Le sujet de ce film est intéressant: l'islamisation de pauvres types prêts à se faire exploser. Une fois de plus la preuve que trop de religion rend bête. Mais la première partie du film est beaucoup trop longue et ennuyeuse. Il y a de nombreuses scènes gratuites qui auraient pu être coupées au montage, le film y aurait gagné mais le réalisateur a voulu se faire plaisir visiblement. Et nous on s'ennuie...
scénario: 12/20 technique: 16/20 acteurs: 14/20 note finale: 13/20

Yassine a 10 ans lorsque le Maroc émerge à peine des années de plomb. Sa mère, Yemma, dirige comme elle peut toute la famille. Un père dépressif, un frère à l'armée, un autre presque autiste et un troisième, Hamid, petit caïd du quartier et protecteur de Yachine. Quand Hamid est emprisonné, Yachine enchaîne les petits boulots. Pour les sortir de ce marasme où règnent violence, misère et drogue, Hamid, une fois libéré et devenu islamiste radical pendant son incarcération, persuade Yachine et ses copains de rejoindre leurs "frères". L'Imam Abou Zoubeir, chef spirituel, entame alors avec eux une longue préparation physique et mentale. Un jour, il leur annonce qu'ils ont été choisis pour devenir des martyrs…
Les Chevaux de Dieu, dont le titre rappelle des paroles du prophète reprises abusivement par la propagande jihadiste, évoque un événement qui ébranla le Maroc, un pays que les occidentaux, deux ans après le 11 Septembre, voyaient comme un des remparts contre le terrorisme : le 16 mai 2003, une dizaine de jeunes radicaux islamistes, tous issus du même bidonville de Casablanca, se font sauter à proximité de différents points symboliques de la ville : un restaurant espagnol, un centre social hébraïque, une pizzeria tenue par un Juif, le Consulat de Belgique, faisant au total 41 morts et des centaines de blessés.
Deux ans avant ces attentats, le réalisateur Nabil Ayouch avait tourné Ali Zaoua, prince de la rue, superbe portrait d'enfants des bidonvilles de Casablanca. Et il va découvrir que les kamikazes du 16 Mai étaient probablement les compagnons de galère des protagonistes de son film… Dix ans plus tard, le temps de prendre du recul, il décide de revenir sur les événements et sur leur genèse. En adaptant le formidable roman Les Etoiles de Sidi Moumen de Mahi Binebine, il fait le choix audacieux de retracer depuis l'enfance le parcours de quelques uns des terroristes, notamment celui de deux frères Yacine et Hamid.
En 1994,Yacine, dix ans, est un garçon plutôt timide et effacé alors que Hamid est déjà à treize ans un caïd qui règne sur son petit business et fait régner la loi à coups de chaînes de moto, défendant son frère contre ceux qui viendraient lui chercher des noises. Il faut dire qu'entre un père dépressif, un grand frère autiste, un autre porté disparu dans les guerres que livre le Maroc au sud du Pays et une mère courage dépassée par les événements, les deux frères n'ont d'autre choix que de tenter d'assurer le minimum vital pour la survie de la famille…
Quelques années plus tard, Hamid est arrêté et incarcéré, laissant Yacine dans l'obligation d'assurer les petits boulots ingrats. En prison, l'aîné se convertit à l'Islam radical, porteur d'espoir pour une quantité de jeunes qui l'ont totalement perdu. Et son retour à l'air libre sera le déclencheur des événements dont on connaît la fin sinistre…
La force de Nabil Ayouch (à l'instar de Philippe Faucon dans La Désintégration) est de montrer que les raisons personnelles et affectives se mêlent aux mécanismes socio-économiques pour expliquer l'embrigadement de ces jeunes. Bien sûr, la misère doublée d'un abandon par les pouvoirs publics (y compris sous le nouveau roi Mohammed VI), ainsi que la répression aveugle exercée par une police inchangée depuis Hassan II permettent aux prêcheurs barbus de se faire les parangons de nouvelles formes de solidarité – bien réelles – au sein du bidonville. Mais si les deux frères se laissent embarquer dans cette entreprise de mort, il faut aussi en chercher la raison dans la disparition du référent paternel et dans un amour fraternel quasi fusionnel qui les conduit ensemble vers l'autodestruction.
Et même si l'on sait que ce qu'il vont commettre est terrible, Nabil Ayouch sait rendre le destin de Yacine et Hamid bouleversant, et tant pis si l'empathie que l'on éprouve pour eux dérange aux entournures les amateurs de manichéisme facile… La force des sentiments et des dialogues est portée par une mise en scène ample – avec notamment des plans superbes, en plongée aérienne, du bidonville tentaculaire – qui rend magnifiquement la claustrophobie du lieu dans lequel les protagonistes sont enfermés depuis l'enfance et dont ils s'échapperont par la mort ou le martyr. Sauf celui qui aura la courage de fuire...