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 N'y allez pas, c'est une merde!  Voilà, tout est dit!

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Une journaliste française rencontre Salvador Dali à plusieurs reprises pour un projet de documentaire.

C'est l'histoire d'un artiste espagnol mondialement célèbre qui peignait des montres molles et vendait du chocolat à la télé... non. C'est l'histoire d'un drôle de type affublé d'une moustache cirée et d'un accent impossible... non plus. C'est plutôt l'histoire d'un homme fasciné toute sa vie par les œufs aux plats... oui mais pas que. Attendez, si, ça y est ! C'est l'histoire d'un artiste génial qui adorait faire tourner le monde en bourrique, et en particulier les journalistes qui avaient l'inconscience de l'interviewer. Reprenons : donc c'est l'histoire d'une jeune journaliste française admiratrice de Salvador Dalí qui réalise son rêve de décrocher un entretien avec le Maître. Autant dire un pari impossible, car Dalí, tel la Sainte Trinité, est unique et multiple, ubiquiste, intemporel, insupportable, irrésistible et, au final, insaisissable. La preuve par cinq avec ce kaléidoscope de Dalís secoué dans tous les sens par un Quentin Dupieux plus inspiré que jamais dès qu'on lui lâche la bride.


Empruntant allègrement à Luis Buñuel sa méthode de travail héritée des romans picaresques, qui consiste à télescoper les époques, à nouer des boucles temporelles ou à imbriquer des récits et des rêves dans des rêves dans des rêves (comme dans Le Charme discret de la bourgeoisie ou La Voie lactée, pour ne citer que les références les plus évidentes) telle une poupée gigogne déjantée, Dupieux explore les multiples facettes d'un personnage trop complexe et trop vaste pour être réduit à un seul récit, une seule icône ; d'où l'intérêt de confier le rôle à cinq comédiens différents, procédé tout sauf gratuit qui permet au réalisateur comme aux acteurs de s'affranchir des lourdeurs d'une représentation convenue typique des biopics. Au contraire, Dupieux instille constamment une forme de folie douce qui casse les codes, redistribue les cartes d'une scène à l'autre sans jamais perdre de vue la lisibilité du récit, emportant les spectateurs dans l'univers mental « cosmique et gélatineux comme un oeuf au plat » d'un artiste paradoxal ayant proclamé très tôt que ses plus grandes œuvres étaient sa vie et le personnage qu'il s'était inventé.

Fidèle à cette déclaration aussi péremptoire que discutable, Dupieux n'essaie pas de résoudre l'énigme Dalí, mais brosse plus humblement le(s) portrait(s) d'une créature métamorphe qui n'a cessé sa vie durant de se réinventer ; et si son film (mais le film de qui ? A ce stade on ne sait plus bien qui dirige qui !) est une réussite burlesque incontestable, qui lorgne autant du côté des Monty Python (la scène dans le couloir de l'hôtel vaut à elle seule le prix du billet) que de l'esprit Dada, il s'y cache tout au fond une petite note de mélancolie – une petite larme vite essuyée déjà présente dans Yannick – qui dépeint un artiste génial progressivement dépassé puis englouti par son personnage, jusqu'à ce que Salvador Dalí s'estompe, et que surgisse Daaaaaalí ! Malheureusement, c'est complètement raté et on s'ennuie ferme!

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