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 Bof, une petite comédie sans importance. Pas mal mais sans plus. Bof

 

 

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A Paimpont, l’harmonie règne : parmi les habitants, il y a Joëlle - l’institutrice donneuse de leçons, Anne – la propriétaire de la supérette portée sur l’apéro, Hervé – le plombier alsacien plus breton que les Bretons, ou encore Johnny – le garde-champêtre fan de… Johnny. Dans un grand élan de solidarité, ils acceptent avec enthousiasme de voter l’accueil de réfugiés ukrainiens. Sauf que les réfugiés qui débarquent ne sont pas ukrainiens… mais syriens ! Et certains, dans ce charmant petit village breton, ne voient pas l’arrivée de leurs nouveaux voisins d’un très bon œil. Alors, au bout du compte, c’est qui les barbares ?

Allez, on ne va pas se raconter d’histoires, la comédie sociale et politique impertinente n’a jamais été une spécialité hexagonale, alors ne boudons surtout pas notre plaisir quand on a l’occasion d’en voir une aussi réussie que Les Barbares ! Les Italiens ont brillé dans le genre dans les années 60, et depuis les années 70/80, les Britanniques, Mike Leigh, Ken Loach et Stephen Frears en tête, en sont les maîtres incontestés. Le dernier film (dans tous les sens du mot puisque notre si cher réalisateur a annoncé sa retraite définitive) de Ken Loach, The Old Oak, évoquait l’arrivée mouvementée d’un groupe de réfugiés syriens dans une petite ville du Nord de l’Angleterre. Hasard ou pas, le nouveau film de Julie Delpy, actrice / réalisatrice trop rare et tout à fait singulière installée à Los Angeles, évoque justement l’arrivée de réfugiés à Paimpont, petite cité bretonne célèbre pour être au cœur de la Forêt de Brocéliande, hantée par la légende de Merlin.
Petit flash-back : nous sommes en 2022, la Russie vient de lancer sa sale guerre contre l’Ukraine, poussant sur les routes européennes des familles de réfugiés, chaque maire de France se faisant un devoir d’accueillir sa part de malheureux exilés. Paimpont ne faillit pas à la règle et, en ces terres bretonnes plutôt épargnées par l’extrême-droite raciste, personne n’y trouve rien à redire. Sauf qu’il va y avoir un sacré couac qui va rebattre les cartes géopolitiques : il se trouve que, face à l’afflux d’offres d’accueil, tous les réfugiés ukrainiens ont été placés dans d’autres communes, et c’est donc une famille de réfugiés syriens qui arrive dans la petite bourgade, dont certains habitants vont alors montrer un visage peu reluisant…
À travers une galerie de portraits croquignolets (l’institutrice un brin trop militante, le maire macroniste un peu pleutre, l’épicière alcoolique et dépressive écrasée par son mari volage, ou le facho aigri revendiquant son identité bretonne bien qu’il soit de pure souche alsacienne…), Julie Delpy dénonce le petit racisme ordinaire latent planant sur nos campagnes – qui ont quand même failli amener Bardella au pouvoir – et derrière lui la peur de l’autre alors même qu’on ne le connaît pas. Et puis le film épingle le « deux poids, deux mesures » qui conduit bon nombre de nos concitoyens à considérer les réfugiés en fonction de leur origine : les Ukrainiens chrétiens sont les bienvenus, tandis que d’autres, moins chrétiens, passent pour suspects…
Julie Delpy n’épargne personne mais le fait sans méchanceté, sans jugement définitif, chacun étant perclus de défauts tout en étant récupérable, même le plombier réac superbement incarné par Laurent Lafitte, le con magnifique du film. Plaçant son récit dans un charmant village breton, Les Barbares a tour à tour des accents des Galettes de Pont-Aven, film gaudriolesque inoubliable avec Marielle, de fable chabrolienne pour sa mise en pièce d’une petite société provinciale, des films de Scola pour la satire sociale, ou de la poésie tendre des meilleurs films de Delépine et Kervern.
Le film ne serait évidemment pas aussi épatant sans sa bande de comédiens hilarants, notamment le génial humoriste Monsieur Fraize, incarnant un irrésistible gendarme fan de Johnny, l’impeccable India Hair en épouse de facho qui va prendre son couple en main, ou encore Albert Delpy, le père de la réalisatrice, parfait en vieil anarchiste qui dénote dans le paysage local.

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