Eklablog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

J'avoue que je suis restée sur ma faim avec ce film si prometteur. Jean d'Ormesson a un tout petit rôle et c'est heureux pour le film, lol. Je n'ai jamais lu ses livres mais j'espère pour lui qu'il est meilleur auteur qu'acteur. Catherine Frot est formidable mais le scénario est un peu léger et elle fait ce qu'elle peut... Bref, déception pour ce qui aurait pu être un grand film. Les moments pendant lesquels Hortense fait la cuisine sont géniaux.

scénario: 14/20       technique: 16/20      acteurs: 13/20 (C.Frot: 20/20)     note finale: 14/20

Les saveurs du palais

Hortense Laborie est une cuisinière réputée qui vit dans le Périgord. A sa grande surprise, le Président de la République la nomme responsable de ses repas personnels au Palais de l'Élysée. Malgré les jalousies des chefs de la cuisine centrale, Hortense s’impose avec son caractère bien trempé. L’authenticité de sa cuisine séduira rapidement le Président, mais dans les coulisses du pouvoir, les obstacles sont nombreux…

Hortense Laborie est une chef cuisinier réputée qui vit tranquillement dans le Périgord. A sa grande surprise, elle est un jour recrutée par la Présidence de la République qui la nomme responsable des repas personnels du Chef de l’État au Palais de l’Elysée…
Le scénario s’inspire librement de la vie d’une véritable chef périgourdine qui fut la cuisinière de Mitterrand avant de s’exiler en Antarctique. C’est là-bas, sur la base scientifique où Hortense est en charge des repas, que le film commence quand une journaliste tente de l’interroger sur son expérience élyséenne. Ce qu’Hortense refuse de dire à l’intervieweuse, le film va nous le raconter : comment cette femme de caractère, autoritaire et perfectionniste, a imposé ses choix et ses goûts pour plaire à un Président épicurien, amoureux du terroir et désireux de retrouver la cuisine de sa grand-mère. Si le film ne se veut pas une réflexion sur le pouvoir, on savourera néanmoins comment Hortense, peu habituée aux jeux de courbettes et au protocole, va déjouer les nombreux obstacles pour arriver à ses fins.

Tout le plaisir du film pourrait se synthétiser dans la mise en œuvre du titre à l’écran : le déploiement d’un travail d’orfèvre aux fourneaux, d’une connaissance de l’art culinaire moins scientifique qu’intuitive et empirique, la résurrection d’une tradition de la bonne fourchette française, avec subtilité et délice. Catherine Frot, pas cuisinière pour un sou dans le civil, parvient par mimétisme à reproduire la perfection faite fourchette ; elle enchaîne à l’écran, lors de scènes savamment distillées, érigées en moments de suspense cocasse (le plat plaira-t-il à Sa Majesté ?), des gestes qui confinent au pur plaisir sensoriel pour les spectateurs. Le choix de Jean d’Ormesson pour incarner le Président est quant à lui judicieux, tant on croit voir Mitterrand à travers lui.

Cette Hortense qui irradie le film, prodigieuse cuisinière en toute simplicité, venue aux fourneaux non pour rivaliser avec les meilleurs mais par goût des autres, n'a d'autre ambition que de donner du plaisir, du bonheur, du bien être… Une façon d'aborder la vie héritée d'une enfance gourmande où l'amour se transmettait par la meilleure satisfaction possible du besoin élémentaire autant que vital de se nourrir. Chercher constamment ce que la nature a de meilleur et l'accommoder de la façon la plus subtile pour transmettre le plaisir de vivre et de rencontrer les autres, sans jamais céder à la tentation narcissique… voilà qui ne court pas les rues.

On peut comprendre aisément que, lassé de la cuisine officielle pratiquée par une bande de machos accrochés à leurs étoiles et à leurs casseroles devenues instruments de pouvoir, un président de la république ait eu envie de revenir à une cuisine plus maternelle, plus spontanée, celle que l'on dit du terroir parce qu'elle sait prendre ses distances avec une sophistication abstraite pour plonger dans l'essentiel de la vie : généreuse, goûteuse, attentive et simple comme bonjour.
Hortense Laborie menait une vie tranquille au cœur du Périgord dans sa ferme modeste et géniale, accommodant les foies gras avec un talent si formidable que les plus gourmands de la planète avaient fini par se passer le mot, si bien qu'on venait du monde entier dans ce trou perdu goûter sa cuisine ou solliciter ses enseignements. Hortense ne fut donc qu'à moitié surprise lorsqu'une méga bagnole déboula à sa porte pour l'emmener à l'Elysée, convaincue qu'elle ne ferait que l'aller-retour, peu encline à laisser sa ferme pour les ors de la République. Mais, ses quatre enfants étant désormais grands, cette aventurière dans l'âme se laissa tenter par l'expérience et accepta la charge de « cuisinière personnelle » du Président, avec pour seule assistant un jeune et charmant pâtissier. Pas question de compter sur l'aide des cuisines principales, où le chef se la pète et où la cohorte de mecs qui s'affairent voient avec hostilité et dédain celle qui vient pratiquer une cuisine de bonne femme !
Le plus sympa dans l'affaire, c'est que cette gourmande généreuse, dans une cohérence parfaite avec sa recherche permanente du meilleur de la nature et de l'humanité, ne tergiverse pas avec les valeurs : ce qu'elle découvre en plongeant dans les coulisses du pouvoir ne lui donne pas vraiment envie de s'attarder près de ces fourneaux-là, même si le Président lui-même n'hésite pas à descendre dans sa cuisine pour le réconfort d'un échange sincère et d'une tartine toute simple : trois rondelles fines de truffes, une goulée de vin de pays… Catherine Frot est formidablement convaincante : elle a le geste, l'œil pétillant, le verbe pas commode et Dormesson est un président parfait, retenu, même dans l'intimité… Quant à la description qui est faite des coulisses du pouvoir, elle est sans pitié, même si elles ne sont que le contexte et non le sujet, et elle confirme le sentiment que cette république ressemble fichtrement à une monarchie.

Dans la vraie vie, Danièle Mazet-Delpeuch, qui s'étonne de voir à quel point Catherine Frot ressemble physiquement à ce qu'elle était plus jeune, est vraiment partie en Antarctique après son séjour à l'Élysée pour faire la cuisine à une cinquantaine de scientifiques mâles, prenant ses distances ainsi de façon radicale avec un univers où elle ne se sentait décidément pas à sa place… Dans le film ce passage est tout aussi réussi et plaisant.
Vous pouvez, si ça vous tente, aller faire un stage de cuisine dans sa ferme du Périgord, Danièle reçoit toujours. Le bouquin qu'elle avait publié à compte d'auteur sur son passage à l'Élysée était épuisé, mais la sortie du film a permis sa réédition…

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :