•  Trop surréaliste et trop absurde pour moi, je n'ai pas du tout aimé ce film. Ridicule! Je ne comprends pas comment ce film a pu être encensé à ce point par presque tout le monde. Décevant!

    scénario: 6/20      acteurs: 10/20   technique: 10/20   note finale: 5/20

    Chambre 212

    Après 20 ans de mariage, Maria décide de quitter le domicile conjugal. Une nuit, elle part s’installer dans la chambre 212 de l’hôtel d’en face. De là, Maria a une vue plongeante sur son appartement, son mari, son mariage. Elle se demande si elle a pris la bonne décision.  

    À l'ombre protectrice et revendiquée de Woody Allen, Ingmar Bergman et Bertrand Blier, Christophe Honoré nous offre un merveilleux divertissement, léger et profond à la fois, qui est aussi une déclaration d'amour au cinéma, art magique par la grâce duquel tout est possible pour peu que l'on abandonne, ne serait-ce que brièvement, notre désespérante exigence de rationalité. Quel bonheur de croire, une heure trente durant, qu'il serait possible de revenir en arrière et changer le cours des choses, aimer à nouveau comme au premier jour, croiser même les morts et retrouver un peu de cette fulgurance qui nous rend furieusement vivants ! Christophe Honoré et sa bande de saltimbanques réussissent un délicieux tour de passe-passe qui vous entraînera quelque part de l'autre côté de l'arc-en ciel, à peine franchi le seuil de la chambre 212.

    Sacha Guitry – auquel on pense également – y perdrait son latin : ce sont les femmes adultères qui se planquent dans les placards, revenant tout sourire au bercail sur un air de « même pas grave », fortes de leur jouissance et de cette évidence que la passion amoureuse s'étiole méchamment au fil des ans. Et ce sont les hommes qui pleurent et se lamentent, s'acharnant à espérer que d'un volcan éteint pourra rejaillir le feu. Voeu pieux ? Maria donc, enseignante très à cheval sur le suivi personnalisé de ses élèves – surtout quand ils portent un prénom sexy –, s'est fait une raison, sans dramatiser ni tirer de conclusion définitive : entre Richard et elle, après des années de vie commune, la flamme s'est étouffée, la passion s'est émoussée. Et ce soir-là, peut-être parce que Richard porte un horrible bermuda avec des chaussettes flageolant à mi-mollets, ou peut-être parce qu'elle en a assez de lui jouer la comédie légère, elle décide de prendre la tangente, et un peu de recul, pour retrouver son souffle, faire le point.
    Elle traverse la rue. Pousse la porte de l'hôtel. Prends une chambre dont la fenêtre donne précisément sur son appartement, sa vie, son homme qui pleure devant sa machine à laver. Une vue idéale sur son mariage en panne pour enfin s'envisager de l'intérieur. Mais pour la réflexion en solitaire, c'est raté : voilà que la chambre d'hôtel est envahie par une foule sentimentale de protagonistes, bien décidés à s'exprimer même si on ne leur a rien demandé, à apporter leur contribution à ses réflexions intérieures, voire, pire, à lui faire moult reproches sur sa légèreté ou sa conduite passée, ses désirs de liberté qui en ont blessé plus d'un.

    Au premier rang de ces intrus : Richard himself, vingt ans et vingt kilos en moins, tel qu'il était le jour où ils se sont rencontrés, puis il y a tous ses amants, et même sa mère pour les comptabiliser. Il y aussi sa conscience, qui s'est mise sur son trente et un… sans oublier Irène. Celle que Richard aurait dû épouser, son tout premier amour.

    Autant dire que la nuit va être mouvementée… Comment résister au corps jeune et plein de fougue de Richard ? Comment se dépatouiller dans cette conjugaison existentielle où présent, passé et futur s'emmêlent joyeusement les pinceaux ? Mais surtout : Maria doit-elle traverser la rue en sens inverse ?
    Le film avance comme dans un rêve, révélant au cœur d'un dispositif volontairement théâtral une sublime authenticité des êtres et des sentiments. Tout coule, tout est fluide, la narration et les dialogues sont ultra-rythmés, tout comme la musique (toujours en mode majeur chez Honoré). Chef d'orchestre virtuose à la tête d'une troupe de comédiens de haute volée (Chiara Mastroianni en majesté, les menant tous à la baguette), Christophe Honoré signe ici une rêverie éveillée lumineuse et c'est un enchantement.


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  • Un très beau film sur les années de plomb en Algérie, qui rappelle, une fois de plus et si'l en était besoin que l'islamisme est un fascisme. Hymne à l’émancipation des femmes, dans un contexte qui tente de les museler, le film de Mounia Meddour est un chef-d’œuvre. Brillamment mis en scène et enchaînant les séquences fortes, le film est à la fois bouleversant et indispensable, servi par deux révélations, les jeunes Lyna Khoudri et Shirine Boutella, impressionnantes en papicha insoumises.

    scénario: 18/20      acteurs: 18/20       technique: 18/20   note finale: 18/20

    Papicha

    Alger, années 90. Nedjma, 18 ans, étudiante habitant la cité universitaire, rêve de devenir styliste. A la nuit tombée, elle se faufile à travers les mailles du grillage de la Cité avec ses meilleures amies pour rejoindre la boîte de nuit où elle vend ses créations aux " papichas ", jolies jeunes filles algéroises. La situation politique et sociale du pays ne cesse de se dégrader. Refusant cette fatalité, Nedjma décide de se battre pour sa liberté en organisant un défilé de mode, bravant ainsi tous les interdits.

    « Papicha », c’est le petit nom charmant que l’on donne aux jeunes algéroises drôles, jolies, libérées. C’est aussi désormais un film sur le courage, celui d’un pays, d’un peuple, d’une jeunesse qui ne demande qu’à exulter, qui refuse de céder aux injonctions de la peur, à celles de bras armés tout puissants. Il est donc question dans Papicha de résistance vivifiante, de pulsions joyeuses, d’insoumission. Le film nous immerge dans la décennie noire des années 90 : tandis que les étudiants du pays aspirent à la même liberté que leurs cousins occidentaux, par le jeu des forces politiques en présence, une vague d’intégrisme va monter, implacable, génératrice de violence, d’interdits, de terreur. Le GIA (Groupe Islamiste Armé) et l’AIS (Armée Islamique du Salut), dont les premières cibles sont les journalistes, terrorisent la population civile, tout en se faisant la guerre entre eux, ainsi qu’à la démocratie. On dénombrera au final plus de 150 000 morts, des dizaines de milliers d’exilés, un million de personnes déplacées. L’action du film prend sa source dans ce contexte tendu, celui que connut bien la jeune réalisatrice encore étudiante, et dont elle choisit de faire une fiction assoiffée de joie, d’espérance, de révolte.


    Tout démarre par une belle nuit suave, qui donne envie aux corps d’exulter. Gros plan sur deux donzelles sur la banquette arrière d’un taxi clandestin qui brinquebale dans les rues d’Alger. Dans cette cabine d’essayage de fortune, elles se maquillent, se tortillent comme des libellules en train d’abandonner leurs chrysalides. Elles n’ont que peu de temps pour quitter leurs tenues sages et se transformer en reines de la nuit. Alors que le vieux chauffeur qui bougonne, réprobateur, a du mal à garder les yeux dans sa poche, Nedjma, qui a la langue bien pendue, le renvoie à son volant : « Papy, la route c’est devant, pas derrière ! » Un sens de la répartie que semblent cultiver en permanence les filles entre elles, à coups de « battle de mots » comme elles les appellent, qui démarrent dans les endroits les plus saugrenus. Des moments pêchus et drôles, un peu outranciers, comme un arsenal d’armes fragiles qu’elles entretiennent en riant, maigre rempart contre les débordement sexistes, les insidieux harcèlements quotidiens qu’elles subissent en faisant mine de s’en moquer. Difficile de trouver des espaces de liberté sereine ici. On devine que la majorité de celles et ceux qui se retrouvent pour faire la fête, même si c'est sans doute plus simple pour les garçons que pour les filles, ont dû, tout comme Nedjma et son inséparable copine Wassila, faire le mur, s’échapper en catimini. Une clandestinité propice à toutes les arnaques, à tous les chantages vicelards (on assistera à un florilège de bêtise de la part de ces messieurs).
    En attendant, Nedjma poursuit, vaille que vaille, son rêve de devenir styliste, elle en a le talent. Elle va y entrainer toute sa bande de copines, sa famille et même quelques professeures. D’abord inconsciemment, la mode, qui dévoile et embellit les corps, va devenir une forme de contestation. Au noir des hidjabs que les islamistes veulent imposer à la gent féminine, Nedjma opposera la blancheur du haïk, cette étoffe qui fut, au-delà de sa fonction vestimentaire traditionnelle, le symbole de la résistance nationale algérienne contre la politique coloniale française.

    Papicha, c’est le portrait d’une féminitude solidaire et complexe, bien au-delà des clichés. Des plus gamines au plus âgées, des plus modernes aux plus conformistes, nulle n’est dupe ou naïve. Chez elles, l’insouciance, qu’elle soit feinte ou cultivée, apparait dès lors comme une forme de résilience indispensable, une façon non seulement de survivre, mais surtout de ne jamais abdiquer joie et douceur de vivre.


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  •  Je n'aime pas ce genre de films qui réjouira les amateurs de bagarres et autres tueries. C'est bien fait, même si on sait que Rambo gagnera à la fin. Certaines scènes sont vraiment trop sanglantes.Et toute cette violence n'est pas saine. 

    scénario: 16/20      acteurs: 16/20    technique: 16/20   note finale: 16/20

    Rambo, last blood

    Cinquième épisode de la saga Rambo. Vétéran de la Guerre du Vietnam, John Rambo va affronter un cartel mexicain après l'enlèvement de la fille d'un ami.


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  •  Si "Le Dindon" ne révolutionne pas le genre, il n'en reste pas moins une comédie légère et acide plus que plaisante et servie, qui plus est, par d'excellents comédiens. Une manière de nous rappeler que la comédie française a encore beaucoup de choses en réserve et qu'il suffit parfois d'aller piocher dans les classiques pour la revigorer. Jalil Lespert a transposé son intrigue dans les années 60 (...) Pour le reste, il est toujours bien question de fidélité, de constats d’adultère, de trahisons feutrées (on est chez les bourgeois), de gros quiproquos et de jeux de dupes qui vont se régler à grand renfort de portes qui claquent et de répliques bien senties, dans une intrigue resserrée au maximum. Un jeu de cache-cache sentimental à la Feydeau, dont Jalil Lespert adapte ici la pièce, dans une comédie qui s’efforce de porter au cinéma la mécanique théâtrale. Mais si vous n'aimez pas les couples avec amants, n'y allez pas! Du Feydeau quoi... et presque du théâtre filmé.

    scénario: 16/20     acteurs: 16/20  technique: 16/20   note finale: 16/20

    Le dindon

    Monsieur de Pontagnac a eu un coup de foudre pour une jolie jeune femme. Ce qu’il n’avait pas prévu c’est que celle-ci n’est autre que Victoire, la femme d’un de ses amis, Vatelin. Et si le notaire le prend plutôt bien, Victoire, elle n’est pas si simple à manipuler. Surtout, la mésaventure a lancé dans leur société un sujet – et un petit jeu étonnant autour de la fidélité des uns et des autres. Alors quand entrent dans l’arène Rediop, soupirant de Victoire, et Suzy, ancienne flamme de Vatelin, le jeu se corse encore.


