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Un joli film malgré quelques longueurs. Léa Seydoux nous montre une fois de plus toute l'étendue de son talent. Je pense que c'est son meilleur rôle, celui dans lequel elle peut exprimer tout son talent.

scénario: 16/20        acteurs: 16/20       technique: 16/20    note finale: 16/20

Journal d'une femme de chambre

Début du XXème siècle, en province. Très courtisée pour sa beauté, Célestine est une jeune femme de chambre nouvellement arrivée de Paris au service de la famille Lanlaire. Repoussant les avances de Monsieur, Célestine doit également faire face à la très stricte Madame Lanlaire qui régit la maison d’une main de fer. Elle y fait la rencontre de Joseph, l’énigmatique jardinier de la propriété, pour lequel elle éprouve une véritable fascination.

Le 14 Septembre 1898, Célestine, jeune soubrette au minois charmant, la langue bien pendue et l'esprit vif, arrive dans sa nouvelle place. C'est sa douzième en deux ans ! « Faut-il que les maîtres soient difficiles à servir maintenant… C'est à ne pas croire ! » Elle, la Parisienne jusqu'au bout des bottines, se retrouve au Mesnil-Roy, un bled normand paumé, dans la maison des Lanlaire, un couple de bourgeois racornis, aussi ridicules que leur nom, où elle va devoir supporter la maniaquerie perverse et insultante de Madame Euphrasie – « Euphrasie ! Je vous demande un peu… » – et repousser les avances de Monsieur Isidore, un libidineux frustré qui ne pense qu'à la tripoter dès que sa marâtre a le dos tourné… Tout ça sous le regard impénétrable de Joseph, l'énigmatique jardinier de la propriété, pour qui elle ne va pas tarder à éprouver une véritable fascination…

Célestine tient scrupuleusement son journal, dans lequel elle note tous les menus événements du quotidien, tous les travers et les turpitudes de ses patrons présents et passés. L'occasion d'une peinture au vitriol de la bourgeoisie française de l'époque, de sa mesquinerie, de son étroitesse d'esprit… Mais pas d'angélisme, pas d'illusion, pas de grand soir à attendre : la domesticité n'a guère plus de morale que ses maîtres, et la mutine Célestine saura se montrer plus calculatrice, plus retorse, plus cruelle que les pathétiques Lanlaire, tralalère… « Un domestique, ce n’est pas un être normal, un être social… C’est quelqu’un de disparate, fabriqué de pièces et de morceaux qui ne peuvent s’ajuster l’un dans l’autre, se juxtaposer l’un à l’autre… C’est quelque chose de pire : un monstrueux hybride humain… Il n’est plus du peuple, d’où il sort ; il n’est pas, non plus, de la bourgeoisie où il vit et où il tend… Du peuple qu’il a renié, il a perdu le sang généreux et la force naïve… De la bourgeoisie, il a gagné les vices honteux, sans avoir pu acquérir les moyens de les satisfaire… et les sentiments vils, les lâches peurs, les criminels appétits, sans le décor, et, par conséquent, sans l’excuse de la richesse… »

Après Jean Renoir et Luis Buñuel – excusez du peu – Benoît Jacquot s'attaque à l'adaptation du Journal d'une femme de chambre, roman le plus célèbre de l'inclassable furieux qu'était Octave Mirbeau. Il choisit de revenir à la lettre du texte et en restitue toute la violence sociale et culturelle, toute la noirceur. Et il offre un rôle en or à Léa Seydoux, qui confirme son exceptionnel talent, sa capacité à aborder tous les registres, à endosser tous les costumes (rappelez-vous : elle était déjà formidable dans Les Adieux à la reine, du même Jacquot, disponible en Vidéo en Poche). Elle dégage ici une force rageuse que n'atténue pas, bien au contraire, une sensualité, un érotisme plus subi que voulu.

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