur brillant et truculent, toujours lucide mais jamais pessimiste, que nous avons reçu pour une rencontre stimulante et bouleversante peu avant que la longue maladie finisse par avoir raison de lui en 2010.

    Carmen Castillo, portée par les textes splendides de son ami disparu, est allée à la rencontre de ceux pour qui l'engagement et la lutte se déclinent au quotidien : Oscar Oliveira, un des pionniers de la lutte pour l'eau à Cochabamba en Bolivie, qui refusa des fonctions ministérielles dans le gouvernement Morales pour rester au plus près des gens ; les sans terre brésiliens qui ont amené le Parti des Travailleurs à penser « l'éco-socialisme » ; les militants du DAL en France qui ont montré l'iniquité de la non-politique du logement par leurs actions d'occupation de batiments inoccupés ; des femmes des quartiers Nord de Marseille qui rendent leur dignité aux habitants de ces endroits stigmatisés par les médias ; ou encore des syndicalistes de la raffinerie de Donges, dont le leader, en pleurs au moment de la fin de la grève contre la réforme des retraites, rappelle que l'émotion fait aussi partie de la lutte et que bien au-dessus des partis-pris idéologiques, la lutte de tous ces gens est une lutte avant tout pour la vie et pour le progrès. Et surtout on réalise que, à l'instar de ce jeune homme en galère qui a vu sa vie transformée par l'engagement aux côtés du DAL, la lutte et l'engagement peuvent devenir le tuteur autour duquel on érige une vie et qui donne un sens. On ressort rasséréné du film de Carmen Castillo, plein de cette énergie que l'on ressent dans les grands moments historiques mais qui souvent disparaît trop vite et qui là s'installe durablement.


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  •  Déception. Ce documentaire est fouillis et part dans tous les sens. Il faudrait le remonter. Intéressant et à voir cependant.

    scénario: 14/20         technique:14/20    note finale: 14/20

    En 2013, Edward Snowden déclenche l’un des plus grands séismes politiques aux Etats-Unis en révélant des documents secret-défense de la NSA. Sous le nom le code « CITIZENFOUR », il contacte la documentariste américaine Laura Poitras. Elle part le rejoindre à Hong Kong et réalise en temps réel CITIZENFOUR, un document historique unique et un portrait intime d’Edward Snowden.

    Imaginez que la rencontre entre Bob Woodward et Carl Bernstein du Washington Post avec « Gorge Profonde » dans un parking souterrain ait été filmée et qu'en ait résulté un documentaire de première main sur l'affaire du Watergate… Ce serait encore peu de chose en comparaison du document exceptionnel et sidérant qu'est Citizenfour, à la fois l'Histoire filmée en train de se produire, le portrait passionnant du plus célèbre lanceur d'alerte des années 2000, et sans doute le film le plus emblématique de l'atmosphère des années post-11 Septembre.
    Janvier 2013. Laura Poitras travaille depuis deux ans sur le troisième volet d'une trilogie dédiée à l'Amérique d'après les attentats du World Trade Center. Les deux premiers, My country, my country puis The Oath, s'intéressaient à un docteur se présentant aux élections irakiennes de 2006 et à l'ancien chauffeur d'Oussama Ben Laden. Pour son troisième film, elle veut traiter des dérives sécuritaires américaines. Autant dire qu'elle est déjà « ciblée » par la NSA, et familière des fouilles systématiques quand elle entre sur le sol US. Elle est alors contactée par un correspondant anonyme, sous le pseudonyme de « Citizenfour », qui lui donne des instructions pour chiffrer leur correspondance, pour lui transmettre des informations confidentielles. Il lui demande d'impliquer le journaliste du Guardian Glenn Greenwald, connu pour son travail d'investigation en 2010 sur l'arrestation et la détention de Bradley Manning, qui avait transmis des documents militaires classifiés à Wikileaks.