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  • Une merveille!! Une heure et demie de cinéma qui revigore, qui émeut, qui enthousiasme, qui épate. "The Biggest Little Farm" se démarque et emballe [...] Sans doute parce qu’il repose sur des ressorts narratifs puissants, de ceux qui ont modelé nos cerveaux dès l’enfance, de ceux à l’oeuvre dans les contes et les mythes fondateurs. À l’heure des constats alarmistes, ce documentaire, qui prône la fin de la monoculture intensive à l’américaine, montre qu’une agriculture raisonnable est possible. Ce film offre une vision positive de l’alternative choisie. Une aventure humaine riche en rebondissements et à valeur d'exemple, racontée avec humour et simplicité pour démontrer que, oui, tout est possible.

    Pour en savoir plus sur cette ferme: https://www.apricotlanefarms.com/

    scénario: 19/20     technique: 19/20   note finale: 19/20

    TOUT EST POSSIBLE : the biggest little farm

    John et Molly décident de quitter Los Angeles pour se lancer dans le développement d’une ferme écoresponsable.

    C'est sans conteste un documentaire mais il faut vraiment se le répéter pour s'en convaincre pendant la projection : on est en plein cœur d’une action tendue, palpitante, un vrai film d'aventure ! La puissance de ce film tient à l’art de la narration, le réalisateur est un véritable conteur de sa propre vie. Il y insuffle juste ce qu'il faut de suspense, d’émotions sans jamais qu’elles ne débordent. S’il partage une part intime, il le fait avec une telle dignité et une telle classe que rien n’est pesant.
    Les premières images sont saisissantes. Un incendie violent dévaste la campagne californienne. Face aux flammes immenses, des hommes, des bêtes, des arbres… fragiles et démunis. Malgré tous les efforts déployés, des fermes entières sont menacées d’être balayées de la carte. Tous retiennent leur souffle. Ce jour-là, Apricot Lane, le domaine de Molly et John Chester, sL’aventure démarre huit ans plutôt. Nos deux amoureux gagnent à l'époque bien leur vie, Molly grâce à ses talents de cuisinière blogueuse, John en tant que documentariste, photographe animalier pour la presse. Ils coulent des jours paisibles et confortables. C’est un coup de foudre qui va venir bousculer le cours de leur existence. Lors d’un reportage, John rencontre Todd. Tous deux tombent irrémédiablement en amour. John ne peut que ramener sa conquête à la maison. Quand il la présente à Molly, elle est conquise à son tour par les grands yeux bleus du doux chien aux poils d’ébène. Pas de scène de couple donc, Todd est adopté, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes… Sauf pour les voisins de leur minuscule immeuble ! Car s’il y a bien un truc que Todd déteste, c’est rester seul et il le fait savoir en hurlant à la mort ! Après quelques avertissements, le trio finira par se faire expulser. Les Chester y verront le signe d’un nouveau départ. Ce n’est pas un simple pavillon de banlieue qu'ils vont offrir à Todd, mais un terrain de 300 hectares ! Voilà nos cultivateurs en herbe, dont l’expérience se résume à faire pousser des tomates sur un balcon, en train de convaincre banquiers et copains de leur prêter quelques milliers de dollars pour se reconvertir dans l’agriculture : c’est simple, ils ont lu des bouquins sur le sujet ! Autant dire que c’est pas gagné !
    Mais Molly et John ne sont pas du style à baisser les bras. Les voilà à la tête d’une terre aride à en tirer la langue, un sol épuisé sur lequel personne ne parierait, mais à portée de leur bourse. Et c’est là que commence la véritable épopée, celle de la reconquête d’un territoire par la vie. John nous la conte avec sa voix enjouée, ses mots drôles et touchants, ses images splendides. On entre dans l’intimité des animaux. On est étonnés par l’histoire du coq amoureux d’une truie (Emma). Inquiets pour l’agneau bicolore orphelin rejeté par les siens. Émerveillés par les naissances en direct, le vol d’un colibri. Dépités par les ravages des nuisibles et des coyotes. C’est aussi prenant qu’un roman feuilleton.

    Les cinq premières années seront rudes, pleines de déboires, d’incertitudes… De son propre aveu, le réalisateur doute du succès, se refusant à tout angélisme, à tout prosélytisme. Puis progressivement l’étroite collaboration tant espérée avec la nature se met en place, sans herbicide, ni pesticide, ni assassinat de souris… Nul besoin de grands discours, la manière dont tout bourgeonne, explose, la biodiversité retrouvée sont la plus belle démonstration. Si une grande petite ferme ne peut à elle seule reverdir le blason de la planète, elle peut y contribuer !era épargné. Ouf ! Mais que sont donc venus faire ces deux citadins dans cette galère?

     


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  • Une satyre féroce du monde politique portée par des acteurs au sommet de leur art. Voici une brillante comédie sur la vanité du pouvoir et les incertitudes de la vocation, qui remet à l’heure quelques pendules éthiques et idéologiques.La bétise du monde politique est particulièrement bien montrée.

    scénario: 18/20     acteurs: 18/20    technique: 18/20   note finale: 18/20

    Alice et le maire

    Le maire de Lyon, Paul Théraneau, va mal. Il n’a plus une seule idée. Après trente ans de vie politique, il se sent complètement vide. Pour remédier à ce problème, on décide de lui adjoindre une jeune et brillante philosophe, Alice Heimann. Un dialogue se noue, qui rapproche Alice et le maire et ébranle leurs certitudes.

    On ne prétendra pas que la légendaire pusillanimité du cinéma français à l’égard de la représentation de la chose politique ait disparu. Du moins la trouve-t-on désormais écornée, de loin en loin, par d’excellents films. Le meilleur exemple reste, à cet égard, L’Exercice de l’Etat (2011) de Pierre Schoeller. On lui adjoint sine die Alice et le maire de Nicolas Pariser, qui partage avec lui, sans jamais verser dans la naïveté, une vraie croyance dans le monde qu’il filme, ainsi qu’une bienfaisante suspension de l’aigreur ordinaire qui conduit sans coup férir à la disqualification du sujet.
    Nicolas Pariser se rapproche d’Eric Rohmer – lequel avait signé, en 1993, L’Arbre, le maire, et la médiathèque avec Fabrice Luchini – pour une petite leçon de morale politique, écologique et existentielle.

    Luchini, donc. Et la preuve ici réitérée de son immense talent… Il campe Paul Théraneau, maire socialiste de Lyon, à peu près rincé après trente ans de mandat, non encore tombé dans le cynisme, mais tournant à vide, en pilotage automatique. La manière dont l’acteur parvient à restituer l’animal politique est très remarquable. Un rien y suffit, évitant la caricature, dont il n’est pas donné à tout le monde de se saisir. Quelque chose de demi-mort dans le regard qui flotte sur le monde ordinaire, un imperceptible mouvement des lèvres qui marque une lassitude océanique de la gestion quotidienne, une capacité intacte à se sublimer et à aller chercher loin le vibrato républicain sur le théâtre de l’intervention publique.


    Là-dessus, sa jeune directrice de cabinet embauche une jeune normalienne sans attaches, Alice Heimann (Anaïs Demoustier), pour devenir une sorte de coach mentale du maire en perdition. Sa jeunesse, sa fraîcheur, son manque d’expérience, son étrangeté au milieu, son indifférence aux coups stratégiques – autant de traits dont Anaïs Demoustier, de son côté, s’empare avec une impression de naturel confondant – tombent d’autant plus à pic que Paul Théraneau se met en mouvement pour prendre la tête du parti et se positionner ensuite comme candidat à la présidentielle.
    L’histoire de leur relation occupe donc très délibérément le centre du film, quand bien même quelques personnages et intrigues secondaires, animant l’environnement proche des personnages principaux, s’y révèlent particulièrement bien esquissés…
    La ruche en effervescence de la mairie, le staff perpétuellement sur les dents, les déplacements incessants du maire illustrant la multiplicité de ses tâches et de ses fonctions figurent le théâtre principal de la relation d’abord adjuvante, puis de plus en plus vitale, qui se noue entre les deux personnages. De fait, Alice, par sa capacité d’écoute, par sa faculté d’analyse, par la pertinence intellectuelle de ses interventions, réapprend au maire, animal politique obnubilé par l’efficience de l’action dans un monde qui exige toujours plus de rapidité, les vertus oubliées de la pensée…

    Alice et le maire entre définitivement dans la catégorie des bons films, des grands films, en faisant en sorte qu’un mouvement transforme insensiblement les personnages. Qu’on les trouve changés, l’un et l’autre, par une expérience qui les a réunis et éprouvés et dont on ne révélera surtout pas le fin mot ici. Tout au plus dira-t-on qu’une part d’humanisme a perturbé l’animal technocratique qu’est Paul Théraneau, et qu’à rebours Alice Heimann n’a pu éviter que l’éclaboussure du réel atteigne le pur horizon des concepts. La transparence de la mise en scène, la justesse des dialogues, la tenue des acteurs conspirent ici à un film lucide et subtil, qui fait toute sa part à la cruelle complexité des choses. Une œuvre précieuse, en un mot.


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  •  Ce film est une pure merveille et montre bien comment les paysans d'aujourd'hui sont poussés à la faillite, en particulier par le Crédit Agricole et autres multinationales qui encouragent le sur-endettement. Les acteurs sont excellents, c'est bien filmé, et le scénario est génial.

    scénario: 18/20      acteurs: 18/20       technique: 18/20   note finale: 18/20

    Au nom de la terre

    Pierre a 25 ans quand il rentre du Wyoming pour retrouver Claire sa fiancée et reprendre la ferme familiale. Vingt ans plus tard, l'exploitation s’est agrandie, la famille aussi. C’est le temps des jours heureux, du moins au début… Les dettes s’accumulent et Pierre s’épuise au travail. Malgré l’amour de sa femme et ses enfants, il sombre peu à peu… Construit comme une saga familiale, et d’après la propre histoire du réalisateur, le film porte un regard humain sur l’évolution du monde agricole de ces 40 dernières années.

