Un très beau film qu'il faut voir pour voir la dévotion de cet homme et l'horreur de certains humains.
/image%2F0649914%2F20251015%2Fob_3e6380_6f60495595fe4650b54c1c4af165106c.jpg)
Denis Mukwege, médecin congolais et futur Prix Nobel de la paix, soigne — au péril de sa vie — des milliers de femmes victimes de violences sexuelles en République démocratique du Congo. Sa rencontre avec Guy Cadière, chirurgien belge, va redonner un souffle à son engagement.
Muganga – celle ou celui qui soigne en swahili – c’est le Dr Denis Mukwege, aussi surnommé « l’homme qui répare les femmes ». Oui, pas seulement soigner mais réparer. C’est le terme adéquat pour désigner le formidable travail de ce gynécologue qui consacre sa vie à toutes ces femmes mutilées, détruites, massacrées et laissées en vie dans le seul but d’instaurer un climat de peur dans cette région du Congo, le Kivu, où le minerai que la terre recèle a bien plus de valeur que la dignité humaine. Où le viol est devenu une arme massive de guerre redoutablement efficace qui détruit tout sur son passage : les corps, les familles, les communautés. La société même dans son ensemble car il provoque l’exode de la population et instaure la peur. Le viol devenu ainsi une véritable stratégie pour les groupes armés qui peuvent accéder plus librement aux ressources, notamment le coltan, indispensable à la fabrication de nos téléphones, de nos ordinateurs et de nos objets connectés.
C’est dès l’âge de huit ans que Denis Mukwege a décidé de devenir médecin, après avoir vu un enfant mourir sans autre aide que les prières de son père pasteur pentecôtiste. Étudiant en médecine au Burundi, son indignation devant la mortalité maternelle dans son pays le pousse à se spécialiser dans la gynécologie. La guerre éclate alors, et de plus en plus de femmes victimes d’actes barbares se présentent à lui. Son engagement auprès de ces femmes dérange : il est l’objet de menaces de mort, suivies de réelles tentatives de meurtre… Mais rien ne le fera se détourner de ses patientes. Pour mener au mieux son travail, il fonde l’hôpital de Panzy à Bukavu, qui devient rapidement un véritable centre holistique (médical, psychosocial, socio-économique et juridique) pour toutes les femmes recueillies, à la recherche d’un lieu de reconstruction possible.
Le récit du film se concentre sur la rencontre entre Mukwege et Guy Cadière, chirurgien belge, grand spécialiste de la laparoscopie, une technique chirurgicale qui permet par une petite ouverture d’observer l’intérieur de la cavité abdominale ou pelvienne et d’intervenir sur les organes, ce qui évite donc les grandes incisions, limite les infections, réduit la durée de l’opération et le temps de récupération du patient. Ils vont ainsi opérer à quatre mains pour réparer le maximum de femmes. Cadière arrive donc à Panzy, accompagné de sa fille Maïa, étudiante en médecine, et de Florence, une collègue. Le choc est violent pour ces trois-là. Surtout pour Maïa, Franco-Congolaise, qui découvre pour la première fois les violences en cours dans le pays de sa mère et doit y faire face en première ligne. Elle devient notre point d’ancrage, incarnant la sidération que nous pouvons éprouver en tant que spectateur.
Les coupures de courant en pleine opération, le refus de certaines patientes d’être opérées par un autre que Muganga, le nombre croissant des urgences, les check-points à passer, les menaces à peine voilées… Qu’importe, le duo de médecins ne renonce pas, ne lâche rien : il faut aider ces femmes, leur offrir un moment de paix, leur donner les outils pour sortir de ce brouillard d’horreurs inimaginables.
Le sujet est difficile, certaines scènes sont très dures, à commencer par celle d’ouverture mais elle crée une identification immédiate. On ne peut pas parler de guérison sans affronter ce qui doit être réparé. Sans mesurer ce que ces femmes et les médecins affrontent chaque jour. Il est indispensable de briser le silence face à des souffrances inconcevables et de prendre conscience que, partout dans le monde, la femme est la première victime des conflits. Cela fait trente ans que le Docteur Mukwege dénonce publiquement l’inaction internationale sur cette question du viol comme arme de guerre et il serait grand temps d’impulser enfin un changement.