•  Un très beau documentaire sur une actrice scientifique autrichienne qui fit carrière à Hollywood. Je ne la connaissais pas.

    scénario: 18/20          technique: 18/20        note finale: 18/20

    Edy Lamarr: from extase to wifi

    Des débuts fulgurants dans Extase aux prémices des nouvelles technologies chères à notre ère digitale, c’est un double portrait de l’autrichienne Hedy Lamarr. L’un, très officiel, est celui d’une actrice qui fascina le monde par sa beauté et sa liberté sexuelle exacerbée. L’autre, plus intime, est celui d’un esprit scientifique insoupçonné. Obsédée par la technologie, Hedy inventa un système de codage des transmissions qui aboutira au GPS et bien plus tard au Wifi. Il s’agit d’une invitation contemporaine à redécouvrir une figure complexe, celle d’une enfant sauvage partie conquérir Hollywood pour fuir son mari pro-Nazi.

    « Les gens sont déraisonnables, illogiques et égocentriques, aimez les malgré tout. Si vous faites le bien, on vous prêtera des motifs égoïstes et calculateurs, faites le bien malgré tout. Ceux qui voient grand peuvent être anéantis par les esprits les plus mesquins, voyez grand malgré tout. Ce que vous mettez des années à construire peut être détruit en un instant. Construisez malgré tout. Donnez au monde le meilleur de vous-même, et vous risquez d'y laisser des plumes. Donnez au monde le meilleur de vous-même malgré tout. » Hedy Lamarr

    Pour les machos, le monde des femmes remarquables s'est toujours partagé en deux catégories : d'un côté les femmes qu'ils aiment regarder, les femmes qui se distinguent par leur glamour et qu'ils rêvent d'avoir à leurs bras, faisant d'elles de jolies petites choses décoratives ; de l'autre celles qu'ils aiment entendre, les femmes d'esprit, mais qu'ils ne convoiteront jamais parce que pour eux une intellectuelle n'a aucun sex-appeal et arbore forcément grosses lunettes et pull informe. Dans les années 1930 à 1950, le féminisme n'avait pas encore conquis grand monde, et les machos constituaient le gros de la gent masculine, tout particulièrement dans les sphères du pouvoir. Autant dire qu'Hedy Lamarr, actrice hollywoodienne qui fut consacrée « femme la plus belle du monde » mais qui fut aussi une inventeuse de génie, ne collait pas trop au schéma dominant. Et le monde des hommes n'eut de cesse de briser ses désirs de liberté et d'émancipation.

    Ce film documentaire, produit par une actrice de caractère, Susan Sarandon, et narré par une autre actrice libre, Diane Kruger, rend enfin hommage à la complexité de cette personnalité extraordinaire, au plein sens du mot. Jeune fille autrichienne rebelle aux origines juives cachées dans la Vienne des années 30, elle devient la première, dans un film au titre évocateur : Extase, à simuler – semble-t-il malgré elle – un orgasme au cinéma. Mariée plus tard à un industriel de l'armement travaillant avec l'Allemagne nazie, elle s'enfuit vers l'Angleterre, déguisée avec les habits de sa bonne qu'elle avait préalablement endormie à l'aide d'un somnifère. La suite de sa vie ne fut qu'un incroyable roman. Sur le paquebot qui l'emmène vers l'Amérique, elle bluffe Louis B. Mayer (de Metro Goldwin Mayer) par sa beauté irréelle et son culot : il l'embauchera comme l'actrice la plus glamour des années 40. Mais elle s'ennuiera de ses rôles formatés et, fan de sciences, elle inventera à ses heures perdues un système de fréquences radio pour l'armée américaine à l'origine du WIFI ou du GPS. Sexuellement libérée dans une période qui ne l'était pas, mère parfois ingrate, d'une intelligence hors normes, elle avait tout pour faire fantasmer les hommes de son époque, et s'en faire détester. Et c'est pour cela qu'on l'aime.


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  • Le meilleur de la série!!! Plein de surprises et de rebondissements; Très réussi.

    scénario: 18/20       acteurs: 18/20       technique: 18/20     note finale: 18/20

    Ocean's 8

    Cinq ans, huit mois, 12 jours… et le compteur tourne toujours ! C'est le temps qu'il aura fallu à Debbie Ocean pour échafauder le plus gros braquage de sa vie. Elle sait désormais ce qu'il lui faut : recruter une équipe de choc. À commencer par son "associée" Lou Miller. Ensemble, elles engagent une petite bande d'expertes : Amita, la bijoutière, Constance, l'arnaqueuse, Tammy, la receleuse, Nine Ball, la hackeuse et Rose, la styliste de mode. Le butin convoité est une rivière de diamants d'une valeur de 150 millions de dollars. Le somptueux bijou sera autour du cou de la célèbre star Daphne Kluger qui devrait être l'objet de toutes les attentions au cours du Met Gala, l'événement de l'année. C'est donc un plan en béton armé. À condition que tout s'enchaîne sans la moindre erreur de parcours. Enfin, si les filles comptent repartir de la soirée avec les diamants sans être inquiétées…


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  • Un magnifique documentaire qu'il faut voir. C'est un film qui ne sous-estime pas l'urgence de trouver des solutions, et qui est porteur d'espoir face au réchauffement climatique, tout en mettant en valeur et en encourageant des initiatives concrètes individuelles et collectives. Les intervenants scientifiques sont impliqués humainement et affectivement dans leurs recherches. En conclusion, pour rester vivant, il faut être et rester humain, en respectant la nature et les autres espèces. Chacun peut s'impliquer pour faire un monde meilleur, où chaque espèce sera respectée.

    scénario: 19/20                      technique: 19/20                    note finale: 19/20

    Hubert Reeves- La terre vue du coeur

    Autour de Hubert Reeves et Frédéric Lenoir, des scientifiques, auteurs et artistes nous interpellent : la biodiversité est aujourd’hui menacée.  Si certains humains sont à l’origine de la crise, d’autres, de plus en plus nombreux, s’y attaquent à bras le corps et créent des solutions.
    Ensemble, dans ce film dédié aux générations futures, ils nous rappellent à quel point le vivant sous toutes ses formes est­ un fascinant et touchant mystère… qu’il ne tient qu’à nous de préserver !


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  •  Voici un très beau film, plein de tendresse et de douceur, un premier film délicat, poétique et sensuel, sur l'amour et la résilience. Le réalisateur évite avec talent les scènes à faire, les clichés. Même la musique de piano de Dominique Charpentier est dans une tonalité parfaite. C'est doux, émouvant, bref, une jolie réussite.

    scénario: 17/20           acteurs: 17/20   technique: 17/20    note finale: 17/20

    The Cakemaker

    Thomas, un jeune pâtissier allemand, a une liaison avec Oren, un homme marié israélien qui voyage régulièrement à Berlin pour affaires. Quand Oren meurt dans un accident de voiture, Thomas se rend à Jérusalem à la recherche de réponses concernant sa mort. Sans révéler qui il est, Thomas se plonge dans la vie d'Anat, la veuve de son amant, qui tient un petit café. Il commence alors à travailler pour elle. 

    Craquant au dessus, mœlleux à l’intérieur, fondant dans la bouche… Ce premier film est un mets de choix, aux saveurs multiples. On en ressort à la fois nourri et affamé. Nourri par une histoire riche et subtile, transgressive… Affamé parce qu’après avoir vu défiler sous nos yeux tant de gâteaux somptueux (forêts noires, biscuits à la cannelle, brioches au chocolat…) on est prêt à foncer dans la meilleure pâtisserie qu’on connait, en suppliant les dieux qu’elle soit ouverte ! Effet pavlovien garanti, même si on préfère le salé !

    Oren est israélien et vit à Jérusalem, Thomas est allemand et vit à Berlin. Le premier est homme d'affaires dans le bâtiment, le second est artisan pâtissier. Pas vraiment de raison qu'ils se rencontrent… Sauf qu'Oren vient régulièrement dans la capitale allemande pour son boulot et qu'il est gourmand comme un chat : si bien que la modeste pâtisserie de Thomas devient vite un lieu de pèlerinage incontournable. Quand, un jour, dans un souffle troublé, il l’avoue au pâtissier en passant commande, c’est une toute autre relation qui se noue entre les deux hommes. Des regards appuyés s'échangent, les sourires timides de l’un répondent aux sourires ravageurs de l’autre… et les voilà engagés dans une histoire torride mais néanmoins tendre, sans lendemains mais toujours renouvelée au gré des déplacements d’Oren. Parfois ce dernier évoque sa vie en Israël, son fils, sa relation avec son épouse, à laquelle il n’oublie jamais de ramener une boîte des sablés qu’elle affectionne tant, sans se douter qu’ils sont fabriqués par l’amant de son mari… Thomas se contente de n’être qu’une parenthèse invisible dans la vie bien rangée de son compagnon intermittent.
    Mais un jour Oren devient injoignable. Thomas discrètement appelle, puis insiste, redoutant de se renseigner par des voies plus officielles au risque d’éveiller les soupçons. Il finira par apprendre l’accident… Ce qui devrait être la fin d’une histoire va en être le commencement véritable.
    Thomas n’est pas tout à fait le gars ordinaire qu'il paraît : au lieu de ressasser son chagrin, écoutant plus son intuition que sa raison, il débarque dans la ville sainte où vit la désormais veuve d’Oren. Dans les rues, il la guette, finit par découvrir qu’Anat, c’est son prénom, a ouvert un humble salon de thé. Il en pousse la porte. Commande une pâtisserie, sympathise… Quelques jours plus tard, il propose à Anat ses services… Comme balayeur, plongeur, garçon à tout faire… Un goy, « un non juif » ne peut aspirer à rien d’autre dans ce quartier religieux. Impossible d’échapper à la vigilance des contrôleurs qui attribuent l’indispensable label kasher. Mais de toute façon Anat ne sait rien de cet inconnu et n’a aucune idée de ses compétences gastronomiques. Entre deux coups de balai zélés, Thomas observe Anat, ses mains qui se plongent sensuellement dans la farine, ses coups de fatigue, cette tristesse soudaine qui submerge ses sourires fragiles. Elle l’émeut. Peut-être celui qui n’a pas la légitimité de pleurer sur le corps du disparu vit-il par procuration le deuil de la compagne officielle ? Peut-être cheminer à ses côtés est-il une manière de prolonger un temps sa relation avec l’homme qu’il a aimé plus qu’on ne l’aurait pensé. Toujours est-il que cet amour mutuel et indicible pour Thomas réunit progressivement et de façon secrète ces deux êtres un brin brisés qui avancent encore titubants sous le choc de la perte mais qui se renforcent mutuellement. Un duo d’âmes partant à la conquête d’un peu de réconfort et de tendresse, à moins que ce soit un trio, tant l’absent reste présent.

    Un film qui fera frissonner cinéphiles et gourmets de bonheur, une surprise simple, généreuse, comme le fut Le Festin de Babette il y a quelques années…


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  •  Un face-à-face magnifique entre Lambert Wilson et Diane Rouxel, une jeune comédienne à ne pas perdre de vue. Volontaire est le récit d’un épanouissement, que la mise en scène d’Hélène Fillières rend ardu et complexe : reflet parfait du monde d’aujourd’hui. Un film joliment et fermement féministe. La fin est inattendue. Des acteurs au sommet de leur art.

    scénario: 17/20     technique: 17/20    acteurs: 18/20     note finale: 17/20

    Volontaire

    Laure a 23 ans. Elle se cherche. C’est dans la Marine Nationale qu’elle va trouver un cadre, une structure, des repères. Solide et persévérante, elle va faire son apprentissage et découvrir sa voie.

    Rien ne prédisposait la jeune et jolie Laure à intégrer la Marine Nationale française. Ni son pedigree : fille d’une célèbre comédienne de théâtre que l’on imagine plutôt engagée à gauche et allergique à tout ce qui porte uniforme (Josiane Balasko, impeccable). Ni son gabarit : petite taille, gracile comme un moineau, des allures de fillette perdue. Rien autour d’elle ne semble non plus l’orienter vers ce choix : pas de fiancé engagé, pas de grand-père mort au combat, pas de fascination particulière pour l’ordre, la discipline, les armes. Mais chacun a ses raisons et Laura gardera les siennes, ne cherchant pas à se justifier, affirmant avec force son choix que rien ne semble pouvoir ébranler.
    La voici donc engagée sur une base militaire face à l’océan où son parcours brillant et ses diplômes de lettres et de langues lui ouvrent les portes des bureaux de la direction de l’école. Tout en réalisant son apprentissage, elle devient l’assistante du commandant Rivière, numéro deux de la base. Secrétaire, gratte-papier, elle est celle qui doit rédiger des mémos « nets et précis » en 3 ou 4 pages selon la demande, ni une ligne de plus, ni une de moins. Car le redouté commandant a tout du militaire psychorigide droit dans ses bottes, il n’aime ni les bavardages inutiles, ni les à peu près et surtout pas quand ça déborde. Assis l’un en face de l’autre, chacun derrière son bureau, séparés par une baie vitrée, on pourrait se croire dans un aquarium : là où deux espèces que tout sépare se toisent et s’observent, se tournent autour, chacun sur ses gardes, prêt à montrer les dents.

    Laure s’acclimate facilement à cet univers d’ordre, de discipline et de règles ultra codifiées et hiérarchisées, elle va très vite piger le fonctionnement de l’institution, son langage, ses abréviations, ses non-dits. Très vite aussi, elle éprouve une fascination pour le commandant Rivière… Quel homme se cache derrière l’uniforme impeccable ? Quelles tempêtes, quels sentiments sont enfouis sous son crâne impeccablement brossé ? Quelle est sa vie ? Qui est-il vraiment ?
    Rivière de son côté, surnommé « le Moine » tant son abnégation pour la Marine est totale, ne parvient pas à percer les motivations de la jeune fille et semble lui aussi comme aimanté par sa singulière détermination, ses airs de chat sauvage. Son regard bleu cache des nerfs d’acier et une efficacité redoutable… Laure a quelque chose d’une machine de guerre. Quand la jeune fille veut intégrer une formation spéciale réservées aux hommes, elle va devoir obtenir l’aval de Rivière. La première manche de la bataille commence alors…

    Zone de pouvoir, de rapports de forces, de discipline aveugle et de dévouement sans condition, l’univers militaire est un champ d’observation singulier pour un cinéaste qui choisit d’y placer ses personnages. Hélène Filières le filme sans fascination particulière, sans jugement politique ou moral non plus, laissant simplement évoluer les protagonistes, les filmant au plus près comme pour mieux capter leur souffle, puis donnant de larges plans aux décors comme pour mieux montrer la puissance du cadre dans lequel ils évoluent. Dans ce jeu complexe et ambivalent fait de séduction, de craintes et d’attirance trouble, les frontières des relations sont bien moins nettes, concises et définies que les règles de la Marine Nationale. Lambert Wilson est parfait dans ce rôle sur mesure et le représentants de la jeune garde, Diane Rouxel et Corentin Fila, sont eux aussi parfaits.


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  • J'ai beaucoup ri. Certes, il y a quelques imperfections mais c'est réussi et on passe un bon moment. Les actrices sont formidables. Satire du monde d'aujourd'hui où chaque nouvelle tendance chasse l'autre, cette comédie bon esprit sur le vivre ensemble rappelle que la famille -celle qu'on a et celle qu'on choisit- est la seule chose qui dure. Humour et situations cocasses sont au rendez-vous de "Demi-soeurs", une comédie légère brillamment interprétée par un trio à la fois pétillant et attachant. Une comédie girly rythmée sur le "vivre ensemble", qui démonte les clichés et où les punchlines bien envoyées fusent à la vitesse de l'éclair. C'est bien filmé.

    scénario: 16/20    technique: 16/20    acteurs: 16/20   note finale: 16/20

    Demi soeurs

    Lauren, ravissante it-girl de 29 ans, tente de percer dans le milieu de la mode en écumant les soirées parisiennes. Olivia, 28 ans et un rien psychorigide, a deux obsessions : sauver la confiserie de ses parents, et se trouver le mari idéal. A 26 ans, Salma, jeune professeur d’histoire fougueuse, vit encore chez sa mère en banlieue. Leurs routes n’ont aucune raison de se croiser… Jusqu’au jour où, à la mort de leur père biologique qu’elles n’ont jamais connu, elles héritent ensemble d’un splendide appartement parisien. Pour ces trois sœurs qui n’ont rien en commun, la cohabitation va s’avérer pour le moins explosive…  


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  • Un très beau film qui montre des paysages magnifiques et un peuple attachant qui essaie de maintenir ses traditions.

    scénario: 18/20      acteurs: 18/20    technique: 18/20     note finale: 18/20

    Une année polaire

    Pour son premier poste d’instituteur, Anders choisit l’aventure et les grands espaces: il part enseigner au Groenland, à Tiniteqilaaq, un hameau inuit de 80 habitants. Dans ce village isolé du reste du monde, la vie est rude, plus rude que ce qu’Anders imaginait. Pour s’intégrer, loin des repères de son Danemark natal, il va devoir apprendre à connaître cette communauté et ses coutumes.

    Quel sublime voyage à peu de frais ! On en ressort ébloui, avec l’envie de foncer à l’autre bout du globe, emporté par le dépaysement total que nous offre le film. Franchement : allez-y les yeux fermés, ou plutôt grands ouverts ! Laissez-vous bercer par la luminosité ouatée du Groenland, glissez sur ses étendues immaculées en espérant l’apparition des aurores boréales, heureux de rencontrer au détour d’une dune enneigée ses ourses, ses phoques, ses gens…

    Samuel Collardey aime les oubliés des livres d’Histoire, les héros ordinaires, artisans discrets, tout comme lui, d’une humanité chaleureuse (souvenez-vous de son magnifique Tempête). Anders, son personnage principal, est de ceux-là. Même s’il ne le sait pas. De sa carrure de viking, de son regard insaisissable émanent tout à la fois une forme de douceur timide et une détermination inflexible. C’est un trentenaire solide comme un roc, sur lequel on sait pouvoir s’appuyer. C’est sans doute cela qui fait basculer la décision de la rectrice qui le reçoit en entretien. Laisser partir un instituteur inexpérimenté exercer sa première mission au Groenland, coupé pendant des mois de toute forme de confort moderne, de toute possibilité de revenir en arrière… lourde responsabilité. Mais comment résister au calme d’Anders qui persiste, tenace, allant jusqu’à choisir une école solitaire dans un hameau particulièrement reculé ? Sa supérieure lui accorde finalement le poste, en ne lésinant pas sur les mises en garde et les pieux conseils. Ne pas se mêler à la population (dévastée par l’alcoolisme), ne pas apprendre la langue de cette ancienne colonie danoise : un enseignant danois se doit de professer en danois, de ne jurer que par le danois et de n’apprendre rien d’autre à ses élèves que le danois, la langue des gens civilisés, la seule qui leur permettra de sortir de leur condition. Quelques adieux plus tard, ceux à ses copains impressionnés, ceux à son père agriculteur qui tire la gueule de voir partir son meilleur travailleur, voilà Anders embarqué vers ces inlandsis qui le font tant rêver.

