•  Une pure réussite! Le scénario est une pure merveille et les dialogues sont plein d'humour. Sous ses airs de gaudriole en terrain miné, "Tel Aviv on Fire" est avant tout un grand film humaniste qui tente de nous reconnecter avec l'autre et avec nous-mêmes. Et le pire, c'est que ça fonctionne. A ne pas manquer. Le réalisateur de "Téléphone arabe" a trouvé l’équilibre parfait entre suspense et humour noir.

    scénario: 17/20         technique: 17/20     acteurs: 17/20   note finale: 17/20

    Tel Aviv on fire

    Salam, 30 ans, vit à Jérusalem. Il est Palestinien et stagiaire sur le tournage de la série arabe à succès Tel Aviv on Fire ! Tous les matins, il traverse le même check-point pour aller travailler à Ramallah.  Un jour, Salam se fait arrêter par un officier israélien Assi, fan de la série, et pour s’en sortir, il prétend en être le scénariste. Pris à son propre piège, Salam va se voir imposer par Assi un nouveau scénario. Evidemment, rien ne se passera comme prévu.

    Si vous ne ratez jamais l'épisode quotidien de votre soap opéra préféré, ce film est évidemment fait pour vous. Si au contraire vous détestez le genre, ne passez pas pour autant à côté de Tel Aviv on fire, comédie alerte qui, en brodant un scénario malin autour d'un improbable feuilleton télévisé, nous livre une vision on ne peut plus pertinente des relations intenables entre Israéliens et Palestiniens.

    Nous voici donc en Israël où le célèbre soap opéra arabe Tel Aviv on fire est suivi assidûment dans toutes les chaumières. Ne nous leurrons pas, la plupart des spectateurs sont des spectatrices, pendues à cette intrigue plus que rocambolesque qui narre les aventures d'une espionne palestinienne, amoureuse transie d'un général israélien pendant la Guerre des Six jours, en 1967.
    Salam, charmant Palestinien de trente ans quelque peu tête en l'air voire complètement à l'ouest, vit à Jérusalem et travaille comme stagiaire sur le feuilleton produit à Ramallah par son oncle. Pour rejoindre les studios de télévision, il doit chaque jour passer par un check-point israélien pas franchement commode. Un soir, rentrant chez lui avec le scénario du dernier épisode sous le bras, il se fait arrêter par Assi, le commandant du poste, grand fan de la série. Pour tenter de se dépêtrer au plus vite de ce contrôle inopiné, Salam joue la carte de la célébrité, affirmant qu'il est le scénariste principal (alors qu'il n'est que simple conseiller sur les scènes en hébreu) et qu'il doit vite rentrer chez lui peaufiner le script. Mais Assi, dont la femme est encore plus accro que lui à Tel Aviv on fire, ne compte pas en rester là : il saisit le manuscrit, décide de le lui rendre le lendemain matin rempli d'annotations et d'idées de son cru pour transformer la série de l'intérieur et en faire basculer l'intrigue du bon côté, juif plutôt qu'arabe, et soyons honnête, un peu aussi pour faire plaisir à sa femme. Et là vous vous dites : catastrophe…

    De retour sur le tournage, surprise ! Les idées sont considérées comme géniales et Salam se voit confier, à l'essai, le titre de scénariste en chef de la série ! Ainsi va se créer entre nos deux drôles de compères une relation des plus étonnantes. Ils réécrivent le scénario de chaque épisode au check-point, Assi imposant au passage quelques lubies personnelles : mettre une photo de lui en arrière-plan pour que sa femme puisse le voir dans un des épisodes…
    Jusqu'à ce jour funeste où la chaîne de télé annonce la fin prochaine de Tel Aviv on fire… Coincé entre le colonel de Tsahal, les soutiens arabes et les désirs des producteurs, Salam va donc devoir puiser au fond de son génie créateur et abattre son coup de maître final…

    Sameh Zoabi n'a pas choisi la facilité en abordant le conflit israélo-palestinien sur un mode comique et pourtant ça fonctionne, grâce à un scénario réglé comme une horloge. La mise en scène joue habilement des codes du soap opéra comme du film à suspense, dessine parfaitement ses personnages et nous laisse pantois quant à la façon dont Salam va se tirer de toute cette affaire. En fait la grande intelligence du film est de ramener le conflit à une échelle humaine.
    Tel Aviv on fire, le feuilleton, joue le rôle d'une caricature, jusqu'au moment où il renvoie tous les personnages à une vérité qu'ils ne voulaient pas forcément voir. Quant à Tel Aviv on fire, le film, il nous rend attachants des êtres incapables de s'entendre mais qui se réunissent et vibrent à l'unisson devant un programme télé niaiseux… Quand dérisoire rime avec espoir…


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  • La bande annonce ne présage rien du film. Un beau film sur la détresse des réfugiés mais je ne m'attendais pas du tout à ce genre de film. Assez réussi. 

    scénario: 14/20     technique: 16/20     acteurs: 16/20    note finale: 14/20

    Styx

    Rike, quarante ans, est médecin urgentiste. Pour ses vacances, elle a planifié un voyage en solitaire pour rejoindre l’île de l’Ascension depuis Gibraltar, une île au nord de Sainte-Hélène, où Darwin avait planté une forêt entière. Seule au milieu de l’Atlantique, après quelques jours de traversée, une tempête violente heurte son vaisseau. Le lendemain matin, l’océan change de visage et transforme son périple en un défi sans précédent…

    Il faudrait ne pas trop en dire… Ce que réussit à faire l’excellente bande annonce, qui rend parfaitement justice au film. Intrigante, tendue, sensuelle, inquiétante. Le titre, Styx, qui fait doublement référence à la mythologie grecque, nous met dans le bain, celui d’un Océan qui va se déchaîner pour nous procurer de grands frissons. Alors que la protagoniste pense se diriger vers une sorte de paradis terrestre, son destin la conduit aux portes d’un enfer enfanté par les hommes. Nulle force occulte, nul dieu taquin ici qui se jouerait des mortels, s’amuserait à les torturer, ils le font si bien tout seuls ! En attendant, au sommet des immeubles qui surplombent le port, errent de majestueux macaques de Barbarie, arrachés jadis à leurs terres natales. Ils semblent dominer librement le monde rétréci des humains. Tout nous indique que nous pénétrons dans une fable grinçante, jusqu’à l’épigraphe sur une terrasse qui incite à « célébrer les années glorieuses » (Celebrating glorious years), mais qui est tellement défraîchie qu’elle semble, tout au contraire, en sonner le glas. Pourtant le soleil est éclatant, les flots d’un bleu paisible, dans ce détroit de Gibraltar où le temps se serait arrêté.

