C'est un peu brouillon, un peu fouilli mais c'est tout de même réjouissant. on est loin du chef d'oeuvre, ça part dans tous les sens et tout à coup c'est terminé sans qu'on sache trop pourquoi... Pas mal mais aurait pu être mieux.
scénario: 14/20 technique: 16/20 note finale: 14/20

Fin des années 1970, en Côte d’Ivoire à Yopougon, quartier populaire d’Abidjan. C’est là que vit Aya, 19 ans, une jeune fille sérieuse qui préfère rester étudier à la maison plutôt que de sortir avec ses copines. Aya partage ses journées entre l’école, la famille et ses deux meilleures amies : Adjoua et Bintou, qui ne pensent qu’à aller gazer en douce à la nuit tombée dans les maquis. Les choses se gâtent lorsque qu’Adjoua se retrouve enceinte par mégarde. Que faire ?
Ces derniers temps, on parle le plus souvent de la Côte d’Ivoire pour rappeler ses soubresauts géopolitiques et conflictuels. Entre la démagogie et la ferveur quasi religieuse des pro Gbagbo, l’ingérence française en faveur de Ouattara, dont on comprend qu’il est passablement manipulé par les intérêts économiques occidentaux, les conflits inter-religieux affligeants, la montée de la haine raciale envers les immigrants venus des pays voisins… on oublierait presque que ce pays et sa capitale Abidjan furent – et seront peut être de nouveau demain – l’exemple d’une belle réussite africaine. Réussite économique, intellectuelle et surtout d’un savoir vivre ensemble, notamment dans le quartier de Yopougon (rebaptisé Yop City, « à l’américaine »), où ont cœxisté, dans une forme de dolce vita africaine, ethnies différentes, voire nationalités diverses, les Ivoiriens côtoyant longtemps et sans problèmes des Sénégalais ou des Burkinabés.
Marguerite Abrouet y a passé son enfance dans les années 70 et, jeune auteur fraîchement débarquée en France, s’est inspirée des aventures de ses grandes sœurs et cousines pour raconter la vie drôle et trépidante du quartier, entre histoires d’amour rocambolesques et fêtes tous les soirs dans les maquis, ces petits restaurants-dancings où l’on boit et danse jusqu’au bout de la nuit ; histoires de papas un peu volages, avec cette propension des garçons ivoiriens à aimer la frime occidentale, dans un pays qui s’ouvrait au marché mondial. L’histoire, avec la complicité du dessinateur Clément Oubrerie, est devenue une formidable et savoureuse BD que se sont arrachés les amoureux de l’Afrique et ceux qui veulent juste la découvrir. Et c’est désormais un film, lui aussi très réussi.
Au centre il y a Aya, une toute jeune fille qui, contrairement à ses meilleures amies Adjoua et Bintou qui vont gazer (en argot d’Abidjan : danser et draguer) la nuit dans les maquis, préfère étudier et assurer son avenir. Aya classe ses copines, qu’elle aime bien néanmoins, dans la catégorie C : Couture, Coiffure, Chasse au mari. D’ailleurs, conséquence collatérale, Adjoua tombe enceinte, probablement des œuvres du fils passablement abruti du gros industriel local, patron d’une entreprise de bières qui emploie le père d’Aya…
Aya de Youpougon pose un regard amusé et tendre sur ce monde largement patriarcal, où pourtant ce sont bien les femmes qui mènent les hommes par le bout du nez, des hommes dont elles savent exploiter l’incroyable égocentrisme, l’indécrottable naïveté, par des flatteries bien senties. Autant d’occasions de quiproquos cocasses… Le film (et la BD avant lui) est donc un vrai hommage à la femme ivoirienne qui sait parfaitement mener sa barque face à des hommes le plus souvent inconséquents, qui ne savent pas forcément gérer leur « troisième bureau ». Et puis c’est aussi un regard drolatique sur ces années 70 ivoiriennes obsédées par la modernité et le mimétisme avec les modes occidentales. Idée hilarante, les réalisateurs insèrent dans leur film d’animation d’authentiques publicités télévisuelles désuètes et kitschs jusqu’à la caricature et qui pourtant faisaient rêver les premiers téléspectateurs ivoiriens.
Vous l’aurez compris, ce dessin animé particulièrement revigorant est surtout une ode au vivre ensemble, pas étonnant qu’il ait été produit par les réalisateurs (Antoine Delesvaux et Joan Sfar) du Chat du Rabbin, autre formidable appel à la tolérance dans la joie.