Autant Zaytoun était un film optimiste, autant ce film est pessimiste. on n'échappe pas aux clichés: les palestiniens sont tous des terroristes, mais c'est à cause des israéliens qui leur ont volé leur terre... On peut regretter que tout soit aussi manichéen. On peut également regretter que l'actrice principale ait un rôle aussi pleurnichard: elle fait la tronche tout le film. De temps en temps, elle pourrait être contente, rire par exemple. Elle est peu bavarde et déprime, sans qu'on sache vraiment pourquoi. La fin est vraiment terrible, tant elle est pessimiste et laisse peu d'espoir. Tout le monde peut-il devenir un terroriste?
scénario: 12/20 acteurs: 14/20 technique: 15/20 note finale: 14/20

Dans un camp de réfugiés palestiniens en Cisjordanie, Chloé, jeune sage femme québécoise accompagne les femmes enceintes. Entre les check points et le mur de séparation, Chloé rencontre la guerre et ceux qui la portent de chaque côté : Rand, une patiente avec qui elle va rapidement se lier d'amitié et Ava, jeune militaire, voisine de palier en Israël. A leur contact, Chloé va progressivement remettre ses repères en question.
Chloé aurait pu rester peinarde à faire une carrière confortable d'obstétricienne brillante dans une clinique à Montréal. Si elle a choisi de venir dans un hôpital de fortune, de trimer plus que de raison pour soigner de jeunes femmes enceintes dans un camp de réfugiés palestiniens en Cisjordanie, c'est probablement moins par engagement politique – Chloé n'a pas l'air d'avoir un point de vue très tranché sur la situation – que par simple idéal humanitaire : aller là où l'aide qu'on apporte a une importance vitale. Elle bosse sous les ordres d'un médecin français dans un coin où survivre est un sport d'endurance, rentre à Tel Aviv (nettement plus confortable) chaque soir et croise régulièrement au check-point son adorable voisine, jeune militaire de Tsahal qui devient vite une amie. Il y a quelque chose de furieusement déstabilisant, même quand on est une jeune femme libre, à vivre aussi intimement impliquée dans deux quotidiens aussi antagonistes : le jour d'un côté du mur de séparation, la nuit de l'autre côté…
Chloé suit de près une jeune femme sur le point d'accoucher et partage de longs moments avec sa famille, son quartier, tout le monde l'apprécie et les enfants la taquinent. La pauvreté est partout. Rand, la jeune femme en question, travaille sur une décharge à trier les déchets, au milieu des gamins qui courent dans tous les sens, elle est d'une vitalité décapante, insoumise et a la langue bien pendue quand les militaires débarquent dans la clinique et fouillent dans tous les coins : la routine… Le ton monte quand un turbulent gamin qui s'en prenait à l'occupant en poursuivant les blindés en patrouille se fait écraser.
Chloé est sensible et cette immersion dans les deux camps ennemis ne la laisse pas indifférente. Elle semble se préserver en gardant une sorte de neutralité distante, subit les fouilles sans broncher mais rejoint la foule de ceux qui enterrent, dans la colère, le gamin tué. Le soir elle retrouve sa soldate voisine qu'on sent perturbée elle-même par le rôle schizophrénique qu'elle joue. Même quand elles causent futile ou sortent en boite, on sent bien qu'Ava la soldate supporte mal cette oppression constante qu'elle impose aux autres, partagée entre l'obsession de la sécurité et le sentiment confus que ce n'est pas cette domination humiliante qu'elle impose du bout de sa mitraillette qui va l'amener vers une démocratie apaisée. Ce pays-là semble un piège dont personne ne peut sortir tout à fait indemne.
Chloé tente de jeter des ponts entre les deux mondes, de provoquer une rencontre entre Rand et Ava. A les voir comme les voit Chloé, on se rend bien compte que les humains sont des deux côtés, qu'il devrait y avoir moyen d'inventer un semblant de dialogue, de jeter deux trois graines de paix qui finiraient peut-être un jour par germer… Mais il y a un dominant et un dominé, un occupant qui impose ses règles et un occupé qui ne peut que plier ou jeter des pierres comme les gamins freluquets qui naissent avec la haine de ces blindés légers pilotés par de jeunes soldats israéliens qui ont l'air plus terrifiés que convaincus d'être en train de construire un pays idéal.
La force du film, qui ressemble parfois à un documentaire tant la justesse de l'ambiance s'impose, c'est d'être arrivé à traduire la complexité d'une situation absurde et effarante : tout est manichéen ici, et Evelyne Brochu donne à Chloé une crédibilité formidablement attachante. On rappellera ici que les producteurs du film sont aussi ceux de Incendies et de Monsieur Lazhar… pas de minces références.