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 Gaspard Ulliel est absolument formidable. Il fait preuve d'un talent fou. Malheureusement, le scénario n'est pas génial, le montage est une catastrophe et c'est un peu longuet. On se serait bien passé de certaines scènes longues et qui n'apportent rien: par exemple quand Berger est avec la traductrice. Les autres acteurs sont excellents même si on peut regretter que l'acteur qui joue Berger soit inexistant. Un film qui part dans tous les sens et c'est dommage. A certains moments, on voit tout à coup apparaître un YSL vieux et on se demande bien pourquoi. L'autre YSL était beaucoup plus réussi et les acteurs plus inspirés. C'est bien filmé et les costumes sont somptueux>.

scénario: 13/20      acteurs: 13/20   technique: 16/20   note finale: 13/20

Saint Laurent

1967 - 1976. La rencontre de l'un des plus grands couturiers de tous les temps avec une décennie libre. Aucun des deux n’en sortira intact.

Cette fois, plus de doute : Yves Saint Laurent valait bien un film. Mais pour cela, il fallait qu'un cinéaste, un vrai, ayant un véritable rapport avec le cinéma, s'empare de cette vie à nulle autre pareille, ose aller au plus près de ce que furent à la fois le génie créatif de cet homme et sa névrose autodestructrice que personne, pas même Pierre Bergé, ne put vraiment apaiser. Ce cinéaste, c'est donc Bertrand Bonello, son film s'appelle Saint Laurent. A ne pas confondre avec Yves Saint Laurent, le film réalisé par Jalil Lespert, sorti en salles en Janvier.
On pourrait bien évidemment consacrer l'essentiel de cette critique à proposer une comparaison entre les deux ; expliquer pourquoi le film de Bonello surpasse le film de Lespert ; observer que dans le rôle de Pierre Bergé, Jérémie Renier est plus convaincant que Guillaume Gallienne. On pourrait, mais ce serait dommage de ne pas se concentrer sur ce seul et passionnant Saint Laurent. Un mot tout de même, pour résumer le « match » : dans le film de Lespert, l'histoire était racontée du point de vue de Pierre Bergé, faisant de ce dernier le metteur en scène de la vie et de la carrière d'Yves Saint Laurent. Tandis que dans Saint Laurent, c'est le réalisateur qui met en scène l'histoire qu'il entreprend de raconter. On a tout dit d'Yves Saint Laurent, qui, par son seul coup de crayon, parvint à changer l'image de la femme. Cela, évidemment, Bonello l'observe, mais c'est un tout autre Saint Laurent qui le passionne, résumé d'une formule par Andy Warhol : « Toi et moi sommes les deux plus grands artistes d'aujourd'hui ».

Bien plus qu'un biopic, c'est le portrait d'un créateur qu'il propose. Quant à la relation de Saint Laurent avec Pierre Bergé, une scène émouvante la résume parfaitement. C'est l'époque où Saint Laurent est tombé follement amoureux de Jacques Bascher, sorte de super gigolo aussi mondain qu'extraverti (Louis Garrel dans le film). Pierre Bergé, ne sachant plus quoi faire pour arracher son compagnon des griffes de ce personnage, lui offre un tableau représentant la chambre de Marcel Proust. Rien de plus apaisant et modeste que cette toile, ce lit planté au milieu de la pièce. Rien de plus doux, aussi, comme tentative de remettre le couturier au travail. Plus tard, Saint Laurent dira qu'à travers les robes qu'il dessinait, c'est de Proust qu'il parlait. Comme si son sens aigu de la modernité avait constamment dialogué avec son envie de recherche du temps perdu…
Dessiner un vêtement ; le fabriquer ; l'essayer : le film rend un bel hommage à toutes ces petites mains – couturières, brodeuses, retoucheuses… – sans le travail desquelles rien ne serait possible. Nulle volonté de reconstitution « à l'identique » : Bonello est un styliste, convaincu que les formes cinématographiques qu'il invente rendront justice du talent créateur de Saint Laurent. Un exemple, à la fin du film, lorsqu'il filme le défilé de « Ballets russes ». Avec son monteur (Fabrice Rouaud), Bonello invente ce que l'on pourrait appeler « le montage Mondrian », une manière inédite de découper l'écran en plusieurs surfaces de tailles inégales qui fait irrésistiblement penser à ce peintre que Saint Laurent chérissait tant.

Et puis, ultime surprise, il y a les deux acteurs qui interprètent Yves Saint Laurent : Gaspard Ulliel et Helmut Berger. Pour le premier, le défi était d'autant plus grand qu'il passait après Pierre Niney et sa performance dans le film de Jalil Lespert. Là où Niney parvenait, parfois de façon assez hallucinante, à retrouver la gestuelle de Saint Laurent, Ulliel réussit lui aussi, en particulier par un travail sur la voix, à évoquer le grand couturier. Quant à Helmut Berger, apparaissant dans quelques scènes viscontiennes, il incarne le Yves Saint Laurent de 1989, cet homme qui savait tout des femmes et qui mena génialement le combat de l'élégance et de la beauté.

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