    La scène suivante sera une course poursuite époustouflante, imprévisible, au cœur d’une nuit baignée par des lumières synthétiques, quelque part en Allemagne… Le ton est donné, atypique. Styx ne cessera de nous surprendre, avec ses images somptueuses, belles à couper le souffle, ses ruptures de rythme, ses ellipses énigmatiques, ses fulgurances soudaines qui nous fouettent tels de vivifiants embruns. Nous voilà pris dans les mailles d’une palpitante aventure, une Odyssée des temps modernes. Il n’y a qu’à s’abandonner au rythme des vagues comme le joli voilier que Rike, notre héroïne, est en train d’affréter. Nous sommes déjà en totale immersion avec elle, derrière sa nuque, rivés à ses gestes, à sa respiration. Que dire de Susanne Wolff qui l’incarne ? En fait, tous les adjectifs paraissent pâlichons, tant elle est bluffante en tous points. Nul besoin de grands mots pour nous faire partager ses moindres frissons, son énergie vitale contenue. Et il en faut pour oser partir en solitaire dans ce voyage au long cours, être prête à braver les vents violents, la nature indomptable, l’isolement. On en frémit plus que la jolie quarantenaire : la solitude ne fait pas peur à Rike, bien au contraire ! Elle la désire tel un havre réparateur. Il est sans doute de pires démons, dans son quotidien de médecin urgentiste, que tous les êtres qui grouillent dans les sombres abysses. Sillonner la mer grande et belle, sans un regard en arrière, oublier les maux de la terre ferme, partir loin de la souffrance de ses congénères qu’elle côtoie de trop près… Elle sourit au vent qui la caresse, à l’oiseau qui l’observe, intrigué. Elle s’enivre de sentir l’eau qui glisse sur sa peau, la sensualité du soleil qui la caresse… Silencieusement, tout son être exulte. Destination : l’île de l’Ascension ; Ses seuls compagnons : son compas, son planisphère, un livre sur Darwin qui jadis transforma l’îlot désertique en jardin d’Éden… À ses instants perdus elle se love entre ses pages, s’évade dans les illustrations d’époque, rêverie anachronique. Un répit de courte durée. Au loin le ciel se charge d’un noir d’encre. Rike s’arc-boute, tout aussi résistante que vulnérable, prête à affronter seule la terrible tempête qui va tout chambouler. Seule ? Pas tant que cela…

    Même au fin fond de l’Atlantique, l’humanité finit toujours par vous rattraper, irrémédiablement prisonnière d’une planète ronde. D’ailleurs, petit clin d’œil du scénario, malgré les cinq mille kilomètres qui séparent Gibraltar de l’île de l’Ascension, toutes deux sont des territoires Britanniques. Mal avisés sont donc les Européens qui osent jeter l’opprobre sur les migrants, alors que nous en fûmes nous-mêmes…


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  • M

     Intrigué par un film tourné en yiddish, je décidai d'aller voir cette rareté. Ce n'est pas un film, c'est un documentaire sur les pédophiles dans les yéshivas. À l'heure des scandales pédophiles, "M" nous révèle de manière poignante que ce n'est pas l'apanage de certains prêtres catholiques. Si « M » est aussi ahurissant qu’explosif, c’est aussi parce qu’au fil des confidences et des arguments livrés par des religieux - visant à faire reposer tout ceci sur une logique tout à fait explicable, voire excusable -, certains dialogues laissent pantois. En s’attaquant à un sujet tabou dans une communauté orthodoxe, Yolande Zauberman signe un documentaire poignant dont on ne ressort pas indemne.

    scénario: 16/20       technique: 16/20    note finale: 16/20

    M

    «M» comme Menahem, enfant prodige à la voix d’or, abusé par des membres de sa communauté qui l’adulait. Quinze ans après il revient à la recherche des coupables, dans son quartier natal de Bnei Brak, capitale mondiale des Juifs ultra-orthodoxes. Mais c’est aussi le retour dans un monde qu’il a tant aimé, dans un chemin où la parole se libère… une réconciliation.

    C'est la voix de Yolande Zauberman qui nous fait entrer dans son magnifique film : « J’entre dans le monde de mes ancêtres à travers une blessure, celle de Menahem. » Le monde de ses ancêtres ? Celui des hommes en noir, juifs, ultra-orthodoxes, ceux de Bneï Brak, la capitale mondiale des haredim, littéralement les « Craignant-Dieu », plus composite et complexe qu’il n’y parait sous les tenues faussement uniformes. Un monde effarant, qui n’ose pas regarder une femme dévêtue, où chaque moment d’intimité avec ces êtres impurs est calibré, enseveli dans la plus sombre obscurité. On part à la chasse de la moindre miette de lumière, du moindre reflet. On colmate serrures, interstices, fentes… Chacun, avant d’entreprendre sa légitime épouse, se livre à une logistique impressionnante qui prend souvent plus de temps que l’acte lui-même, tuant dans l’œuf la moindre possibilité d’un semblant d’érotisme. D’ailleurs, si on pouvait procréer sans jouir, sans doute le ferait-on, ainsi le veut le Talmud…
    Menahem, le M du titre, se souvient de la moiteur des bains, des ablutions entre hommes, soudain troublés, propulsés par un irrépressible tourbillon de sensualité, de désirs inavouables. Il se souvient de ces membres virils, comme aimantés par la chair fraîche, incapables de dominer leurs pulsions… Trop forts pour être repoussés par un petit garçon.

    Menahem Lang était alors cet enfant dont la voix cristalline semblait pouvoir élever les plus belles prières vers l’infini. Devenu homme, tout son être paraît vibrer tant il module son chant bouleversant avec maestria. Mais dans les mélodies liturgiques qui le transportent, on perçoit comme une faille vertigineuse où se tapit un monstre vorace. Menahem est un personnage haut en couleur, drôle, extraverti. Pourtant on devine en lui les cicatrices mal refermées. D'abord intimidé, il gagne peu à peu en assurance au contact de Yolande Zauberman. Cet être assoiffé de justice vient réclamer à sa communauté la reconnaissance de sa souffrance, l’obliger à entendre sa vérité d'enfant abusé.