    Pierre revient au pays, en conquérant. S’il en est parti, c’est pour mieux y revenir, plus mûr, mieux préparé, renforcé par son séjour dans le Wyoming, où il s’est formé à de nouvelles techniques agricoles. Fort de la promesse de fructueuses moissons futures, Pierre sourit à la vie, tout comme elle lui sourit. D'autant qu'il va se marier avec Claire, qui l'a attendu puisqu'ils ont toujours su qu'ils feraient leur vie d'agriculteurs ensemble…
    Peu de temps après, le jeune couple s’installe dans la belle ferme familiale que le père de Pierre leur cède. Les en voilà presque propriétaires – moyennant un important prêt bancaire, le premier d'une épuisante série –, et Pierre guette, tout en signant l’acte de vente, une forme de reconnaissance dans le regard paternel. Ah ces deux-là ! Leurs cœurs battent à l’unisson mais ils sont trop taiseux pour se le dire. Il faut dire qu'à travers eux, à leur corps défendant, ce sont deux conceptions de la paysannerie qui s’affrontent, deux époques que le progrès a rendu irréconciliables. Mais quel progrès ? Celui qui a transformé les fermiers en « exploitants agricoles », en « entrepreneurs », en « agri-managers » ? On perçoit sous les glissements sémantiques qu’un pan d’humanité a été enterré, l’humus dégradé. Les nouvelles générations, respectant scrupuleusement les prescriptions des politiques agricoles successives, orchestrées par des énarques déconnectés du bon sens terrien, se retrouvent prises au piège des sables mouvants d’un système qui l’a progressivement asservie, rendue dépendante des cours de la bourse, des géants de l’industrie agro-chimique, des indemnités compensatoires…


    Vingt ans plus tard, plus grand monde n’est autonome ni fier de ce qu’il fait, malgré un travail constant et acharné. L'agriculture industrielle a imposé sa loi, sans pitié ni conscience. Le marché, monte le travailleur contre le travailleur : les damnés de la terre, sous la pression, le poids des dettes, finissent par se tromper d’ennemis.
    Et Pierre dans tout ça ? Il est comme presque tous les autres prisonnier du système mais il continue d’y croire, de ne pas baisser les bras, avec le soutien de Claire et de leurs deux enfants. La joie de vivre et de travailler ensemble est toujours là, mais pour combien de temps ?

    À travers cette première fiction épatante (il avait déjà tourné un documentaire sur le même sujet), le réalisateur rend autant hommage à un père, le sien, qu’au monde paysan. Ce monde qui se lève tôt sans en récolter ni gloire, ni fortune. Remarquablement interprété, le film donne envie de creuser le sillon de la solidarité, de se rebeller, de refuser que l’histoire de Pierre ne soit une fatalité qu’on oublie derrière les statistiques : « Tous les deux jours en France, un agriculteur… » On vous laisse compléter la phrase après avoir vu le film…


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  •  Un film royal, au casting princier, qui vient couronner les efforts du nec plus ultra de l’audiovisuel britannique. Je n'ai pas vu la série mais j'ai adoré ces querelles entre domestiques sont truculentes. Les acteurs sont vraiment laids.

    scénario: 17/20        technique: 17/20     acteurs: 17/20   note finale: 17/20

    Les Crawley et leur personnel intrépide se préparent à vivre l'événement le plus important de leur vie : une visite du roi et de la reine d'Angleterre. Cette venue ne tardera pas à déclencher scandales, intrigues amoureuses et manigances qui pèseront sur l'avenir même de Downton.

    Images magnifiques aux couleurs d'automne, costumes chiadés… on retrouve tous les personnages qui faisaient le charme imparable des six saisons de la série. Il n'est néanmoins pas besoin de les avoir vues pour savourer le film, mais dame ! 52 épisodes de 50 minutes, ça crée des liens et vous rend familière une bande de personnages qui s'étaient immiscés dans nos vies en nous racontant l'évolution d'une famille d'aristocrates « so british » et de leurs domestiques dans le petit château familial niché dans le cœur verdoyant du Yorshire au début du siècle dernier. Ça commençait le jour du naufrage du Titanic qui décimait les héritiers mâles de la famille Crawley…

    Le film débute plus de dix ans après, là où s'arrêtait le dernier épisode. En passant au grand écran, les personnages semblent dans un premier temps presque un peu intimidés, comme si le poids de l'attente des plus de 120 millions de spectateurs cumulés à travers 200 pays leur flanquait un peu la trouille. Il y a de gros moyens, les décors ont plus d'ampleur… succès planétaire oblige : l'intimité du petit écran manque un peu, mais peu à peu le ballet habituel des intrigues reprend le dessus et on renoue avec l'ambiance des cuisines en sous-sol, les désirs de pouvoir, les petits coups fourrés, les sentiments qui fleurissent là où on ne les attendait pas… Tous se connaissent depuis si longtemps que les relations ont perdu en acidité avec l'habitude, on est plus pointilleux sur les économies, le train de vie n'est plus tout à fait ce qu'il était… Même la Comtesse douairière (Maggie Smith), du haut de ses 85 ans, est devenue moins coupante avec le temps…


    Mais voilà qu'une nouvelle arrive qui fracasse les habitudes et fait reprendre du service à ceux qui étaient sur la touche, on rameute de tous côtés : leurs majestés de la couronne d'Angleterre se lancent dans un périple à travers leurs provinces et ont décidé d'honorer de leur visite leurs fidèles sujets qui représentent si bien cette vieille noblesse tellement liée à l'histoire de la « Perfide Albion »… on imagine le branle-bas que l'annonce provoque et chacun se pose la question cruciale qui va avec son rang : quel plat va-ton leur mijoter se demande-t-on à l'office, quelle robe vais-je mettre au bal, soupire-t-on dans les étages… Mais le sentiment de fierté que la visite provoque chez les domestiques, qui se sentent depuis toujours un peu de la famille, est vite gâté par l'arrivée du staff royal, qui prend la main, majordome insupportablement suffisant en tête, les chassant de leur cuisine avec arrogance. On se doute que Carlson, Elsie, John Bates, Ana Bates, Phyllis, Beryl, Daisy et tous les autres travailleurs de l'ombre ne vont pas se laisser humilier de si mauvaise façon…

    En passant au cinéma, Downton Abbey a pris la douceur colorée d'un bonbon anglais, le poivre de la contestation sociale pique moins, le souffle de l'histoire semble un peu distant, mais le charme opère tout de même et on se laisse porter par le tourbillon des personnages, la beauté du décor, et on sort du ciné avec l'envie de se refaire quelques petits épisodes au coin du feu, à la maison…


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  •  À la candeur des jeunes gens se superpose le pessimisme amusé du réalisateur, qui sourd dans cette sorte de mécanique implacable qu'est la vie, où ce qui advient de plus surprenant n'est jamais totalement fortuit. Très réussi et New York est divinement filmé.

    scénario: 16/20        acteurs: 17/20     technique: 17/20   note finale: 16/20 

    Un jour de pluie à New York

    Deux étudiants, Gatsby et Ashleigh, envisagent de passer un week-end en amoureux à New York. Mais leur projet tourne court, aussi vite que la pluie succède au beau temps… Bientôt séparés, chacun des deux tourtereaux enchaîne les rencontres fortuites et les situations insolites.

    Les comédiens se renouvellent, les générations passent, mais l'aura de New York filmée par Woody Allen est toujours intacte, et l'écriture du maestro est toujours aussi fine et précise, et profonde sans en avoir l'air. Ici, elle est une fois encore travaillée à la virgule et au bon mot près, ciselée par la diction impeccable et parfaitement rythmée de tous ses comédiens, incarnant d'une manière évidente l'essence même du cinéma de Woody Allen. Mais comme jamais peut-être dans ses films précédents, il y a dans Un jour de pluie à New York un phénomène assez troublant qui se manifeste dès les premières images, c'est le sentiment que le personnage de Woody Allen, que nous avons vu tant de fois à l'écran et dont on connait si bien l'air binoclard un peu ahuri et le phrasé mitraillette si caractéristique, semble habiter tel un spectre chacun des personnages de l'intrigue…


    De l'étudiant intello et joueur de poker à la jeune et naïve journaliste en herbe en passant par le réalisateur en plein crise existentielle, le scénariste cocu ou le grand frère qui se demande s'il ne doit pas annuler son mariage car il ne supporte plus le rire strident de sa fiancée : il est partout. A part peut-être dans le personnage (sublime) de la mère, mais chacun sait qu'une mère, dans un film de Woody Allen, se suffit à elle-même. Alors quoi ? Délire mégalo ? Omniprésence du vieil artiste au crépuscule de sa carrière ou plus simplement magie du cinéma ? Qu'importe, on est bien, là, à New-York sous la pluie avec tous ceux-là, les jeunes et ceux qui le sont moins, et on se réjouit pleinement de ce délicieux divertissement.
    Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont bien nés, ils sont étudiants dans une université prestigieuse et gentiment amoureux. Journaliste pour la gazette de la fac, Ashleigh, passionnée de cinéma, vient de décrocher une interview du célèbre réalisateur Rolland Pollard à New-York. L'occasion rêvée pour Gatsby de l'embarquer pour un week end romantique dans sa ville natale. Mais ce qui s'annonçait comme une escapade bien balisée va se muer en folle partie de cache-cache. Alors que la délicieuse Ashleigh se retrouve happée dans le petite monde très fermé – et passablement ridicule – du cinéma d'auteur new-yorkais, Gatsby retrouve par hasard, dans le désordre de l'apparition à l'écran : un ancien pote de collège qui l'embauche pour un rôle muet dans le court-métrage qu'il est train de tourner, la sœur d'une ex-amoureuse, sa mère à qui il avait pourtant annoncé son absence pour cause d'examen au traditionnel gala de charité qu'elle organise tous les ans, une call-girl bien sous tous rapports…

    Tout ce beau monde en prendra gentiment pour son grade, sous les assauts de la verve grinçante mais souvent tendre du cinéaste : les artistes tourmentés et leur nombril, les filles jolies mais un peu nunuches, la grande bourgeoisie et ses soirées de charité, les jeunes hommes prétentieux. Seule la délicieuse Ashleigh tirera paradoxalement son épingle de ce jeu de dupes : sous ses airs de blonde écervelée se cache une vraie sincérité, pure, pas encore abîmée par les rumeurs, la vanité, l'arrogance… de quoi méditer.