    Cinq mois plus tard, comme dans un roman de John Le Carré, Poitras et Greenwald rencontrent secrètement celui qu'ils ne connaissent encore que sous le pseudonyme de « Citizenfour » dans une chambre d'hôtel de Hong Kong. Un reporter aguerri du Guardian, Ewen MacAskill, est aussi appelé en renfort afin de s'assurer que la réputation du prestigieux quotidien soit protégée dans cette affaire. Durant huit jours, filmé par Laura Poitras, Edward Joseph Snowden, informaticien travaillant pour la NSA, va révéler aux deux journalistes un volume considérable de documents décrivant les programmes de surveillance mondiaux mis en place par la NSA, tels la collecte des données de grandes entreprises du web (Facebook, Google, Apple…) par le programme PRISM, l'espionnage de câbles sous-marins de télécommunications intercontinentales, et d'institutions internationales comme le Conseil européen à Bruxelles ou le siège des Nations Unies…
    Durant huit jours, on voit Edward Snowden se livrer à la caméra et aux journalistes, préparant la publication des révélations, s'attendant à tout moment à voir la NSA débarquer dans la chambre. Huit jours surréalistes et baignés d'une telle paranoïa qu'elle prend même des allures comiques (la scène incroyable où Snowden tape son mot de passe sous une serviette, piquant un fou rire nerveux avec les journalistes). La révélation principale de ce documentaire, c'est la personnalité de Snowden, d'une lucidité, d'une intelligence et d'un courage admirables, et comment lui et les journalistes ont planifié les révélations pour qu'elles atteignent leur but et ne soient pas noyées dans le flot médiatique.

    Citizenfour pose des questions éthiques fondamentales. À quel point la protection d'une population peut-elle se faire au détriment de libertés individuelles et au mépris de la vie privée ? Jusqu'où un gouvernement peut-il tenir des citoyens dans l'ignorance de ses actes en prétextant que c'est pour leur propre bien ? Est-il légitime d'enfreindre la loi afin de dénoncer de telles pratiques ? Alors que vient d'être publié le décret d'application de la loi de programmation militaire qui ouvre la voie à une surveillance administrative en France, et que le « Patriot Act à la française » est sur toutes les lèvres, le film de Laura Poitras est passionnant et salutaire.


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  •  J'adore les documentaire et je trouve qu'ils sont un genre trop méprisé par le ciné et les spectateurs. Le sujet de celui-ci est très intéressant, mais mon Dieu, qu'il est brouillon et mal monté. c'est vraiment dommage car les recherches ont été très bien faites mais le résultat est brouillon et peu satisfaisant. Si j'étais le réalisateur, je referai le montage en me consacrant à l'essentiel et avec un plan plus clair. C'est très bien filmé et l'enquête est vraiment intéressante.

    scénario: 12/20     technique: 16/20   note finale: 14/20

    Depuis 2000 ans, une femme entre toutes les femmes bouleverse le monde et ses habitants. C’est sans doute la femme la plus populaire de la planète. Elle est à l’origine des plus grands rassemblements mondiaux, réalise des prodiges par milliers, interpelle depuis des siècles des scientifiques incontestés, multiplie ces derniers temps ses apparitions, délivre des secrets à des enfants analphabètes, fait pleurer des icônes et transmet des messages apocalyptiques à qui veut bien les entendre. Son nom : Marie. Filiation : les trois religions du livre. Une femme juive priée par des musulmans. Une déesse pour les Hindous, la mère de Dieu pour les Chrétiens, un ultime recours pour des non croyants. Ce film va proposer pour la première fois de lever le voile sur les différentes interventions de ce personnage historique et biblique dont les écritures annoncent qu’il prendra part au combat final de la fin des temps. Pour cela, un secret bien gardé par le Vatican : le troisième secret de Fatima. Des décennies de silence, de refus, de supputations. Et si le Vatican n’avait pas tout dit, lors de la révélation officielle en l’an 2000 de ce message délivré 83 ans plus tôt par la Vierge. Ce sera l’objet de ce film. Une enquête inédite pour découvrir, aux quatre coins du monde, les multiples visages de cette mère qui, depuis 2000 ans, rassure, console, guérit et interpelle.


