Un thriller très réussi qui nous tient en haleine jusqu'à la fin même si certains rebondissements sont prévisibles. Un grand film. C'est un plaisir de revoir certaines vieilles actrices qu'on voit rarement.
scénario: 17/20 acteurs: 17/20 technique: 17/20 note finale: 17/20

En 1969, un groupe de militants radicaux appelés Weather Underground revendique une vague d’attentats aux Etats-Unis pour protester contre la guerre du Vietnam.
La plupart de ses membres furent emprisonnés, mais quelques-uns disparurent sans laisser de trace… Jusqu’à aujourd’hui.
L’arrestation de Sharon Solarz, l’une des activistes, remet cette affaire sur le devant de la scène, au point d’attiser la curiosité du jeune et ambitieux reporter Ben Schulberg. Jouant de ses relations au FBI, il rassemble petit à petit les pièces du puzzle, le menant jusqu’à Jim Grant, un avocat apparemment sans histoires… Lorsque celui-ci disparait brusquement, le journaliste se lance sur sa piste, déterminé à le retrouver avant le FBI.
Ce n’est pas un hasard si Robert Redford, acteur-réalisateur qu’on qualifiera faute de mieux « d’engagé » (souvenez-vous en particulier du très beau Milagro qui, dès 1988, prenait le parti des petits paysans contre les pratiques des multinationales), s’est attaqué pour son nouveau film à un épisode agité et peu connu de l’histoire de l’Amérique contemporaine, un épisode dont le « Weather Underground » est le principal et remarquable protagoniste. Ce groupe de jeunes activistes issus de la Students for a Democratic Society, association d’étudiants qui menait la lutte contre la guerre du Vietnam sur les campus, décide, face à l’impasse de la contestation, de passer la vitesse supérieure à partir de 1969 en revendiquant une vague d’attentats contre des bâtiments officiels. Ils ne feront jamais de victime mais feront date dans l’émergence d’une lutte armée au cœur même des Etats-Unis.
Ceci posé, Sous surveillance ne se place pas au cœur des années 70 mais bien aujourd’hui. On découvre au début du film Sharon (formidable Susan Sarandon), une mère de famille sexagénaire qui vit paisiblement dans le Vermont avec mari et enfants, jusqu’à ce que soudainement, à une station service, elle soit cernée et arrêtée avec un déploiement de forces digne de la neutralisation d’un grand chef d’Al Qaida. Sharon est en fait une ancienne combattante du Weather Underground, recherchée depuis près de trente ans par le FBI. Parallèlement à l’enquête de police, un jeune journaliste localier un peu malin et fouineur remonte la piste, fouille dans le passé, ce qui le mène à Jim Grant (incarné par Redford lui même), avocat renommé qui mystérieusement refuse de s’occuper du cas de Sharon. Plus étrange encore, Jim fuit dès le lendemain avec sa fille de douze ans…
Robert Redford construit un thriller palpitant, avec moult rebondissements autour de la traque de Jim Grant par le FBI et par le journaliste tenace. Mais il engage aussi une réflexion pas du tout consensuelle aux États Unis sur la notion de terrorisme, de légitimité de la lutte armée. Il ne faut surtout accorder aucun crédit à la phrase d’accroche stupide qui figure sur l’affiche française du film : « certains crimes ne peuvent rester impunis ». Bien au contraire certains des personnages ne renient en rien leurs idéaux passés. Sharon/Susan Sarandon, lors d’un magnifique dialogue avec le jeune journaliste, lui dit droit dans les yeux que si c’était à refaire, elle recommencerait. Quant à Mimi, une ancienne activiste et ancienne amante de Jim, elle traficote désormais avec Cuba en toute impunité. Sans jamais légitimer les actions du Weather Underground, Robert Redford, à travers toute une galerie croustillante d’anciens activistes (un prof rangé, un gros bras, un flic complice…) qui ont fait des choix très différents après leur période militante, nous laisse nous faire notre propre idée. Quant on connait le grand engagement de Redford aux côtés de Leonard Peltier, l’activiste indien condamné à la perpétuité et soutenu d’ailleurs par le Weather Underground, on comprend que derrière le thriller hollywoodien bien ficelé se cache une interrogation profonde sur la position juste à avoir face à ceux qui contestent radicalement l’État américain.