    À son arrivée, l’accueil des villageois de Tiniteqilaaq est plus froid que la calotte polaire. Anders tente de rester confiant ; s’il s’attendait à être accueilli en bienfaiteur, il en est pour ses frais mais n’en laisse rien paraître. Le voilà confiné dans cette contrée hostile, là où d’autres plus aguerris que lui n’ont pas résisté une seule année. Les premières journées d’école s’avèrent horribles, les mômes avides de grand air ne tiennent pas en place face à ce trouble-fête qui leur parle une langue qu’ils ne comprennent pas. Tout grand et fort qu’il est, Anders n’en impressionne aucun et nul n’hésite à le faire tourner en bourrique. En particulier Asser, avec ses airs espiègles, qui le nargue en explosant de rire à la barbe de ce nouvel instit si maladroit. Quant aux filles à la langue bien pendue, elles ne sont pas en reste. Le seul qui accepte de communiquer en danois avec Anders est encore Julius, l’employé municipal, mais n’est-ce pas uniquement par devoir ? Autant dire qu’on ne donne pas cher de ce novice pataud qui met les pieds dans le plat, véhiculant les préjugés de sa patrie natale triomphante… Et pourtant il s’accroche, refusant de faire machine arrière, bien que la tentation soit grande… Et peu à peu, les langues se délient, les cœurs aussi…

    Cette Année polaire empreinte de puissance et de délicatesse est d’une beauté saisissante ! Sans parler des prises de vues, sublimes de bout en bout. Ne loupez pas le générique, de début comme de fin !


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  • On reconnaît un film d'art et d'essais à sa technique approximative: on se demande pourquoi certains s'obstinent à faire des images dégueulasses et à faire aller la caméra dans tous les sens. Celui-ci ne déroge pas à la règle.  Il est pourtant intéressant. Le scénario est surprenant. Fait avec trois bouts de ficelles, le réalisateur nous amène dans son univers plein de fantaisies. Le symbole le plus éclatant à ce jour de cette nouvelle bohème du cinéma français dissimulant sous les scintillements de la fantaisie, du pop et du burlesque la gueule de bois d’une génération tout entière. Avec ce huis clos tourné en douze jours, Ilan Klipper démontre que les vrais cinéastes peuvent frapper fort grâce à leur seul imaginaire.

    scénario: 16/20      technique: 12/20       acteurs: 17/20   note finale: 14/20

    Le ciel étoilé au dessus de ma tête

    Bruno a publié un fougueux premier roman en 1996. La presse titrait : « Il y a un avant et un après Le ciel étoilé au-dessus de ma tête ». Vingt ans plus tard, Bruno a 50 ans. Il est célibataire, il n’a pas d’enfants, et vit en colocation avec une jeune Femen. Il se lève à 14h et passe la plupart de ses journées en caleçon à la recherche de l’inspiration. Pour lui tout va bien, mais ses proches s’inquiètent...

    Comme il serait agréable de voir un ciel étoilé trôner éternellement au-dessus de sa tête, pour changer des avions, des nuages de pollution et des câblages électriques ! D'avoir la chance de faire un pas de côté infime pour se rapprocher de la Grande Ourse, et paf, faire cuire ses coquillettes dans cette grande casserole céleste, obtenir une cuisson al dente à des années lumières… Puis faire une sieste digestive, en étalant son corps sur la Voie lactée… Bref, comme il serait agréable de pouvoir fantasmer la réalité sans paraître fou ! Et d'avoir la possibilité parfois de vivre seul avec ses névroses, comme Bruno, loin du regard des autres. Car s'il y a bien quelque chose que Bruno ne fait pas, c'est des concessions. Il préfère vivre à son rythme, choisit la liberté au conditionnement. Métro, boulot, dodo ? Non merci. Une femme, des gosses ? Bof… Les déclarations d'impôts en ligne ? Argffs… (attention à la date limite qui est au 22 mai 2018 pour la zone 1).


    Ce qu'il lui faut Bruno, et d'urgence même, c'est de l'inspiration. Lui qui, vingt ans plus tôt, a fait sensation avec son premier roman, planche toujours sur le deuxième. Entièrement rédigé du point de vue d'une tique qui guette patiemment sur une branche le passage d'une proie et qui philosophe… Comment ne pas y voir une métaphore de sa propre condition ? Lui aussi attend son heure, le déclic qui inverserait un quotidien statique : se lever chaque jour à 14 heures et vivoter en peignoir, avoir pour seuls interlocuteurs son perroquet et sa colocataire, une Femen activiste (la craquante Alma Jodorowsky, petite-fille du célèbre Alejandro Jodorowsky !) dont le mode de vie est à rebours du sien… Rien de très alarmant non plus : combien de gens comme Bruno disparaissent un peu du monde, en attendant qu'un chef d'œuvre sorte du placard ? C'est le lot de bien des artistes à la limite de la marginalisation, incroyablement talentueux et invisibles, qui n'ont pas réussi à se greffer à un milieu, ni à percer…
    Mais ses proches s'inquiètent et débarquent un jour sans crier gare : la mère, le père, l'ex-femme, le pote perdu de vue… Et Sophie, une parfaite inconnue au regard passe-murailles. Une jolie frimousse aux airs de belette, dont Bruno tomberait volontiers amoureux… Sauf que Sophie est une psy chargée par la famille d'envoyer le reclus à l'asile ! Bref : c'est mal barré. Quoiqu'elle semble réaliser que Bruno, au physique ambivalent, un peu bizarre, a ce brin de séduction qui vous fait vivre des instants magiques… Et si la puissance créatrice de Bruno remportait la partie ?

    Tout cela donne un film qui ne rentre dans aucune case sur un homme à qui il en manque probablement une. À la fois comédie sur les névroses et fragment d'un discours amoureux, Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête est une curiosité hors-norme, fébrile, qui se fiche des qu'en-dira-t-on, pour notre plus grand bien. C'est ainsi qu'Ilan Klipper, qui s'était fait connaître par des documentaires traitant de lieux dont la charge institutionnelle brise tout ce qui sort de l'ordinaire (Sainte-Anne, Commissariat), signe ici un premier film de fiction où c'est le sens commun qui est broyé. On termine avec lui, qui nous explique le titre qu'il a choisi : « Ce sont les dernières phrases de La Critique de la raison pratique de Kant, que je trouve très belles : “Deux choses remplissent le cœur de crainte et d'admiration, le ciel étoilé au-dessus de moi, et la loi morale en moi.” »


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  • On voit beaucoup de films sociaux qui dénoncent les mauvais traitements subis par les ouvriers. Ce film ne déroge pas à la règle. La mise en scène de Stéphane Brizé est fine, le spectateur est à la fois au coeur des manifs et des discussions. On est dans le cinéma vérité, glaçant, dérangeant. Juste tout simplement. Stéphane Brizé, s'éloignant du documentaire et défiant le simplisme idéologique toujours en embuscade, décuple la force d'une mise en scène qui certes ne s'embarrasse pas de doutes. Jusqu'à un épilogue choc qui, lui, n'a pas fini de faire parler.Vincent Lindon est grandiose tout en nuances et en justesse. 

    scénario: 17/20    technique: 16/20   acteurs: 16/20   note finale: 16/20

    En guerre

    Malgré de lourds sacrifices financiers de la part des salariés et un bénéfice record de leur entreprise, la direction de l’usine Perrin Industrie décide néanmoins la fermeture totale du site. Accord bafoué, promesses non respectées, les 1100 salariés, emmenés par leur porte‑parole Laurent Amédéo, refusent cette décision brutale et vont tout tenter pour sauver leur emploi.

    En guerre, le nouveau film de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon (il faut citer les deux ensemble tant leur travail en commun, leur complicité font partie intégrante du processus de fabrication et de la réussite de leurs films) s'inscrit dans la droite ligne de La Loi du marché, qui a marqué les esprits il y a trois ans. Dans La Loi du marché (Brizé a décidément le sens du titre qui frappe !), Vincent Lindon incarnait un prolo taiseux qui ne croyait pas ou plus à la lutte et se résignait à son injuste licenciement. Dans En guerre, son personnage de Laurent Amédéo est complètement à l'opposé : il parle, bien et fort, et il lutte de toutes ses forces. Il est le leader syndical de l'usine Perrin, une entreprise de pièces automobiles du Lot et Garonne que la maison mère située en Allemagne décide de fermer, non pas parce qu'elle est en difficulté mais simplement parce qu'elle ne rapporte pas suffisamment de dividendes aux yeux de ses actionnaires. Avec une rigueur exemplaire, en créant une tension dramatique captivante, Brizé va décortiquer toutes les étapes du combat incarné magnifiquement par Vincent Lindon et autour de lui des dizaines de comédiens non professionnels (pour la plupart des syndicalistes) : la mobilisation et la solidarité des ouvriers dans la grève et l'occupation avant que les premiers doutes s'installent, les tentatives de conciliation juridique et d'interpellation politique jusqu'aux plus haut sommets de l'Etat, puis les premières désillusions, les premières divisions avec ceux qui veulent se garantir avant tout des indemnités de départ élevées, puis le désespoir qui gagne, avec le risque de l'explosion d'une violence largement compréhensible. Tout sonne juste : les situations, les relations entre les protagonistes, les rapports de force… Grâce sans doute à la collaboration au scénario d'un trio qui en connait un rayon sur la question : Xavier Mathieu, Ralph Blindauer et Olivier Lemaire (ce dernier joue d'ailleurs un syndicaliste dans le film).


    Brizé filme avec autant de force la parole en action – celle formatée et implacable de la logique capitalistique face à celle digne, chargée de bon sens et de colère, des ouvriers – que les moments d'affrontement, filmés et sonorisés (musique remarquable de Bertrand Blessing) comme une montée inexorable de la tension mais aussi de la force de l'union. La démonstration est terrible : l'arsenal juridique favorise outrageusement le grand patronat qui peut licencier même si l'entreprise est bénéficiaire et qui, s'il est obligé de proposer une vente, peut refuser sans arguments un repreneur pourtant jugé crédible par les experts. Face à cette omnipotence, l'impuissance du politique est patente, même quand il se montre individuellement bienveillant, comme c'est le cas du conseiller social de l'Elysée qui ne peut rien faire face à la détermination cynique du dirigeant allemand du groupe.
    En parallèle le film dénonce clairement, en une démarche que n'aurait pas reniée Bourdieu, le traitement médiatique du conflit – le récit est scandé par plusieurs reportages télévisés –, notamment la manière dont est montrée la violence quand elle éclate : sous son seul aspect spectaculaire et « délinquant », au complet détriment de l'analyse des causes qui ont amené inéluctablement à ces conséquences. Un grand film bouleversant et profondément humain, un grand film politique, un grand film qui va nous marquer durablement.

    « Krzysztof Kieślowski disait qu’il avait arrêté le documentaire pour enfin accéder à des endroits où sa caméra de documentariste ne lui permettait pas d’accéder. Je l’exprimerais de la même manière. La fiction me donne la possibilité d’être là où il serait souvent impossible d’être avec le documentaire. Je pense à des réunions auxquelles il est quasiment impossible d’assister, notamment celles avec le conseiller social du Président de la République. Donc, après avoir recueilli une énorme documentation, je traite la matière qui m’intéresse, je creuse ce qui me semble important, j’élague ce qui me le semble moins pour mon récit, je structure et je construis de manière à mettre précisément en lumière ce sur quoi je veux insister. Il s’agit alors pour la fiction – dans ce type de récit – de passer une sorte d’accord avec le réel pour ne pas le travestir. Et cet accord, il faut le respecter de la première à la dernière minute, sans aucune concession. »


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  •  Bon, autant le dire: cela part d'une bonne idée mais c'est un peu fouillis! Sinon, c'est comme toujours dans les films de Marie-Castille, plein de tendresse et cela prête à réflexion sur les divers types de liens entre parents et enfants et cela quelques soient leurs âges respectifs. C'est bien filmé. Un beau film chorale où les destins se croisent et s'entrecroisent.

     acteurs: 16/20        technique: 16/20    acteurs: 16/20    note finale: 16/20

    La fête des mères

    Elles sont Présidente de la République, nounou, boulangère, comédienne, prof, fleuriste, journaliste, sans emploi, pédiatre. Elles sont possessives, bienveillantes, maladroites, absentes, omniprésentes, débordées, culpabilisantes, indulgentes, aimantes, fragiles, en pleine possession de leurs moyens ou perdant la tête. Bien vivantes ou déjà un souvenir ... Fils ou fille, nous restons quoiqu'il arrive leur enfant avec l'envie qu'elles nous lâchent et la peur qu'elles nous quittent. Et puis nous devenons maman ... et ça va être notre fête !


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  • Une comédie très réussie même si on peut regretter quelques faiblesses au niveau du scénario. les acteurs sont formidables et les dialogues sont amusants. On passe un bon moment.

    scénario: 15/20       technique: 16/20     acteurs: 17/20   note finale: 16/20

    Abdel et la comtesse

    A la mort du Comte, la Comtesse de Montarbie d’Haust doit transmettre le titre de noblesse et le domaine à un homme de la famille, comme le veut la tradition aristocratique. Elle ne peut cependant se résoudre à transmettre le domaine à Gonzague, un neveu arrogant et cupide, plutôt qu’à sa fille.
    Quand Abdel, un jeune de cité débrouillard et astucieux, trouve refuge dans leur château, sa rencontre avec la Comtesse va faire des étincelles !
    Issus de deux mondes que tout oppose, ils pourraient bien s’aider mutuellement…


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  •  Je n'ai pas tout compris. L'histoire est trop embrouillée entre le réel et le rêve. Trop compliqué pour moi.

    scénario: 14/20      technique: 16/20      acteurs: 16/20     note finale: 14/20

     

     

    Amoureux de ma femme : Affiche

    Daniel est très amoureux de sa femme, mais il a beaucoup d'imagination et un meilleur ami parfois encombrant. Lorsque celui-ci insiste pour un diner "entre couples" afin de lui présenter sa toute nouvelle, et très belle, amie, Daniel se retrouve coincé entre son épouse qui le connaît par coeur et des rêves qui le surprennent lui-même.


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  •  Voici une comédie très réussie. Le scénario est aux petits oignons et les acteurs font leur maximum. Les dialogues sont plein d'humour. Tous les petits travers des municipalités qui abusent de l'argent du contribuables sont bien décrits.... MDR

    scénario: 18/20       acteurs: 18/20   technique:18/20    note finale: 18/20

     

    Les Municipaux, ces héros : Affiche

    Port Vendres est un port magnifique situé en Catalogne française... Magnifique et tellement français : un maire bling-bling et des employés municipaux toujours à fond !
    À fond dans les acquis sociaux, à fond contre les cadences infernales, à fond... dans la déconne... celle qui fait qu'on les aime... Et si de plus ils deviennent des héros alors il n'y a plus aucune raison de ne pas s'inscrire à ce voyage dans la vraie vie.


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  • Un très beau documentaire, dans l'ère du temps, puisqu'on en voit plein de ce genre mais il est réussi. La brutale concentration urbaine, la démographie galopante, la quête de la performance : les causes de la maladie de l'agriculture sont connues. Il reste à changer de modèle. Pas facile, mais nécessaire.

    scénario: 16/20           technique: 16/20     note finale: 16/20

    On a 20 ans pour changer le monde : Affiche

    On a 20 ans pour changer le monde…et tout commence par la terre qui nous nourrit. Le constat est là : 60 % des sols sont morts, et le mode de production actuel ne nourrit pas la planète. Mais des hommes et des femmes relèvent le défi et démontrent que l'on peut se passer des pesticides et des intrants chimiques pour toute notre alimentation. Grâce à leur énergie communicative qui bouscule les discours et les habitudes, un autre monde est possible ! 

    Hélène Medigue est particulièrement sensibilisée aux problématiques de notre agriculture depuis de longues années, car elle a été touchée directement dans son entourage par les conséquences des perturbateurs endocriniens. La naissance de ses filles a par ailleurs généré une prise de conscience plus large des conséquences de notre agriculture sur notre environnement. Elle explique : "Pourquoi les agriculteurs en France vont si mal ? L’industrialisation de notre agriculture est née pour de mauvaises raisons, ce modèle de production ne fonctionne plus et pourtant on continue. On marche sur la tête ! L’état de notre agriculture peut être le reflet de certains dysfonctionnements de notre société et impacte directement des valeurs (santé, éducation, alimentation, travail...) qui sont essentielles à notre condition."

    Hélène Medigue a découvert Maxime de Rostolan et l’association Fermes d’Avenir à travers un article dans le journal Le Monde. La réalisatrice a immédiatement été inspirée par les propositions concrètes développées pour actionner la transition agricole en France (financement, production, formation et influence sur les citoyens et sur les pouvoirs publics grâce à des propositions de lois) et surtout parce que l’association fédère la collectivité, rassemble des mondes qui a priori ne sont pas destinés à coopérer. Elle précise :

    "Ma volonté n’était pas de faire un film sur la permaculture ou les techniques nouvelles qui promeuvent l’agroécologie mais plutôt de privilégier l’aspect humain, l’énergie déployée et les combats menés, par un groupe de citoyens tout au long d’une année. La petite bande de Fermes d’Avenir ne prétend pas tout régler, ils se trompent parfois mais ils prennent les problèmes à bras le corps. Ils s’engagent, bousculent les idées reçues et n’attendent plus que les pouvoirs publics se décident à trancher. J’ai eu besoin de filmer « des gens qui font » !"

    Hélène Medigue s'est lancé le défi de réaliser ce film sans voix-off et en évitant les interviews qui créent parfois une distance. Elle a fait le choix d’une caméra en mouvement, pour accompagner au plus près ses personnages à travers leurs échanges et ainsi capter et saisir ce qui n’est pas dit. La cinéaste raconte : "Comment l’être humain, à cause de son inconscience et sa « toute-puissance » technologique, peut-il ainsi se désynchroniser de la nature, notre bien le plus précieux ? Je ne sais pas si on a 20 ans pour changer le monde, je suis juste convaincue que dans 20 ans il sera peut-être trop tard ! Je veux montrer, à travers ce film, que nous sommes tous interdépendants, que c’est une force, une énergie inépuisable, le contraire de l’individualisme qui rend le monde injuste et fou. J’ai eu la chance de faire la rencontre de François Charlent qui a produit le film et a su m’accompagner de son regard exigeant et bienveillant."

