• Wadjda

    Ce film est une merveille!!!! Il reprend tous les problèmes auxquels est confrontée la société d'Arabie Saoudite et des sociétés musulmanes en général. La petite actrice est géniale! J'ai adooooré!

    scénario: 19/20        acteurs: 19/20         technique: 19/20       note finale: 19/20

    Wadjda

    Wadjda, douze ans, habite dans une banlieue de Riyad, capitale de l’Arabie Saoudite. Bien qu’elle grandisse dans un milieu conservateur, c’est une fille pleine de vie qui porte jeans et baskets, écoute du rock et ne rêve que d’une chose : s’acheter le beau vélo vert qui lui permettra de faire la course avec son ami Abdallah. Mais au royaume wahhabite, les bicyclettes sont réservées aux hommes car elles constituent une menace pour la vertu des jeunes filles.
    Wadjda se voit donc refuser par sa mère la somme nécessaire à cet achat. Déterminée à trouver l’argent par ses propres moyens, Wadjda décide alors de participer au concours de récitation coranique organisé par son école, avec pour la gagnante, la somme tant désirée.

    Wadjda (prononcer ouadjda) est la bouffée d'air qu'il nous fallait en ce début d'année et s'il a fait chavirer les cœurs des spectateurs du festival de Venise qui l'ont acclamé à tout rompre, c'est que la jeune fille au minois impertinent qui illumine le film est l'incarnation même d'une vitalité fracassante propre à pulvériser le conservatisme d'une société où les femmes n'ont pas leur mot à dire. Néanmoins, la réalisatrice vous le dira, si elle a pu obtenir les autorisations pour tourner en Arabie Saoudite où les projections publiques de films sont interdites, c'est bien que les choses sont en train de changer. Le vieux monde craque de tous les côtés ici comme ailleurs, et bien prétentieux celui qui peut dire ce que cette époque épique nous réserve…

    Wadjda est une petite écolière qui arrive à l'âge où les filles n'ont plus le droit de marcher tête nue dans la rue. Les hommes ici ont tous les droits et aucun compte à rendre, mais pour les femmes, ce n'est pas la même chanson : d'ailleurs, elles n'ont même pas leur place dans les arbres généalogiques. La jolie mère de Wadjda est prof, et son quotidien est fichtrement compliqué : les femmes n'ayant pas le droit de conduire et le collège non mixte où elle travaille étant loin de sa maison, elle est complètement dépendante du chauffeur de taxi collectif étranger et atrabilaire qui les trimballe partout, elle et ses copines. Lorsque son mari lui annonce qu'il va prendre une deuxième épouse sous prétexte qu'elle ne peut pas lui donner un fils, elle ne peut donc que ravaler ses larmes et regarder les flonflons de la fête depuis son balcon.
    Pourtant, malgré le rigorisme ambiant, on s'aperçoit très vite que les femmes ne sont pas si soumises et ne se privent pas de contourner joyeusement les interdits. Et derrière l'hypocrisie des traditions perce une vitalité et une sensualité décapantes. Dans l'école de Wajda, par exemple, la directrice, superbe brune qui arbore des talons aiguilles fort seyants sous son austère tenue sombre, est une chieuse autoritaire qui surveille de près les élèves qui tenteraient d'user de rouge à lèvres ou de tout autre artifice laissant entrevoir leur intérêt pour le sexe opposé… mais elle ne se prive pas de faire en douce quelques entorses réjouissantes aux règles qu'elle enseigne aux petites filles.
    Wadjda se moque pas mal des convenances ; indisciplinée et bondissante, chaussée de baskets impies, elle rêve du beau vélo vert exposé à la vente dans une boutique sur le chemin de l'école. Un vélo qui lui permettrait à coup sûr de battre à la course le jeune Abdullah, un charmant garçon subjugué par sa petite voisine et qu'elle mène par le bout du nez. Une fille à vélo ! Vous n'y pensez pas ! En Arabie Saoudite, il est péché d'enfourcher cet engin du diable qui met gravement en danger la virginité des filles… Mais Wadjda est têtue. Elle ira même jusqu'à passer un concours de récitation du Coran, elle dont la piété est peu évidente, pour gagner le prix qui lui permettrait d'acheter le vélo. Dans ce pays où on interdit aux femmes de chanter et de parler trop fort pour ne pas réveiller la bête qui sommeille dans chaque homme, chaque verset portés par la voix mélodieuse et vive de la fillette prend alors des couleurs subversives réjouissantes…

    Ce film est une grande première : aucune saoudienne n'avait jamais dirigé un long métrage de fiction, d'ailleurs il n'y a pas de salles de cinéma en Arabie Saoudite. « Quand j'étais enfant, mon père nous faisait des soirées cinéma, sans doute pour avoir la paix. Je suis tombée amoureuse du cinéma. » Après des études au Caire, puis en Australie, le premier documentaire de Haïfaa Al Mansour attire l'attention du prince A-Walid Ben Tahal, dirigeant du puissant groupe de communication Rotana qui a co-produit le film… ce qui lui fut bien utile pour avoir l'autorisation de tourner dans les rues de Riyad, même si la chose ne fut pas des plus faciles, obligée qu'elle était, dans les quartiers les plus stricts, de se cacher dans une voiture pour diriger le tournage. Le producteur en question, présent au festival de Venise, a juré qu'il programmerait le film sur ses chaînes payantes et qu'il serait distribué en DVD… Vous avez donc deux bonnes raisons de voir Wadjda : le plaisir d'abord de découvrir un film formidable et ensuite participer à un triomphe, même un peu modeste, qui donnerait raison à son producteur de l'avoir soutenue…


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