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 Un très joli film intimiste porté par des acteurs au sommet de leur art! J'espère que Sara Forestier et François Damiens auront un prix d'interprétation. C'est très bien filmé et réalisé. Katelle a beaucoup de talent et j'attends son prochain film avec impatience. c'est filmé avec beaucoup de douceur et de pudeur.

scénario: 18/20      acteurs: 18/20    technique: 18/20   note finale: 18/20

 

Suzanne

Né et élevé à la campagne, dans la famille royale des Thembus, Nelson Mandela gagne Johannesburg où il va ouvrir le premier cabinet d’avocats noirs et devenir un des leaders de l’ANC.
Son arrestation le sépare de Winnie, l’amour de sa vie qui le soutiendra pendant ses longues années de captivité et deviendra à son tour une des figures actives de l’ANC.
À travers la clandestinité, la lutte armée, la prison, sa vie se confond plus que jamais avec son combat pour la liberté, lui conférant peu à peu une dimension mythique, faisant de lui l’homme clef pour sortir son pays, l’Afrique du Sud, de l’impasse où l’ont enfermé quarante ans d’apartheid. Il sera le premier Président de la République d’Afrique du Sud élu démocratiquement.

Le regard de ce père ému, séduit par la danse de sa fille qui en fait des tonnes : magnifique ! Il y a tout dans ce regard de papa poule. Il n'y a pas plus fort pour dire ce débordement de sentiments que Nicolas ressent et qui va animer toute sa vie : l'envie d'être là pour ses deux filles, de tout donner même s'il faut sacrifier une part de lui même. C'est beau, c'est lourd aussi. Car il ne reste plus à ses princesses qu'à être à la hauteur de tout cet amour. Cette petite gamine (huit ans peut-être ?) en train de frétiller devant lui, un peu effrontée et qui le restera longtemps, c'est Suzanne. Mais il y a aussi Maria, la sœur cadette, qui observe, cale ses pas dans ceux de son aînée. Dans la maison, dans le camion où il les emmène parfois, les rires fusent souvent, les chamailleries, la vie. Mais il y a aussi les moments d'absence : routier, Nicolas est bien obligé de les laisser pour gagner leur croûte. L'absence aussi, définitive, de la mère, même si on va gaiment pique-niquer sur sa tombe et lui montrer comment on grandit. Ne croyez pas que ce soit larmoyant ou pesant, loin de là : en quelques plans d'une intelligence dramatique impressionnante, le décor est planté, la situation sociale et psychologique installée. Quand on n'a pas les moyens de se payer une assistance, il faut être sur tous les fronts du quotidien : le boulot, la vie domestique, l'éducation. Ça fait beaucoup pour un seul homme et on a beau faire, parfois les choses vous échappent un peu…

Première ellipse… Il y en aura plusieurs, toujours à propos, le film fait confiance aux spectateurs, à leur intelligence, leur sensibilité, leur intuition, et laisse à Suzanne (Sara Forestier, lumineuse) ses parts de mystère qui la rendent si romanesque. Suzanne a dix-sept ans. Suzanne est enceinte et il est trop tard pour revenir en arrière quand elle en informe son père. Quelle baffe ! Pour Nicolas, ce sont ses rêves d'avenir pour sa fille qui se brisent, l'impossibilité de la voir sortir de leur rang social. Elle aussi sera empêtrée dans la lourdeur du quotidien, sans pouvoir profiter des belles années d'insouciance qu'aurait dû lui offrir sa jeunesse. Cet acte qu'elle pose comme un acte de liberté est en fait une cage dans laquelle elle s'enferme.
Nouvelle ellipse. Charlie a trois ans. Et en quelques plans cela saute aux yeux : cet enfant aide Suzanne à vivre en même temps qu'il l'emprisonne. Malgré lui, il est rentré dans la valse familiale où tous à leur manière, pensant bien faire, s'empêchent mutuellement de se construire. Comment briser le maléfice ? Il suffit que Suzanne croise ce garçon si charmant, qui a l'air de la prendre telle qu'elle est, et son môme comme un cadeau, pour qu'elle voie en lui la clef de sa libération et qu'elle fonce, comme elle a toujours fait, sans assurer ses arrières, sans apparemment évaluer les conséquences. On ne vous en dira pas plus, sinon que Julien est plutôt du genre gentil mauvais garçon…

C'est tout autant l'histoire d'une dégringolade que d'un parcours vers la lumière. Comment on compose, comment on se nourrit de ses failles, de ses faiblesses pour mieux avancer. Cela parle de nos difficultés à aimer, de nos impossibilités à se détacher. On est immergé en totale empathie avec les personnages. Et d'abord avec cette Suzanne qui fonctionne à l'instinct, incapable de jouer à la bonne mère, ni à la bonne fille, de se fixer un but, de distinguer l'essentiel du superflu. Petit poisson qui s'entrave toujours plus dans les filets de la vie en tentant de se délivrer. C'est fort parce que pas consensuel, sans jugement moral à la con. Ça nous oblige à dépasser les préjugés, les tabous, à comprendre avec le cœur autant qu'avec la tête.
On sent que ce film formidable de maîtrise et d'énergie a été rendu possible par l'investissement de toute une équipe. Le jeu des acteurs, la direction de la photo, les décors et les costumes, le montage… tout est en place et donne à cette chronique familiale une dimension exceptionnelle.

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