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 Bof, un peu ennuyeux et la fin est décevante. Pas mal.

scénario: 12/20       technique: 16/20     acteurs: 14/20   note finale: 13/20

Le Temps de l'aventure

Une journée. Un train. Deux inconnus.
Des échanges de regards, le cœur qui bat.
Le regarder partir, le perdre à tout jamais ou s’offrir au temps de l’aventure ?
Et si la vie d’Alix basculait…

Un peu friponne, un peu honteuse, comme une gamine qui saurait que ce qu'elle fait est mal mais ne pourrait s'en empêcher. Telle est Alix dans cette journée particulière qui s'entame comme une tablette de chocolat dont on sait qu'il ne faut surtout pas l'approcher si l'on veut échapper au grignotage compulsif qui vous fera la dévorer jusqu'au dernier carré. On met en place des stratégies : la cacher, l'oublier, ne surtout pas la regarder. Oui, surtout ne pas regarder. Ne pas LE regarder. Ne pas dévisager cet homme assis à quelques fauteuils d'elle dans ce train qui file vers Paris, vers l'audition qu'elle doit passer, vers son amoureux qu'elle pourra voir ne serait-ce que quelques minutes. Ne pas regarder ses yeux qui dégagent quelque chose de si triste qu'il serait tentant de vouloir les consoler. Ne pas le regarder ! Ou alors, allez, juste un peu, à la dérobée… Sans en avoir l'air.

Maîtriser sinon ses émotions du moins les apparences : Alix est comédienne, alors quoi ne plus simple ? C'est tellement gênant d'épier ainsi un inconnu de manière insistante, comme si on en avait l'habitude. On les sent si malhabiles, si peu coutumiers du fait ces deux-là. Lui et sa retenue toute britannique qu'encadrent ses tempes grisonnantes (quel charme fou, ce Gabriel Byrne !), les traits fatigués d'avoir réchappé à bien tempêtes ; l'air désabusé, parfois amusé ou intrigué de celui qui ne se laisse plus piéger par ses pulsions ou par de fulgurantes passions qui s'embraseraient comme feu de paille, ne laissant dans leur sillon que de vagues cendres vite emportées par la première bise venue. Elle (Emmanuelle Devos, lumineuse), l'éternelle femme enfant qui n'a pourtant plus l'âge de feindre ignorer l'effet que certaines œillades peuvent produire sur un homme. Pétillante, malgré son petit air brisé, dans un corps qui affirme sa quarantaine alléchante. Dans ce huis-clos qu'ils ne s'empressent pas de fuir, malgré leur malaise et la gêne qui s'installe, tous deux tâchent de composer : « Comme si ça se faisait encore à nos âges » de s'enticher d'un regard, d'un sourire, des larmes entr'aperçues d'un étranger à peine croisé. Le wagon devient comme un immense terrain de cache-cache pour yeux émoustillés. Un trouble monte entre ces deux êtres, l'espérance de mots qui ne viennent pas, de gestes qui hésitent… Le train s'arrête, ainsi que notre histoire. À moins que ce ne soit qu'un début ?
Et toc ! Vous ne pourrez pas me dire que je vous en ai trop dit !

À quoi ça tient la séduction, ce qui vous charme ? Ce qui vous fait basculer vers le déraisonnable. La beauté d'une rose, la main nue qui se pose comme chantait Barbara… Tous ces instants délicats et fugaces, si fragiles, que Jérôme Bonnel savait déjà saisir dans son premier film, Le Chignon d'Olga. L'essentiel n'est pas dans le récit, même s'il va vous entraîner avec lui comme une valse à mille temps, vous émouvoir, vous faire sourire et même rire quand Alix endosse le rôle d'une espèce de Droopy au féminin dont on ne se débarrasse pas aisément.
L'art de parler d'amour sans être ridicule. En assumant complètement le côté excessif, en en rigolant franchement sans chercher des justification psychologico-simplistes ou à se retrancher derrière une fausse pudeur. Jérôme Bonnel, en grand romantique désarmant, va nous entraîner là où le ridicule ne tue pas, si tant est qu'on ose l'assumer. Il décrit notre époque, ses contemporains avec finesse, les rythmes de vie intenses, le besoin de lâcher prise, les peurs enfouies, celles que l'on fuit : la peur de la solitude, que l'autre ne soit pas à l'arrivée du train. Mais rien n'est asséné : c'est aussi le temps de l'aventure pour le spectateur. L'aventure avec ou sans grand A : chacun choisira la sienne. Jérôme Bonnel n'est pas un dictateur de l'image et a toujours cette infinie délicatesse de vous laisser une place à investir, à combler à votre guise.

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