Eklablog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Un très beau film sur un inconnu .

1983, François Mitterrand décide de lancer un concours d'architecture international pour le projet phare de sa présidence : la Grande Arche de la Défense, dans l'axe du Louvre et de l'Arc de Triomphe ! A la surprise générale, Otto von Spreckelsen, architecte danois, remporte le concours. Du jour au lendemain, cet homme de 53 ans, inconnu en France, débarque à Paris où il est propulsé à la tête de ce chantier pharaonique. Et si l'architecte entend bâtir la Grande Arche telle qu’il l’a imaginée, ses idées vont très vite se heurter à la complexité du réel et aux aléas de la politique.

C’est bien connu : les travaux, on sait quand ça commence… Déjà pour rénover sa bicoque, c’est toute une affaire. Alors pour faire sortir un bâtiment monumental de terre, aux portes de Paris, vous pensez ! Les travaux, comme le film, ça commence d’ailleurs plutôt bien : par une chouette pagaille sur le parquet ciré d’un salon élyséen, dans lequel on vient de dévoiler le nom de l’architecte lauréat du prestigieux concours international pour le projet qui, à l’orée des années 1980, doit lancer la saga du Président grand bâtisseur – en ce mois de mai 1983, le septennat a deux ans et déjà Tonton perce sous Mitterrand. L’objet du concours : ponctuer la « voie royale » (en gros, la perspective qui, partant du Louvre, traverse l’ouest de Paris) par une œuvre architecturale grandiose, qui sera le cœur du quartier d’affaires de la Défense. Pas de la gnognotte.
Dans le salon doré (on y revient), ça s’agite dans tous les sens. Courtisans et technocrates sont aux cent coups, le fax crépite, le téléphone (en bakélite) est en surchauffe : le jury a tranché, le Président a validé. Entre tous les projets (plus de 400) émanant des plus grands cabinets d’archi, c’est celui tout à fait inattendu du danois Johan von Spreckelsen qui a été retenu. Il convient que l’heureux lauréat l’apprenne illico de la voix-même du chef de l’État. Mais l’homme est introuvable. À l’ambassade du Danemark, appelée en urgence, personne ne connaît ce von Spreckelsen-là – qui n’a alors à son actif qu’une poignée d’églises et sa maison. C’est pourtant bel et bien cet illustre inconnu qui débarque un beau jour à Paris en sandales, pour édifier le « projet Tête Défense », bientôt rebaptisé « le Cube de la Défense ». Un cube ouvert parfait, à peine décalé de l’axe pour mettre son volume en valeur, et associé à deux plus petits cubes pour harmoniser l’ensemble.

Le style si particulier de Stéphane Demoustier (auteur des remarqués Borgo en 2023 et La Fille au bracelet en 2019), sincère et distancié, chaleureux et précis, sied à merveille à cette petite histoire dans la grande Histoire. La découverte des arcanes du pouvoir par notre architecte venu du Nord, d’une intégrité et d’une rigueur toutes luthériennes, ses tribulations compliquées par les jeux d’influences labyrinthiques entre technocrates zélés, politiciens arrivistes et requins du BTP, les nécessaires compromis, les petites victoires et les inévitables désillusions, se suivent comme les péripéties d’un thriller acéré… Armé de son seul flegme, Johan von Spreckelsen trace vaille que vaille sa route dans le marigot politique.
Et puis, lorsqu’enfin les travaux semblent sur les rails : patatras ! Mars 1986, les élections législatives donnent une majorité à la droite, Chirac est nommé à Matignon – et à qui incombe la lourde tâche de (re)prendre en main le budget du pays ? Bien évidemment au « meilleur d’entre nous », l’austère Alain Juppé. Qui décide, concernant la folie architecturale du Président, qu’il est temps de siffler la fin du jeu, de refermer le robinet d’argent public et de faire entrer des investisseurs privés dans la partie – quitte à légèrement adapter le projet pour en maximiser la rentabilité. C’est pour l’architecte inconnu le début d’une nouvelle et décisive bataille…

« Il existe à travers le monde une légende presque universelle, selon laquelle on ne peut pas construire un monument si un être humain n’est pas sacrifié. Sinon, le bâtiment s’écroule, et s’écroule toutes les fois qu’on essaie de le remonter. Pour conjurer cette malédiction, il faut emmurer quelqu’un de vivant dans les fondations. On recense plus de sept cents versions de cette histoire. Celle de la Grande Arche de la Défense est la plus récente. » (Quatrième de couverture du roman La Grande Arche)

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :