Je craignais le pire et c'est une film porté à bout de bras par des actrices absolument fabuleuses!! C'est divinement filmé, les paysages sont magnifiques. tout est réussi dans ce film très pudique.
scénario: 18/20 acteurs: 18/20 technique: 18/20 note finale: 18/20

Inséparables depuis le premier âge, Lil et Roz vivent en parfaite osmose avec leurs deux enfants, deux jeunes garçons à la grâce singulière et qui semblent des prolongements d’elles-mêmes. Les maris sont absents. Inexplicablement, et pourtant comme à l’évidence, chaque femme se rapproche du fils de l’autre, nouant avec lui une relation passionnelle.
A l’abri des regards, dans un Eden balnéaire presque surnaturel, le quatuor va vivre une histoire hors norme jusqu’à ce que l’âge vienne mettre un terme au désordre. En apparence, du moins...
On connaît le penchant d’Anne Fontaine pour les histoires sulfureuses, et son goût pour les personnages féminins qui osent défier les règles de la bienséance, de la morale ou de la supposée normalité pour emprunter des chemins choisis par elles seules au nom de leur propre liberté. Rien d’étonnant donc à ce qu’elle ait été séduite par le roman de Doris Lessing, figure féministe emblématique de la littérature dont l’œuvre fut couronnée à l’aube de ses 88 printemps par la célèbre académie suédoise qui voulait ainsi saluer « la conteuse épique de l’expérience féminine » qu’elle est.
Et s’il est une expression qui colle à la peau du premier film américain d’Anne Fontaine, c’est bien celle-là : « l’expérience féminine ». Naître femme. Puis le devenir. Devenir mère, puis apprendre à l’être. Demeurer femme tout en restant mère. Et puis vieillir et s’accommoder de ces états qui cohabitent et se bousculent, qui parfois se combattent et parfois s’équilibrent harmonieusement. Il y a tout cela dans « l’expérience féminine » explorée par Perfect mothers, ce qui se vit et se lit aisément… et puis il y a le reste, ce que l’on ne dit pas, ce qui reste caché aux yeux du monde.
Ce qui se lit aisément, c’est cette histoire d’amitié à la vie à la mort qui unit Roz et Lil. Une enfance commune les a soudées comme deux jumelles : la même blondeur étincelante, le même regard bleu outre-mer, le même sourire radieux : Robin Wright et Naomi Watts sont magnifiques. Grandissant l’une près de l’autre, elles n’ont rien perdu de l'attachement qu’elles ont noué petites filles… Bien au contraire : le lien s’est renforcé, faisant des jeunes femmes, puis des jeunes mariées, puis des jeunes mères, et maintenant des deux quadragénaires deux inséparables amies.
La vie dans cet Eden au bord de l’océan est passée comme un étoile filante et les voilà toutes deux, contemplant depuis la plage les deux superbes beaux gosses, leurs fils… Ce qui se lit moins facilement… aussi bien pour elles-mêmes que pour le monde qui les entoure, et sans doute aussi pour nous, spectateurs, c’est l’histoire presque insensée qui va les emporter.
Ce n’est ni l’amertume d'une jeunesse envolée, ni une quelconque revanche sur des choix de vie synonymes d'une certaine routine, ce n’est pas non plus vraiment le démon de minuit, ni le fruit d’une rancœur amoureuse… C’est autre chose, d'assez indéfinissable, qui pourrait être simplement… une invitation au voyage. Un voyage que nul n’aurait pu prédire mais qui s'impose avec la tranquillité douce de l’inévitable. Chacune des deux femmes va aimer le fils de l'autre… et chacun des deux jeunes hommes aimer avec la fougue de ses vingt ans une femme qui se trouve être la mère de son meilleur copain.
Refusant tout jugement, tout parti-pris moral ou moralisateur vis à vis de ses personnages, Anne Fontaine se contente de nous raconter le déroulement de ce troublant voyage. Et s’il paraît crédible à nos yeux aussi bien qu’à ceux de Lil et Roz, et si l’on se laisse embarquer dans ce quatuor amoureux, c’est précisément parce que l’expérience féminine est une chose complexe, qui ne peut se résoudre à entrer dans les cases bien délimitées des savants, des psychanalystes, des sociologues ; elle peut être imprévisible, sauvage et oui, immorale. Ou amorale : étrangère aux principes communément admis de la morale. Anne Fontaine parvient avec une grande justesse à retranscrire la complexité et l’ambivalence de cette histoire, parce que Lil et Roz demeurent toujours lucides sur la situation et sur son fragile équilibre. La soif de liberté peut parfois conduire à l'enfermement, et la prison amoureuse n'est pas celle dont on s'évade le plus facilement…