Voici un road movie lent et répétitif, et un peu ennuyeux aussi. Le scénario aurait mérité d'être un peu plus énergique car là, on frôle souvent le sommeil. On voit assez peu la Suède finalement et c'est dommage. Les deux acteurs principaux sont géniaux mais malgré toutes leur bonne volonté, il n'arrive pas à sauver un scénario particulièrement soporifique.
scénario: 12/20 acteurs: 16/20 technique: 16/20 note finale: 14/20

Ernest, un architecte renommé, ne vit que pour son travail. Un jour, il reçoit un appel de la police suédoise qui le décide à entreprendre un long voyage jusqu’à Kiruna, en Laponie. Il doit y reconnaître le corps d’un parfait étranger, son fils qu’il n’a jamais connu. Son chemin va croiser celui de Magnus, un jeune homme sensible et perdu que tout oppose à Ernest, autoritaire et méfiant. Ce voyage en compagnie d’un fils possible, va révéler à Ernest une part inconnue de lui-même et l’aider à mieux comprendre ce rendez-vous à Kiruna.
Quand votre vie tourne en rond, que vous avez besoin d'un nouvel élan, rien que de tel que de tomber justement face à un élan. Oui, un élan ! Le gigantesque animal à la luxuriante ramure qui fait la fierté de nos amis canadiens. Petite boutade en introduction puisqu'il sera question un peu plus tard d'un élan dans une scène joliment surréaliste.
Pour l'instant, au début du film, on est à Paris. Et on peut le dire, Ernest est un connard de Parisien comme tant d'autres. Le terme connard est sans doute un peu excessif mais disons un gars enfermé dans son boulot qui lui apporte pouvoir et reconnaissance (il est un architecte renommé), dévoré par son ego et qui a bien du mal à donner de l'amour y compris à la jolie Victoire (Judith Henry), qui en a marre d'attendre qu'il se décide. C'est d'ailleurs étonnant et troublant de voir Jean-Pierre Daroussin, l'abonné des rôles sympathiques, en type auto-satisfait et plutôt déplaisant. Mais en tout connard, il y a potentiellement un bon gars qui sommeille et qui n'attend qu'un déclic pour se réveiller. En l’occurrence ce sera un coup de fil venu du Cercle Polaire. Un coup de fil passablement tragique, puisqu'il lui donne des nouvelles d'un fils qu'il n'a jamais voulu reconnaître, qui vient de mourir accidentellement dans les eaux glacées de la Laponie suédoise et dont il lui faut venir reconnaître le corps, les lois un peu ubuesques du petit royaume scandinave étant très à cheval sur les engagements du père, même quand celui ci a renoncé à ses droits parentaux. Ernest campe d'abord sur ses positions de Parisien arrivé et trouve la situation absurde, refusant tout net de s'acquitter de cette funèbre formalité. Et puis, la nuit portant conseil ? Le remords affleurant ? L'envie se déclarant de faire un pas de côté dans une vie extrêmement balisée ? Toujours est-il que le voilà au volant de sa voiture pour un voyage plein Nord de quelques milliers de kilomètres.
Et alors que la route défile, les coups de fils si importants de son cabinet prennent de moins en moins d'importance, les plans chéris sur lesquels il travaillait et qui l'enfermaient entre leurs murs virtuels semblent s'ouvrir avec les paysages de plus en plus désolés, de plus en plus grandioses. Arrivé en Suède, Ernest va prendre en stop et en guise de GPS vivant le jeune Magnus, un garçon aussi libre, ouvert et romantique qu'Ernest peut être policé, fermé et matérialiste. Magnus va rendre visite, tout là-haut dans le pays, à son grand père après une déception amoureuse, et il vient rapidement à l'esprit qu'il aurait pu être ce fils qu'Ernest n'a jamais connu et qu'il ne connaîtra jamais…
On avait déjà beaucoup beaucoup aimé Les Grandes personnes, premier film de la franco-suédoise Anna Novion, qui emmenait déjà Daroussin dans ces contrées septentrionales et questionnait aussi la paternité. Ce nouveau film en forme de road-movie associe joliment la métamorphose des sentiments et celle des paysages qui deviennent de plus en plus lunaires jusqu'à l'étonnante cité minière de Kiruna. Le récit alterne habilement les scènes comiques (épatante scène de bal à la Kaurismaki ou Daroussin danse avec une jeune fille ronde et entreprenante sur de la country, ou cette poursuite avec des Hells Angels finalement pas si méchants) et les moments émouvants : les retrouvailles entre Magnus et son grand père, qui lui demande d'accepter son souhait de rester seul pour mourir en paix ou bien cette scène où Ernest visite l'appartement de ce fils méconnu qui devait être très chouette. On rit, on s'émeut aux côtés d'acteurs français ou scandinaves tout aussi sensass, on traverse des paysages à se damner… Quel plaisir, le cinéma !