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Une très jolie comédie romantique douce-amer. Emilie Duquenne nous montre toute l'étendue de son talent dans ce rôle tout en nuances de coiffeuse. la fin n'est pas réussie.

scénario: 17/20   acteurs: 17/20   technique: 17/20   note finale: 16/20

Pas son genre

Clément, jeune professeur de philosophie parisien est affecté à Arras pour un an. Loin de Paris et ses lumières, Clément ne sait pas à quoi occuper son temps libre. C'est alors qu'il rencontre Jennifer, jolie coiffeuse, qui devient sa maîtresse. Si la vie de Clément est régie par Kant ou Proust, celle de Jennifer est rythmée par la lecture de romans populaires, de magazines « people » et de soirées karaoké avec ses copines. Cœurs et corps sont libres pour vivre le plus beau des amours mais cela suffira-t-il à renverser les barrières culturelles et sociales ?

C'est d'abord à Paris que ça se passe. Paris forcément où Clément, fils de bonne famille, sorte de dandy contemporain, n'en finit plus de séduire le microcosme élitiste et cultivé dont il est membre de droit. Joli garçon bientôt quadragénaire, discrètement élégant, diablement charmant. Un bel esprit dans un corps sain qui choisit d'enseigner la philosophie alors qu'il pourrait ne se consacrer qu'à ses publications couronnées de succès. Évidemment il ne manque pas de prétendantes : dans sa vie elles tournent, passent, mais toujours le lassent. Sans qu'il soit un Don Juan notoire, on comprend qu'il ne veut louper aucune opportunité, ne souhaite pas s'attacher.
Puis le voilà muté à Arras, chef lieu du Pas-de-Calais, pays des andouillettes et des cœurs en chocolat : tout un programme ! Pire qu'un limogeage pour ce Parisien. Le purgatoire, si ce n'est l'enfer, trois ou quatre jours par semaine... Pourtant, dès qu'il aperçoit dans un salon de coiffure une blondinette capillicultrice pétillante, adorable, il n'a de cesse qu'il n'ait offert sa nuque à ses ciseaux. Jennifer observe, toute en retenue et en méfiance sous ses sourires. Des passades, des amourettes, de grandes amours ou des plans cul : elle aussi a un peu tout connu. Elle ne s'en cache pas ni ne s'en vante. Heureuse de sa vie, de son métier, de son môme qu'elle élève seule. Elle assume ses actes, droite et claire. Il y a ceux qui se la racontent, ceux qui y vont du bout des lèvres, ceux qui essaient de croquer la vie à pleine dents. Dans les arènes des jeux de l'amour, certains arrivent caparaçonnés d'une armure impénétrable, d'autres s'offrent tout entiers, à peau nue, croyant ainsi pouvoir amadouer les démons. Si Clément fait partie des premiers, Jennifer relève bien des seconds et leur relation s'amorce d'emblée comme un moteur à deux temps, décalée. Elle s'y engouffre généreuse, déterminée et si elle refuse, prudente et avisée, le premier « je t'aime » de Clément, c'est qu'elle tâche de se protéger. Elle redoute ces mots post-orgasmiques, trop vite lâchés sur l'oreiller puis aussi vite dissous dans le principe de réalité. Sincérité d'un instant qui se mue en parjure.

Voilà Jennifer vibrante mais lucide, qui attend que Clément se donne à son tour, lui, l'éternel spectateur de la vie, toujours dans le recul, qui se sert du savoir comme d'un rempart contre les émotions. Et si la candeur spontanée de son amante le désarçonne, il s'en défend en enfourchant aussitôt un rôle de mentor pour reformater celle dont le prénom semble tout droit sorti d'une mauvaise série américaine et dont les lectures se cantonnent au roman de gare. Elle s'applique, docile, consciente de ses lacunes, gourmande de ce qu'il lui met sous la dent…
Clément n'assumerait pas sans doute d'introduire Jennifer dans son univers, persuadé qu'elle n'y brillerait que par son joli minois et son sourire craquant. Et pourtant, à bien y réfléchir, si c'était elle, la vraie philosophe ? De la philosophie, Clément ne connait que ce qu'il en a appris dans les livres alors que Jennifer la vit. Le carnaval, les fêtes populaires, les karaokés où elle l'entraîne, tout ça a du sens, tout ça fait qu'elle sait appartenir à une humanité de chair et de sentiments, qu'elle accepte les autres comme ils sont, qu'ils peuvent faire front tous ensemble contre la morosité et la solitude. Et il n'y a pas à dire, quand elle monte sur scène avec ses copines emperlées jusqu'au nombril, sexy en diable, frimeuses jusqu'au bout des ongles, avec juste ce qu'il faut de dérision… on a envie d'applaudir à tout rompre avec la foule ! On en redemanderait et on se dit que si Clément joue les culs pincés, c'est qu'il est décidément irrécupérable…

C'est beau et grave comme une déclaration d'amour sans retour, remarquablement filmé, formidablement interprété. Magnifique Émilie Dequenne !

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