Un très beau documentaire sur un génocide méconnu. Là encore on s'aperçoit que les bourreaux ne regrettent rien. les seules excuses qu'on entend sont celles de la fille d'un bourreau qui est effarée par ce qu'elle apprend. On constate aussi que les victimes n'oublient jamais. Triste.
scénario: 18/20 technique: 18/20 note finale: 18/20

Adi Rukun est ophtalmo itinérant. Au gré de ses visites, il enquête sur les circonstances de la mort de son frère aîné, accusé de « communisme » et assassiné pendant les grands massacres de 1965 et 1966 en Indonésie.
La caméra de Joshua Oppenheimer accompagne Adi dans sa confrontation avec les assassins. Patiemment, obstinément, malgré les menaces, ils s'emploient ensemble à vaincre le tabou du silence et de la peur.
« The Look of silence est profond, visionnaire, stupéfiant. » Werner Herzog
On a en mémoire plusieurs très grands films qui rendent justice à la petite et la grande Histoire. On pense évidemment à Claude Lanzmann qui, il y a trente ans, avait trouvé la forme juste pour évoquer la Shoah, on pense à Rithy Panh qui a consacré la plus grande partie de son œuvre documentaire à autopsier les massacres de masse commis par les Khmers Rouges. Mais un génocide restait sans images ou presque, inconnu du plus grand nombre : celui, en 1965, des communistes indonésiens ou des citoyens considérés comme tels (dans la vision des tortionnaires, la famille et les proches des dits communistes étaient tout aussi coupables et méritaient eux aussi d’être massacrés). Ce sont pourtant, selon les experts, entre 500 000 et un million de personnes qui disparurent en quelques mois, jetées dans les fleuves, enterrées vivantes, sommairement mais massivement exécutées par les milices anticommunistes téléguidées par le nouveau régime en place.
La spécificité de ce génocide est que ses responsables n’ont jamais été punis. Pire encore, certains d’entre eux sont encore aux manettes du pouvoir cinquante ans plus tard. Jamais repentance n’a été faite et on enseigne encore aujourd’hui aux jeunes écoliers combien ces massacres ont été nécessaires face à des communistes que l’histoire officielle présente comme les vrais tortionnaires en puissance, qu’il fallait absolument éradiquer. Cette histoire a passionné le jeune documentariste danois Joshua Oppenheimer, qui a déjà réalisé en 2012 un premier film sur le sujet, The Act of killing, qui donnait la parole aux bourreaux : témoignant d’une désinvolture glaçante et d’une absence totale de remords, ceux-ci racontaient, amusés, tous leurs crimes.
The Look of silence prend un point de vue différent puisqu’il suit Adi, un jeune opticien rural ambulant qui profite de ses tournées pour interroger le passé obscur de sa famille. Adi est né peu après l’exécution de son frère aîné. Et avec un courage, une abnégation et une sérénité impressionnantes, il va aller à la recherche puis à la rencontre des meurtriers de son frère et de leurs complices, y compris au cœur de sa propre famille. Une quête qu’il conduit sans jamais se dissimuler, gardant toujours un calme apparent face à des monstres septuagénaires qui racontent leur crime avec bonhomie. Mais peu à peu Adi parvient à déstabiliser ses interlocuteurs, en particulier un préfet régional très mal à l’aise avec ses questions calmes et incisives.
Et avec une simplicité lumineuse, le film parvient à remettre en cause la chape de plomb qui pèse sur le pays depuis cinquante ans. Adi et Joshua Oppenheimer ont fait en sorte que The Look of silence soit désormais largement diffusé en Indonésie, contribuant ainsi à bousculer par le cinéma – et quel cinéma ! – le cours de l’histoire.