Quel beau film!!! C'est une totale réussite! Ce film montre l'absurdité et la bêtise de ces régimes religieux qui veulent nous dire que penser, que faire et que dire. Farahani est au sommet de son art. Un très beau film qui donne envie de lire le livre. BRAVO!
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Azar Nafisi, professeure à l’université de Téhéran, réunit secrètement sept de ses étudiantes pour lire des classiques de la littérature occidentale interdits par le régime. Alors que les fondamentalistes sont au pouvoir, ces femmes se retrouvent, retirent leur voile et discutent de leurs espoirs, de leurs amours et de leur place dans une société de plus en plus oppressive. Pour elles, lire Lolita à Téhéran, c’est célébrer le pouvoir libérateur de la littérature.
C’est toute la richesse du cinéma iranien, tonifiant, envoutant, critique, qui déferle depuis quelque temps sur nos écrans. Pour ne citer que les plus récents, on est encore sous le charme de Mon gâteau préféré, bouleversés par Au Pays de nos frères et subjugués par l’incontournable Les graines du figuier sauvage. Lire Lolita à Téhéran, dont l’action se passe quelques décennies plus tôt, fait inévitablement écho à ce dernier, contextualise le mouvement de révolte si bien capté par Mohammad Rasoulof dans l’Histoire récente de l’Iran. Or ce film-là, qui dépeint d’autres situations, d’autres personnages, a la particularité d’avoir été tourné par un réalisateur israélien. Ce qui, compte tenu des relations – disons tendues – entre les dirigeants des deux pays devrait instantanément disqualifier l’entreprise. Seulement voilà : dans ce numéro de cinéaste équilibriste, on ne peut à aucun moment suspecter Eran Riklis de basses manœuvres propagandistes. Peu en cour dans son pays, le réalisateur à qui l’on doit des films imparables tels La Fiancée syrienne, Les Citronniers… exprime depuis longtemps sa position critique par rapport aux politiques israéliennes de confiscation des terres palestiniennes et d’occupation du territoire syrien. Il n’est pas anodin qu’il ait réussi à embarquer dans l’aventure une troupe de comédiennes extraordinaires, courageuses, toutes exilées et évidemment personae non gratae en Iran, à commencer par l’actrice principale, Golshifteh Farahani et sa collègue Zar Amir Ebrahimi, qui soutient activement le mouvement « Femme, Vie Liberté ». Grâce à l’excellence de l’interprétation, la précision de l’écriture, la reconstitution minutieuse de Téhéran, si ce film tourné en Italie par un Israélien n’a pas la nationalité iranienne, il semble être habité par l’âme persane.
L’histoire, qui navigue brillamment entre trois décennies, débute pendant l’été 1979, quand Azar Nafisi revient à Téhéran avec son mari. Bien déterminée, en tant que professeure de littérature américaine, à apporter sa contribution à la révolution qui vient de détrôner le Shah… Révolution islamique, sans doute, mais qui n’en est pas moins portée par une irrépressible ferveur populaire. Sauf que… le rêve fou de liberté, de modernité, de progressisme, va vite céder la place à une atmosphère d’oppression de plus en plus irrespirable. Bien qu’aucune directive ne semble dans un premier temps imposée à la direction de l’université, il s’avère rapidement que, dans ce temple de la connaissance, les gardiens de la révolution se font de plus en plus présents, critiques, incontournables. Faire étudier en Iran le Lolita, de Vladimir Nabokov, va devenir pour Azar Nafisi plus qu’un devoir, un défi – qu’elle ne pourra relever que dans une forme de clandestinité. Le film témoigne dès lors de l’épopée solitaire, secrète, d’une poignée de femmes intelligentes, brillantes, à qui il est dorénavant interdit d’accéder au même savoirs, aux mêmes droits, aux mêmes pouvoirs que les hommes de leur génération. Il nous parle du courage de celles, tout comme le faisait Nabokov à l’âge de dix-neuf ans, refusent de se laisser distraire et impressionner par le bruit des balles. On ne peut évidemment s’empêcher de penser aux événements actuels, à la montée des intégrismes, des masculinismes. Dans toute société qui devient folle, ce sont les minorités, toujours, celles qui ont le moins de poids, qui sont les premières attaquées avant que l’oppression monte dans les étages. Et si les femmes ne sont pas minoritaires en nombre, elles le sont encore en termes de poids financier, écrasées sous les chapes de plomb sociales et religieuses, chez les intégristes iraniens comme israéliens, évangélistes… partout, toujours. Au-delà des frontières, Lire Lolita a Téhéran qui résonne si juste avec les vibrations de notre monde violemment réactionnaire, est terriblement d’actualité, ce qui lui donne une portée universelle.