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Un très beau film sur la fin de vie de Freud. Un peu bavard peut-être mais bien fait et intéressant. Bien filmé et bien joué. 

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, Sigmund Freud s'est réfugié à Londres, en compagnie de sa fille Anna. Sous l'effet de l'âge et de la maladie, la star mondiale de la psychanalyse s'est changée en un vieillard aigri et capricieux. Mais la curiosité du professeur est piquée au vif lorsqu'un certain C.S Lewis, romancier et chrétien revendiqué, le mentionne dans l'une de ses publications. Leur rencontre autour de la question de Dieu va tourner au duel...

C’est un Freud crépusculaire que nous propose ce film singulier aux allures de huis clos, adaptation de la pièce de théâtre Freud’s last session, elle-même inspirée d’un essai, The Question of God, du psychiatre et professeur Armand Nicholi. Le ton est ainsi donné : ce sera une plongée dense, intense, intellectuelle, quasi philosophique et certainement pas un récit romanesque autour de l’une des figures les plus influentes de la psychologie clinique des deux derniers siècles.

Nous sommes en 1939, à Londres, dans l’ombre immédiate d’une guerre qui broiera tout ce qu’il reste d’illusions sur la civilisation. Sigmund Freud, exilé dans la capitale anglaise avec sa femme et sa fille Anna, est rongé par le cancer. Il est médecin, il est sage, il est lucide et sait qu’il ne lui reste plus que quelques semaines à vivre, mais il s’accroche encore à son travail, continue de donner des conférences, de suivre ses patients, d’assurer quelques mondanités. Un jeune écrivain et universitaire d’Oxford, CS Lewis (l’auteur de la saga Le Monde de Narnya) lui demande un entretien en vue d’enrichir l’écriture de son prochain ouvrage, sur les fondements du christianisme ; c’est un chrétien fervent, érudit, curieux, en quête de dialogue, de confrontations. Freud le reçoit dans son cabinet, réplique parfaite de celui qu’il avait à Vienne : le divan, les tapis et surtout sa très grande collection de statues, statuettes, objets d’art profane ou religieux dont il est fin connaisseur.
Ce sera leur première et dernière rencontre. Une rencontre entre deux hommes que tout semble opposer : l’âge, les convictions religieuses, la façon d’être et d’envisager le monde… mais qui vont se retrouver sur une même soif de réflexion, un appétit commun pour la joute verbale, un même talent pour l’art de débattre. Freud est ainsi envisagé comme un prisme à travers lequel explorer la question de l’athéisme, tandis que C.S. Lewis sera son contrepoint, incarnant le christianisme. Leurs échanges enflammés, richement nourris par leurs propres expériences sera bien sûr l’occasion de revisiter d’une manière très habile les thèmes fondateurs de la psychanalyse : le mythe d’Œdipe, l’invention du ça, du moi, du surmoi, le rapport au religieux, au sacré, au tabou, l’éternel conflit entre pulsion et culture. Mais au-delà du verbe, c’est surtout l’homme Freud qui va se dévoiler : un père endeuillé jamais consolé, un amoureux de la pensée, un Juif exilé, un être impuissant face à l’horreur de la guerre qui gronde, un simple mortel confronté à l’inéluctabilité de sa propre finitude.

Brillamment mis en scène, assumant son origine théâtrale, le film repose sur l’interprétation tout en ironie mordante et autorité naturelle d’un Anthony Hopkins en grande forme : habité, rugueux, complexe, d’une humanité à fleur de peau. Pas de reconstitution historique grandiloquente, juste deux hommes, deux consciences, deux visions du monde qui s’affrontent, se cherchent, se frôlent.
Vous l’aurez compris, Freud, la dernière confession n’est pas un biopic. C’est une parenthèse philosophique, une invitation à penser, à redécouvrir l’œuvre titanesque de Sigmund Freud, à se plonger aussi dans sa relation complexe avec sa fille Anna (autre figure importante de la psychanalyse), dont on pourra sans doute regretter que son personnage n’est pas assez développé dans le film. Mais ne boudons pas notre plaisir, celui d’un bain d’érudition et de complexité : par les temps qui courent toujours derrière la simplification à outrance, ça ne peut pas faire de mal…

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