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 Un très beau film sur la crise grecque et la façon honteuse dont l'Europe a traité la Grèce.

scénario: 18/20      technique: 18/20    acteurs: 18/20   note finale: 18/20

Adults in the room

Après 7 années de crise le pays est au bord du gouffre. Des élections, un souffle nouveau et deux hommes qui vont incarner l’espoir de sauver leur pays de l’emprise qu’il subit. Nommé par Alexis, Yanis va mener un combat sans merci dans les coulisses occultes et entre les portes closes du pouvoir européen. Là où l’arbitraire de l’austérité imposée prime sur l’humanité et la compassion. Là où vont se mettre en place des moyens de pression pour diviser les deux hommes. Là où se joue la destinée de leur peuple. Une tragédie grecque des temps modernes.

« Va où il est impossible d'aller » : la devise de Costa-Gavras (dont il fit le titre de ses mémoires), pourrait être une supplique à son pays natal, la Grèce. Yanis Varoufakis (superbement incarné par Christos Loulis), le héros de l’histoire qui va suivre, aurait également pu la faire sienne. Et c’est ce qui, dans la vie en vrai, au-delà de la nationalité, a sans doute contribué à rassembler les deux hommes : le refus de ployer sous les injonctions des courants hégémonistes. S’il est sans doute inutile de vous présenter le grand cinéaste dont a hérité la France en 1952, c’est quand même une belle occasion de saluer les bienfaits de l’immigration ! Construit à la façon d’un thriller à suspense, son nouveau film nous tient en haleine deux heures durant, sur un sujet qu’on n’aurait jamais soupçonné être si palpitant…

Ce soir-là, tous retiennent leur souffle… Une foule dense, telle qu’on ne les imagine plus en France lors de nos mascarades quinquennales, attend le résultat des élections. C’est que le petit peuple grec est exsangue. Il a beau suer sang et eau, rien ne semble pouvoir étancher la soif vampirique de l'ennemi de tous les petits peuples : « La Finance ». Les prêts consentis au pays, à des conditions assassines, par les leaders européens, ressemblent à ces bougies d’anniversaire, dites « magiques » mais ô combien agaçantes, qui se rallument de plus belle dès qu’on cesse de souffler dessus. Une dette indélébile, auto-alimentée par des taux d’intérêt honteux. La Grèce doit payer le prix de trente années de gestion irresponsable exercée par les gouvernements successifs, plusieurs centaines de milliards de dollars de déficit, qui reposent désormais sur les pauvres épaules des citoyens lambda, qui n’avaient surtout pas demandé tous ces investissements hasardeux.
Malgré le marasme profond qui envahit le pays, une improbable lueur d’espoir s’est levée, portée par Syriza, le parti de la coalition de gauche. Dans la modeste salle de campagne, en ce mois de janvier 2015, tous se tiennent aux aguets… puis… bondissent de joie ! C’est la victoire ! Très vite Yanis Varoufakis, sans jamais avoir adhéré au parti, sera pourtant nommé Ministre de l’Économie du nouveau gouvernement conduit par Alexis Tsipras. Pas de meilleur choix que ce brillant économiste, doué d’un sens de la répartie redoutable, pour renégocier les conditions de la dette qui asphyxie la république hellénique. À compter de cet instant va se jouer un duel passionnant dans les coulisses des instances de l’Europe, entre David/Yanis, qui a la ténacité d’un Sisyphe, et une armée de Goliath surpuissants qui considèrent que « le système de protection social n’est qu’un rêve communiste ». Mais surtout il lui faudra convaincre la « Troïka » (créée en 2010 et constituée de fonctionnaires de la Commission Européenne, de la BCE, du FMI…) de bien vouloir renégocier les conditions de la dette. Persuadé que le bon sens et une juste cause peuvent l’emporter, Varoufakis entame une course de fond à armes inégales, décidé à ne pas céder face à l’Eurogroupe. Après tout, ne représente-t-il pas un peuple qui a « deux millénaires d’expérience en matière de patience, puisqu'inventeur du stoïcisme. » ?

Adults in the room, dense et passionnant, fait référence au livre de Yanis Varoufakis Conversation entre adultes tout aussi bien qu’à une judicieuse question qu’il est légitime de se poser en observant le microcosme de tous ces décisionnaires européens qui ont parfois des comportements dignes de cours de récréation : « Y’a-t-il des adultes dans la pièce ? ». Si le constat global du film est consternant, il est extrêmement jouissif de voir les politicards aux dents longues (dont nos Français), se faire égratigner au passage. Mais on devra malgré tout se plier une fois de plus à l’évidence : tous ces oligarques ont désormais le monopole du cynisme… qui fut lui aussi inventé par les Grecs. Nous ne saurions que conseiller à ces derniers de réclamer des droits d’auteurs à l’Europe : cela ferait plus qu’effacer leur dette, ils deviendraient multimilliardaires !

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