N'y allez surtout pas si vous êtres déprimés!!! Un triste portrait de la réalité actuelle, d'un monde où chacun profite de l'autre, où la vie des écrivains est terrible.
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À pied d’œuvre raconte l’histoire vraie d’un homme qui renonce à son métier dont il ne comprend plus le sens pour se consacrer à sa véritable passion, l’écriture. Mais être publié ne veut pas dire gagner sa vie…
L’angoisse de la page blanche… surtout après quelques publications ayant rencontré un « succès d’estime » – et trop peu de lecteurs… L’affaire est connue, l’affaire est entendue. Ce n’est pas ça qui arrêterait Alice, l’éditrice de Franck, rompue aux atermoiements des écrivains. Mais cette fois-ci, toutes les avances financières possibles ont été faites, Gallimard est à bout de patience – et le peu de pages fournies par Franck est loin d’être à la hauteur des attentes, impubliable. Le constat est cinglant, même si Franck tente de le prendre avec bonhommie (dans laquelle excelle Bastien Bouillon qui incarne le personnage).
Franck en est à l’instant précis où, ayant tourné la page d’une carrière réussie de photographe, sa seconde vie de scribouillard ne démarre pas. Irrémédiablement, il semble voué à couler, comme ses économies. Revenir en arrière ? C’est l’insupportable et redondant conseil de son père, incapable de comprendre qu’on puisse abandonner une recette gagnante, une vie confortable, pour perdre son temps dans une occupation qui ne rapporte rien, qui ne rime à rien. Et la propre sœur de Franck d’en remettre une couche ! Un naufrage n’arrivant jamais seul, sa femme le plaque, embarquant ses deux enfants au Canada, histoire de concrétiser le gouffre qui s’est creusé entre eux. Il faut la comprendre : elle avait épousé un gars brillant, pas un loser sans le sou.
Voilà notre écrivaillon en mal de reconnaissance sans ressources, quasiment à la rue. Là où d’aucuns seraient au bord du suicide, Franck rebondit de manière inattendue. Première étape : « France Travail ». Le conseiller qui le reçoit résume, médusé, sa demande : « Alors, en gros, vous voudriez un travail qui vous laisse du temps libre… » Le genre de déclaration qui fait fuir le plus déterminé des patrons… Par nécessité économique, Franck s’inscrit alors sur une appli (un genre de Tinder version « petits boulots ») et devient « homme à tout faire » sans employeur fixe. Les travaux harassants, les classes laborieuses, la débrouillardise et la pauvreté, qui n’étaient jusque-là que des mots abstraits, deviennent le centre de son motif, son terreau, un terrain privilégié qu’il ne se contente pas d’observer. Il en assume les tâches, les maux, la fatigue des corps qui s’usent, se déforment. Il partage les chaussettes trouées de ses personnages, les ampoules qui éclatent, le cal des mains qui s’endurcit, l’humiliation des « notes » qu’attribuent selon l’humeur les employeurs amateurs… et… loin de tout misérabilisme, il en tire une certaine fierté. Celle de retrouver son indépendance, sa liberté artistique. Son éditrice lui reprochait sa propension à ne s’intéresser qu’à son nombril ? Franck décortique au scalpel celui de la société, avec un regard plein d’humour, critique, politiquement décapant.
De La Reine des pommes à L’Amour et les forêts, en passant par Notre Dame et La Guerre est déclarée, on peut dire que Valérie Donzelli, que l’on suit à Utopia depuis ses tout premiers pas en tant que réalisatrice, n’a cessé de se renouveler avec bonheur. Avec À pied d’œuvre, elle nous offre un récit extrêmement bien écrit, sobrement efficace, entre comédie et satire sociale, et nous sommes ravis que le jury international de la Mostra de Venise lui ait apporté une reconnaissance internationale en lui décernant un prix !