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Ce film est une totale réussite. Il est magnifique à voir: décors somptueux et costumes très réussis. Le scénario est parfait, c'est divinement filmé. Le jeu des actrices est au sommet. Le film dessine avec finesse l'amour passionnel et extravagant d'une mère pour sa fille, sans tomber dans le manichéisme. Le film repose sur le binôme Karin Viard et Ana Girardot qui fonctionne parfaitement.

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Milieu du XVIIème siècle, la marquise de Sévigné veut faire de sa fille une femme brillante et indépendante, à son image. Mais plus elle tente d’avoir une emprise sur le destin de la jeune femme, plus celle-ci se rebelle. Mère et fille expérimentent alors les tourments d’une relation fusionnelle et dévastatrice. De ce ravage, va naître une œuvre majeure de la littérature française.

Film d’époque, film en costumes, film historique, Madame de Sévigné se libère dès les premières images des clichés associés au genre et trouve dans le passé une modernité inattendue qui éclaire le présent sans lui donner de leçons.

Vêtues de longues chemises blanches, Marie et sa fille Françoise, complices et joyeuses, marchent dans l’eau d’une petite rivière : la scène est baignée d’une douce lumière qui respire la tendresse et l’innocence d’un moment de détente privilégié dans une nature indifférente à leur statut social. Un air de liberté semble régner autour de ces deux femmes insouciantes… La future Comtesse de Grignan et sa mère, Marquise de Sévigné, appartiennent pourtant à un milieu corseté où le nom, la fortune et la réputation sont plus importants que le mérite. Mais à la cour de Louis XIV, seul le Roi est libre de faire ce qui lui plaît, les hommes et les femmes qui l’entourent n’étant, bien qu’aristocrates, que des sujets… Son bon plaisir peut élever une femme au statut convoité de favorite ou la condamner à un déshonneur difficile à faire oublier… si ce n’est, peut-être, à l’abri des murs d’un couvent.
Pour éviter un tel destin à une fille dont la beauté a ouvert à la mère les coulisses de la Cour, le mariage et la vie en province s’imposent comme une évidence… douloureuse. Cette séparation va ravager le cœur et l’esprit de la Marquise qui va littéralement poursuivre sa fille à distance : ses fameuses lettres dont le film s’est librement inspiré dépeignent à la fois les blessures profondes d’un amour carnivore et les contraintes d’une époque où l’indépendance des femmes – fussent-elles CSP+++ – n’est pas d’actualité. Il n’empêche que Madame de Sévigné, veuve, riche et dotée d’un esprit vif et brillant, fréquente les salons qui commencent à fleurir dans Paris, où la volonté d’émancipation des femmes est discutée – et sujette à moquerie, n’est-ce pas Monsieur Molière ?

Karine Viard incarne avec justesse et nuances une Madame de Sévigné graphomane qui tente de combler l’absence de sa fille en lui adressant des lettres où la profonde affection maternelle se charge de reproches qui relèvent presque du registre amoureux… La tendresse et le miel des mots contiennent un poison dont la fille apprend à s’immuniser avec le temps : Ana Girardot campe superbement cette Madame de Grignan qui résiste aux assauts épistolaires d’une mère dont l’obsession maladive ne la rend pas détestable pour autant. À ce jeu de l’escrime littéraire, la mère est plus forte que la fille, mais celle-ci a un atout : son mari (délicat et discret Cédric Kahn), qui la protège comme il peut d’une mère… dont dépend la santé financière du couple.
Avec une sobriété remarquable et particulièrement efficace, la réalisatrice saisit la force et la fragilité de deux femmes que tout réunit et que tout oppose dans un monde où toutes les apparences sont trompeuses.
Si le film nous renvoie à des préoccupations bien actuelles – l’émancipation des femmes vis-à-vis de la famille, vis-à-vis des hommes et du patriarcat, leur lutte pour leurs droits, pour leur liberté – la réalisatrice ne tombe pas dans les pièges de l’anachronisme. Elle ne fait pas de Madame de Sévigné une féministe avant l’heure, ni de la relation mère-fille et de leur correspondance une préfiguration des thèses psychanalytiques… Mais Madame de Sévigné et Madame de La Fayette (Noémie Lvovsky tout en finesse) peuvent néanmoins être considérées comme des pionnières dont l’engagement dans l’écriture démontre que la culture, l’éducation et la maîtrise du langage peuvent être des armes d’émancipation massive pour les femmes.
Isabelle Brocard et ses actrices émancipent quant à elles le film d’époque et libèrent le public des carcans de la grande Histoire pour lui offrir une œuvre qui justement la rend sensible, palpable, passionnante… présente.

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