    L’homme progressivement nous épate, par sa liberté de ton, par son courage. La réalisatrice par la qualité de son attention, par sa douceur tranchante. L’un et l’autre non violents, malgré la rage rentrée, le venin qui les ronge. L’un et l’autre dignes, admirables. Ne cédant pas à la haine, ne refoulant pas la tendresse qui monte envers cette communauté malgré tout aimée. La caméra pénètre toujours plus profondément dans l'intimité de Menahem, respectueusement, sans la violenter, l'aide à briser les cercles vicieux qui l'entravent, à laver son enfance souillée…


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  • Bien que ce soit remarquablement filmé, ce film est d'un ennui mortel. les acteurs peinent à nous intéresser et eux-mêmes ont l'air de s'ennuyer terriblement. Le scénario est lent et peu intéressant. Les costumes, les décors et la photo sont magnifiques mais cela ne suffit pas.

    scénario: 10/20         acteurs: 12/20         technique: 18/20        note finale: 12/20

    Dernier amour

    Au XVIIIe siècle, Casanova, connu pour son goût du plaisir et du jeu, arrive à Londres après avoir dû s’exiler. Dans cette ville dont il ignore tout, il rencontre à plusieurs reprises une jeune courtisane, la Charpillon, qui l’attire au point d’en oublier les autres femmes. Casanova est prêt à tout pour arriver à ses fins mais La Charpillon se dérobe toujours sous les prétextes les plus divers. Elle lui lance un défi, elle veut qu’il l’aime autant qu’il la désire.

    A l'origine de ce projet singulier, il y a les mémoires de Giacomo Casanova, écrits dans la langue de Molière qui n'était pourtant pas la sienne et découverts par Benoît Jacquot alors qu'il a vingt ans à peine. Cette œuvre le marqua profondément, au point de devenir comme un compagnon secret de sa route artistique, jusqu'à devenir aujourd'hui (enfin ?) la source d'inspiration directe d'un film. Dans ce texte, Casanova évoque avec sincérité sa vie, ses rencontres, ses voyages (l'histoire a retenu le grand séducteur, mais il était avant tout un véritable aventurier) mais Jacquot a décidé de s'attacher à un épisode plus particulièrement marquant : sa rencontre avec une jeune femme, La Charpillon, qui restera son dernier et peut-être son seul et unique amour.

    Nous sommes dans les années 1760. Casanova, connu pour son goût du plaisir et du jeu, doit s'exiler à Londres. L'homme a atteint cet âge de maturité où plus rien ne semble l'effrayer et s’accommode volontiers de cette nouvelle escale dans une ville qu'il connaît peu et dont il ne parle pas la langue. Mais comme tout aventurier qui se respecte, il a dans chaque port quelques connaissances qui vont lui permettre de tenir son rang et le train de vie qui va avec : dîners mondains, bals plus ou moins clandestins et autres parties de jeux de hasard.
    Il rencontre ainsi, et à plusieurs reprises, une jeune fille mystérieuse dont il va s'éprendre et qu'il va vouloir conquérir. Mais cette courtisane, dont chacun sait ici qu'elle peut être à tout le monde, va se dérober à chacune de ses avances, distillant dans les jeux complexes de la séduction un venin troublant dont l'homme aux « cent quarante deux conquêtes » (c'est ce qu'il prétend dans ses mémoires) ne va pas sortir indemne. Elle lui lance un défi : elle veut qu’il l’aime autant qu’il la désire. Au nom de sa liberté, de l’idée qu’elle se fait d’elle-même, La Charpillon va décider que cet homme qui les possède toutes ne la possèdera pas, elle. À charge pour lui de comprendre alors que ce qu'elle veut, ce ne sont pas les caresses ni la passion charnelle, mais bien l'essence même de l'amour, un sentiment noble et pur, le seul finalement qui vaille d'être vécu, et que Casanova n'a peut-être jamais encore éprouvé.

    Casanova, c'est Vincent Lindon, qui s'est glissé dans le costume avec son charisme animal et porte merveilleusement la lassitude que l'on perçoit dans le visage, dans les yeux de cet éternel voyageur arrivé peut-être au seuil de sa dernière grande épopée. Il a le rugueux du baroudeur et les gestes délicats de l'homme habitué aux salons, aux sonates, aux pas de danse sur des parquets vernis. La Charpillon, c'est la délicieuse Stacy Martin, minois enjôleur qui cache très bien son jeu et dont la silhouette fragile révélera une maturité et une détermination de feu.
    Et parce qu'il est un réalisateur qui aime et qui sait magnifiquement filmer les femmes, Benoît Jacquot ajoute sa petite touche personnelle avec un personnage secondaire mais très important dans la construction de sa narration. Cette jeune et jolie femme qui déboule au tout début du film dans le salon sombre où un Casanova vieillissant écrit ce que l'on imagine être cette fameuse Histoire de ma vie et viendra recueillir son témoignage, c'est sans doute un alter ego féminin de Jacquot lui-même…


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  • Après Le Fils de Saul, Oscar du meilleur film étranger en 2015, Laszlo Nemes revient avec un film énigmatique et somptueux, une manière de chef-d’œuvre. Mais le scénario est vraiment embrouillé et on n'y comprend pas grand chose. N'espérez pas y comprendre quelque chose.Et la technique n'est pas à la hauteur: il y a ,souvent des plans flous pas réussis. Mais les costumes et les décors sont somptueux.

    scénario: 10/20      technique: 12/20    acteurs: 16/20     note finale: 12/20

    Sunset

    1913, au cœur de l’empire austro-hongrois. 
    Irisz Leiter revient à Budapest après avoir passé son enfance dans un orphelinat. 
    Son rêve de travailler dans le célèbre magasin de chapeaux, autrefois tenu par ses parents, est brutalement brisé par Oszkar Brill le nouveau propriétaire.
    Lorsqu’Írisz apprend qu'elle a un frère dont elle ne sait rien, elle cherche à clarifier les mystères de son passé.
    A la veille de la guerre, cette quête sur ses origines familiales va entraîner Irisz dans les méandres d’un monde au bord du chaos.