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  • Un thriller très réussi plein de surprises et de rebondissements. Divertissant et parfois, ça fait du bien de mettre ses neurones au repos

    scénario: 16/20      acteurs: 16/20     technique: 16/20     note finale: 16/20

    La chute du président

    Victime d’un coup monté, Mike Banning, agent des services secrets, est accusé d’être le cerveau d’une tentative d’assassinat envers le président américain, Allan Trumbull. Poursuivi par le FBI, il va devoir combattre pour survivre et trouver l’identité de celui qui menace la vie du président…


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  • Olivier Gourmet, est comme toujours au sommet de sa forme!! Un très beau film qui fait réfléchir sur la vie, le travail, la famille. Une belle avant-première.

    scénario: 16/20        technique: 16/20         acteurs: 17/20       note finale: 17/20

     

    Ceux qui travaillent

     

    Comment se peut-il qu'un jeune réalisateur puisse du premier coup pondre une telle œuvre, qui laisse pantois tant sa pertinence nous claque à la gueule ? Pauvres de nous… quel monstre broyeur d'humanité avons nous donc construit sans que personne ne s'insurge ? Sans que personne au sommet des tribunes du pouvoir ne se lève pour hurler d'arrêter tout ! Antoine Russbach réussit dans son premier long métrage à dire avec une force saisissante l'essentiel de ce qui nous tourmente et questionne la société toute entière : que sommes nous devenus pour nous faire les complices de ce qui nous écrase et menace en nous ce qu'il reste d'humanité ? Comment se peut-il qu'ayant désormais à disposition autant de moyens de voir, de savoir, de comprendre, nous soyons devenus à ce point aveugles et sourds à ce qui se joue dans les coulisses de la consommation de masse, d'un commerce mondialisé ? Serions nous devenus indifférents et impuissants à force d'individualisme ?


    Frank est cadre supérieur dans une grande compagnie de fret maritime. Chef d'orchestre d'un ballet de cargos énormes qui trimballent d'un continent à l'autre toutes sortes de denrées plus ou moins rapidement périssables. Il définit les routes des navires qui ne sont pour lui qu'une abstraction concrétisée par des chiffres et des petits points qui se baladent sur un écran d'ordinateur… tandis que les individus disparaissent dans les statistiques, petites choses anonymes perdues dans un océan invisible et lointain dont on ne saurait percevoir, depuis ce bureau ultra-moderne, ni l'odeur des embruns, ni le ressac d'une humanité en souffrance.
    Il est bosseur Frank, il a le sens des responsabilité, une famille, trois beaux enfants élevés au cordeau, qu'il n'a guère le temps de voir, mais qui ne manquent de rien et surtout pas du dernier smartphone que les copains lorgnent avec envie. Il assume son rôle de père, de mari avec la même conscience que le reste… sans se demander jamais si cette vie-là le rend vraiment heureux.
    Ce jour-là justement, il doit quitter à la hâte son bureau pour récupérer sa fille à la demande de l'école : un bobo, un mal au ventre, une envie de câlins ?.. Au moment même où un capitaine de cargo le sollicite dans une situation de crise : un clandestin se trouve à bord, malade, peut-être contagieux, l'équipage est inquiet… Accroché à son portable, Frank hésite : quelle ordre donner ? Faire demi tour et ramener le malade au premier port qui le prendra en charge, au risque de perdre la cargaison ? Aller au bout, braver la peur des marins, risquer le contrôle, une amende, voire pire ?
    Frank tranchera sous la pression et son choix, terrible, lui coûtera son poste… Trahi par un système à qui il pense avoir tout donné et qui, hypocritement, le lâche, alors même qu'il s'inscrivait parfaitement dans sa logique, en cohérence avec les objectifs fixés, caution parfaite d'un système où il avait sa part, ni pire ni meilleur que n'importe quel autre. Et voilà que cette décision, prise en toute conscience, renvoie les autres à la mécanique infernale qu'ils ont construite et dont ils refusent de payer le prix : Frank sera le fusible qui saute.

    C'est d'une maitrise confondante et Olivier Gourmet porte le personnage avec une intensité qui ne laisse rien passer : créature d'un système qu'il contribue à nourrir, il est le seul à regarder les choses en face, peu fier de ce qu'il a fait, mais persuadé qu'il n'y avait pas d'autre choix possible. Ce faisant il renvoie la question à ceux qui regardent le film : qui sommes nous pour juger, qui peut condamner… car ce type-là est un humain, avec sa part d'ombre et sa part de lumière et ses tourments résonnent en nous. Où finit la responsabilité de la société qu'on a tous contribué à créer, où commence la nôtre ? Suffit-il de jouer dans les marges pour être exempt de cette co-responsabilité ? Que sommes nous prêts à accepter pour ne rien perdre de notre confort ?
    Ce n'est pas un film bavard, c'est un film dont l'intensité tient autant dans les mots que dans les silences, les gestes, les regards, les frémissements du visage. Et Gourmet excelle à porter à fleur de corps les frémissements inquiets de l'âme…


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  • Si quand le héro n'est pas avec Dieu, on va de surprises en surprises, quand il est avec Dieu, c'est un peu décevant. Les dialogues avec Dieu sont creux. Il y a un malaise quand on regarde ce film. on se demande s'il n'est pas produit par une secte ou quelque chose comme ça.

    scénario: 12/20     acteurs: 14/20   technique: 16/20   note finale: 13/20

    Interview avec Dieu

    Rentré d’un reportage en Afghanistan, Paul Asher a du mal à surmonter les séquelles de cette expérience. Son mariage est en perdition et sa foi est mise à l’épreuve, lorsqu’il se voit proposer une interview avec un homme qui prétend être Dieu. Si vous pouviez interroger Dieu, quelles questions lui poseriez-vous ?


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  • Très réussi. Klapisch dresse un portrait drôle, émouvant et percutant de l'ultra-moderne solitude urbaine et du célibat connecté à l'ère des réseaux sociaux en racontant non pas une histoire d'amour, mais une préhistoire d'amour - toutes les galères par lesquelles on passe avant de tomber amoureux. On se promène un peu le vague à l’âme, mais avec le sourire aussi, dans cette variation contemporaine et éloignée de "The Shop Around the Corner" de Lubitsch, et après un prologue un brin long à la détente, on se laisse cueillir par l’humanité de tous les personnages de cette histoire, dont le centre névralgique est une épicerie de quartier, qui ressemble à un rêve ou une utopie réaliste. Celle que semble soumettre à nos yeux Cédric Klapisch, comme on fredonnerait tout bas un chant d’espérance.On peut toutefois regretter que l'image soit dégueulasse.

    scénario: 18/20      acteurs: 17/20       technique: 15/20    note finale: 17/20

    deux moi

    Rémy et Mélanie ont trente ans et vivent dans le même quartier à Paris. Elle multiplie les rendez-vous ratés sur les réseaux sociaux pendant qu'il peine à faire une rencontre. Tous les deux victimes de cette solitude des grandes villes, à l’époque hyper connectée où l’on pense pourtant que se rencontrer devrait être plus simple… Deux individus, deux parcours. Sans le savoir, ils empruntent deux routes qui les mèneront dans une même direction… celle d’une histoire amour ?

    Tous les métros, tous les tramways, tous les bus de toutes les grandes villes nous offrent ce drôle de spectacle : des hommes, des femmes, de tout âge, de toutes classes sociales, se tiennent la tête baissée, le regard comme aspiré par l'écran de leur téléphone portable intelligent (!?). Chacun cherche son moi dans cet étrange miroir, reflet de nos existences en quête de sens, de contacts, de like, dans une volonté de remplissage frénétique (des amis, des applis, des tutos, des photos…) qui masque à peine l'angoisse du vide, du silence, du rien. Il le dit bien, Cédric Klapisch, dans ses notes d'intentions : on ne peut plus faire aujourd'hui un film sur le sentiment amoureux, sur la naissance d'une histoire sans tenir compte de ces flux numériques qui ont envahi nos vies et notre manière d'être à l'autre et au monde. Pourtant, dans ce monde ultra connecté, la solitude est toujours aussi criante et les injonctions à adopter la positive attitude n'ont pas vidé les cabinets des psy… Mais plutôt que de nous filer le bourdon, et il y aurait de quoi, voilà un film qui se nourrit des petits miracles du vivre ensemble, ces petits riens du tout (Riens du tout, c'est le titre du premier long métrage de Klapisch) qui, mis bout à bout, forment la chaîne qui permet de ne pas complètement se laisser piéger dans les mailles du grand filet. Il a ce talent-là, Klapisch, cette bienveillance, cet amour des êtres qui donnent à son cinéma une force un peu naïve distillant l'optimiste, même dans les cas les plus désespérés.


    Ils le sont un peu, désespérés, ses deux héros. Oh certes, ce n'est pas le désespoir criant et tonitruant qui vous pousserait à faire le saut de l'ange du 5e étage, c'est un mal plus sourd, presque discret, qui fait son nid doucement. Au fil des mois, dans ce grand Paris où tout va vite, ça s'incruste, ça empêche de dormir (lui), ça engourdit (elle) ; ça vous flanque une peur panique quand il faut sortir de sa zone de confort (elle), ça vous fait vous évanouir dans le métro (lui) ; ça vous fait recueillir un chat (lui), ça vous fait vous inscrire sur des sites de rencontres pour coucher un soir et plus si affinités (elle). Et puis un jour, ça vous fait vous allonger sur le divan d'une psychanalyste (elle) ou consulter un psychologue du service public (lui). Mélanie et Rémy, trentenaires solitaires, mènent ces vies parallèles l'une à côté de l'autre, sans se voir, chacun dans sa bulle, avec ses trouilles et ses œillères.
    La riche idée de Klapsich, qui renoue avec le charme de Chacun cherche son chat, c'est d'avoir implanté ces deux-là dans un quartier de Paris aux allures de village, dont le cœur battant est une épicerie. Nul besoin ici de chercher sur internet le top 5 des meilleurs marques d'olives sans noyau, ni de télécharger la recette de l'houmous sur le 569e site de cuisine répertorié par votre moteur de recherche, pas besoin non plus d'activer la géolocalisation pour savoir où se trouve le cours de danse le plus proche : le patron (formidable Simon Abkarian) fait tout cela bien mieux qu'un smartphone, et en plus, il est drôle.

    Au final, tous ces personnages : le pharmacien, l'épicier, les psy, la collègue de travail pétillante… forment autour de ces deux solitudes l'écrin de tendresse dont ce monde manque furieusement… Cédric Klapisch nous invite à éteindre nos satanés écrans et à descendre voir ce qui se passe dans la rue, chez le petit commerçant du coin. Naïf ? Sans doute, et alors ?


