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Mohsen Makhmalbaf fut le cinéaste iranien le plus important avec Abbas Kiarostami durant des années. Mais aujourd'hui, obligé de vivre en exil, il a dû tourner en Géorgie cette fable sur les dictateurs et leur chute, sur les violences et la fragilité de l'espoir. Alternant tragique et humour, réalisme et fable philosophique, Le Président est une réflexion forte sur les suites des révolutions, sujet actuel s'il en est. Malgré l'exil, Makhmalbaf continue à porter un message politique. Ce film politique est très intéressant et posent de nombreuses questions. On peut toutefois regretter certaines longueurs. C'est très bien filmé et c'est très joué. Les deux acteurs principaux sont remarquables!

scénario: 18/20        acteurs: 18/20       technique: 18/20      note finale: 18/20

Le président

Le Président et sa famille dirigent leur pays d’une main de fer, profitant d'une vie luxueuse pendant que ses sujets vivent dans la misère.Du jour au lendemain, un violent coup d’état met fin à cette dictature et le Président devient l’homme le plus recherché du pays. Avec son petit-fils de 5 ans, il tente alors de rejoindre la mer où un navire les attend pour les mettre hors de danger. Grimés en musiciens de rue, ils se retrouvent confrontés à la souffrance et à la haine que le Président a suscité….

C'est la vision fascinante d'un pouvoir qui détruit ceux qui le subissent et corrompt jusqu'à la folie ceux qui l'exercent. La première séquence, à la fois terrible et dérisoire, nous renvoie immanquablement au génial Dictateur de Chaplin. On y découvre un vieux président en uniforme et son son petit fils âgé de cinq ans admirant, depuis leur palais luxueux jusqu'au dégoût, leur capitale illuminée. Pour montrer à sa descendance l'immensité de son pouvoir, le président prend son téléphone et demande qu'on éteigne toutes les lumières de la ville. Et dans l'instant l'obscurité se fait. Il recommence plusieurs fois ce petit jeu, puisqu'on ne peut rien lui refuser, il se paie même le luxe de passer le téléphone à l'enfant pour qu'il donne lui-même les ordres. Mais à un moment les lumières ne s'éteignent plus et plus personne n'est au bout du fil… Peu après on entend coups de feu et explosions : une révolution vient d'éclater.

Les choses vont très vite se précipiter : la famille présidentielle fuit en direction de l'aéroport, slalomant entre les manifestations de plus en plus violentes, réprimées dans le sang. Mais le petit garçon s'obstine à rester avec son grand-père. Grave erreur car rapidement la garde présidentielle est dépassée et c'est à moto puis à pied que le vieil homme et l'enfant vont poursuivre leur fuite, au hasard à travers le pays. Au cours de la fuite, le petit fils va comprendre, dans le regard et les attitudes de son grand-père, que le monde n'est pas aussi idyllique que celui qu'ils connaissaient dans le palais. Et c'est à travers les questions incessantes du gamin, auxquelles il ne peut répondre sans mentir, que le Président va réaliser l'ampleur de la monstruosité de son règne et regagner par là un peu d'humanité. Autour d'eux, la révolution qui se déroule n'est pas tant guidée par la soif de liberté et de démocratie que par la sarabande des vengeances et exactions diverses auxquelles se livrent les bourreaux d'hier, soudainement devenus résistants. On découvre qu'on ne s'improvise pas démocrate du jour au lendemain, et que le climat de terreur, d'arbitraire, de corruption institutionnalisée et d'inégalité structurelle qu'a instauré le régime du président a profondément imprégné l'âme du peuple et qu'il ne va pas disparaître de sitôt.

Tourné en Géorgie, pays d'Asie Centrale encore récemment en proie à des bouleversements politiques et à une guerre sanguinaire avec son voisin azéri, le film s'inspire, dans le fond comme dans le décorum, des dictatures des pays de l'Est aussi bien que des printemps arabes qui ont renversé Moubarak, Ben Ali ou Khadafi avant que leurs révolutions respectives ne soient trahies par de nouvelles dérives autoritaires ou religieuses. Ce film marque le grand retour du grand Mohsen Makhmalbaf dont on n'avait plus de nouvelles depuis Kandahar, en 2001 !

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