    En 2015, Le Fils de Saul, premier film du jeune Laszlo Nemes, entraînait les spectateurs dans un voyage éprouvant et mémorable, suivant, à l’aide de longs plans-séquences, le parcours d’un prisonnier du camp de concentration d’Auschwitz, des dortoirs crasseux jusqu’aux tranchées servant de charniers. Accueil triomphal à Cannes, Grand Prix du jury conforté quelques mois plus tard par l'Oscar du Meilleur film étranger. De quoi permettre au cinéaste hongrois de se lancer sans difficulté dans un nouveau projet, mais aussi de lui coller une pression phénoménale sur les épaules, car ce second film était forcément attendu au tournant.
    Pour Sunset, il opte à peu près pour le même procédé, suivant le personnage principal dans une ville de Budapest labyrinthique, en 1913. Cette fois, il ne filme pas un univers de souffrance et de mort, mais un monde en pleine déliquescence, une société agonisante, brûlant ses derniers feux avant le chaos.

    La caméra ne quitte pratiquement pas Irisz Leiter (lumineuse et grave Juli Jakab), qui revient à Budapest après plusieurs années passées hors du pays. Enfant, elle avait été envoyée suivre une formation de modiste. Aujourd’hui adulte, elle souhaite se faire engager dans le magasin de chapeaux que ses parents avaient fondé, et qui a été repris, après leur mort tragique, par leur employé, Oszkar Brill. Mais celui-ci, non seulement refuse de l’engager, mais lui fait comprendre qu’elle n’est pas la bienvenue dans cette ville.
    Le même soir, la jeune femme est rudoyée par un homme à la recherche d’un certain Kalman Leiter, qui pourrait être son frère. Intriguée, elle décide de rester à Budapest et de partir elle aussi à sa recherche. Elle découvre rapidement que Kalman est recherché pour le meurtre d’un notable, et considéré comme l’un des chefs de file des anarchistes. Pour le retrouver, elle va devoir s’aventurer dans les bas-fonds de la ville…

    Laszlo Nemes veut montrer toutes les facettes de cette ville tumultueuse, qui constitue, au début du xxe siècle, l’un des lieux les plus importants d’Europe. En 1913, l’Empire Austro-Hongrois est en effet à son apogée. Il règne sur une douzaine de pays, rassemblant différents peuples, différentes cultures et les partisans de tous les grands mouvements politiques, de l’extrême-droite à l’extrême gauche, qui vont marquer le vingtième siècle. Cette diversité se retrouve Budapest, mais reléguée dans la marge, sous le regard méprisant des notables locaux et l’indifférence de l’empereur, qui vit coupé du peuple dans son palais viennois.
    La mise en scène montre bien le clivage de cette ville, faisant cohabiter la grande bourgeoisie – la clientèle du magasin Leiter – et les groupuscules révolutionnaires, cachés dans les bas-fonds.

    Irisz est le trait d’union entre les deux mondes. Mais elle est aussi complètement étrangère à cette société, à cette ville qu’elle a quitté alors qu’elle n’avait que deux ans. Elle les découvre en même temps que le spectateur, qui voit à travers son regard. Elle est à la fois fascinée par cet environnement bouillonnant et perplexe face aux mystères qui entourent la ville. Partout règne une atmosphère de conspiration, de lourds secrets, plus Irisz s’approche de ce qu’elle pense être la vérité, plus le mystère s’épaissit. Et quand elle comprend finalement les conséquences de cette agitation politique, dans les tranchées entre la France et l’Allemagne, il est déjà trop tard.
    La mise en scène de Laszlo Nemes, remarquable, accompagne cette prise de conscience progressive, passant de mouvements de caméra élégants, réglés comme des valses viennoises, « nobles » d’un point de vue purement artistique, à des prises de vue plus brutes, plus brusques, évoquant autant le chaos social et politique que le trouble qui gagne peu à peu Irisz, à mesure qu’elle réalise la décadence de l’Empire et la perversité des notables du pays…


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  • Encore un film très réussi. Le duo Camille Cottin/Fabrice Luchini, dont la complicité et la spontanéité se marient à point avec le décor apaisant tout de pierres et de couleurs bretonnes, fait le sel de cette comédie qui, si elle rend hommage aux amoureux des livres et célèbre le pouvoir des mots, reste avant tout un divertissement intelligent.

    scénario: 17/20         technique: 17/20         acteurs: 17/20        note finale: 17/20

    Le mystère Henri Pick

    Dans une étrange bibliothèque au cœur de la Bretagne, une jeune éditrice découvre un manuscrit extraordinaire qu'elle décide aussitôt de publier. Le roman devient un best-seller. Mais son auteur, Henri Pick, un pizzaïolo breton décédé deux ans plus tôt, n'aurait selon sa veuve jamais écrit autre chose que ses listes de courses. Persuadé qu'il s'agit d'une imposture, un célèbre critique littéraire décide de mener l'enquête, avec l'aide inattendue de la fille de l'énigmatique Henri Pick.

    Quand vous êtes un jeune auteur, que vous avez passé des années à peaufiner votre manuscrit et que, alléluia, il est publié par un gros ou petit éditeur, pensez-vous que les choses soient terminées ? Non. Il faut passer l'épreuve de la critique, et plus particulièrement affronter les jugements péremptoires de Jean-Michel Rouche, chroniqueur télé à succès qui taille des costards ou encense les nouveaux romans publiés. Autant dire que si vous espérez un succès de librairie, il vaut mieux que Jean-Mi ait aimé votre bouquin.