     


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  •  Un très beau film avec des actrices formidables. Le scénario est réussi. C'est bien filmé. Et c'est une bonne occasion de revoir Miou Miou  qui nous manque.

    scénario: 16/20         acteurs: 18/20      technique: 16/20    note finale: 16/20

    Larguées

    Rose et Alice sont deux sœurs très différentes. Rose est libre et rock n’roll. Alice est rangée et responsable. Elles ne sont d’accord sur rien, à part sur l’urgence de remonter le moral de Françoise, leur mère, fraîchement larguée par leur père pour une femme beaucoup plus jeune. La mission qu’elles se sont donnée est simple « sauver maman » et le cadre des opérations bien défini : un club de vacances sur l’Ile de la Réunion…


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  • Une histoire très embrouillée... D je n'ai pas tout compris. Dommage. Mais assez intéressante. les acteurs sont formidables.

    scénario: 14/20     acteurs: 16/20    technique: 16/20   note finale: 14/20

    Red Sparrow

    Une jeune ballerine, dont la carrière est brisée nette après une chute, est recrutée contre sa volonté par les services secrets russes. Entraînée à utiliser ses charmes et son corps comme des armes, elle découvre l’ampleur de son nouveau pouvoir et devient rapidement l’un de leurs meilleurs agents.
    Sa première cible est un agent infiltré de la CIA en Russie. Entre manipulation et séduction, un jeu dangereux s’installe entre eux.


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  • Un très beau documentaire sur le monde marin.

    scénario: 18/20    technique: 18/20   note finale: 18/20

    Blue

    Blue, le nouveau film Disneynature, est une plongée au cœur de l’Océan pour découvrir, comprendre, aimer un monde encore mystérieux et surprenant. Un monde où la nature invente des couleurs, des formes et des sons merveilleux.
    L'Océan est unique, seuls les hommes le mettent au pluriel. Il est partout, recouvre  plus de 70% de la Terre et donne à notre maison sa couleur et son nom: la planète bleue.
    Dans cet environnement somptueux et fragile, les dauphins seront nos  guides pour partager cette grande histoire de l'Océan qui est celle de nos origines et notre avenir. Une histoire universelle qui résonne en chacun de nous.


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  •  Un film réussit où on ne s'ennuie pas une seconde même si le scénario n'est pas "transcendant"...

    scénario: 15/20          technique: 16/20    acteurs: 16/20   note finale: 16/20

    Tom Raider

    Lara Croft, 21 ans, n'a ni projet, ni ambition : fille d'un explorateur excentrique porté disparu depuis sept ans, cette jeune femme rebelle et indépendante refuse de reprendre l'empire de son père. Convaincue qu'il n'est pas mort, elle met le cap sur la destination où son père a été vu pour la dernière fois : la tombe légendaire d'une île mythique au large du Japon. Mais le voyage se révèle des plus périlleux et il lui faudra affronter d'innombrables ennemis et repousser ses propres limites pour devenir "Tomb Raider"…


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  • Gaston sera toujours Gaston. Malgré quelques longueurs cette comédie est réussi. Et Gaston est très ressemblant.

    scénario: 16/20    acteurs: 16/20    technique: 16/20   note finale: 16/20

     

    Gaston Lagaffe

    M’enfin ! Gaston débarque en stage au Peticoin.
    Avec ces inventions délirantes, il va changer le quotidien de ses collègues. 
    Chat, mouette, vache, et gaffophone seront au rendez-vous des aventures de notre bricoleur de génie qui ne pense qu’à faire le bien autour de lui mais qui a le don d’énerver Prunelle son patron. 
    Les gaffes à gogo de notre empêcheur de travailler en rond pourront-elles éviter que le redoutable Monsieur de Mesmaeker rachète le Peticoin ?


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  •  Un film hilarant. J'ai ri d'un bout à l'autre. L'univers de Staline est moqué et c'est réjouissant. Les acteurs sont formidables dans ces caricatures d'aparatchiks.

    scénario: 18/20   technique: 18/20    acteurs: 18/20   note finale: 18/20

    La mort de Staline

    Dans la nuit du 2 mars 1953, un homme se meurt, anéanti par une terrible attaque. Cet homme, dictateur, tyran, tortionnaire, c'est Joseph Staline. Et si chaque membre de sa garde rapprochée - comme Beria, Khrouchtchev ou encore Malenkov - la joue fine, le poste suprême de Secrétaire Général de l'URSS est à portée de main. (Inspiré de faits réels...)

    Dur de passer du Jeune Karl Marx, sorti l'année dernière à La Mort de Staline. De l'aimable philosophie à l'abominable barbarie. Et comment s'y prendre avec un client qui affichait au compteur, au moment de son dernier souffle, la bagatelle de 5 millions d'exécutions, plus 5 millions d'individus envoyés, avec des fortunes diverses, au goulag, sans oublier les 9 millions de petits propriétaires paysans emportés par la famine suite aux réquisitions. Comment s'y prendre si ce n'est par la farce ? L'inimaginable en effet dans cette histoire est que cette Mort de Staline hilariously british, loin de toute désolation funèbre ou de toute compassion, relève plus du Dr Folamour de Kubrick, avec son cow-boy chevauchant sa bombe atomique, que de la tragédie funèbre.
    On se souvient au passage de cette blague qui courait au bon vieux temps dans les pays communistes à l'évocation de ces arrestations à l'heure du laitier : « Boum boum ! Tapait le poing sur la porte ! Ouvrez ! faisait la grosse voix à l'extérieur. Qui est-ce ? gémissait alors plaintivement la petite voix à l'intérieur. Gestapo !… criait la voix dehors. Ouf ! se rassurait alors la petite voix. » C'est sur ce mode, en effet, que nous est racontée la mort de Staline : un énorme malentendu avec une idéologie devenue caricature. « Ils nous vendront la corde pour les pendre » avait dit Lénine. Force est de constater que ses successeurs surent en faire entre eux-mêmes un aussi mauvais usage.


    Dès les premières images de cette mort annoncée, la messe est d'ailleurs dite. Nous sommes dans un de ces temples soviétiques dressés à la gloire de la culture, où se donnent des concerts de musique classique. La représentation vient de se terminer et déjà le public se disperse. A la régie, deux techniciens somnolent en attendant d'aller se coucher. Nous sommes le 3 mars 1953 et soudain le téléphone sonne : au bout du fil, une voix impérieuse annonce que le camarade Staline exige que lui soit livré dans les plus brefs délais l'enregistrement du concert. Panique à bord. Nos deux lascars, quasiment assoupis derrière leur console, n'ont pas enregistré la moindre note. L'ombre du goulag se profile… Il faut rattraper dans la rue les spectateurs, en retrouver d'autres pour remplir la salle : balayeurs, ouvriers de nuit sur le chemin de leur travail, ivrognes qui cuvent leur vodka dans le ruisseau… et trouver à l'arrache un chef d'orchestre qui croit mourir de peur quand les hommes de la milice frappent à sa porte.
    À la même heure, après avoir réuni au Kremlin le présidium pour évoquer une nouvelle affaire de complot – la routine, quoi –, Staline emprunte une des trois limousines devant le mener à sa datcha de Kontsevo près de Moscou, les deux autres étant des leurres occupés par des sosies, chaque voiture prenant chaque soir des chemins différents. Après un repas sur le pouce avec quatre de ses ministres encore en état de grâce, il monte se coucher dans une de ses sept chambres, toutes fermées par une porte blindée gardée par deux officiers du NKVD (les six autres aussi bien sûr). Pendant ce temps, le concert et son enregistrement ont repris dans l'angoisse générale alors que, derrière la porte blindée, va se jouer le destin de l'URSS…

    Alors, bravo et merci à Armando Iannucci, réalisateur écossais de son état, de nous offrir le régal de découvrir un Nikita Khrouchtchev sous les traits de Steve Buscemi et un Molotov sous ceux de l'ex Monty Python Michael Palin dans une production absurde, hilarante et terrifiante où tout ce petit monde soviétique épouse sans sourciller la langue de Shakespeare.


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  • Ce documentaire est une merveille. Cela fait du bien de voir des  gens qui ne sont pas obsédés par l'argent, qui ne vendraient pas pères et mères pour s'enrichir, mais au contraire des personnes qui respectent la nature, les animaux et qui pensent à long termes. Certes, on peut regretter que tous les exemples donnés soient situés à l'étranger, puisque les initiatives françaises sont nombreuses. Mais ils feront certainement l'objet d'un documentaire ultérieur.

    scénario: 18/20        technique: 18/20   note finale: 18/20

    Nul homme n'est une île

    « chaque homme est un morceau du continent, une partie de l’ensemble. » Nul Homme n’est une île est un voyage en Europe, de la Méditerranée aux Alpes, où l’on découvre des hommes et des femmes qui travaillent à faire vivre localement l’esprit de la démocratie et à produire le paysage du bon gouvernement. Des agriculteurs de la coopérative le Galline Felici en Sicile aux architectes, artisans et élus des Alpes suisses et du Voralberg en Autriche, tous font de la politique à partir de leur travail et se pensent un destin commun. Le local serait-il le dernier territoire de l’utopie ?

    Subtile invitation au voyage à travers le temps, les paysages, notre humanité, ses savoirs et ses arts, qui commence par ce très beau titre tiré d’un poème anglais du xviie siècle. « Nul homme n’est une île, un tout, complet en soi ; tout homme est un fragment du continent, une partie de l’ensemble ; si la mer emporte une motte de terre, l’Europe en est amoindrie… la mort de tout homme me diminue, parce que j’appartiens au genre humain… »

    C’est une Europe aux couleurs naturelles, originelles et pourprées, que nous dépeint ce film, à l’instar de cette sublime fresque du Moyen Âge par laquelle il débute et qui sera le fil conducteur subtil pour guider nos pas. La fresque du « Bon et du Mauvais Gouvernement » d’Ambrogio Lorenzetti, éminemment politique, qui orne la Salle des neuf à Sienne depuis 1338 et continue de transmettre ses enseignements sept siècles plus tard. Que peut bien nous dire cette œuvre vénérable qui puisse avoir une résonance aujourd’hui ? Elle nous dépeint les effets du bon gouvernement, le décrit tel qu’il doit-être : harmonieux, ne dissociant pas la gestion de la ville de celle de la campagne ; équitable, attentif à ne laisser personne sur le bas côté ; joyeux, animé par une démocratie éclairée, toujours en progression. Un peuple élisant des représentants qui ne seraient pas des oligarques, ne se comporteraient pas en maîtres mais resteraient, comme tous, au service de l’essentiel, du Bien Commun. Un idéal intemporel, ancré dans l’essence de la vie, qui semble soudain d’une actualité brûlante. À l’heure où l’humanité semble vouloir s’autodétruire, poursuivant les paillettes d’un confort illusoire, on serait tenté de baisser les bras… Et pourtant ! C’est dans un tourbillon intense et vivifiant que va nous entraîner le réalisateur, à la rencontre d’une poignée d’irrésistibles humains bien décidés à se faire une vie belle et bonne, à ne pas laisser en pâture ce monde à ceux qui le gouvernent sans partage et pour tout dire pas très bien !

