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 N'importe quoi. pas très réussi. ce film partait d'une bonne intention mais c'est fouilli, cela part dans tous les sens et c'a pas grand intérêt finalement. Nous étions 3 dans la salle. Un signe?

scénario: 11/20   acteurs: 12/20   technique: 16/20   note finale: 12/20

Télé gaucho

Tout a commencé lorsque les caméscopes ont remplacé les caméras. Faire de la télé devenait alors à la portée de tous. Jean-Lou, Yasmina, Victor, Clara, Adonis et les autres ne voulaient pas seulement créer leur propre chaîne de télé, ils voulaient surtout faire la révolution. Ainsi naquit Télé Gaucho, aussi anarchiste et provocatrice que les grandes chaînes étaient jugées conformistes et réactionnaires. Cinq années de grands foutoirs, de manifs musclées en émetteur pirate, de soirées de beuveries en amours contrariées... et ce fut ma parenthèse enchantée.

C'est une époque qui nous semble proche et étrangement lointaine à la fois. En 1995, il y a donc dix-sept ans, Michel Leclerc – qui a depuis débuté dans la réalisation avec un coup de maître : le savoureux et ironique Le nom des gens – est un jeune monteur pour la télé commerciale, qui s'investit parallèlement dans Télé Bocal, une télé de proximité du vingtième arrondissement créée par de joyeux flibustiers ribouldingues qui ont profité de l'arrivée des nouvelles caméras numériques légères pour tenter de contrebalancer les images dominantes. Deux décennies après les premières radios libres, dont les ondes ont été libérées en 1981 avant d'être en majeure partie avalées par la grande récup de la FM commerciale, un bel espoir était né du côté des télés « pirates », avec Télé Bocal, Zalea TV et quelques autres qui firent trembler le PAF bien endormi.
Michel Leclerc aurait pu faire de cette aventure un documentaire avec les protagonistes encore actifs et quelques images bien dingos tournées à l'époque, mais il a senti le potentiel comique et déjanté de cette histoire, avec sa galerie de personnages tout droit sorties d'une BD, tout en gardant un fil autobiographique à travers le personnage principal, Victor, un jeune apprenti cinéaste recruté in extremis, le seul à peu près raisonnable dans une bande d'allumés, une sorte de clown blanc au milieu des augustes de l'audiovisuel pirate.

Dans la bande de Télé Bocal, rebaptisée Télé Gaucho pour le film, il y a les fondateurs : Jean-Lou, le chef un peu tchatcheur, un peu gourou, très dragueur, incarné par un Eric Elmosino au mieux de sa forme ; Yasmina, la furie politique toujours prête à en découdre avec la maréchaussée dans les manifs de sans papiers ou les occupations d'immeubles (Maïwenn est parfaite) ; Etienne, l'idéologue intransigeant qui voit des stigmates de la bourgeoisie partout tout en habitant les beaux quartiers… La bande est bientôt rejointe par Clara, miss catastrophe irrésistiblement touchante, sorte de furie toujours enthousiaste, incarnée par la toujours azimutée Sara Forestier.
Michel Leclerc épingle, de manière sarcastique mais tendre, les paradoxes de ce milieu, avec ses personnages tout en contradictions, mus par une énergie incroyable mais aussi par les tensions liées au pouvoir – Jean-Lou, qui se proclame anar, est le pire des tyrans hystériques –, liées au machisme, qui n'épargne pas les gauchistes comme nombre de femmes ont pu s'en apercevoir… Il pointe aussi les limites du dézinguage de la télé dominante quand ils essaient de piéger la présentatrice de télé-réalité Patricia Gabriel (Emmanuelle Béart), employeuse fascinante de Victor, pas aussi crétine qu'elle en a l'air.

Mais au delà de toutes ses réserves, le film montre de manière hilarante la créativité et la causticité de la bande, autant quand Victor crée ces mini-séries désopilantes qui ont fait le succès de Télé-Bocal (par exemple « Ces objets qui nous font chier ») ou quand l'équipe infernale monte le piratage durant quelques secondes d'une retransmission d'un discours de l'Elysée… Tout ça baigne dans une joyeuse ambiance punk bercée par une bande son entre titre des Motivés et du groupe punk K-Roll.

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