Un très beau film que je vous recommande! Bien joué, bien filmé avec un scénario très original!
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Christophe, 9 ans, vit les événements de mai 68, planqué chez ses grands-parents, dans l’appartement familial à Paris, entouré de ses oncles et de son arrière-grand-mère. Tous bivouaquent autour d’une mystérieuse cache, qui révèlera peu à peu ses secrets…
Le moins qu’on puisse dire, c’est que Michel Blanc n’aura pas raté sa sortie – jusqu’au bout curieux d’explorer toutes les facettes du cinéma et de son métier d’acteur, choisissant ses rôles avec soin et dans tous les registres. Pour son ultime film, il a choisi Lionel Baier, discret réalisateur suisse, qui a le talent de traiter avec légèreté les choses les plus graves et la grande histoire par le petit bout de la lorgnette – tant il est vrai que c’est depuis les marges qu’on observe le mieux l’absurdité du réel. Il a par exemple joliment évoqué la Révolution portugaise des œillets à travers les péripéties d’une équipe de reporters radio suisses dans Les Grandes ondes (2014), ou plus récemment décrit le drame des migrants à travers les déambulations tragicomique d’une responsable d’ONG à Lampedusa dans La Dérive des continents (2022).
La Cache, roman autobiographique de Christophe Boltanski, raconte à hauteur d’enfant cent ans de l’histoire de sa famille, pour partie d’origine juive ukrainienne. Délibérément, le réalisateur isole dans cette fresque une période bien précise, très courte, qui ne fait que quelques pages dans le livre – feuilleté par le narrateur à l’écran : le mois de mai 1968. Le film s’ouvre donc, au printemps, sur un bien étrange ballet mettant en scène un non moins étrange trio : Mère Grand (la géniale et trop rare Dominique Reymond), Christophe (son petit fils, le narrateur) et Grand Oncle (formidable contre-emploi de William Lebghil en linguiste omniscient) parcourent les rues de Paris en Ami 8 Citroën (un genre de 2CV améliorée, pour les plus jeunes) pour coller partout où ils le peuvent les affiches annonçant le vernissage au cinéma Ranelagh de « La Vie impossible de CB », la première expo de Petit Oncle Christian, artiste conceptuel promis au brillant avenir que l’on sait. Hasard malheureux du calendrier, le public ignore somptueusement ces efforts de communication, obnubilé qu’il est par le début des événements qui enflamment alors les campus de la capitale. Y compris les parents de Christophe, militants étudiants beaucoup trop occupés à mobiliser les amphis pour intervenir dans le récit. Qu’importe, l’étincelante Ami 8 poursuit sa brinquebalante mission au service de l’Art sur les pavés parisiens (qui ne savent pas qu’ils vivent leurs dernières heures de sédentarité sur la voirie).
Presque plus que l’improbable smala Boltanski, le vrai héros du film, c’est l’appartement de la rue de Grenelle. Immense, mystérieux et labyrinthique, il abrite depuis des décennies (donc bien avant-guerre), Mère Grand et Père Grand (Michel Blanc, le voilà !), praticien impassible et grand-père attentionné, ainsi que l’Arrière-Pays : l’arrière-grand-mère juive, qui vit recluse dans ses souvenirs de la lointaine Odessa (toujours impeccable Liliane Rovère). Un appartement qui cache probablement de lourds secrets, l’enfant se demandant d’où viennent les bruits qu’il entend derrière cette marche plus haute que les autres dans l’escalier qui mène à la salle de bains.
Bien sûr il sera question du passé de cette famille aux origines juives, on est même gratifié d’une apparition atypique de Mon Général, alors en pleine tourmente… À la fois touchant et drôle, le film doit autant à sa galerie extraordinaire de personnages habités par des comédiens remarquables, à son récit lumineux et simple pour évoquer la grande histoire, qu’à sa mise en scène étonnante. Il navigue avec bonheur entre la description kafkaïenne de l’appartement et les extérieurs, volontairement artificiels, de ce Paris fantasmé de l’année 1968, réinventé à travers le prisme des souvenirs d’enfance