    Contre vents et marées, ou plutôt contre déboisement et centres commerciaux, les voilà qui s’enracinent, ne cèdent pas, font la fête, car cette dernière véhicule le ferment des constructions communautaires. Ils sont d’Italie, de Suisse, d’Autriche… Ils sont de tous les horizons, ne se connaissent pas forcément et pourtant, d’un bout à l’autre du continent leurs mots se répondent, renforcent la solidarité, l’intelligence collective. Petit à petit on est galvanisé, porté par leurs expériences, l’envie de contribuer modestement à ce bel édifice, ne serait-ce qu’en consommant différemment, en ouvrant large nos bras, nos portes et surtout nos esprits. Car en définitive, c’est de cela dont il s’agit. Ce sont des paysans, des architectes, un menuisier, un élu et même un technocrate qui nous ouvrent la voie, sans donner de leçons. Animés par le bonheur de faire, de créer, d’inventer, de collaborer, de protéger la terre, les trésors qu’elle recèle. Ce sont des collectifs qui bâtissent, rendent un autre monde possible au quotidien. En Sicile c’est la coopérative des Galline Felici – Les Poules Heureuses – qui vaillamment bouscule les règles du jeu de la loi du marché. Dans le Vorarlberg c’est l’improbable « Bureau des questions du futurs » qui œuvre au changement. Quant au mouvement des « baukünstler », il développe une nouvelle culture du bâti… On découvre encore d’autres collectifs, tous bien ancrés dans notre époque moderne, développant des savoir-faire, acquérant une précieuse expertise. Des expériences qui prennent force d’exemples. Des choix humains tellement cohérents que les frontières entre privé et professionnel se dissolvent progressivement. Ces pionniers magnifiques nous disent tranquillement, joyeusement, que la solution sera collective ou ne sera pas : nous ne sommes définitivement pas des îles.


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  •  Pas mal, mais je m'attendais à mieux. Le scénario est un peu léger et l'histoire tourne un peu à vide mais Isabelle Huppert est merveilleuse, comme toujours.

    scénario: 14/20        technique: 16/20      acteurs: 16/20     note finale: 13/20

    Madame Hyde

    Une timide professeure de physique dans un lycée de banlieue est méprisée par ses élèves. Un jour, elle est foudroyée pendant une expérience dans son laboratoire et sent en elle une énergie nouvelle, mystérieuse et dangereuse...

    Après le déjà azimuté Tip Top, voici Madame Hyde, nouveau film de Serge Bozon, le grand inventeur de révoltes logiques. Ce qu’il présente lui-même comme un « film sur l'éducation » reprend ses grandes lignes au célèbre Dr Jekyll et Mr Hyde de Stevenson, en racontant l’histoire de Madame Géquil (Isabelle Huppert), une très maladroite professeure de physique, enseignant dans un lycée de banlieue. La mauvaise prof y affronte un mauvais élève, l’insolent Malik (Adda Senani), qui marche avec l’aide d’un déambulateur.
    Le film raconte leur rencontre, le cheminement de leur changement mutuel, le périple d’un apprentissage en commun. Cela passe par un événement qui semble pourtant purement extérieur, objectif : une nuit, Madame Géquil prend la foudre dans son laboratoire, et la voici muée en Madame Hyde, « femme de feu » qui hante les cités la nuit sur les traces de Malik, et trouve pour son enseignement diurne une énergie soudaine et profitable. Or, contrairement au Docteur Jerry et Mister Love de et avec Jerry Lewis (1963), qui adaptait déjà le conte de Stevenson en milieu scolaire, ce n’est pas la transformation qui intéresse Bozon, mais la transmission. Là où Lewis était prof de chimie, Huppert est prof de physique, qui ne croit qu’aux « lois de la nature », accessibles par la réflexion et non par l’expérience.
    Le trajet moral des deux personnages forme un chiasme : le handicapé physique, assoiffé d’expérience, fait le pur chemin vers la logique, quand la handicapée morale, férue de raisonnement, fait le trajet inverse vers l’expérience physique. Au point de croisement entre les deux corps, un coup de foudre, des étincelles, un incendie qui redistribue et interchange la matière. La transmission ne laisse pas les corps indemnes, mais fait passer sans retour ses éléments de l’un à l’autre, et de l’autre à l’un : c’est la pédagogie bozonienne, son naturalisme géométrique, où chacun devra vivre le drame physique de l’autre pour le comprendre. « Un bon prof ne doit pas être aimé, il doit être compris ! », dit Géquil, et cela vaut sans doute pour les bons films. Ils se laissent pourtant aimer, comme malgré eux, quand le film va plus vite que la pensée et que l’incompréhension libère sa charge érotique de 100 000 volts.


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  • J'ai trouvé ce film intéressant même s'il s'éloigne des évangiles. Et je ne parle pas des stupides quotas  qui ont obligé les auteurs à mettre des apôtres noirs! C'est le plus ridicule. L'actrice qui joue Marie-Madeleine est une merveille: son jeu tout en nuances est un ravissement. Les décors et les costumes sont magnifiques. Après deux heures pour évoquer toute la vie de Jésus, c'est beaucoup trop peu vous vous en doutez.

    scénario: 16/20    acteurs: 16/20    technique: 16/20  note finale: 16/20

    Marie Madeleine

    Marie Madeleine est un portrait authentique et humaniste de l’un des personnages religieux les plus énigmatiques et incompris de l’histoire. Ce biopic biblique raconte l’histoire de Marie, une jeune femme en quête d’un nouveau chemin de vie. Soumise aux mœurs de l’époque, Marie défie les traditions de sa famille pour rejoindre un nouveau mouvement social mené par le charismatique Jésus de Nazareth. Elle trouve rapidement sa place au cœur d’un voyage qui va les conduire à Jérusalem.

     

     


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  • Pas mal mais le réalisateur aurait du aller au bout et être encore plus extrême. Bon en même temps, c'est un film autrichien et l'humour en Autriche... Dommage que l’humour et l’émotion ne soient pas au rendez-vous de cette comédie dramatique originale à la mise en scène soignée.On reste sur sa faim. Dommage.

    scénario: 14/20      technique: 16/20    acteurs: 16/20     note finale: 16/20

    La tête à l'envers

    Un célèbre critique musical est brutalement renvoyé de son journal. Le coup porté à son égo est tel qu’il perd tout sens de la mesure, cache la vérité à sa femme, et décide de se venger de son ancien employeur, d’une façon aussi abracadabrante qu’inefficace…

    Il y a des jours où l’on ferait mieux de rester au lit. Sans voir personne pour ne pas avoir à parler. Sans parler à personne pour ne pas avoir à écouter les sempiternelles conversations inutiles. Sans bouger pour ne pas avoir à ressentir la vacuité des agitations du morne quotidien. Juste écouter de la musique, les yeux fermés, en goûter chaque note et s’élever au dessus du commun des mortels, touchant du bout des doigts les orteils de dieu, le paradis, les anges et tous les saints. Ce matin-là, c’est clair, Georg aurait dû rester au lit en écoutant Hayden.
    Mais son boulot, il l’aime et le chérit, même s’il doit bien reconnaître que le temps a lui aussi fait son œuvre sur son prestige d’antan : la critique musicale n’a plus la place qu’elle avait jadis dans la presse quotidienne et ses papiers, bien que toujours concoctés avec tendresse et/ou vitriol (de plus en plus souvent au vitriol), n’ont plus la même force de frappe. Mais qu’importe : la musique (classique) sera toujours grandiose, surtout en orchestre symphonique, quand elle se livre dans les salles de concert feutrées où Georg a ses entrées et où il aime plus que tout trouver refuge.

    Or donc, ce matin là il aurait dû rester au lit car le ciel va lui tomber sur la tête. Le ciel en l’occurrence a la tronche de cake du rédacteur en chef du journal qui lui annonce, benoîtement assis derrière son grand bureau que l’on imagine conçu par un célèbre designer, que l’on doit se séparer de lui. Tu comprends, avec ton ancienneté… Tu comprends, avec tous ces jeunes gens talentueux qui arrivent sur le marché du travail et que l’on peut payer trois fois moins que toi… Tu comprends que l’on doit, à contre-cœur, te virer…
    Et comment croyez-vous que Georg prend la chose ? Oui : mal, très mal, forcément mal. Mais à sa façon : entre silence méprisant et résignation mature. En bon taiseux qu’il est, touché net dans sa fierté de cinquantenaire qui n’avait jusqu’alors rien à prouver au monde ni à personne, il va faire comme si de rien n’était et ne surtout rien dire à sa femme. Ah sa femme… Comment vous dire… difficile de cerner la personnalité complexe de cette nana un peu distante qui exerce la fonction de coach et vient de décider, à quarante-cinq ans, qu’il serait temps de faire un môme, si possible avec Georg et si possible par les voies naturelles mises à leur disposition ; mais vu leur grand âge (rien de méchant, c’est juste un constat lucide), autant dire que l’affaire n’est pas faite.
    Georg va donc se retrouver avec la tête à l’envers, façon shaker ou cocotte minute, un peu comme si dans son cerveau Pierre Henry avait croisé la route de Marilyn Manson (pas le genre de musique qu’il apprécie !). En rage contre la terre entière et plus spécifiquement contre cette andouille de directeur, il décide alors d’emprunter le chemin le plus absurde, le plus immature et le plus périlleux qui soit, chemin qui le mènera quelque part entre le silence ouaté d’une forêt enneigée et le brouhaha des manèges à sensation d’une fête foraine.

