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Très réussi et plus profond que ça en a l'air. La lutte de cette "Idol" pour sa liberté est très bien filmé. Love on trial, au-delà de mettre en lumière une pratique culturelle spécifique, propose un récit universel sur la liberté, incarné par le combat de cette jeune chanteuse, contrainte de se battre, seule contre presque tous, pour faire valoir ses droits fondamentaux, au prix de sa carrière, et de sa relation amoureuse.

Jeune idole de la pop en pleine ascension, Mai commet l’irréparable : tomber amoureuse, malgré l’interdiction formelle inscrite dans son contrat. Lorsque sa relation éclate au grand jour, Mai est traînée par sa propre agence devant la justice. Confrontés à une machine implacable, les deux amants décident de se battre pour défendre leur droit le plus universel : celui d’aimer.

Idole : n.f. Image ou statue représentant une divinité, qui est adorée comme s’il s’agissait du dieu lui-même. Par extension, personne qui est adorée par le public. Ex. : ce chanteur est l’idole des enfants. (Petit Larousse)

Le phénomène des idoles japonaises – on dira plus volontiers idols, à l’américaine – qui se décline dans toute l’Asie du sud-est (et structure ces armes de soft power massives que sont la J-pop et la K-pop) est sans réel équivalent dans la culture pop occidentale – mis à part, fugacement, les boys et girls band. Ces produits musicaux manufacturés, d’une efficacité redoutable, reposent sur deux principes intangibles : la diversité subtilement dosée de styles musicaux populaires susceptibles d’accrocher le plus grand nombre d’auditeurs ; et le storytelling parfaitement huilé encadrant strictement la vie publique autant que privée des jeunes artistes sous contrat, produits à la chaîne. Pour mieux vendre du rêve, ceux-ci doivent non seulement exceller dans leur domaine – chanter, danser, jouer la comédie – mais encore offrir au public l’image d’une absolue perfection, artistique, physique, esthétique – et bien sûr morale… No drug, no sex… et à peine de rock’n’roll. L’idol ne s’appartient plus, l’entièreté de sa vie, y compris sentimentale, est sous le contrôle de son propriétaire.

Le 31 janvier 2013, la diffusion de la vidéo de Minami Minegishi, alors âgée de vingt ans et membre du groupe de musique AKB48, fait scandale. La jeune fille y apparaît le crâne rasé, en pleurs, demandant pardon à ses fans et à son agence, après qu’un journal à scandale a révélé qu’elle avait passé la nuit chez un homme. Cet acte de contrition choque le public et met en lumière la pression psychologique et sociale écrasante imposée à la jeune femme. Le tribunal finira par reconnaître, le 18 janvier 2016, que certaines clauses imposées par les agences sont liberticides. En adaptant librement cette histoire tragique, Kôji Fukada filme une histoire d’amour impossible, cruellement broyée par (le patriarcat et) le capitalisme.

Tout commence par une porte dans l’obscurité qui s’ouvre. Le van du quintet (fictif) d’idols féminines Happy Fanfare stationne. S’en suivent les préparatifs de ses membres (maquillage, habillage, répétitions) jusqu’à leur concert, face à un public essentiellement masculin. Leur producteur scrute attentivement chaque détail, s’assurant que la fiction marchande de « ses » idols reste parfaitement sous contrôle. Pas de bol : un scandale ne tarde pas à éclater. Les fans de Nanaka, leader du groupe, se retournent contre elle lorsqu’est dévoilée sa liaison avec un jeune influenceur. Nanaka mise à l’écart, on propulse Mai à sa place. Une aubaine ? Pas vraiment. Mai est désenchantée. Elle qui rêvait enfant de pouvoir vivre du chant et de la danse peine à trouver encore un sens à sa carrière dans le cycle infernal de l’exploitation du star-système. Ça se complique encore lorsque la jeune femme rencontre Kei – un mime et magicien de rue, qui vit de presque rien, mais sans masque. Son art fragile, poétique, offre à Mai la liberté qu’elle a perdue. Inévitablement, les deux amants sont traduits en justice par le manager de Mai, pour avoir violé la clause de célibat de son contrat.

Love on Trial signe le grand retour de Kôji Fukada, auteur des remarquables Harmonium (2016), Le Soupir des vagues (2018), Suis-moi, je te fuis (2020), Fuis-moi, je te suis (2020), Love Life (2022). Précis formellement, tout en finesse, son cinéma se fait pour la première fois ouvertement politique et féministe. Sans sensationnalisme, Love on trial se départit de tout artifice pour gratter le vernis glamour autour de la célébrité.

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