    Pendant qu'à Paris il prépare sa prochaine émission – et qu'accessoirement il comprend que sa femme est en train de le quitter –, dans un petit village de Bretagne, une jeune éditrice au sourire enfantin mais aux dents un peu pointues tombe sur une bien étrange bibliothèque, dite « des manuscrits non publiés ». Elle y découvre ce qui lui paraît être une pépite, Les Dernières heures d'une histoire d'amour, qui mêle l'agonie d'une passion amoureuse et celle de Pouchkine, le grand poète et dramaturge russe. Elle pressent qu'elle tient là un gros succès et en effet, bingo ! Dès sa publication, le livre fait un carton. On salue unanimement l'intelligence, le brio de l'écriture autant que la prouesse littéraire de mêler deux tragiques destinées dans un style qui est celui des plus grands… Il y a en outre un mystère autour de l'auteur de ce chef d'œuvre impromptu : le roman est signé Henri Pick, décédé deux ans auparavant et connu uniquement comme le propriétaire de la pizzeria du petit village à la fameuse bibliothèque. Énigme supplémentaire : selon sa femme, Henri, un homme discret et on ne peut plus simple, n'a jamais lu un livre ni écrit une ligne de sa vie, pas même le menu sur l'ardoise de son restaurant…


    Bref, c'est typiquement le genre de buzz dont le petit milieu est friand et l'affaire commence à faire naître les plus folles rumeurs sur le cas Henri Picq : l'histoire de la littérature regorge d'exemples où de grands auteurs se sont cachés derrière un pseudo et il y a bien des maîtres du genre qui ont vécu d'autres vies que la leur pour écrire en secret…
    Pour Jean-Michel Rouche, sceptique par principe, l'histoire ne tient pas la route et il est persuadé que le prétendu mystère n'est qu'une vaste imposture pour faire vendre. Il décide alors de partir en Bretagne pour mener l'enquête et lever le voile sur cette mystification, plus ou moins secondé par Joséphine, la fille de l’énigmatique Henri Pick.

    Alors la voilà l'équation, simple et efficace comme un best seller qu'on lit d'une traite : Luchini + Foenkinos, ça donne une comédie façon enquête littéraire furieusement efficace et pétillante.


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  • Ce film est génial!!! On rit d'un bout à l'autre. Les actrices sont géniales. Le scénario est top. Une BO impeccable et des vues flatteuses de Boulogne-sur-Mer et du Portel achèvent de nous rendre furieusement sympathique cette comédie drôle et délurée, crue et culottée.

    scénario: 18/20      acteurs: 18/20    technique: 18/20    note finale: 18/20

    Rebelles

    Sans boulot ni diplôme, Sandra, ex miss Nord-Pas-de-Calais, revient s'installer chez sa mère à Boulogne-sur-Mer après 15 ans sur la Côte d'Azur. Embauchée à la conserverie locale, elle repousse vigoureusement les avances de son chef et le tue accidentellement. Deux autres filles ont été témoins de la scène. Alors qu'elles s'apprêtent à appeler les secours, les trois ouvrières découvrent un sac plein de billets dans le casier du mort. Une fortune qu'elles décident de se partager. C'est là que leurs ennuis commencent...

    Si vous n’aimez que les choses délicates, les œuvres raffinées, le bon goût, les bons mots… Si vous avez frémi au phrasé exquis et subtil de Cécile de France dans Mademoiselle de Joncquières et si la soie, le velours, le satin apportent à votre quotidien toute la douceur et la délicatesse dont vous avez besoin pour vous épanouir… et bien, n’achetez pas de place pour venir voir Rebelles. Vous risqueriez d’être furieusement en colère contre moi (dans le meilleur des cas), voire de subir un choc cinématographique aigu, et chacun sait qu’un CCA peut être au moins aussi grave qu’un anaphylactique. Car de dentelles, de rubans fleuris, d’alexandrins, dans ce film, il n’y en a point. Alors quoi ? On a retourné notre veste en tweed à Utopia ? On aime le gros rouge qui tache quand vous aviez toujours cru que nous ne jurions que par les vins bio naturels sans sulfites ni phosphates, élevés en cuve centenaire au clair de (pleine) lune ? Non, pas du tout.
    On a beau aimer le cinéma haut perché, défendre les Auteurs et les œuvres complexes, nous avons toujours été assez friands (peut-être pas la majorité de nos troupes, mais quand même) de ce cinéma irrévérencieux et mal poli qui flirte parfois avec le mauvais goût mais parvient à nous rendre sympathiques les pires sans foi ni loi, parce qu’ils sont toujours du côté des oubliés, des petites gens, des besogneux, et que leurs aventures, même répréhensibles, ont toujours le goût de la revanche sur les injustices de la vie, ses dominations, qu’elles soient sociales ou de genre.

    Nous sommes avec Rebelles bien plus dans un esprit Groland, ou celui des premiers films d’Albert Dupontel que du côté de Ken Loach et ça décoiffe sévère, à grands coups de truelle. C’est assez jubilatoire, souvent très drôle, et c’est enlevé par un trio féminin pétaradant qui vaut à lui seul le détour et fonctionne à plein régime, façon feu d’artifice. Alors oui, bien sûr, ça tache un peu, et non, ce n’est pas la grande classe, mais si vous acceptez de mettre votre bon goût légendaire (vous venez chez nous quand même et ça, c’est un signe qui ne trompe pas) de côté, l’effet poilade est garanti.
    Quand elle débarque du Sud de la France, sa valise en carton au bout de ses ongles impeccablement manucurés, en faisant la tronche parce qu’obligée de retourner vivre chez maman dans ses Hauts de France natals, Sandra ne se doute pas encore qu’elle va bientôt devenir riche, très riche. Elle ne connaît pas non plus celles qui deviendront ses deux complices à la vie, à la mort : Nadine, flegmatique ouvrière qui entretient un mari paresseux mais qui cache sous son tablier le costume d’une Bonnie Parker, et Marilyn, mère célibataire punk et survoltée, prête à dézinguer la terre entière pour une bonne cuite. Il sera question de boîtes de conserves, en très grande quantité, de la bande des Belges avec lesquels il vaut mieux ne pas trop faire les marioles, et d’un sac bourré de biftons, « le début des emmerdes », comme dirait Nadine, clown blanc de la bande, la plus ancrée dans le réel, la plus lucide.

    Allan Mauduit filme la conserverie de poisson, les docks de Boulogne-sur-Mer ou le camping en hiver comme s’il s’agissait d’un décor de western, sans méchanceté gratuite, avec un sens du comique de situation explosif, et il nous rend ses trois héroïnes, quoiqu’immorales, cogneuses, hargneuses… très attachantes car symboles d’un Girl Power décoiffant. Plus jamais vous ne regarderez une boîte de thon du même œil, ni une porte de vestiaire… on en recause.