    Dire que c’est une franche comédie serait mentir. Mais dire que c’est un drame le serait tout autant. À mi chemin entre les deux, à l’image de ce personnage attachant et énervant qui navigue entre le fou rire de l’auto-dérision et les larmes du type qui envisage de se tirer une balle, c’est un drôle de film qui raconte une drôle d’époque où les individus sont interchangeables au gré du marché et où la pression sociale exerce son diktat, que ce soit pour affirmer les tendances musicales du moment, décider de l’âge auquel on devient has been, ou celui à partir duquel il est prudent de ne pas procréer.


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  • Une merveille! J'ai adoré! Tout est réussi: le scénario, la technique, le choix des acteurs, la photo etc... Cette adaptation offre à François Cluzet et Nicolas Duvauchelle un joli face-à-face.

    scénario: 18/20     acteurs: 18/20   technique: 18/20   note finale:18/20

    Le collier rouge

    Dans une petite ville, écrasée par la chaleur de l’été, en 1919, un héros de la guerre est retenu prisonnier au fond d’une caserne déserte. Devant la porte, son chien tout cabossé aboie jour et nuit. Non loin de là, dans la campagne, une jeune femme usée par le travail de la terre, trop instruite cependant pour être une simple paysanne, attend et espère. Le juge qui arrive pour démêler cette affaire est un aristocrate dont la guerre a fait vaciller les principes. Trois personnages et, au milieu d’eux, un chien, qui détient la clef du drame…


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  • J'aime beaucoup le cinéma israélien et ce film m'a beaucoup plu. Une belle leçon de vie. Premier long de Matan Yair, "Les Destinées d’Asher" rejoue brillamment l’éternel malaise de l'ado. Ce premier long métrage sensible et singulier fait de la transmission du savoir son beau souci.

    scénario: 16/20      acteurs: 16/20    technique: 16/20    note finale: 16/20

    Les destinées d'Asher

    Dès l’école primaire, puis au collège et au lycée, Asher, 17 ans, a toujours été un fauteur de troubles impulsif. Il a du mal à se concentrer en classe, est sujet à des accès de colère et de violence. Il est toutefois également doté d’un grand charme et se montre extrêmement débrouillard. Son père, très strict, le considère comme son successeur naturel qui reprendra l’affaire familiale d’échafaudages, mais Asher trouve un autre modèle masculin en la personne de son professeur de littérature, Rami, et noue avec ce dernier une relation très particulière. Déchiré entre ces deux mondes, Asher se cherche une autre vie et une nouvelle identité. Une tragédie soudaine le soumet à une ultime épreuve qui forgera sa maturité.


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  •  Un très beau film social. Très bien fait. le réalisateur a beaucoup de talent. C'est bien filmé, bien joué et on ne s'ennuie pas une seconde.

    scénario: 18/20    acteurs: 18/20     technique: 18/20   note finale: 18/20

    Vent du Nord

    Nord de la France. L'usine d'Hervé est délocalisée. Il est le seul ouvrier à s'y résigner car il poursuit un autre destin : devenir pêcheur et transmettre cette passion à son fils. Banlieue de Tunis. L'usine est relocalisée. Foued, au chômage, pense y trouver le moyen de soigner sa mère, et surtout de séduire la fille qu'il aime. Les trajectoires de Hervé et Foued se ressemblent et se répondent.

    Rien de nouveau sous les embruns du Nord. Quand les délocalisations pleuvent sur l’avenir des hommes, leur horizon semble soudain tout bouché malgré la mer qui s’étend à perte de vue. Hervé Lepoutre, en grand dadais hébété, ne se rebelle même pas quand il apprend qu’il est viré et que l’usine qui l’embauche dans cette petite ville côtière en banlieue de Boulogne-sur-Mer va fermer. Et lui qui attendait paisiblement sa retraite pour aller pêcher !

    À quelques milliers de kilomètres de là, dans une autre petite ville côtière, en banlieue de Tunis, la même usine est relocalisée, prometteuse d’une nouvelle prospérité. Pour le jeune chômeur Foued, c'est pain béni. Le voilà qui retrouve un emploi, adoptant les mêmes gestes mécaniques que ceux qui ont fait le quotidien d’Hervé durant des dizaines d’années, sur les mêmes machines. Mais même dans ce pays de rêve truffé d'hôtels pour touristes fauchés, l’avenir n’est pas moins bouché. La classe ouvrière est bien sûr la grosse dinde de la farce, perpétuellement perdante face à des actionnaires lâchement anonymes. On connaît la chanson. Nul n’est dupe désormais, aucune reconnaissance à attendre, aucune fierté à retirer, aucun épanouissement à espérer d’un travail mécanique, purement alimentaire. Peu importe ce que l’on produit ici, l’emporte-pièce qui découpe le cuir entaille chaque jour un peu plus l’espoir d’une vie qui aurait du sens.
    Retour au bord de la Manche. Pour Hervé, tout n’a plus l’air si sombre car il est porté par le rêve d’une mer grande et belle. Sans le dire à personne, même pas à sa grande gueule de compagne Véronique, il caresse l’espoir secret de devenir marin. Il a tôt fait d’investir sa prime (en cachette, le gros vilain !) dans un petit bateau, et décide de passer ses journées à sillonner les vagues, d’aller respirer ce parfum de liberté qui semble à portée de ses pognes.
    Véro sent bien qu’il y a anguille sous roche, mais elle est loin d’imaginer tout ce qu’il tait. Quand elle essaie de lui tirer les vers du nez, son benêt de mari prend des airs ahuris. « Les médias exagèrent ! » s’écrie-t-il. La fermeture prochaine de l’usine ? Les licenciements annoncés ? La grogne qui monte ? La grève qui menace ? Rien de tout ça en vue, ma capitaine ! Véro ne sait pas qu’il ne fait déjà plus partie de ce combat-là. Hervé s’embourbe progressivement dans une position de moins en moins tenable, de moins en moins crédible. Jusqu’à ce que la vérité jaillisse, incompressible, grand moment de panique à bord, engueulades tragi-comiques, mais quand on s’aime vraiment, cela n’a qu’un temps. Une fois la tempête passée, voilà l’épouse fidèle qui se pique au jeu, tâchant de refourguer les bars, les loups et autres poissons peu réglementaires aux voisines du quartier…
    Pendant ce temps, de l’autre côté de la Méditerranée, Foued perd peu à peu ses illusions. Il se met à rêver lui aussi de prendre le large, attiré comme tant d’autres miséreux par un Eldorado, un pays où les droits des hommes seraient respectés, où le travail coulerait à flot, un pays de rêve qu’on appellerait la France…

    Vous l’aurez compris, c’est un chassé croisé non dénué d’ironie, entre deux continents, deux histoires parallèles qui témoignent avec dérision de l’état d’une classe ouvrière abandonnée par les dirigeants. Le couple Lepoutre (épatants Philippe Rebbot et Corinne Masiero) est jubilatoire. La plus belle trouvaille du film est peut-être sa manière de nous faire passer d’un continent à l’autre par voies légales, illégales, navigables ou pas… Un vrai road-movie à niveau de container au cœur de la mondialisation, d’un capitalisme débridé qui marche sur la tête !


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  • Voici une superbe animation de ce célèbre livre. C'est très réussi et j'ai beaucoup aimé. Cette ode à la nature et à l’amitié homme-chien concilie qualité de l’animation et force du message.

    scénario: 18/20          technique: 18/20      note finale: 18/20

    Croc-Blanc

    Croc-Blanc est un fier et courageux chien-loup. Après avoir grandi dans les espaces enneigés et hostiles du Grand Nord, il est recueilli par Castor Gris et sa tribu indienne. Mais la méchanceté des hommes oblige Castor-Gris à céder l’animal à un homme cruel et malveillant. Sauvé par un couple juste et bon, Croc-Blanc apprendra à maîtriser son instinct sauvage et devenir leur ami.

    Adapté à de nombreuses reprises pour le cinéma, ce court mais intense roman de Jack London fait partie de ces classiques de la littérature, souvent étudiés en, classe, qui brassent quelques thèmes chers au roman d’aventure : la vie dans les grands espaces majestueux mais pleins de dangers, la cruauté et la cupidité des hommes, l’instinct de survie, les rapports de domination, la lutte pour un territoire, la relation forte avec les animaux.
    Si cette nouvelle adaptation s’adresse en priorité à un public jeune (mais pas trop quand même), elle a volontairement gardé en tête l’esprit du roman, sans chercher à en adoucir les contours ni en gommer la dureté du récit. Le choix, intelligent, de laisser Croc-Blanc à sa place, c’est à dire celle d’un animal sauvage qui donc ne parle ou ne pense pas tout haut, était une sage décision et donne au film une belle dimension, forcément moins naïve mais plus réaliste.