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  • Un très joli documentaire sur la grande équipe de hockey sur glace de l'Union Soviétique.  C'est très bien fait et on sait comment leur carrière a évolué et ce qu'ils sont devenus. C'est d'autant plus intéressant que c'est l'époque où le pays s'est ouvert.

    scénario: 17/20      technique: 17/20   note finale: 17/20

    Red Army

    Porté par Werner Herzog et le producteur Jerry Weintraub primé aux Emmy Awards, le documentaire RED ARMY retrace le destin croisé de l’Union Soviétique et de l’équipe de hockey sur glace surnommée « l’Armée Rouge » : une dynastie unique dans l’histoire du sport. L’ancien capitaine de l’équipe Slava Fetisov revient sur son parcours hors du commun : d’abord adulé en héros national, il sera bientôt condamné comme ennemi politique. La « Red Army » est au coeur de l’histoire sociale, culturelle et politique de son pays : comme l’URSS, elle connaît la grandeur puis la décadence, avant d’être secouée par les bouleversements de la Russie contemporaine.
    Red Army raconte l’histoire extraordinaire de la Guerre Froide menée sur la glace, et la vie d’un homme qui a tenu tête au système soviétique.


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  •  J'ai beaucoup aimé ce documentaire qui pourra paraître déroutant aux gens peu habitués aux documentaires. on apprend plein de choses sur la vie de ce musée à Vienne.

    scénario: 17/20      technique: 17/20    note finale: 17/20

    Le Grand Musée

    A l'occasion de la rénovation d'un bâtiment, le film nous plonge au coeur du musée de l'Histoire de l'Art de Vienne et nous fait partager l'intimité de ses employés. Directeur général, conservateurs, restaurateurs, manutentionnaires ou historiens d'art, tous passionnés et passionnants, nous entraînent dans leur quotidien, au service des oeuvres.

    Le Kunsthistorisches Museum est l'un des plus importants du monde : la salle des Bruegel est la plus visitée mais chaque salle renferme des trésors.  Ce documentaire sans commentaire nous montre aussi bien le travail quotidien des employés que les grandes décisions sur le marketing ou les finances qui sont prises lors de cette période de travaux. Tourné sur un an mais réduit à l'essentiel (1h30 de film seulement), c'est un bonheur pour chaque amateur de peinture et d'art. Qui donne une envie irrésistible de découvrir les oeuvres en vrai !

    Dans la lignée du récent National Gallery (il ne faut cependant pas comparer les deux films, celui de Frederick Wiseman avait une autre dimension, ne serait-ce que du fait de sa durée), cet excellent film documentaire nous entraîne dans les entrailles d'un des plus grands musées du monde, le Musée de l'Histoire de l'Art à Vienne, la capitale autrichienne. C'est un regard curieux, attentif, empathique et non dénué d'humour que porte le réalisateur Johannes Holzhausen sur cette vénérable institution, que l'on découvre ainsi comme jamais sans doute aucun visiteur n'a pu la voir.
    Holzhausen a choisi une occasion exceptionnelle, la rénovation d'une des ailes du musée, pour nous introduire dans ce bâtiment colossal et nous faire partager l'intimité de tous ceux qui œuvrent en son sein, à tous les niveaux, à tous les postes, du plus prestigieux au plus anonyme. Mais chacun a son rôle bien précis, et indispensable. Directeur général, conservateurs, équipe de nettoyage, manutentionnaires ou historiens d'art, ils sont tous passionnés et passionnants et nous entraînent dans leur quotidien, consacré aux œuvres, à leur conservation, à leur restauration, à leur bien-être est-on tenté de dire, tant chacun est aux petits soins pour chaque tableau…