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  • Du pur navet! Blier fait toujours des films bizarres mais quand en plus c'est nul... On comprend mieux pourquoi le réalisateur ne voulait pas montrer son navet aux journalistes... Les acteurs font ce qu'ils peuvent mais avec un tel scénario, c'est difficile pour eux. Mais c'est bien filmé bien que d'un ennui mortel. "Convoi exceptionnel" prouve une fois de plus que le petit univers de Bertrand Blier est devenu totalement étanche à quoi que ce soit qui pourrait le connecter à autre chose qu’à lui-même.

    scénario: 2/20     acteurs: 5/20   technique: 16/20   note finale: 2/20

    Convoi exceptionnel

    C’est l’histoire d’un type qui va trop vite et d’un gros qui est trop lent. Foster rencontre Taupin. Le premier est en pardessus, le deuxième en guenilles. Tout cela serait banal si l’un des deux n’était en possession d’un scénario effrayant, le scénario de leur vie et de leur mort. Il suffit d’ouvrir les pages et de trembler…


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  • Un film surprenant qui va de surprises en surprises. C'est très réussi. les acteurs sont au service d'un scénairo particulièrement intéressant. Le nouveau film de Safy Nebbou est aussi joueur qu’aigu. Ce portrait de femme borderline lui permet d’explorer finement les dérives de notre époque schizophrène, constamment tiraillée entre son goût pressant pour la transparence et ses petits arrangements avec la vérité. A travers ce portrait de femme complexe auquel Juliette Binoche se donne toute entière, Safy Nebbou livre un numéro cinématographique de haute voltige.

    scénario: 18/20      acteurs: 17/20       technique: 17/20     note finale: 17/20

    Celle que vous croyez

    Pour épier son amant Ludo, Claire Millaud, 50 ans, crée un faux profil sur les réseaux sociaux et devient Clara une magnifique jeune femme de 24 ans. Alex, l’ami de Ludo, est immédiatement séduit. Claire, prisonnière de son avatar, tombe éperdument amoureuse de lui. Si tout se joue dans le virtuel, les sentiments sont bien réels. Une histoire vertigineuse où réalité et mensonge se confondent.

    Elles en ont fait, du chemin, les nanas, depuis les soutifs brûlés… Conquérir des postes de pouvoir, refuser la domination masculine, choisir d’avoir (ou pas) des enfants, les faire seules et tenter d’être avec talent sur tous les fronts : au boulot, au lit, à la sortie de l’école, devant les fourneaux, et dans les dîners mondains. Elles se sont libérées, sans doute, et c’est tant mieux. Pourtant une autre forme d’aliénation s’est insidieusement glissée dans les cerveaux, sournoise, pernicieuse, d’autant plus difficile à combattre qu’elle est le fruit d’une injonction intime, nourrie par l’air du temps, distillée par les revues, la mode, sur un ton souvent enjôleur comme si tout cela n’était pas si grave. Il faut être désirable, en forme et garder les siennes bien fermes, être comme si le temps n’avait pas de prise, ni les grossesses, ni la fatigue, ni les coups durs de l’existence.

    Claire tente de composer avec tout ça et ne s’en sort finalement pas si mal. Larguée par l’homme de sa vie, elle vit seule depuis maintenant suffisamment longtemps pour supporter la déception d’avoir été trahie et jongle entre son boulot de maître de conférence, sa vie de mère et une relation exclusivement sensuelle avec un homme bien plus jeune qu’elle. Elle a beau se dire intérieurement qu’elle pourrait être sa mère, qu’elle n’a plus forcément tous les atouts pour garder contre son corps de femme de cinquante ans ce beau gosse musclé et plein de fougue, elle fait comme si le temps pouvait suspendre son vol, ne gardant que le meilleur sans les remords.
    Mais jeunesse se lasse… et Claire se retrouve sur la touche, non pas bannie, mais simplement écartée, comme un beau joujou auquel l’enfant aurait fini de s’intéresser, parce que la vitrine propose bien d’autres choses plus alléchantes.
    Comme Claire vit avec son temps et qu’elle n’est pas la dernière des cruches pour surfer dans ce vaste monde parallèle que sont les réseaux sociaux, elle va s’inventer un double pour espionner son amant négligent par l’intermédiaire de son meilleur pote, photographe de son état.
    Elle va devenir Clara, jeune, forcément très jolie et pas conne.
    Devenir autre est d’une facilité déconcertante et la proie va mordre à l’hameçon… tellement bien qu’une relation virtuelle entre les deux (presque) jeunes gens va s’installer. Prise à son propre jeu, Claire va jouir de ce nouveau statut, grisée par le mirage d’être redevenue jeune, désirable, attirante, fusse au prix du mensonge, de la manipulation et des faux semblants.
    Tout cela va mal se terminer, bien sûr, car on ne peut pas être celle que vous croyez sans se perdre dans les jeux de miroirs, sans troubler les eaux de sa propre identité pour finalement se noyer dans un océan virtuel qui cache sous ses allures de carte postale idyllique les méandres d’un gouffre digne du triangle des Bermudes.

    De forme initialement assez classique, le film n’est pas tout à fait non plus celui que l’on croit, plus malin, plus retors et plus complexe qui n’y paraît de prime abord. Banal portrait d’une femme mûre comme on dit pudiquement (sauf que bon, quand même, c’est Juliette Binoche et elle est canon), le récit se mue doucement en thriller au cœur duquel le spectateur lui-même va être aspiré, sans trop savoir finalement de quelle réalité il est ici question. Celle de Claire maître de conférence qui veut être aimée pour ce qu’elle est ? Celle de Claire racontant son histoire machiavélique dans le bureau d’une psychiatre (Nicole Garcia, impec) ou celle de Claire qui écrit son histoire pour exorciser ses démons ?


