Voici une comédie "politique" très réussie. Attention, c'est très grossier, mais on rit beaucoup.
scénario: 16/20 acteurs: 17/20 technique: 17/20 note finale: 17/20

Lorsque le député chevronné Cam Brady commet une gaffe monumentale en public à l'approche des élections, un tandem de PDG milliardaires entend bien en profiter pour placer leur candidat et étendre leur influence sur leur fief, en Caroline du Nord. Leur homme n'est autre que le candide Marty Huggins qui dirige l'office du tourisme du coin. Si, au départ, Marty ne semble pas le candidat idéal, il ne tarde pas à se révéler un redoutable concurrent pour le charismatique Cam grâce à l'aide de ses bienfaiteurs, d'un directeur de campagne sans vergogne et des relations de ses parents dans la politique. Alors que le jour du scrutin approche, les deux hommes s'engagent dans un combat impitoyable : désormais, tous les coups sont permis entre Cam et Marty qui n'hésitent plus à s'insulter et à en venir aux mains dans un affrontement à mort. Car dans cet univers où la déontologie n'existe plus depuis bien longtemps, la politique prouve qu'on peut encore faire reculer les limites des pires bassesses…
Voici une petite gâterie hilarante pour célébrer les élections américaines du deux novembre. Une petite gâterie qui, sous des airs de farce, interroge gravement la démocratie américaine aussi bien que la nôtre, tant on sait que nous ne faisons que suivre dans tous les domaines, en plus sournois et en plus hypocrite, le mauvais exemple du grand frère américain. On se souvient en effet des sombres histoires de financement de nos partis majoritaires qui se soldaient par des détournements criminels d'argent public, partis majoritaires qui finirent par imposer, à coup de conseillers en communication, l'idée bien peu démocratique qu'il fallait beaucoup beaucoup d'argent pour être élu. Que coûtèrent les campagnes électorales des pères fondateurs de la démocratie américaine ? Que coûta à Carmaux l'élection de Jean Jaurès ? Est-ce pêcher par anti-américanisme primaire que de constater que les élections aujourd'hui aux États Unis se réduisent à de simples reality-show financés à hauteur de centaines de millions de dollars par de « généreux » donateurs ? Une tendance renforcée encore par la décision récente de la Cour Suprême, dominée il est vrai par les conservateurs, d'autoriser les entreprises, les banques, les syndicats et les individus à financer sans plafond les comités de soutien des candidats. On s'attend donc, cette année, à ce que les compteurs explosent. C'est en effet un milliard de dollars qui pourrait être dépensé dans la dernière ligne droite des élections présidentielles américaines. Une très bonne chose selon certains éminents représentants de la classe politique, « parce que maintenant, toutes les entreprises peuvent avoir leur mot à dire et pas seulement celles qui contrôlent des organes de presse ». Une forte position, partagée entre autres par le leader républicain au Sénat. C'est ainsi que des milliardaires, comme les frères Koch du Kansas, Sheldon Adelson de Las Vegas, ou Foster Friess du Visconsin, arrosent sans complexe par millions le parti républicain de Mitt Romney, pour créer (sic) « un environnement économique qui soit plus propice à la conduite de leurs affaires ».
On voit dans ce système de quel poids peuvent peser les vingt dollars d'un citoyen versés au candidat écolo ou, plus rigolo encore, les dix dollars versés à son homologue du parti communiste américain (oui, c'est pas une blague, les bougres, qui « prennent leurs ordres à Cuba », ne se découragent pas). C'est dans ce contexte, décidément hilarant, que s'inscrit The Campaign alias Moi, député. et même si le théâtre de l'enjeu électoral, un district de l'état de Caroline du Nord, n'épouse pas le gigantisme de l'affrontement Obama/Romney, on peut vous jurer, croix de bois croix de fer, que l'on ne perd rien, dans cette mêlée électorale en éprouvette, de ce qui fait le sel de la bagarre que se livrent au sommet démocrates et républicains.
Conseillers en communication, médias, candidats, électeurs… en prennent ainsi pour leur grade et personne ne sort indemne d'un jeu de massacre qui fait éclater au grand jour la démagogie, le cynisme, la vulgarité et la bêtise d'un système. Sont donc à la manœuvre : à ma gauche Cam Brady, sourire étincelant, candidat à un cinquième mandat de député, démocrate sans convictions, manipulé par des lobbyistes, dont l'ambition est d'ouvrir la Caroline du Nord au management à la chinoise pour faire du « made in USA » à des conditions proches de l'esclavage. Empêtré hélas dans une relation « inadéquate » comme ils disent là bas d'une affaire de cul, notre démocrate perd alors ses soutiens pour se voir opposer un autre homme de paille : à ma droite, le républicain Marty Huggins qui n'a pas son pareil, bien qu'un peu débile, mais cela va très bien avec son étiquette, pour embrayer dans la noble charge de faire de la Caroline du Nord une riante banlieue de Pékin…
Alors, certes, nous dit Jay Roach le réalisateur, « c'est en majeure partie une fiction, les personnages ne sont pas inspirés par des hommes politiques en particulier, mais plutôt par une somme de comportements et de personnalités qui ont marqué l'actualité ces dernières années. Quand Cam Brady tweete une photo de sa zézette à sa maitresse, c'est à Antony Weiner que l'on pense, ce député démocrate, contraint de démissionner en 2011 pour exhibitionnisme. Et quand le toujours inspiré Cam Brady tente de prouver les accointances de son adversaire avec Al Qaeda pour cause de barbe trop longue, c'est le souvenir qui revient des stupides soupçons d'islamismes formulés contre Obama en 2009… » Un vrai spectacle pour familles !