    « Le tournage, qui a duré un an, s’est fait à une période de réaménagement du musée et de restructuration marketing. C’était une vraie chance d’être là précisément au moment où tous ces gens étaient amenés à redéfinir leur travail et à réfléchir sur ce que devait être ce musée… Chaque fois que c’était possible, je suivais ces débats.
    « Le musée avait aussi une nouvelle directrice, Sabine Haag. Son prédécesseur n’aurait jamais autorisé le tournage. Mais elle m’a accordé sa permission, parce qu’elle avait l’ambition que le public réinvestisse pleinement le musée, le film lui est apparu comme une opportunité de plus pour atteindre son objectif : ses intérêts coïncidaient donc avec les miens…
    « L’une des particularités du contexte était que la nécessité d’informer tous les employés sur la restructuration offrait à beaucoup leur seule chance, en des années de travail, de s’exprimer devant tout le monde. C’est le cas de cette dame, surveillante dans les salles d’exposition, qui perd patience parce qu’elle trouve qu’on n’accorde pas assez d’attention aux employés comme elle. Dans des cas comme celui-là, la présence de la caméra tend toujours à intensifier les conflits. Inconsciemment, cette femme sait qu’elle s’adresse à un public plus large, au-delà du moment lui-même : son intervention allait être conservée et montrée. Et cela lui a donné une énergie unique pour parler, qui a surpris tout le monde !
    « J’ai toujours eu un point de vue démocratique sur le musée en général, et celui-ci en particulier. Quand j’y passais du temps pendant mes études, j’étais très impressionné par l’architecture impériale si imposante, chargée de symboles qui suggéraient un sens métaphysique. Je trouvais qu’il était difficile de regarder les œuvres dans un tel cadre. Avec ce film, j’ai eu envie d’enlever la métaphysique, pour revenir à l’objet. Pour cela, je fais semblant de considérer les œuvres
    comme des objets ordinaires : je m’impose des règles telles que toujours montrer les œuvres avec les gens qui les manipulent, ou mélanger chefs-d’œuvre et œuvres de moindre valeur, que l’on pourrait presque trouver sur le marché… »


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  •  J'adore les documentaires mais celui-là n'est pas très réussi. Il est même pénible à suivre. On se perd dans les interventions des spécialistes et ce n'est pas toujours intéressant. bref, un montage différent aurait certainement permis de rendre ce documentaire digeste... dommage, le sujet est intéressant, mais c'est vraiment trop brouillon pour être intéressant.

    scénario: 5/20    technique: 12/20   note finale: 8/20

    Le prix à payer

    L’évasion fiscale à grande échelle, telle que les géants de la nouvelle économie la pratiquent, creuse l’écart des revenus entre les privilégiés et le reste du monde, appauvrit les classes moyennes, et affaiblit les fondations de nos sociétés. Et si le prix à payer était la mort des démocraties ?

    En ces temps de tourments économiques et sociaux qui, dans le monde entier, affectent brutalement les plus fragiles, voici un film salutaire et pédagogique qu'il faut montrer* à toutes celles et ceux qui sont persuadés de ne rien entraver à la complexité des règles économiques que nous subissons, sans avoir le plus souvent les outils pour les décrypter et encore moins les armes pour les combattre. Un film passionnant, antidote à la fatalité pour celles et ceux qui se résigne à croire que les inégalités et l'austérité sont les conséquences inévitables de la crise. Le documentariste Harold Crooks est parti enquêter, de la City de Londres jusqu'aux îles anglo-normande ou des Caraïbes en passant par le Luxembourg, sur les paradis fiscaux et sur les nouvelles pratiques des grandes firmes internationales pour échapper à tout impôt dans les états où elles génèrent leurs profits.

    Harold Crook n'est pas un perdreau de l'année question journalisme et cinéma d'investigation. Bhopal en quête de justice, film qu'il a produit pour la télé canadienne, montrait le rôle criminel de l'industrie chimique dans une des plus terribles catastrophes industrielles et écologiques de l'histoire, qui provoqua plusieurs centaines de morts et des milliers de contaminations, à l'origine de malformations génétiques sur plusieurs générations. The Corporation, dont il a écrit le commentaire, montrait les ambitions dévorantes des multinationales… On voit que notre homme ne fait pas de cadeaux au capitalisme triomphant…
    On ne pourra pas pour autant accuser ce film d'être un pensum gauchisant nourri exclusivement d'intervenants anticapitalistes notoires. A côté des militants de la transparence financière et d'économistes médiatiques comme Thomas Piketty, Harold Crooks a interrogé des représentants de la très officielle OCDE mais aussi retrouvé de nombreux acteurs plus ou moins repentis de la bulle financière des paradis fiscaux. Banquiers des îles Caïman et ancien vice-président de Goldman Sachs déballent ainsi de manière assez stupéfiante les petites combines fiscales des multinationales. Le documentaire revient aux origines, quand la City of London, Etat dans l'Etat au cœur du Grand Empire Britannique, créait aux lendemains de la guerre ces petits paradis offshore où les fortunes de leurs clients pouvaient s'exempter de l'impôt : Caïmans, Jersey, Iles Vierges… Mais c'est bien aujourd'hui que se déploient sans vergogne les grandes combines des géants comme Amazon, Apple ou Google pour externaliser leurs profits (tous les profits européens d'Amazon sont par exemple centralisés au Luxembourg), et ainsi échapper aux impôts nationaux : leurs basses manœuvres intéressent au plus haut point les commissions parlementaires britanniques ou américaines dont les auditions édifiantes émaillent le film de manière quasi cocasse.

    Mais au-delà de l'aspect presque risible de l'arrogance affichée par les représentants de ces entreprises pratiquant l'évitement fiscal, c'est un drame économique et social qui se joue. Ce sont plusieurs millions d'euros ou de dollars qui manquent aux Etats nations, qui auraient dû être légitimement perçus, qui ne sont donc pas redistribués dans le cadre des politiques sociales, justifiant ainsi les cures d'austérité imposées aux différents états, entretenant par conséquent les inégalités croissantes. On est effaré au passage par l'incapacité des fiscalités nationales, archaïques et inopérantes faute de coopération internationale réellement efficace, à maitriser des flux financiers qui ne prennent plus que quelques secondes. Pourtant, comme le soulignent certains intervenants, les remèdes sont connus : harmonisation des politiques fiscales à l'échelle européenne, taxes même symboliques sur les transactions financières… Des mesures a minima, immédiatement décidables, afin que la démocratie cesse enfin d'être bafouée par certains acteurs du marché et que les Etats regagnent ce que l'on appelle à juste titre leur « richesse manquante », ou plutôt celle de tous.


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  •  J'adore les documentaires mais là, je dois dire que c'était vraiment ennuyeux. Des acteurs lisent en allemand les lettres d'Himmeler et de son entourage, et on voit des photos. C'est mal fait. Cela ma rappelle le documentaire "Douch..." qui était ennuyeux à mourir.

    scénario: 10/20             technique:16/20       note finale: 12/20

    Heinrich Himmler - The Decent one

    Le 6 mai 1945, des soldats de l’armée américaine investissent la maison de Himmler, à Gmund en Allemagne. Ils y découvrent des centaines de lettres personnelles, de journaux intimes et de photos. Le film s’est basé sur ces documents pour esquisser sa biographie et révéler l’état d’esprit, les plans et les secrets du Reichsführer SS, architecte de la Solution Finale: Heinrich Himmler.
    Comment ce jeune bourgeois catholique, nationaliste de la classe moyenne, est-il devenu le bras droit d’Hitler responsable de la mort de millions de Juifs, d’homosexuels, de Communistes et de Roms? Comment est né son idéologie? Comment se voyait-il et comment était-il perçu par sa femme Margerete, sa fille Gudrun et sa maîtresse Hedwig?
    Comment un homme qui se référait souvent aux soi-disant vertus germaniques telles que l’ordre, la correction et le respect, pouvait-il écrire à sa femme en pleine guerre et durant l’Holocauste : “Malgré toute cette charge de travail, je suis en forme et je dors très bien.” ? Comment un homme peut -il se voir comme un héros et être aux yeux du monde un meurtrier de masse?