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  • Encore une merveille! On reste en haleine jusqu'au bout. "Les Témoins de Lendsdorf" nous rappelle qu’un film, quand il est réussi, est toujours symbolique, qu’il réunit l’image et l’idée, que l’une ne va jamais sans l’autre. Dans les champs ou les salles d’archives, l’investigation en question relève de l’archéologie mémorielle... Mais on est littéralement happé par ce travail austère et dérangeant, d’autant que l’obsessionnelle enquête de Yoel bifurque vers un questionnement identitaire assez inattendu. Et vertigineux. Amichai Greenberg, dont c'est le premier long métrage, fait preuve d'une grande efficacité narrative et d'un vrai sens du rythme. Sa mise en scène séduit, tandis que la complexité de son propos satisfait les cinéphiles les plus exigeants. Le réalisateur israélien Amichai Greenberg adopte la forme du thriller pour mettre en lumière le massacre de Rechnitz, en Autriche, en 1945 et les questionnements d’un historien sur son identité juive. Et c'est une totale réussite.

    scénario: 18/20      acteurs: 18/20   technique: 18/20    note finale: 18/20

    Les témoins de Lendsdorf

    Yoel est un historien juif orthodoxe, chargé de la conservation des lieux de mémoire liés à la Shoah. Depuis des années, il enquête sur un massacre qui aurait eu lieu dans le village de Lendsdorf en Autriche, au crépuscule de la Seconde Guerre Mondiale. Jusqu’ici patientes et monacales, ses recherches s’accélèrent lorsqu’il se voit assigner un ultimatum : faute de preuves tangibles des faits, le site sera bétonné sous quinzaine…

    Le propre de l'homme, c'est l'oubli…
    Yael est un historien juif orthodoxe qui enquête depuis des années sur une question qui l'obsède : où donc sont enfouies les victimes d'un massacre de Juifs qui a eu lieu à la fin de la seconde guerre mondiale à Lendsdorf, au cœur de l'Autriche ? Ses recherches jusqu'alors solitaires et silencieuses prennent brutalement un coup d'accélérateur à cause de l'ultimatum donné par les responsables d'un projet immobilier qui doit s'implanter sur ce qu'il suppose être l'endroit où sont enterrées les victimes : impossible de geler indéfiniment toute construction. Faute de preuves tangibles du massacre, le site sera bétonné sous quinze jours.

    Yael s'immerge alors plus intensément dans les archives, se rend sur les lieux supposés du carnage, s'acharne à retrouver les témoins encore vivants, les presse de questions… C'est comme un thriller, la quête obsessionnelle et tourmentée d'une vérité qui se dérobe sans cesse : il y a ceux qui ont oublié, ceux qui veulent oublier, ceux qui se taisent et Yael se cogne contre le vide du silence tandis que cette histoire qu'il n'a pas vécue l'affecte au plus profond de lui même, comme s'il avait absolument besoin de savoir pour pouvoir vivre sereinement. « La question de la Shoah est un élément intense et lourd de la vie de la communauté juive , dit Amichaï Greenberg, même aujourd'hui… » Comment et pourquoi cette nécessité de transmettre la mémoire de la Shoah alors même qu'on ne l'a pas vécue ? L'histoire de ceux qui nous ont précédé a-t-elle un si grand rôle sur ce que nous sommes…
    Cette quête que Yael menait, croyait-il, avec des motivations religieuses, culturelles, idéologiques, va pourtant prendre un tour inattendu en le confrontant à l'histoire de sa propre famille, une histoire occultée par sa mère et qui le renvoie tout à coup à sa propre identité. La vérité est-elle toujours bonne à dire, en quoi nous aide-t-elle à vivre ? Cette mise à nu d'une histoire familiale enfouie va avoir des conséquences dans sa relation à ses proches, à son neveu à particulier… L'oubli serait-il parfois un remède à la douleur et le silence une nécessité pour arriver à survivre ? Le véritable mystère qui alimente alors l'intrigue semble être moins celui du lieu où sont enfouis les disparus que les mensonges de sa propre mère.

    The Testament (traduction anglaise du titre original) est inspiré du massacre de Rechnitz en Autriche. Dans ce petit village, 600 Juifs sont condamnés à des travaux forcés. Dans la nuit du 24 au 25 août 1945, peu de temps avant l'arrivée de l'Armée Rouge, une grande fête à laquelle participe la nomenklatura nazie est donnée dans un château voisin du camp des prisonniers. Pendant que la fête bat son plein, les officiers allemands distribuent des armes aux invités qui massacrent alors près de 200 Juifs.
    Ce ne fut pas un cas isolé dans la région, où on achevait les prisonniers trop épuisés pour marcher. Mais dans ce cas précis, on ne retrouvera jamais les corps des victimes, les habitants de Rechnitz s'enfermant dans un mutisme obstiné, scellé au fil du temps par la disparition des témoins.


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  • Un film plein d'humour avec des acteurs formidables! On rit d'un bout à l'autre. Les dialogues sont géniaux.  Une réflexion brillante sur le pouvoir de l’argent.On peut simplement regretter que la fin ne soit pas à la hauteur du film.

    scénario: 18/20      acteurs: 18/20    technique: 18/20   note finale: 18/20

    La chute de l'empire américain

    À 36 ans, malgré un doctorat en philosophie, Pierre-Paul Daoust est chauffeur pour une compagnie de livraison. Un jour, il est témoin d'un hold-up qui tourne mal, faisant deux morts parmi les gangsters. Il se retrouve seul avec deux énormes sacs de sport bourrés de billets. Des millions de dollars. Le pouvoir irrésistible de l’argent va bousculer ses valeurs altruistes et mettre sur sa route une escort girl envoûtante, un ex-taulard perspicace et un avocat d’affaires roublard. Après Le déclin de l’Empire Américain et les Invasions Barbares, La Chute de l’Empire Américain clôt ainsi la trilogie du réalisateur Denys Arcand.

