La photo est d'une beauté à couper le souffle! Tout est extrêmement réussi dans ce film. Les acteurs sont merveilleux.
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Printemps 1945, sur l’île d’Amrum, au large de l'Allemagne. Dans les derniers jours de la guerre, Nanning, 12 ans, brave une mer dangereuse pour chasser les phoques, pêche de nuit et travaille à la ferme voisine pour aider sa mère à nourrir la famille. Lorsque la paix arrive enfin, de nouveaux conflits surgissent, et Nanning doit apprendre à tracer son propre chemin dans un monde bouleversé.
On ne connaît pas ou très peu l‘acteur-scénariste-réalisateur Hark Bohm – en France, on l‘a repéré seulement comme comédien, en particulier dans plusieurs films de Fassbinder –, décédé le 14 novembre dernier à 86 ans, qui figure comme auteur de ce très beau film réalisé par Fatih Akin, qu’on connaît lui très bien et depuis longtemps, et qu’on n’attendait pas sur une telle histoire. Comme il l‘a dit lui-même lors de la présentation du film à Cannes, il n’était pas destiné à aborder un tel sujet « avec des blancs et des nazis », mais la vie a fait qu’il a dû mener à bon port ce projet pour son mentor et grand ami. Car tous deux sont nés à Hambourg, Fatih Akin a grandi avec les films de Hark Bohm, ils se connaissaient depuis des années, partageant également un lien créatif profond, ayant déjà travaillé auparavant ensemble sur plusieurs films, et c’est Akin qui a convaincu Bohm d’écrire l’histoire de son enfance sur l’île d’Amrum à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. La dégradation de la santé d’Hark Bohm ne lui permettant pas de tourner le film lui-même, il a proposé à Fatih Akin de le faire pour lui. Cette distance avec le sujet et cette humilité au service du récit de son ami en font un film très juste, tout en finesse, qui va bien au-delà d’un souvenir d’enfance durant la guerre tant il nous parle, à travers sa création même et l’amitié entre cet enfant de l’Allemagne nazie et ce fils d’immigrés turcs, des blessures et des cicatrices de l’Allemagne contemporaine.
Printemps 1945, sur les rivages d’Amrum, île allemande faisant partie des îles frisonnes septentrionales, d’une superficie d’environ 20 km², comptant 2400 habitants, battue par les vagues de la mer du Nord et les lointains tumultes de la guerre finissante. Le jeune Nanning, 12 ans, fils de nazis restés fidèles à Hitler dont le père est soldat loin d’ici, a une image idéalisée de ses parents et de l’éducation qu’il a reçue, isolé, comme cette île, de la réalité de l’Allemagne en guerre, fier de son petit uniforme et de son petit drapeau. L’annonce de la mort d’Hitler et de la fin de la guerre vont faire basculer ses repères et recomposer sa vision du monde. Des réfugiés jusqu’alors persécutés sur l’île, le changement d’attitude des habitants avec sa famille désormais paria, vont bouleverser ses certitudes, et les événements vont l’amener à construire son propre rapport au monde, à faire ses propres choix et bâtir ses propres repères moraux, détachés de l’influence de ses parents.
L’humanisme profond du film, très beau récit initiatique, est magnifié par son naturalisme. Les scènes animalières et les superbes paysages sauvages, baignés par la lumière du ciel d’un bleu presque irréel, très pictural, renforcent l’image de conte, de paradis perdu, à hauteur du regard de l’enfance, et en font un film très touchant, parfait pour une sortie cinéma en famille pendant les vacances de Noël. Cette histoire résonne fortement avec l’Allemagne d’aujourd’hui, qui voit, avec la montée en puissance du parti d‘extrême-droite AFD, ressurgir d’anciennes blessures et des démons qu’on espérait disparus. Le film apporte une réponse humaniste, issue de l’amitié entre Hark Bohm et Fatih Akin qui, citant Goethe, nous dit ce qu’il a découvert en le réalisant : « Goethe a écrit : “Là où nous recevons notre éducation, là est notre patrie”, et je ne veux pas la laisser aux nazis. »