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  • Une comédie moyennement réussie. On rit parfois, mais peu. Le scénario est un peu faiblard. les acteurs sont formidables mais ils font ce qu'ils peuvent avec un scénario minimaliste. Le tout se laisse voir sans déplaisir une fois que la mécanique est enclenchée, entre film de prison, film de potes, film d’arnaque et comédie romantique.

    scénario: 13/20       technique: 16/20     acteurs: 16/20     note finale: 12/20

    Inséparables

    Mika, un petit escroc, a fait un rapide tour en prison, où il a fait la connaissance de « Poutine », un détenu cinglé et imprévisible. Sitôt sa peine purgée, il décide de repartir à zéro et de refaire sa vie. Alors qu’il s’apprête à épouser la fille d’un riche homme d’affaires, son passé le rattrape : Poutine débarque sans prévenir ! Mika va vite réaliser qu’on ne se débarrasse pas aisément d’un tel boulet...


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  • Pas mal, bof. Un simple téléfilm aurait suffit pour cette petite histoire sans importance. Si la fin s’étiole en perdant le tandem qui portait le film, Je promets d’être sage promène un joli regard, tout décalé qu’il soit, sur les musées de province, la petite vie qu’ils recèlent et offre le réjouissant face-à-face de deux comédiens qu’on a toujours plaisir à retrouver. Une gentille comédie, originale moins par son scénario que par le cadre où évoluent les personnages, et par l’interprétation de Léa Drucker, qui s’en donne à coeur joie dans le registre caractériel.

    scénario: 13/20                acteurs: 16/20                    technique: 16/20    note finale: 14/20

    Je promets d'être sage

    Après des années de galère dans le théâtre, à bout de nerfs, Franck plaque tout !  Il aspire à une vie qui se tienne enfin et accepte un poste de gardien de musée loin de Paris, au calme. C’était sans compter sur Sibylle, une agent de surveillance caractérielle qui va lui mener la vie dure et tout faire pour le décourager. Ils vont pourtant être amenés à s’allier pour monter une petite escroquerie. Une chance peut-être de reprendre leurs vies en main… 


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  •  Un beau film sur un sujet important. Mais tout cela reste superficiel et manque de profondeur. Le scénario aurait mérité d'être plus travaillé. Ce premier film imparfait mais émouvant met en lumière cette tradition méconnue du gavagePour parler des diktats de la beauté féminine, la réalisatrice choisit de raconter le gavage des futures épouses en Mauritanie (sur la base de témoignages). Par ricochet, cette tradition fait aussi réfléchir aux critères esthétiques de l'Occident et à la pression sociale qui semble toujours se focaliser sur le corps des femmes. L’actrice Verida Beitta Ahmed Deiche a elle-même vécu cette pratique, d’où sa performance très juste et sans misérabilisme. Un regard différent et sans jugement sur une tradition qui subsiste dans un monde modernisé.

    scénario: 14/20   acteurs: 14/20   technique: 14/20   note finale: 14/20

    Le mariage de vérida

    Verida est une jeune femme mauritanienne. Elle partage sa vie entre son travail d'esthéticienne dans un salon de beauté et les sorties avec ses amies. Un matin, sa mère lui annonce qu'elle lui a trouvé un mari. Commence alors la tradition du gavage, on lui demande de prendre du poids pour plaire à son futur mari. Alors que le mariage approche, Verida a de plus en plus de mal à supporter cette nourriture en abondance, le changement de son corps et l’idée de se marier avec un homme qu'elle n’a pas choisi.

    Même en faisant preuve d'optimisme, on ne peut pas dire que la situation des femmes s'améliore de par le monde ! On ne peut pas dire que leurs droits soient mieux établis et respectés. On ne peut pas dire que diminuent les violences qu'elles subissent. Ce film en apporte un nouveau témoignage, en mettant en lumière une pratique très peu connue, une pratique ubuesque et archaïque réservée une fois de plus aux femmes.
    Verida est une jeune Mauritanienne qui vit à Nouakchott, la capitale du pays. Elle exerce le métier d'esthéticienne, elle fait partie d'une bande de copines qui ont des rêves et espèrent les voir se réaliser (l'une veut étudier au Caire, l'autre rejoindre des proches en France…), des jeunes femmes connectées sur le reste du monde à travers les magazines, les réseaux sociaux, qui connaissent leurs premiers émois amoureux, qui ont leurs crises de rires, leurs déceptions… comme toutes les filles de leur âge. Mais voilà, la famille de Verida a décidé de la marier sans lui demander son avis sur le choix de l'élu. Et elle a décidé de suivre les coutumes ancestrales jusqu'au bout en lui faisant subir la tradition du gavage, afin de la faire grasse comme un loukoum pour mieux plaire à son futur époux, selon les critères de beauté locaux. C'est un peu l'inverse de ce qui peut se passer chez nous, où la sveltesse s'impose comme un impératif de séduction.
    Commence alors pour Verida un éprouvant marathon qui l'oblige à quotidiennement s'empiffrer : dès l'aube et à plusieurs reprises dans la journée, sa mère lui apporte des saladiers entiers de bouillie consistante et des plats de viandes bien grasses afin d'atteindre l'objectif souhaité…


    Très honnêtement, la lecture de l'argument du scénario pouvait laisser craindre un de ces films occidentaux observant avec un chouia de condescendance l'oppression des femmes par une société musulmane obscurantiste… Mais ce qui fait l'intelligence du film – signé d'une réalisatrice plusieurs fois primée pour ses documentaires – c'est justement de nous montrer, tout en ne sous-estimant pas l'horrible absurdité de cette affaire de gavage, toute la complexité des normes imposées aux femmes, y compris en nous renvoyant en miroir celles que notre propre culture véhicule. Car à côté de la prise de poids contrainte de Verida, il y a l'idéalisation de la blancheur occidentale que voudraient acquérir certaines de ses copines, au prix de traitements extrêmement dangereux, ou encore la volonté de défriser leurs cheveux, sans compter l'obsession de la ligne à l'opposé des critères mauritaniens.
    Une autre grande force du film réside dans la richesse des personnages. Verida n'est jamais présentée comme une victime, mais comme une jeune femme espiègle, battante, qui tente de composer avec les contraintes sociales, flirte avec l'homme en charge de sa prise de poids dans des scènes assez cocasses. Et à l'opposé, son entourage n'est pas montré comme un ramassis de bourreaux inhumains mais comme des parents, des proches incontestablement aimants mais enfermés dans une tradition immuable.

    Pour terminer, il faut dire que le film doit beaucoup à sa formidable interprète principale, Verida Beitta Ahmed Deiche, que la réalisatrice a rencontrée à Nouakchott quatre ans avant le tournage et dont elle a gagné peu à peu la confiance : le regard perçant et la gouaille jubilatoire de Verida resteront inoubliables. Pour la petite histoire, alors que le film était présenté en avant-première mondiale au Festival de Berlin, la jeune actrice a dû attendre la veille de la projection pour obtenir enfin le visa qui lui permettait de faire le voyage jusqu'en Allemagne ! Une épreuve de plus pour Verida

     


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  •  Du pur navet, même pas digne des policiers que les chaines télévisées diffuse l'après-midi pour meubler l'antenne. Le scénario est exécrable, les acteurs, sont mauvais et l'image est dégueulasse. Pour l'image, c'est normal me direz-vous, puisque l'histoire se passe chez les couches les plus défavorisées de la population.  Si j'étais maire de Roubaix, je porterais plainte, tant ce film donne une mauvaise image de la ville. C'est peu de dire qu'on s'ennuie.

    scénario: 2/20        acteurs: 2/20    technique: 2/20    note finale: 2/20

    Roubaix, une lumière

    À Roubaix, un soir de Noël, Daoud le chef de la police locale et Louis, fraîchement diplômé, font face au meurtre d’une vieille femme. Les voisines de la victime, deux jeunes femmes, Claude et Marie, sont arrêtées. Elles sont toxicomanes, alcooliques, amantes…


    « Au-delà de son immense échec, on s'interroge sur la place de ce navet dans la carrière d’Arnaud Desplechin : le cinéaste semble  vouloir donner une mauvaise image de sa ville natale, décor de plusieurs de ses longs-métrages (en particulier deux de ses plus beaux, Un conte de Noël et Trois souvenirs de ma jeunesse), mais il délaisse sa veine autobiographique pour filmer au plus près du réel, abandonne le milieu de la bourgeoisie intellectuelle pour s’attacher aux classes les plus défavorisées et marginales de la ville, à ses bas-fonds.


    « Desplechin prend comme point de départ un matériau documentaire. Il s’inspire de plusieurs histoires vraies et en particulier d’un fait-divers criminel. Hélas cette immersion dans la réalité la plus crue se révèle un détour pour revenir au cinéma, et à la littérature, qui ont toujours nourri son œuvre. Le cinéaste tourne le dos au naturalisme et adopte un style de téléfilm au rabais. La vacuité des dialogues, l’interprétation ratée des comédiens montre que Desplechin est un directeur d’acteurs qui peut avoir ses faiblesses. Devant sa caméra, il n'a visiblement rien demandé aux acteurs qui se demandent ce qu'ils font là. Faut-il préciser que Léa Seydoux et Sara Forestier sont ridicules ? Elles délivrent toutes deux des performances nullissimes. On fait ce qu'on peut quand il n'y a pas de scénario.


    « Le film appartient sans ambages au genre téléfilm policier, il s’inscrit dans une certaine tradition télévisuelle française par sa description de la vie quotidienne des flics d’un commissariat, et des méthodes d’investigation d’un commissaire charismatique et intuitif, en charge de plusieurs enquêtes. On voudrait penser à Jean-Pierre Melville ou Georges Simenon mais l'absence de sens aigu de l’étude comportementalisme et de la vérité des portraits humains, en particulier le commissaire Daoud (Roschy Zem, pathétique lui aussi, dans un de ses pires rôles), décrit comme un prince solitaire de la ville, et Louis (Antoine Reinartz), jeune policier catholique fraîchement diplômé, maladroit et naïf.
    « Mais les références majeures de Desplechin demeurent Hitchcock et Dostoïevski, plus précisément Le Faux coupable (1956, avec Henry Fonda) et Crime et châtiment. En s’intéressant au meurtre gratuit d’une vieille femme, le cinéaste n'arrive pas à délivrer une réflexion sur le mal, la culpabilité et la pitié qu'on aurait attendu de sa part.

    Roubaix est une honte et on se demande comment il a pu sortir au cinéma. Navet pur jus!


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  •  Comment filmer la vacuité sans être ennuyeux? Malheureusement, ce film ne répond pas à cette question. On s'ennuie tout autant que les jeunes filles du film. L'histoire, prévisible de bout en bout et grossièrement. dramatisée, n'a que peu d'intérêt. Zahia est une très mauvaise comédienne mais personne ne lui demandait sans doute d'être bonne. On aurait aimé un scénario plus subtil. C'est bien filmé.

    scénario: 09/20       technique: 16/20     acteurs: 13/20 (Zahia: 2/20)     note finale: 8/20

    Une fille facile

    Naïma a 16 ans et vit à Cannes. Alors qu'elle se donne l'été pour choisir ce qu'elle veut faire dans la vie, sa cousine Sofia, au mode de vie attirant, vient passer les vacances avec elle. Ensemble, elles vont vivre un été inoubliable.

    C’est le début de l’été, à Cannes, où vit Naïma (Mina Farid), avec sa mère. Milieu modeste. Elle a 16 ans et se donne la saison pour choisir un métier, a priori dans la restauration : elle doit effectuer un stage en cuisine. En attendant, elle veut profiter de la belle saison. Sa cousine, Sofia (Zahia Dehar), qui débarque sans prévenir de Paris, lui en donne l’occasion. Pour elle, tout semble facile. C’est une bimbo sculpturale, elle glisse quand elle marche, attire tous les regards. Elle porte des produits de luxe, en offre à Naïma. Avec quel argent ? Celui que des hommes très riches veulent bien lui donner. De la prostitution ? Le mot n’est jamais prononcé, il n’est même sans doute jamais envisagé par Naïma, éblouie par sa cousine.


    C’est cette forme d’innocence, de regard vierge, qui fait le prix de ce quatrième film de Rebecca Zlotowski, une cinéaste qu’on aime bien, parce qu’elle explore dans chacun de ses films (comme Belle épine et Grand Central) un univers différent.
    Les rapports de classe, la richesse, la fascination qu’elle exerce, la domination et le dédain qu’elle masque aussi, voilà le sujet. Naïma et Sofia font la connaissance d’un playboy milliardaire très « cool » et d’un ami à lui (Benoît Magimel, sobre, juste, impeccable), au profil plus incertain. Avec eux, elles font la fête, mènent la belle vie, rendent visite en yacht à une femme très chic, installée dans une maison magnifique sur la côte italienne. Tout cela bien sûr fait tourner la tête de Naïma. Et il y a de quoi.
    Le choix de Zahia Dehar, ex-escort-girl, célèbre, faut-il le rappeler, pour ses frasques avec des footballeurs, était gonflé de la part de la cinéaste. Elle la filme très bien, en faisant d’elle une Bardot touchante, dont le corps atomique et le visage refaits sont à la fois caressés et questionnés. En restant jusqu’au bout un mystère, pour le spectateur comme pour Naïma, d’autant plus magnétisée que cette dernière est à un âge charnière, où elle s’étonne encore, où elle est hyper-sensible. C’est ce qui rend cet été-là inoubliable pour elle. Un moment de passage vécu et montré comme une parenthèse enchantée, d’émotion trouble et de nostalgie mêlée. (J. Morice, Télérama)

    « Le titre du film est malicieux, il interroge tout de suite le cliché en jouant sur une assignation qu’il vise à contredire : cette fille désignée comme une fille facile est à mes yeux une fille puissante. Je voulais proposer un autre regard sur une femme que la société, au mieux moque, au pire méprise. Si les filles faciles existent, que serait une fille difficile, alors ?…
    « Si le sujet s'impose aussi vite, c'est parce se fait d'une manière étonnante une rencontre entre Zahia Dehar et moi… C’est qu’on soit si étrangères en tous points qui m’attirait au départ : la manière qu’a Zahia de mettre l’accent sur le féminin dans ce qu’il a de plus exacerbé et éculé – docilité, silence, sophistication, déguisement de geisha, la faisant basculer dans une esthétique Camp dont elle est pleinement consciente. J’en étais là quand je reçois un signe de sa part sur Instagram. Je suis surprise qu’elle connaisse même mon nom… Je vais voir ses vidéos et là je tombe en arrêt quand je l’entends parler (combien de femmes omniprésentes dans l’espace public aujourd’hui sans qu’on n’ait jamais entendu leur voix ?). Je découvre qu’elle parle d’une manière extraordinairement élégante, littéraire, anachronique, pas un seul mot d’argot, une retenue, une pudeur, un accent insondable d’une Bardot libanaise, syrienne ou italienne, impossible à définir, à l’opposé des jeunes femmes qui gravitent dans la télé-réalité. Le phrasé d’un personnage d’un film d’Eric Rohmer qui me séduit tout de suite…


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  •  Comme il fallait s'y attendre, ce film est un ovni. Il est plein d'humour même si le scénario est incertain. On a l'impression qu'un jour, ils ont décidé de faire un films mais qu'ils avaient oublié de faire un scénario. Cette rencontre improbable entre Houellebecq et Depardieu est cependant intéressante. Un pur film d'art et essais.

    scénario: 4/20    technique: 13/20    acteurs: 16/20   note finale: 12/20

    Thalasso

    Cinq années ont passé depuis L'Enlèvement de Michel Houellebecq. Michel et Gérard Depardieu se rencontrent en cure de Thalasso à Cabourg. Ils tentent ensemble de survivre au régime de santé que l’établissement entend leur imposer. Alors que Michel est toujours en contact avec ses anciens ravisseurs, des événements imprévus viennent perturber leur programme…


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  • Un petit bijou! Très belle animation sur le désir de liberté que personne ne peut tuer, et sur la bêtise, elle aussi illimitée.  Un puissant brûlot contre l'obscurantisme.

    scénario: 17/20  technique: 17/20   note finale: 17/20

    Les hirondelles de Kaboul

    Été 1998, Kaboul en ruines est occupée par les talibans. Mohsen et Zunaira sont jeunes, ils s’aiment profondément. En dépit de la violence et de la misère quotidienne, ils veulent croire en l’avenir. Un geste insensé de Mohsen va faire basculer leurs vies.

    Zunaira est si belle ! C’est une bénédiction d’être si belle ! Ou une malédiction, c’est selon… Toujours est-il qu’elle semble faite pour croquer la vie à pleines dents. Sa voix fraîche, son regard profond qui illumine le monde, ses longs cheveux bruns qui se déploient en cascades généreuses… Mais, plus que tout, son intelligence vive, une forme d’engagement profond. Pas étonnant que Mohsen fonde pour elle, on s’éprendrait pour moins ! Sans parler de son talent de dessinatrice, sa force créatrice… Ces deux-là se respectent, attentifs l’un à l’autre. Ici ou là, ces tourtereaux auraient tout pour convoler heureux et légers comme l’air.
    Mais nous sommes en 1998 au pays des talibans, on y exige que le corps des femmes soit caché de la tête aux pieds. Nul orteil, nulle pensée ne doivent dépasser. Les seuls espaces de liberté, fragiles, restent enfouis dans le secret des cerveaux ou celui des maisons. Et encore… il faut se garder de chanter, surtout à tue-tête, les morceaux illicites composés par le « Burka Band », groupe de garage punk créé par trois jeunes Afghanes, comme le fait Zunaira au grand dam de ses voisines. Elles viennent supplier l’inconsciente de se taire, par peur que le courroux aveugle des fondamentalistes ne s’abatte sur toutes. Une injustice est si vite arrivée. Mais qu’il est donc dur de s’astreindre au silence quand on a connu les temps bénis où l’on pouvait s’exprimer sans que blâmes et couperets moralisateurs soient prêts à s’abattre à tout instant. Pour cette génération, c’est une longue traversée du désert sans espoir d’oasis à l’horizon, sans possibilité d’épanouissement. Pourtant certains jamais ne baisseront les bras.

    Quand un ancien professeur propose à Mohsen d’enseigner dans une école clandestine les matières censurées par le pouvoir en place, occasion inespérée de lutter contre l’embrigadement des enfants, Zunaira bondit de joie. Contrairement à son amoureux, un brin frileux, elle n’a pas l’ombre d’une hésitation, l’incitant à un courage qu’il n’aurait peut-être pas sans elle, assoiffée de justice. Tous les ingrédients sont désormais en place pour que tout bascule…
    C’est un coup du destin qui va faire que leurs pas vont croiser ceux d’un autre couple : Atiq, gardien de prison taiseux, et Mussarat, sa femme encore belle mais désormais usée par les ans et par autre chose qui la ronge. Si une forme d’attachement persiste encore entre eux, la tentation se fait grande pour l’homme de ne pas résister plus longtemps aux pressions masculines. On lui souffle à l’oreille de ne plus s’embarrasser d’une épouse devenue un fardeau dans sa vie. Ce serait tellement simple de la remplacer par une plus jeune, plus industrieuse. Tous font ça et qu’importent les sentiments, les aspirations de femmes devenues interchangeables…

    Nul besoin de grands effets de manche, nul besoin de tire-larmes, ici la tendresse vient sobrement à la rescousse de la réalité crue… La douceur charnelle des dessins, dont les lignes restent parfois en suspens, comme le destin des protagonistes, rend supportable ce qui ne l’est pas. La beauté des paysages contraste avec la laideur de certaines âmes, la luminosité avec la noirceur.
    Les deux réalisatrices réussissent un film sobre et élégant, sans pathos. Les couleurs de chaque plan deviennent comme autant de cris du cœur silencieux. La brutalité de la société afghane sous les talibans pénètre sans artifices dans nos univers préservés : juste la vérité, toute la vérité, celle des hommes et des femmes ordinaires, aux prises avec un système qui les dépasse.


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  •  Une comédie très réussie et pas sotte sur l'univers impitoyable de la télé. Emma Thompson poursuit une filmographie riche en contrastes et combat pour les causes qui lui semblent justes comme le féminisme. Son duo avec Mindy Kaling dans Late Night fait rire en prouvant que la noblesse n’est pas incompatible avec l’autodérision. "Late Night" est un vrai feel good movie, un drôle de croisement entre "Network" de Sidney Lumet et "Le Diable s'habille en Prada".

    scénario: 16/20      acteurs: 16/20     technique: 16/20      note finale: 16/20

    Late night

    Une célèbre présentatrice de « late show » sur le déclin est contrainte d’embaucher une femme d’origine indienne, Molly, au sein de son équipe d’auteurs.
    Ces deux femmes que tout oppose, leur culture et leur génération, vont faire des étincelles et revitaliser l’émission.