    C'est l'histoire d'un homme et de ses proches au cœur de la grande Histoire. Il est souvent passionnant de découvrir les événements historiques importants par le biais de l'intime, qui parfois interfère et même influe sur le comportement des hommes de pouvoir. L'homme dont il est question ici n'est pas n'importe quel homme, il est honni à jamais dans l'histoire de l'humanité : Heinrich Himmler, chef suprême de la SS, puis Ministre de l'Intérieur du Reich, considéré comme un des principaux architectes de la Solution Finale. Après sa capture en Mai 1945 et son suicide le jour même de son arrestation, les libérateurs américains découvrirent dans sa maison familiale bavaroise, où vivaient encore sa femme Margaret et sa fille Gudrun, quantité d'archives personnelles éclairantes : journaux intimes, films de famille… Archives étrangement égarées durant soixante ans (elles dormaient, aussi incroyable que ça puisse paraître, sous le lit d'un israélien qui les avait achetées après la guerre sur un marché de Bruxelles !) jusqu'à ce que la documentariste Vanessa Lapa les exhume, les rassemble et les trie : ça lui a pris sept ans !

    À partir de son journal intime, des trois cents lettres échangés avec sa femme, sa fille et sa maitresse, la documentariste a pu balayer toute la vie d'Himmler, depuis l'adolescence jusqu'au crépuscule du régime nazi. On découvre les ressorts de la frustration de ce garçon, nationaliste enflammé, refoulé d'une école d'officiers en 1917 parce que trop jeune, qui finit par rejoindre l'armée sur intervention paternelle mais qui ne verra jamais le front. Un garçon déjà furieux de la lâcheté de ses compatriotes de Basse Bavière, qui rejoint après sa démobilisation les cercles putchistes de Munich, scandalisés par l'humiliation du traité de Versailles. On voit par la suite le Himmler intime, timide à l'extrême, qui finit par trouver l'amour avec une infirmière divorcée, Margaret, dont il admire la pureté aryenne du profil. De leur union nait en 1929 Gudrun, affectueusement surnommée Puppi, qui est très présente dans le film. Puis Himmler s'éloigne progressivement de son foyer (il finira par se séparer de Margaret après avoir pris en 1940 une maîtresse dont il aura deux enfants illégitimes), emporté par la soif de pouvoir aux côtés de ses amis nazis. On le voit assez pathétique, se justifier auprès de Margaret de ses déplacements avec Hitler, qu'elle trouve trop nombreux… Tous ces aspects assez anecdotiques de la vie personnelle d'Himmler pourraient paraître dérisoires au vu du rôle de ce criminel, artisan de la mort de millions de déportés… Mais tout au contraire ils nous font approcher la figure terriblement ordinaire du mal évoquée par la philosophe Hannah Arendt. Tous ces éléments nous font mieux comprendre à quel point la frustration de l'après-guerre, l'obsession moraliste face à une classe politique considérée comme indigne (Himmler se définit comme un homme « décent », d'où le titre du film) ont nourri la folie destructrice du régime. Nul besoin d'une voix off explicative, la lecture des correspondances d'Himmler, parlant par exemple à ses proches de manière quasi touristique de ses déplacements sur le front de l'Est et dans la Pologne des camps d'extermination – avec en terrifiant contrepoint les images d'horreur de la Shoah en action – se suffit à elle-même.

    Tout aussi terrifiant – et édifiant – est le destin de Puppi, la petite chérie de son papa, restée jusqu'à ce jour l'égérie d'un réseau d'entraide aux anciens criminels nazis… On pense forcément à Brecht et à sa « bête immonde »…


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  • Un très joli documentaire sur une maman ours et ses deux petits qui captivera les petits et les grands. Très bien fait, l'image est magnifique et il y a même du suspens...!

    scénario: 16/20    technique: 16/20   note finale: 16/20

    Grizzly

    Une année de la vie d'une famille de grizzlys en Alaska, et leur interaction avec la faune voisine : loups, saumons, orques... Dans des paysages grandioses, on découvre la vie trépidante de ces animaux emblématiques, pour répondre à la question suivante : Comment le grizzly peut-il être, dans notre inconscient collectif, à la fois un animal féroce et le symbole de l'animal rassurant pour tous les enfants du monde ?


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