• Une fille facile

     Comment filmer la vacuité sans être ennuyeux? Malheureusement, ce film ne répond pas à cette question. On s'ennuie tout autant que les jeunes filles du film. L'histoire, prévisible de bout en bout et grossièrement. dramatisée, n'a que peu d'intérêt. Zahia est une très mauvaise comédienne mais personne ne lui demandait sans doute d'être bonne. On aurait aimé un scénario plus subtil. C'est bien filmé.

    scénario: 09/20       technique: 16/20     acteurs: 13/20 (Zahia: 2/20)     note finale: 8/20

    Une fille facile

    Naïma a 16 ans et vit à Cannes. Alors qu'elle se donne l'été pour choisir ce qu'elle veut faire dans la vie, sa cousine Sofia, au mode de vie attirant, vient passer les vacances avec elle. Ensemble, elles vont vivre un été inoubliable.

    C’est le début de l’été, à Cannes, où vit Naïma (Mina Farid), avec sa mère. Milieu modeste. Elle a 16 ans et se donne la saison pour choisir un métier, a priori dans la restauration : elle doit effectuer un stage en cuisine. En attendant, elle veut profiter de la belle saison. Sa cousine, Sofia (Zahia Dehar), qui débarque sans prévenir de Paris, lui en donne l’occasion. Pour elle, tout semble facile. C’est une bimbo sculpturale, elle glisse quand elle marche, attire tous les regards. Elle porte des produits de luxe, en offre à Naïma. Avec quel argent ? Celui que des hommes très riches veulent bien lui donner. De la prostitution ? Le mot n’est jamais prononcé, il n’est même sans doute jamais envisagé par Naïma, éblouie par sa cousine.


    C’est cette forme d’innocence, de regard vierge, qui fait le prix de ce quatrième film de Rebecca Zlotowski, une cinéaste qu’on aime bien, parce qu’elle explore dans chacun de ses films (comme Belle épine et Grand Central) un univers différent.
    Les rapports de classe, la richesse, la fascination qu’elle exerce, la domination et le dédain qu’elle masque aussi, voilà le sujet. Naïma et Sofia font la connaissance d’un playboy milliardaire très « cool » et d’un ami à lui (Benoît Magimel, sobre, juste, impeccable), au profil plus incertain. Avec eux, elles font la fête, mènent la belle vie, rendent visite en yacht à une femme très chic, installée dans une maison magnifique sur la côte italienne. Tout cela bien sûr fait tourner la tête de Naïma. Et il y a de quoi.
    Le choix de Zahia Dehar, ex-escort-girl, célèbre, faut-il le rappeler, pour ses frasques avec des footballeurs, était gonflé de la part de la cinéaste. Elle la filme très bien, en faisant d’elle une Bardot touchante, dont le corps atomique et le visage refaits sont à la fois caressés et questionnés. En restant jusqu’au bout un mystère, pour le spectateur comme pour Naïma, d’autant plus magnétisée que cette dernière est à un âge charnière, où elle s’étonne encore, où elle est hyper-sensible. C’est ce qui rend cet été-là inoubliable pour elle. Un moment de passage vécu et montré comme une parenthèse enchantée, d’émotion trouble et de nostalgie mêlée. (J. Morice, Télérama)

    « Le titre du film est malicieux, il interroge tout de suite le cliché en jouant sur une assignation qu’il vise à contredire : cette fille désignée comme une fille facile est à mes yeux une fille puissante. Je voulais proposer un autre regard sur une femme que la société, au mieux moque, au pire méprise. Si les filles faciles existent, que serait une fille difficile, alors ?…
    « Si le sujet s'impose aussi vite, c'est parce se fait d'une manière étonnante une rencontre entre Zahia Dehar et moi… C’est qu’on soit si étrangères en tous points qui m’attirait au départ : la manière qu’a Zahia de mettre l’accent sur le féminin dans ce qu’il a de plus exacerbé et éculé – docilité, silence, sophistication, déguisement de geisha, la faisant basculer dans une esthétique Camp dont elle est pleinement consciente. J’en étais là quand je reçois un signe de sa part sur Instagram. Je suis surprise qu’elle connaisse même mon nom… Je vais voir ses vidéos et là je tombe en arrêt quand je l’entends parler (combien de femmes omniprésentes dans l’espace public aujourd’hui sans qu’on n’ait jamais entendu leur voix ?). Je découvre qu’elle parle d’une manière extraordinairement élégante, littéraire, anachronique, pas un seul mot d’argot, une retenue, une pudeur, un accent insondable d’une Bardot libanaise, syrienne ou italienne, impossible à définir, à l’opposé des jeunes femmes qui gravitent dans la télé-réalité. Le phrasé d’un personnage d’un film d’Eric Rohmer qui me séduit tout de suite…


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