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  • Florian est de retour. Après son piteux détour par Hollywood, il nous présente ce qu'il faut bien appeler un chef d'oeuvre. Ce film est une totale réussite à tous les niveaux: le scénario, les acteurs au sommet de leur art, les décors, les reconstitutions historiques sont d'une beauté absolue, les dialogues, etc... Avec « L'Œuvre sans auteur », le cinéaste frappe encore plus fort, en mêlant, une fois de plus, la grande et la petite Histoire, les passés familiaux tragiques de Kurt et Ellie et les grands chambardements qui ont secoué l'Allemagne entre les années 1930 et 70.

    scénario: 19/20        acteurs: 19/20     technique: 19/20    note finale: 19/20

    L'oeuvre sans auteur

    À Dresde en 1937, le tout jeune Kurt Barnet visite, grâce à sa tante Elisabeth, l’exposition sur " l’art dégénéré " organisée par le régime nazi. Il découvre alors sa vocation de peintre. 
    Dix ans plus tard en RDA, étudiant aux Beaux-arts, Kurt peine à s'adapter aux diktats du " réalisme socialiste ". Tandis qu'il cherche sa voie et tente d’affirmer son style, il tombe amoureux d'Ellie. Mais Kurt ignore que le père de celle-ci, le professeur Seeband, médecin influent, est lié à lui par un terrible passé.
    Epris d’amour et de liberté, ils décident de passer à l’Ouest… 

    Désormais installés en RFA, Kurt et Ellie tentent de se reconstruire loin de leur famille, tout en découvrant les joies de la liberté à l’Ouest. Accepté dans une prestigieuse école d’art berlinoise où il n’est plus contraint aux diktats du « réalisme socialiste », Kurt s’épanouit et affirme son style jusqu'à en repousser les limites. Mais la pratique de son art fait remonter en lui des souvenirs d’enfance longtemps enfouis qui lui révèlent le terrible passé qui le lie au père d’Ellie, le professeur Seeband.

    Gageons que le bref entracte entre les deux parties du film va être un supplice pour vous comme il le fut pour nous ! Happés par cette saga palpitante qui se déroule sur une trentaine d’années, cette infime pause vous semblera une éternité…

    Élisabeth May ! Une de ces jeunes filles qui pétillent, donnent envie de s’élever dans les airs, de les suivre aveuglément. La terre entière pourrait être à ses pieds, si elle le demandait… enfin, surtout le petit Kurt. Du bas de ses six ans, il la dévore du regard, cette magicienne de bientôt dix huit. Il en a de la chance, d’avoir une telle tante à la maison ! C’est d’ailleurs plus une véritable amie qu’une simple parente. Entre eux règne une belle connivence enamourée, une communion d’esprit étonnante malgré la différence d’âge. Un attachement intellectuel, mais également tendre et charnel. Sans qu’il n’y ait aucun geste déplacé, on devine qu’en se lovant contre la poitrine de la grande, le garçonnet expérimente ses premiers émois sensuels. C’est tout simplement la vie qui frappe à la porte, les ailes du désir qui s’invitent avec fougue et il y a là quelque chose de divinement païen qu’on ne peut abjurer. Pour Élisabeth, tout ce qui peut venir nourrir la curiosité de son neveu, déjà si différent des autres, est sacré. En lui, elle perçoit cette sensibilité extraordinaire, qu’il ne faut surtout pas brimer, qui doit pouvoir exulter, s’exprimer, conduire l’enfant à devenir le grand peintre qu’il sera plus tard, qu’il est déjà à ses yeux. Elle est la première à percevoir en Kurt une richesse intérieure sublime sous ses traits patauds, la forme de génie évident qui l’habite dès qu’il se saisit d’un crayon ou d’un pinceau. Quand elle l’emmène voir l’exposition sur « l’Art dégénéré » organisée par le régime nazi, ce n’est pas, contrairement aux autres visiteurs, pour se moquer des artistes à dénigrer. C’est au contraire pour montrer à Kurt des œuvres qui secouent, qui sont belles même si on ne les comprend pas, surtout peut-être parce qu’on ne les comprend pas, qu’elles nous questionnent.
    Tout autre gosse s’ennuierait… Pour Kurt, c’est le bonheur ! Devant lui s’ouvre un champ de possibles exaltants. Peu importe les commentaires caustiques et dictatoriaux du guide qui inflige à la galerie la façon de penser hitlérienne. On est en 1937, ce ne sont que les prémices de la grande vague qui va balayer l’Europe et en premier lieu l’Allemagne. Propagande annonciatrice de l’épuration qui va gangréner les systèmes de pensée et les êtres. La frêle insouciance de l’enfance ne protègera plus longtemps nos deux damoiseaux.
    Des années plus tard on retrouve Kurt, jeune adulte bientôt amoureux d’Ellie avec laquelle il scellera son destin sans jamais imaginer l’étrange et douloureux lien qui relie son passé à celui de son futur beau-père castrateur. Instinctivement, entre les deux hommes, ce sera une guerre froide larvée, épidermique, inextinguible. Tout autant que la soif de liberté, le fantôme des souvenirs hantera la vie et l’œuvre singulières de Kurt, sans qu’il essaie de l’expliquer…

    L’œuvre sans auteur, c’est une passionnante pérégrination d’Est en Ouest, une relecture de l’histoire allemande vue par un enfant du pays. Si le film n’est pas une biographie, il s’inspire largement de la vie et du parcours du peintre Gerhard Richter et soulève avec légèreté des questions philosophiques, notamment sur l’utilité de l’art dans nos vies. Outre l’interprétation impeccable des acteurs, on notera le travail remarquable de recherche historique et artistique qui a conduit jusqu’à reconstituer entièrement et en détail la célèbre exposition sur « l’Art dégénéré » et ses tableaux presque tous détruits alors… Rien que cela rend ce film tout aussi vivifiant que glaçant, presque incontournable.

     


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  •  Isabelle Huppert est comme toujours formidable. Ce petit film intimiste n'est pas sans intérêt même si on peut regretter que le scénario ne soit pas plus approfondi. Intéressant mais un peu ennuyeux.

    scénario: 12/20         technique: 16/20      acteurs: 16/20      note finale: 13/20

    Frankie

    Frankie, célèbre actrice française, se sait gravement malade. Elle décide de passer ses dernières vacances entourée de ses proches, à Sintra au Portugal.

    Le film aurait pu s'intituler « Dernier été à Sintra », un titre qui aurait laissé entrevoir la fin de quelque chose, ou de quelqu'un… Et qui aurait aussi donné toute sa place au cadre naturel, à ses paysages somptueux et portant à la mélancolie qui comptent pour beaucoup dans l'ambiance de ce Frankie, puisque c'est bien le titre du film, et il faut bien reconnaître que le personnage ainsi prénommé y tient une place essentielle…
    Elle fait une entrée de diva dans la première scène, lunettes fumées, talons vertigineux, au bord de la piscine d’une maison luxueuse. Isabelle Huppert fait-elle fructifier sa récompense hollywoodienne (le Golden Globe de la meilleure actrice), obtenue en 2016 pour Elle, de Paul Verhoeven, en s’offrant un écrin pour star dans le film d’un cinéaste américain (indépendant) en vue, Ira Sachs ? Fausse piste. Point de départ trompeur d’une trajectoire tragique et étonnamment humble. Cette première image de Frankie sera la dernière à émettre les signes d’un triomphe. Frankie est malade, en rechute fatale d'un cancer. Elle n’a plus que quelques mois à vivre et elle le sait. Elle a réuni sa famille (recomposée) et ses amis pour des vacances qui sont aussi, indiciblement, des adieux.


    C’est un grand et beau rôle de plus pour Isabelle Huppert, mais aussi un rôle qui tombe à pic pour celle que ses récents et spectaculaires faits d’armes ont un peu enfermée dans un emploi de « surfemme ». En lui offrant le rôle d’une actrice célèbre mais vaincue, Ira Sachs lui permet d’exprimer une humanité simple, sans aucun effet de manche. Témoin, cette scène où, égarée dans la campagne portugaise de Sintra, Frankie est reconnue par de vieilles dames du village, occupées à fêter un anniversaire : la vedette est invitée à s’attabler avec les autres, qui saluent sa victoire contre la maladie, relayée par la presse quelques années avant… Silencieuse, hagarde, mécaniquement égayée par la liesse alentour, Isabelle Huppert donne alors l’une des scènes les plus émouvantes de sa filmographie.
    Le cinéaste trouve aussi l’équilibre entre son univers, importé de New York, et ce premier tournage européen avec une troupe cosmopolite (Brendan Gleeson, Jérémie Renier, Marisa Tomei, le portugais Carloto Cotto…). Qui a vu Love is strange (2014) et Brookyn village (2016) retrouvera, dans Frankie tout son art du film choral, où aucun personnage secondaire ne le reste jusqu’au bout. Et où de subtiles transmissions s’opèrent entre les générations, mais aussi entre ceux qui renoncent déjà et ceux qui désirent encore. Fluide, presque chorégrahique, Frankie est, comme les précédents opus du réalisateur, un tableau de la dérive des sentiments, de la fuite du temps, de l’inéluctable en marche. Et cependant, ce n’est pas triste mais vivant : la vie comme elle va, et comme elle s’en va.


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  • Ca se passe chez les pauvres donc, les acteurs sont habillés et moches et les images sont dégueulasses. L'hsitoire est tristounette comme le film. Nommée à l’oscar cette année pour ce rôle, Melissa McCarthy sort de son registre comique habituel pour incarner avec une jolie gravité cette vieille fille asociale mais maligne, qui reproche au monde entier sa vie de galère et espère enfin tenir sa revanche.  Bof, moyen.

    scénario: 12/20      acteurs: 16/20  technique: 12/20   note finale: 13/20

    Les faussaires de Manhattan

     

    Ancienne auteure à succès aujourd’hui sans le sou, Lee Israel se découvre par hasard un don exceptionnel : celui d’imiter à la perfection le style de grands romanciers. Avec l’aide de son ami Jack, elle monte une arnaque imparable: rédiger de fausses correspondances entre auteurs célèbres, que Jack revend à prix d’or aux collectionneurs new-yorkais. Grisés par le succès, les deux faussaires ne voient pas que le FBI commence à s’intéresser à eux…

    Ma pieuse grand-mère, presque une sainte disait le voisinage, m’enseigna que même la gourmandise était un péché. Mais il y en avait de bien pires : entre autres tricher ou voler ! Aussi quand, toute petite, je la vis chaparder pour la première fois une sucrerie dans une grande surface, je m’offusquai : « Mais… mais c’est un péché ! ». J'étais outrée. Alors, dans un de ces larges sourires, aussi coupables que complices, dont elle seule avait le secret, elle me souffla : « Oh ! Ce bonbon est si petit… Dieu nous le pardonnera. » Et elle éclata de rire. Aide toi et aide un peu le ciel s’il tarde à le faire ! C’est à croire que Lee Israel a eu la même grand-mère ou a tout le moins bénéficié des mêmes enseignements. Il faut préciser ici que le personnage central du film a bel et bien existé et que le scénario est l’adaptation de son étonnante autobiographie : Can you ever forgive me ? (Pourrez-vous jamais me pardonner ?).


