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Un film atypique au charme certain. L'image est d'une beauté à couper le souffle. Tout est réussi.

La vie de la plus grande chanteuse d’opéra du monde, Maria Callas, lors de ses derniers jours, en 1977, à Paris.

C’est le dernier volet d’une trilogie réalisée par le grand cinéaste chilien Pablo Larrain sur la vie tragique d’icônes féminines du XXe siècle. Trois femmes adulées dans le monde entier, libres, puissantes, à qui tout aurait dû sourire mais dont le destin se brisa. Des femmes sublimes et pourtant trahies, humiliées. Après Jackie, avec Nathalie Portman dans le rôle de la veuve du président assassiné des États-Unis, après Spencer (inédit en salles de cinéma), dans lequel Kirsten Stewart campait Lady Di, voici donc son hommage à l’incarnation même du chant lyrique, l’immense, l’unique Maria Callas, incarnée, habitée, hantée par Angelina Jolie.


Comme dans les précédents films, plus qu’une sage illustration biographique, Larrain s’attache à évoquer un moment précis, puissant, fondateur de la légende. Dans Jackie, il imaginait les quelques semaines qui ont suivi l’assassinat à Dallas de JFK. Dans Spencer, les quelques jours qui ont permis à Diana Spencer de comprendre qu’elle devait s’affranchir de son Prince pas vraiment charmant et de la famille royale d’Angleterre dans sa totalité. Maria Callas, elle, est saisie à la toute fin de sa vie. Le film s’ouvre d’ailleurs par sa mort prématurée à 53 ans, dans son appartement parisien démesurément vide. Découverte sans vie au pied du piano par son maître d’hôtel et sa cuisinière. Le film remonte alors le temps, à peine une semaine, pour raconter les quelques jours qui ont conduit à cette issue fatale. Et fait resurgir les fantômes du passé tragique de la Callas qui n’ont cessé de la hanter. Car en 1977, celle qui fut ovationnée dans le monde entier est depuis plus d’une décennie le fantôme d’elle-même : anorexique, accro aux anxiolytiques, elle a quitté la scène et perdu sa voix – et s’est enfermée dans un mausolée de souvenirs et de regrets. Car Maria Callas s’est surtout fait connaître à la fin des années 60 par ses annulations de concerts et ses amours tumultueuses avec le milliardaire grec Aristote Onassis qui firent les choux gras de la presse.
De cette période troublée, Larrain fait un écheveau labyrinthique et fascinant où il mêle passé volontiers fantasmé et présent parfois distordu sous l’influence des psychotropes dont Maria ne peut plus se passer. Il suit l’errance de son héroïne déchue dans Paris, répondant sans relâche aux questions d’un journaliste imaginaire baptisé du nom de son neuroleptique favori, tandis que les rues se transforment en scènes d’opéra… Il l’accompagne dans un théâtre vide où elle poursuit son inaccessible quête de retrouver sa voix. Il égrène en quelques retours en arrière les blessures intimes, réelles et imaginaires, de l’artiste.

La mise en scène précise, élégante, alternant les intérieurs de velours ocres et étouffants, reflets du désordre intérieur de Maria Callas, et les extérieurs d’un Paris irréel, évoque avec pudeur le crépuscule solitaire de la diva épuisée, la nostalgie de la scène, les regrets des amours défunts – le tout sur une bande son d’époque à couper le souffle. Mais la vraie révélation, c’est la composition époustouflante d’Angelina Jolie. Auréolée de son propre statut de vedette hollywoodienne, elle absorbe l’individualité de la Callas, se fond parfaitement dans le rôle de la chanteuse conquérante des années triomphantes et de la femme brisée des années 70. Sans jamais chercher la ressemblance physique, sans tricher sur d’improbables performances vocales, elle vampirise l’écran et parvient comme une évidence à « être », sans l’ombre d’un doute, LA Callas. L’effet est saisissant.

 

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