    Croc-Blanc est un fier et courageux chien-loup. Après avoir grandi dans les espaces enneigés et hostiles du Grand Nord, luttant pour sa survie au milieu de meutes hostiles, il est recueilli par Castor Gris et sa tribu. Ces Indiens vivent en harmonie avec la nature mais doivent composer avec les hommes blancs, toujours plus avides de terres, de domination et d’argent.
    Suite à un cruel concours de circonstances, Castor Gris va devoir céder, à contrecœur, l’animal à un homme cruel, aussi hideux que malveillant, qui va faire de lui une machine à tuer. C’est que les combats de chiens sont une activité lucrative dans ces contrées reculées où il y a peu de divertissement. Dressé pour attaquer, Croc-Blanc va devenir un redoutable guerrier. Mais sa destiné va croiser la route d’un homme bon et juste qui va le recueillir et tenter de lui faire oublier les coups de bâtons infligés par son ancien maître pour qu’il apprenne l’attaque. Commence alors une nouvelle histoire plus tendre pour celui qui n’oubliera jamais, au plus profond de sa mémoire de bête sauvage, l’appel des grands espaces ni la mémoire de son territoire natal.


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  • J'ai adoré cette histoire improbable, qui grâce à des acteurs formidables est devenue une histoire tout à fait crédible. On en vient à trouver tout cela tout à fait normal. Bravo à la réalisatrice qui est pleine de talent. J'avais déjà adoré Agathe Bonitzer dans "une bouteille à la mer".  De cette uchronie a priori angoissante, Sophie Fillières tire une comédie pleine de charme, où humour et nostalgie se mêlent avec entrain.

    La belle et la belle

    Margaux, 20 ans, fait la connaissance de Margaux, 45 ans : tout les unit, il s'avère qu'elles ne forment qu'une seule et même personne, à deux âges différents de leur vie…

    C’est un enchantement, que dis-je un enchantement, c’est un tour de magie, un ravissement, un conte, une fable, une promenade aussi ludique que charmante quelque part au Royaume des belles et des… belles. Sophie Fillières a un vrai talent pour nous embarquer dans des histoires a priori assez banales d’où va surgir, tel le lapin blanc du chapeau noir, une excentricité, un grain de folie, un truc complètement barré que ses héroïnes vont affronter avec ce détonnant mélange de douce naïveté et de sérieux, source de situations souvent extrêmement comiques.
    Elle embrasse ici tout de go un thème fantastique et nous embarque sans équipement ni précautions particulières dans une sorte de monde parallèle où tout devient possible parce que tout prend cœur et corps à travers des personnages pour lesquels elle déploie une précieuse et infinie tendresse. Il faut dire qu’elle a choisi pour les interpréter des filles formidables qu’elle connaît bien : Sandrine Kiberlain, dont on ne doute plus une seule seconde de l’incroyable potentiel comique et qui interpréta son premier rôle dans son premier court-métrage Des filles et des chiens, et Agathe Bonitzer, qu’elle a déjà dirigée dans Un chat un chat et qui n’est autre que sa fille.

    Point de bête, donc, dans cette histoire-ci, mais bien deux belles pour le prix d’une, ou plutôt une belle pour le prix de deux… je m’explique. Au cours d’une soirée, Margaux, 20 ans, fait la connaissance improbable de Margaux, 45 ans. Margaux 20 est pétillante, belle comme un cœur qui reste à prendre et profite de sa jeunesse, de son insouciance et de la vie, tout en cultivant une douce mélancolie qui la rend un peu étrangère aux yeux de ses pairs, comme si elle était déjà revenue de bien des questionnements existentiels de la jeunesse, à moins qu’elle ne soit en plein dedans, l’air de rien. Margaux 45 est pétillante, belle comme un astre qui reste à prendre et trimballe sa nonchalance, sa vitalité et son manteau rouge tout en cultivant une douce folie juvénile qui la rend un peu étrangère aux yeux de ses pairs, comme si elle n’était pas encore revenue de bien des questionnement existentielles de la jeunesse, à moins qu’elle ne soit encore en plein dedans, l’air de rien.
    Face au miroir où la blonde et la rousse se croisent, déployant sans le savoir les mêmes gestes et même intonations de voix, il faut bien se rendre à l’évidence : ces deux-là ne sont qu’une seule et même personne, rapprochées par 25 ans qui ne font plus qu’une microseconde. Acquis ce présupposé qui n’a besoin ni d’explications rationnelle ou paranormale, ni de précisions, ni même de preuves – manquerait plus que ça ! –, nous allons suivre les deux Margaux sur le chemin de leur vie, entre un passé composé de futurs antérieurs et de presque parfait pour ce qui est du choix des chemins à suivre et des amoureux à conquérir.

    Et comme dans tout conte qui se respecte, aussi improbable soit-il, il y aura un prince, altier, beau gosse, charmeur et délicat qui pourra sans aucun problème conquérir le cœur de Margaux 25 autant que (re)découvrir celui de Margaux 45… la réciproque étant également vraie ! C’est frais, très drôle, délicat comme un poème de Prévert dont Sophie Filière emprunte, sans le savoir (?), le phrasé simple et touchant, s’exprimant avec fougue comme le flot d’une rivière qui coulerait, comme par enchantement, dans un délicieux contre-courant…


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  • Ce film est très embrouillé et on s'interroge sur l'utilité de certaines scènes. On peut regretter que le montage soir si ardu. Mais c'est bien filmé et bien joué. La situation politique du Maroc avec les révoltes de 2015 est très bien montrée.

    scénario: 16/20    technique: 16/20 (montage: 12/20)    acteurs: 16/20   note finale: 15/20

    Razzia

    A Casablanca, entre le passé et le présent, cinq destinées sont reliées sans le savoir. Différents visages, différentes trajectoires, différentes luttes mais une même quête de liberté. Et le bruit d’une révolte qui monte….

    Récapitulons : que savons-nous vraiment du Maroc aujourd'hui ? D'accord, il a obtenu son indépendance en 1956… Et puis 150 000 tonnes de dattes y sont consommées tous les ans, personne n'ira dire le contraire… Il y a les cornes de gazelle, le Zaalouk et la Pastilla aussi… Sans oublier les dunes de Merzouga et les cascades d'Ouzoud… Et la ville de Casablanca à laquelle on pense forcément parfois, parce que c'est le titre du classique de Michael Curtiz, avec Humphrey Bogart et Ingrid Bergman… « Mais tout ça, c'est de la surface, une vague culture gé, ça ne nourrit pas son homme ». Aïe, nous avons affaire à un cas typique de curiosité et vous en demandez encore… Un seul remède : aller voir le nouveau film de Nabil Ayouch, foisonnant d'histoires et de paysages. Vous en sortirez avec la sensation d'avoir exploré ce pays sublime, dans ses dimensions aussi bien sociales que politiques et culturelles. Attention quand même à ne pas vous fouler une cheville sur l'Atlas… Razzia suit cinq destinées qui se croisent sans se rencontrer vraiment, mais toutes reflètent la même soif de liberté, déchirées qu'elles sont entre le passé et le présent, par la perte de repères et les troubles identitaires.


    Tout commence dans les années 80 avec Abdallah, un instituteur aux yeux gorgés d'étoiles qui s'illuminent quand il regarde un oiseau ou lit des poèmes. Il enseigne dans une petite école berbère perdue dans les montagnes, guidant pas à pas ses élèves sur la voie de l'émerveillement doublé d'une raison sensible et tolérante… Jusqu'au jour où on lui interdit de continuer l'enseignement en berbère, parce que la seule langue désormais officielle est l'arabe classique. Quelques décennies plus tard nous voilà en 2015 à Casa, ville moderne et lumineuse, au moment où les manifestations des islamistes battent leur plein, en réaction à la réforme du code de l'héritage (qui instaure l'égalité homme-femme dans les successions). On y rencontre Salima, révolutionnaire de l'intime qui s'oppose quotidiennement aux diktats de son mari, hostile à ce qu'elle fume, travaille, attire les regards, attise les convoitises… Hakim, jeune des milieux populaires qui aimerait être chanteur comme Freddie Mercury, son idole, inspirateur de son look fantasque et vilipendé dans les rues… Monsieur Joe, le Juif épicurien qui sédimente malgré lui des conflits enfouis… Et Inès, adolescente comme prisonnière dans son ghetto de riches, où l'impudeur régnante se passerait bien de moralité et d'humanisme. Au beau milieu de ce foisonnement culturel et social, chacun a des rêves d'ailleurs et vit dans une société qui, elle, n'est pas du tout ailleurs. Cela crée chez eux des paradoxes insensés, un refus de ployer, de laisser l'obscurantisme hisser son drapeau noir, car ce serait admettre qu'on puisse accabler ad vitam les femmes, la culture berbère, les gays, les atypiques et ceux qui ne manquent pas d'humour…

    Razzia est un film sans concessions qui n'arrangera pas la situation de Nabil Ayouch au Maroc, quand on se souvient du tollé que Much loved, son précédent film, y avait soulevé en 2015 : interdiction de diffusion, harcèlement de la part d'extrémistes islamistes, agression physique de l'actrice principale qui avait dû se réfugier en France… Razzia est donc un film nécessaire, qui emporte et captive, et qui ne doit pas nous faire oublier que la situation européenne n'est pas loin d'être à nouveau en proie à « la longue nuit » que Stefan Zweig dénonçait dans sa lettre d'adieu avant de mettre fin à ses jours, et que Nabil Ayouch, en filigrane, dénonce à son tour. Avec lucidité, force et bienveillance, Razzia remet les choses à leur place et nous rappelle ainsi l'essentiel : nous sommes capables du pire, mais surtout du meilleur. Et c'est ici que ces cinq destinées rencontreront la vôtre.


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