    L’histoire démarre à ce point précis où la vie de Lee, biographe en manque d'inspiration, va basculer dans une autre dimension, hors des rails de la bonne morale, suite à un événement d’une banalité confondante : Jersey refuse de manger sa pâtée. À voir ce chat tellement décrépit, on pencherait pour ne pas lui infliger de lourds traitements inutiles. Seulement voilà, si on exclut les bouquins et la bibine, le gros matou est le seul compagnon de notre misanthrope endurcie, celui qui la raccroche à un semblant d’humanité. Voilà la drôlesse prête à se mettre à genoux chez le vétérinaire pour qu’il soigne la pauvre bête. Mais son ardoise est si longue que, malgré ses prières, rien ne fera fléchir la pourtant compatissante secrétaire.
    Pour son chat, Lee est prête à ravaler sa fierté et s'en va supplier une ultime fois son éditrice afin qu’elle lui consente une avance… Mais rien à faire : le coup de la page blanche, ça va un temps ! Des lustres que l’écrivaine abreuve son entourage de promesses non tenues… Elle n'aura pas un sou ! Donc impossible de payer les loyers en retard, encore moins les frais de véto du félin. C'est bien pour son chat que, la mort dans l’âme, Lee se résout à vendre une de ses possessions les plus précieuses : une lettre originale de Katharine Hepburn. Une transaction si simple et rémunératrice qu'elle va produire chez elle une soudaine illumination : et s’il suffisait, pour rembourser toutes ses dettes, de fabriquer quelques missives dédicacées ? Ça ne ferait de tort à personne…
    Usant de ses talents de dactylographe, l'écrivaine jusque là respectueuse des lois va vite devenir une brillante faussaire. Elle imite la prose de ses auteurs préférés en pure virtuose, leur attribuant des citations de son cru, restituant leur style de façon magistrale, s’enhardissant chaque jour un peu plus, toujours plus inventive. Tant et si bien qu’une telle surabondance de correspondance « rare » finit par devenir suspecte aux yeux des acheteurs. Lee, se sentant repérée, essaie de contourner la chose en confiant la partie commerciale de son business à un dandy sur le retour du nom de Jack Hock, encore plus loser qu’elle, son antithèse question prestance et élégance décalée. C’est ainsi qu’entre ces deux, que seuls la solitude et l’abus d’alcool semblaient pouvoir rapprocher, naitra une amitié vacharde perfusée au whisky et aux tirades cyniques.

    Le duo haut en couleur, excellemment interprété par Melissa McCarthy et Richard E. Grant, contribue à rendre croustillante cette escroquerie mondaine que jamais, au grand jamais Lee Israel ne désavouera et qui restera probablement sa plus belle œuvre, presque son chant du cygne. Peut-être même qu’à la longue, ses faux remarquables qui courent encore dans la nature deviendront encore plus prisés que les vrais. De quoi largement se faire pardonner.


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  • Les dialogues sont très réussis. un très beau film plein d'humour et de tendresse. les acteurs sont grandioses.

    scénario: 18/20   technique: 17/20     acteurs: 17/20   note finale: 17/20

    Premier de la classe

     

    Abou, 14 ans, fait la fierté de son père. Contrairement à ses 3 frères, il est « 1er de sa classe ». Enfin, c’est ce qu’il fait croire. En vérité, Abou est surtout le roi du mensonge et du bulletin truqué! 
    Quand arrive la première réunion parents-profs, il va monter le plus gros mytho de sa vie : recruter des faux profs parmi ses connaissances du quartier pour faire face à son vrai père, pendant que ses vrais profs rencontreront son faux père. Ca devrait être facile…en théorie!


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  • Je n'aime pas les films qui se terminent en queue de poisson. Mais celui-là nous tient en haleine jusqu'au bout. Malheureusement, la fin n'est pas à la hauteur du reste du film.

    scénario: 16/20       technique: 16/20     acteurs: 16/20     note finale: 16/20

    The operative

    À la fin des années 2000, alors que le monde craint que l'Iran ne se dote de l'arme atomique, Rachel, ex-agente du Mossad infiltrée à Téhéran, disparaît sans laisser de trace. Thomas, son référent de mission, doit la retrouver entre Orient et Occident, car Rachel doit revenir à tout prix sous le contrôle de l’organisation… ou être éliminée.


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  •  Un vaudeville très réussi. les acteurs sont formidables et on rit beaucoup. Je ne sais pas si le film est tiré d'une pièce de théâtre, mais si ce n'est pas la cas, il ferait une belle pièce de théâtre!!

    scénario: 17/20        acteurs: 17/20    technique: 17/20   note finale: 17/20

    Beaux-parents

    Coline et André sont en parfaite harmonie avec leur fille, Garance, et leur gendre Harold. Mais Garance se sépare d’Harold et ordonne à ses parents de ne plus jamais le revoir. Les beaux-parents ne peuvent s’y résoudre : elle l’a largué, mais pas eux ! Ils devront mener une double vie pour continuer à voir leur gendre adoré, en cachette de leur fille, qui ne va pas les lâcher...


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  • Bof. Un frigo connecté qui rend tout le monde fou jusqu'à ce que Doria Tillier tombe amoureux de lui.... Bof.

    scénario: 10/20   technique: 16/20   acteurs: 12/20   note finale: 8/20

    Yves

    Jérem s'installe dans la maison de sa mémé pour y composer son premier disque. Il y fait la rencontre de So, mystérieuse enquêtrice pour le compte de la start-up Digital Cool. Elle le persuade de prendre à l'essai Yves, un réfrigérateur intelligent, censé lui simplifier la vie…

    Rien ne prédestinait Jérem (excellent William Lebghil), éternel adulescent, et Yves, réfrigérateur dernier cri, à se rencontrer et encore moins à cohabiter. Rappeur raté, bien incapable de se faire cuire un œuf ou de balayer ses miettes, Jérem cultive l’art de la lose. Ce n’est pas un simple poil qu’il a dans la main mais toute une moquette, même pas bonne à fumer. Il mène une vie de patachon pépère, allant de la cuisine à la chambre, du canap à l’ordi, incapable de produire grand chose de bien probant, au grand dam de son impresario désespéré (le loufoque Philippe Katerine). À ce rythme-là, aucune rentrée d’argent à l’horizon, et si notre trentenaire a encore un toit sur la tête, c’est grâce à l’appartement de sa grand-mère qu’il peut squatter.
    Pas de quoi être fier et peut-être est-ce pour cela qu’il embobine So, l’enquêtrice qui le sonde en lui racontant qu’il est policier. Un bobard qui le rend éligible pour tester gratis un sémillant frigidaire intelligent et à la langue bien pendue baptisé Yves. Si de prime abord le smart-frigo, à peine sorti d’usine, ne semble pas avoir inventé l’eau tiède et paraît juste bon à pasticher les humains, progressivement son intelligence artificielle va s’avérer redoutable. D’abord docile avec son nouvel usager, il va rapidement s’enhardir et prendre des initiatives bien contrariantes pour ce dernier. Finis les sempiternels repas régressifs de Jérem, dont la capacité à cuisiner se limite à écraser des biscuits et des bananes dans un bol de lait ! Jugeant que cela défie les plus élémentaires règles de la diététique, Yves, programmé pour procurer bonheur et santé à ses bénéficiaires, prend les rênes et commandera désormais des légumes, non mais ! Même le chien de la maisonnée se doit de manger équilibré. Jérem, qui a accepté de participer au test à cause des caddies de bouffe gratuits, commence à s’en mordre les doigts. D’autant plus quand, non content de lui faire avaler des carottes, Yves commence à donner son avis sur tout ce qui se passe dans sa vie, prompt à critiquer et à donner des leçons. Rien n’échappe au cerveau électronique de ce qui se passe sur l’ordinateur de son maître, ni sur les réseaux sociaux : bienvenue dans le monde des objets connectés !
    Jérem n’a bientôt plus aucun secret pour son frigo, qui finit, c’est le pompon, par carrément s’immiscer dans sa vie privée et ses compositions musicales… Bientôt, les seules choses qui retiennent notre homme de flanquer l’importune boîte à glace à la rue, ce sont les doux yeux de So, qu’il rêve secrètement de revoir, sans oser prendre les devants, jusqu’à ce qu’Yves, dans un élan d’attention bienveillante, s’en mêle et sème une sacré pagaille dans leurs vies respectives.

    C’est un univers satirique hilarant dans lequel nous sommes plongés, une fable contemporaine presque glaçante malgré le fait qu’on rigole fréquemment. Yves a le sens de la répartie, il nous époustoufle, on finirait presque par le trouver plus humain que les humains eux-mêmes, en tout cas plus finaud, et par éprouver plus d’empathie pour lui que pour nos semblables, tout juste bons à pondre des morceaux de rap d'une banalité crasse.
    Voilà Yves fin prêt à piquer la vedette aux vulgaires mortels. Tout comme les protagonistes de l’histoire, on sombre dans une vague d’anthropomorphisme délirante, prêtant au placard frigorifique toutes sortes d’intentions, même des comportements de chaud lapin, avant de se souvenir que la vengeance est un plat qui se mange froid et que dans ce domaine également, Yves est le mieux pourvu !


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  • Un très jolie comédie estivale. Réussie. On rit beaucoup.

    scénario: 17/20   technique: 17/20   acteurs: 17/20   note finale: 17/20

    Ibiza

    Philippe et Carole, tous deux divorcés, viennent de se rencontrer.
    Très amoureux, Philippe est prêt à tout pour se mettre les deux ados de Carole dans la poche. Il propose un deal au fils aîné : s'il a son bac, c'est lui qui choisit leur lieu de vacances.
    Et ce sera Ibiza !
    Mais pour Philippe, plutôt habitué à de paisibles vacances dans la Baie de Somme, c'est un véritable choc.


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  •  Même si ce film rappelle furieusement Nikita, il est très réussi. Certes les recettes de Besson sont toujours les mêmes mais cela fonctionne encore et toujours.

    scénario: 18/20         acteurs: 18/20         technique: 18/20  note finale: 18/20

    Anna

    Les Matriochka sont des poupées russes qui s’emboîtent les unes dans les autres. Chaque poupée en cache une autre. Anna est une jolie femme de 24 ans, mais qui est-elle vraiment et combien de femmes se cachent en elle ? Est-ce une simple vendeuse de poupées sur le marché de Moscou ? Un top model qui défile à Paris ? Une tueuse qui ensanglante Milan ? Un flic corrompu ? Un agent double ? Ou tout simplement une redoutable joueuse d’échecs ? Il faudra attendre la fin de la partie pour savoir qui est vraiment ANNA et qui est “échec et mat”.


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