Un très joli film sur le déracinement et la mort. Monsieur Fellag arrive pour remplacer l'ancienne maîtresse qui s'est suicidée. Lui aussdi, il a beaucoup de secrets. Film très réussi: les acteurs sont géniaux. Fellag est grandiose, tout en retenu et en tendresse.
scénario: 16/20 acteurs: 17/20 technique: 16/20 note finale: 16/20

A Montréal, Bachir Lazhar, un immigré algérien, est embauché au pied levé pour remplacer une enseignante de primaire disparue subitement. Il apprend peu à peu à connaître et à s’attacher à ses élèves malgré le fossé culturel qui se manifeste dès la première leçon. Pendant que la classe amorce un lent processus de guérison, personne à l’école ne soupçonne le passé douloureux de Bachir, qui risque l’expulsion du pays à tout moment.
Voilà un film qui tombe à pic, début septembre, en pleine rentrée scolaire. Monsieur Lazhar est en effet un merveilleux hommage à ceux qui œuvrent à la transmission des savoirs et à l’apprentissage de la vie.
Le point de départ est, reconnaissons-le, on ne peut plus casse-gueule et rappelle cruellement combien être prof, c’est parfois s’engager corps et âme pour parfois s’y perdre. Dans la première séquence, le petit Simon, écolier à Montréal, monte en classe un peu plus tôt que d'habitude, pour préparer, comme ça se fait au Québec, la distribution de petites briquettes de lait ; et ce qu’il découvre derrière la porte vitrée de la salle de la salle de classe va définitivement changer sa vie : l’institutrice s'est pendue, son corps se balance au bout d’une corde au dessus des pupitres. Pourquoi un tel acte ? On ne le saura que de manière parcellaire. La question est surtout : comment les enfants, très attachés à cette enseignante très impliquée dans une pédagogie extrêmement participative, vont pouvoir faire leur deuil et continuer une scolarité « normale » le reste de l’année ?
Alors qu’il semble difficile de lui trouver un(e) remplaçant(e), se présente spontanément Bachir, un quinquagénaire qui dit avoir été enseignant plusieurs décennies dans son pays d’origine, l’Algérie. Bachir a tout de l'instit d’un autre temps, attaché au strict respect de l’orthographe et aux grands textes de la littérature française, de Rousseau à Balzac, qui semblent inaccessibles aux enfants, plus habitués à une méthode globale et à des œuvres plus contemporaines et proches d’eux. Et pourtant, malgré ce fossé culturel, l'enthousiasme et la prévenance de Bachir touchent peu à peu les enfants, tout particulièrement Simon et sa copine Alice, et la mayonnaise prend, et la reconstruction fait son chemin, autant pour les enfants que pour Bachir, qui porte silencieusement sa part de douleur liée à son passé algérien…
A partir de faits graves, Philippe Falardeau – déjà réalisateur de l'attachant Congorama, avec Olivier Gourmet et Jean-Pierre Cassel – aborde de nombreux sujets passionnants avec intelligence, en renversant les situations attendues. En lieu et place de la confrontation de jeunes élèves d’origine immigrée en décalage avec leur professeur (comme ça pouvait être le cas dans Entre les murs), le film propose l'apprivoisement mutuel, parfois amusant, entre un professeur issu d’une autre culture et des élèves assez cosmopolites mais tous formés par les fondamentaux d'une culture québécoise assez uniforme. Et en faisant de Bachir le vecteur de reconstruction des enfants dans l’épreuve, il montre au passage plus largement l’apport de l’immigré dans notre vécu. Le récit pourrait se dérouler, pour prendre des régions à l'accent chantant, dans une école de Dunkerque ou de Perpignan, même s’il moque au passage l’obsession du politiquement correct pédagogique québécois, notamment dans cette interdiction absurde de tout contact physique avec les élèves, ce qui rend la vie du prof de gym impossible.
Et Monsieur Lazhar évoque aussi toutes les questions autour du deuil, un deuil auquel se refuse Bachir pour lui-même, préférant s’occuper de celui des enfants : autant dire que cela rend le personnage assez bouleversant, d'autant qu'il est incarné par le grand acteur et humoriste Fellag, qui a dû lui-même fuir son pays, sa libre expression ne plaisant ni au pouvoir ni aux islamistes. Pour sa prestation en Monsieur Lazhar, Fellag a reçu un Génie, l’équivalent des Césars canadiens. Pas volé !