Un beau film mais très dur. Bien filmé, bien joué.
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Suède, 2018. Un syndrome mystérieux affecte les enfants réfugiés.
Dans l’espoir d’une vie meilleure, Sergei, Natalia et leurs deux filles ont été contraints de fuir leur pays natal. Malgré tous leurs efforts pour s’intégrer et incarner la famille modèle, leur demande d’asile est rejetée. Soudainement, Katja, leur plus jeune fille, s’effondre et tombe dans le coma. Ils vont alors se battre, jusqu’à l’impensable, pour que leur fille puisse se réveiller…
Inspiré de faits réels.
Comment Sergei et Natalia, parents de deux petites filles, peuvent-ils les protéger et garantir leur bien-être lorsque la réalité, elle, n’incite guère à l’optimisme ? Quand ils sont dans l’attente angoissante de savoir s’ils vont enfin recevoir le papier tant attendu, le Saint Graal qui leur permettra de rester légalement en Suède où ils ont trouvé refuge après avoir fui la Russie ? Et si leur demande était rejetée ? Et si leur dernier espoir était de demander à leur fille de témoigner de l’agression terrible infligée à son père par les forces de l’ordre de l’État russe ? Et si, quelques heures avant ledit témoignage, leur fille s’effondrait d’un coup au milieu de la cour de récré et tombait dans un coma profond ?
Katja voulait aider ses parents, témoigner, mais c’était bien trop de pression sur ses petites épaules, trop d’angoisse à l’idée que l’avenir de toute la famille reposait sur elle. Son cerveau a dit stop, a décidé de la mettre en veille pour lui éviter de subir toute cette pression une minute de plus : elle s’effondre inconsciente et ne semble pas du tout prête à sortir de cet état. Au pied du mur, Sergei demande à son autre fille, Alina, de s’approprier ce témoignage, de prendre la place de sa sœur. D’apprendre par cœur le récit de Katja, de se préparer à répondre à un interrogatoire en bonne et due forme. Sergei pousse Alina dans ses retranchements, lui demande trop sans doute. Pendant que la fillette se débat avec des souvenirs qui ne sont pas les siens, Sergei et Natalia doivent suivre une formation pour être heureux, apprendre à sourire en toute circonstance, oublier leurs P.A.P.A (Passé, Asile, Problèmes, Angoisses) afin d’offrir une atmosphère plus sereine pour le rétablissement de Katja. Et ils ont intérêt à s’y tenir parce que Katja est hospitalisée dans une clinique dont la directrice estime que les enfants guérissent plus vite s’ils sont séparés de leurs parents jugés nocifs : leur droit de visite sera supprimé s’ils ne montrent pas leur joie de vivre, peu importe qu’elle soit factice, lorsqu’ils sont en compagnie de leur fille. Il faut qu’ils comprennent que si le cerveau de Katja a préféré se déconnecter de la réalité, c’est parce que la situation créée par la nécessité d’obtenir le droit d’asile devenait trop pesante, insupportable. C’est ce qu’on appelle le syndrome de résignation.
Bien que cette histoire semble tout droit sortie d’une dystopie administrative flirtant avec la science-fiction, il faut savoir que le syndrome de résignation existe bel et bien et a été détecté depuis de nombreuses années, notamment en Suède. À l’apparition de ces comas soudains, beaucoup ont nié l’existence d’un tel syndrome, sous-entendant que les familles cherchaient à profiter de la situation pour obtenir l’asile. Ce n’est qu’en 2014 que le syndrome a été officiellement reconnu comme une pathologie en Suède : les causes sont désormais mieux connues, découlant d’un mécanisme de protection post-traumatique chez les jeunes enfants.
Le réalisateur Alexandros Avranas nous montre par sa mise en scène froide, clinique, à quel point les institutions peuvent se retourner contre les individus, et à quel point les humains qui font partie de ce système peuvent montrer une totale indifférence face à d’autres humains proches du point de rupture.
La seule volonté permet-elle de bâtir une vie quand il n’y a plus grand-chose à espérer ? Nous appartient-il de créer notre propre bonheur ou sommes-nous dépendants d’une institution, d’une liste de règles à cocher, édictée par les tout-puissants, pour simplement avoir le droit et la possibilité de vivre en paix et en sécurité ?