• Trois souvenirs de ma jeunesse

    Un très beau film, doucement déjanté. Le scénario est réussi et l'histoire est intéressante. Bien joué, bien filmé.

    scénario: 16/20      acteurs: 16/20    technique: 16/20   note finale: 16/20

     

    Trois souvenirs de ma jeunesse

    Paul Dédalus va quitter le Tadjikistan. Il se souvient… De son enfance à Roubaix… Des crises de folie de sa mère… Du lien qui l’unissait à son frère Ivan, enfant pieux et violent…Il se souvient… De ses seize ans… De son père, veuf inconsolable… De ce voyage en URSS où une mission clandestine l’avait conduit à offrir sa propre identité à un jeune homme russe… Il se souvient de ses dix-neuf ans, de sa sœur Delphine, de son cousin Bob, des soirées d’alors avec Pénélope, Mehdi et Kovalki, l’ami qui devait le trahir… De ses études à Paris, de sa rencontre avec le docteur Behanzin, de sa vocation naissante pour l’anthropologie… Et surtout, Paul se souvient d’Esther. Elle fut le cœur de sa vie. Doucement, « un cœur fanatique ».

    Après son escapade américaine, sur les traces d'un Indien des plaines – diversement appréciée d'ailleurs ; pour notre part, nous avions beaucoup aimé Jimmy P –, Arnaud Desplechin retrouve son territoire et sa tribu naturels, l'axe Roubaix – Paris et le petit monde de Paul Dédalus.
    Paul Dédalus – nom choisi en hommage à James Joyce – c'est l'alter ego fictionnel de Desplechin dans son imaginaire biographie filmée. À l'intention de ceux qui suivent l'œuvre du réalisateur, on précisera que Trois souvenirs de ma jeunesse se rapporte à la période précédant celle évoquée dans Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle), réalisé en 1996. L'enfance et l'adolescence de Paul Dédalus, donc. Quant aux autres, qu'ils se rassurent : nul besoin de connaître les films précédents de Desplechin pour voir et apprécier celui-ci à sa juste valeur. Et sa valeur est grande, tant Desplechin paraît ici au sommet de son art de la narration et de la mise en scène, construisant son intrigue avec un sens de l'enchaînement et du contrepied qui vous tient en haleine et vous fait pétiller les méninges, et la filmant avec une élégance et un souffle qui transcendent le propos.

    Le film s'ouvre avec Paul Dédalus adulte : Mathieu Amalric bien sûr, le Jean-Pierre Léaud de Desplechin. Anthropologue réputé, il termine une mission au Tadjikistan et va rentrer en France. Un incident de passeport à l'aéroport va l'amener à revenir sur son passé. Il se souvient… Il se souvient de son enfance à Roubaix. Des crises de folie de sa mère. Du lien qui l'unissait à son frère Ivan, enfant pieux et violent, et dans une moindre mesure à sa sœur Delphine, faussement peste et vraiment généreuse. De sa grand-mère, libre et tolérante, jeune d'esprit à jamais, un phare dans la nuit. Des dialogues de sourds avec son père, qui se croyait fort et qui ne l'était pas, qui aimait trop sa femme pour aimer bien ses enfants…
    Il se souvient de ses seize ans. De son père, veuf inconsolable. De ce voyage en URSS avec le lycée, pendant lequel il fut amené avec son meilleur copain à se charger d'une mission clandestine auprès de dissidents en danger, et même à offrir son passeport, et donc sa propre identité, à un jeune homme qui parvint ensuite à s'exiler en Australie… Si bien qu'il existe depuis deux Dédalus et en certaines occasions, Paul se demande s'il est bien le bon…
    Il se souvient de ses dix-neuf ans, de ses frère et sœur qui avaient grandi eux aussi, mais en parallèle, si bien qu'il s'en sentait moins proche. De son cousin Bob, des soirées plus ou moins endiablées avec Pénélope, Mehdi et Kovalki, l'ami qui devait le trahir. De ses études à Paris, de sa rencontre avec le Docteur Béhanzin, femme exceptionnelle à jamais associée à sa vocation pour l'anthropologie.

    Et surtout, surtout il se souvient d'Esther, qui fut le cœur de sa vie, et dont on ne dira rien de plus car sa relation avec elle est aussi le cœur de ce film à la fois intimiste et romanesque, cérébral et charnel, distant et émouvant.


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