    Nous faire pouffer de rire sur ce monde désespérant ! C’est une fois de plus le pari réussi par Denys Arcand. Le constat est tout aussi sévère que dans les précédents films de la trilogie officieuse entamée avec Le Déclin de l’empire américain (1986) et Les Invasions barbares (2003). S'il n’est nul besoin d’avoir vu les deux premiers pour apprécier ce nouvel opus, les spectateurs qui les connaissent retrouveront la même veine narquoise sous une forme entièrement renouvelée, qui pioche dans le registre de la comédie et du film noir pour en illustrer le propos de façon toujours plus percutante et dynamique. Un film somme, où l’on retrouve les thèmes de prédilection du réalisateur et son sens du dialogue mis au service de ce qu’il sait faire de mieux : s’en prendre au système.
    L’empire américain décidément dégringole de haut. Bien mal avisés sont ceux qui continuent de penser « Jusqu’ici tout va bien ! » alors qu’il les entraîne avec lui dans sa course folle et que le sol se rapproche inexorablement ! Ce n’est pas en faisant l’autruche qu’on apprend à voler ! Alors mes biens chers sœurs, mes bien chères frères, rigolons ensemble ! Ça au moins, on ne peut pas nous le retirer.
    Pierre-Paul (tiens, il manque Jacques ?) est un spécimen en voie de disparition, un idéaliste de première dans une époque décadente. Il a des airs de troglodyte mal luné malgré son jeune âge. C’est pourtant une tronche, ce gars-là. Des années d’études brillantes pour obtenir un doctorat en philosophie et le voici enfin devenu… chauffeur livreur ! Le même alphabet qui lui permettait de lire Marx, Épicure, Aristote ou Racine… ne lui sert plus qu'à rentrer des adresses sur son GPS. On serait aigri à moins… Quant à ses amours, elles battent de l’aile. Sa copine bosse dans une banque, ce qui fait d’elle une collabo, une social-traitre. Bon, Pierre-Paul est poli et cultivé, il le lui dit donc de façon plus élaborée, mais non moins blessante… Et son amoureuse de lui demander à juste titre : m’aimes-tu donc ? Et lui de ne savoir que répondre. Y’a pas mieux pour briser une relation pourtant sincère.

    Sur ces entrefaites, un événement vient bousculer le cours des choses et l’empêcher irrémédiablement de retrouver ses esprits. Une manne inespérée va lui tomber du ciel, ou plutôt d’un camion : alors qu’il doit livrer un stupide colis pour trois dollars six cents, Pierre-Paul se retrouve à la tête d’un jackpot incroyable qui va tournebouler sa vie et pas que la sienne ! Mais chut ! On ne va pas tout vous dire, n’est-ce pas ? Voilà en tout cas notre olibrius dans une situation inextricable qu’il ne peut résoudre seul. Dès lors il devra entraîner dans son son sillage de drôles de zigotos : une prostituée de luxe, un gangster sur le retour, un avocat d’affaires, un kiné asiatique, un voleur à la tire noir et, tant qu’y être, sa désormais « ex », la banquière. Tout un aréopage improbable, des bras cassés unis pour réussir le coup du siècle ! Tandis que la police, rongeant son frein, lui colle aux fesses, Pierre-Paul (toujours sans Jacques !) louvoie entre ses activités salariées et bénévoles pour l’équivalent québecois des « compagnons d’Emmaüs ». L’occasion de faire un arrêt image sur ces beaux portraits de SDF, femmes, hommes, natifs d’ici ou d’ailleurs. Notre damoiseau a le cœur aussi grand que tous ceux qui luttent avec ou sans culottes, avec gilets jaunes ou sans chemises. Un cœur plus généreux que les possédants, les dirigeants… Dans le fond, l’injustice et la misère seront toujours plus puantes que l’odeur de l’argent sale, nous dit cette parabole contemporaine grinçante, haute en cynisme, mais fichtrement drôle.


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  • Des décors en carton-pâte, un scénario minimaliste embrouillé, des dialogues insipides: c'est ça le gros film de la semaine. C'est nul, ça n'apporte rien et c'est une perte de temps. Le nouveau blockbuster Disney-Marvel peine à relever le challenge « Wonder Woman ». Une héroïne monolithique dont le combat féministe semble être la seule raison d’exister. Le résultat, sans émotion, est plus proche de la niaiserie d’Un raccourci dans le temps que d’un Avenger traditionnel.

    scénario: 3/20    acteurs: 3/20   technique: 3/20   note finale: 3/20

    Captain Marvel

    Captain Marvel raconte l’histoire de Carol Danvers qui va devenir l’une des super-héroïnes les plus puissantes de l’univers lorsque la Terre se révèle l’enjeu d’une guerre galactique entre deux races extraterrestres.


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  • Un très beau film tout en nuances. Melvil Poupaud, Denis Ménochet et Swann Arlaud interprètent avec superbe ces héros ordinaires qui brisent le silence. Un film engagé et brillant. A travers un fait d’actualité, François Ozon signe à la fois un grand film politique, incitant à de grands questionnements de société, et un portrait très juste d’hommes fragiles mais jamais faibles.

    scénario: 18/20    acteurs: 18/20   technique: 18/20  note finale: 18/20

    Grâce à Dieu

    Alexandre vit à Lyon avec sa femme et ses enfants. Un jour, il découvre par hasard que le prêtre qui a abusé de lui aux scouts officie toujours auprès d’enfants. Il se lance alors dans un combat, très vite rejoint par François et Emmanuel, également victimes du prêtre, pour « libérer leur parole » sur ce qu’ils ont subi.
    Mais les répercussions et conséquences de ces aveux ne laisseront personne indemne.

    Ne rien laisser au hasard, ne rien céder au pathos. Refuser le manichéisme autant que les raccourcis, ne pas tomber dans la caricature, fuir les clichés. Frapper fort, mais avec une implacable justesse, sans appel, sans échappatoire, sans possibilité aucune ni de minimiser, ni de tergiverser : voilà la chair, puissante, du nouveau film de François Ozon. Et c’est un grand film, un film important. Il faut par ailleurs une audace certaine pour se lancer dans une fiction inspirée de faits on ne peut plus réels, en ne changeant ni les noms des protagonistes, ni les dates, ni les lieux, ni les témoignages. Grâce à Dieu aborde donc de front les actes criminels de pédophilie commis au sein de l’évêché de Lyon par le Père Preynat dans les années 1980 et 1990, et met en évidence le silence complice de l’Église et en particulier celui de Monseigneur Philippe Barbarin, archevêque de Lyon depuis 2002. Redisons le mot : le résultat à l'écran est implacable.

    Le film commence aux côtés d'Alexandre. Il a la quarantaine, vit à Lyon avec sa femme et ses cinq enfants. C’est une famille bourgeoise, catholique pratiquante, attachée à ses valeurs, unie, aimante, se rendant avec conviction à la messe du dimanche. Un jour, par hasard, Alexandre découvre que le prêtre qui a abusé de lui lorsqu’il était jeune scout officie toujours auprès d’enfants. Choqué, mais aussi porté par les paroles du nouveau pape progressiste, François, il décide de s’adresser aux autorités ecclésiastiques pour demander des explications. Sans le savoir, il vient d’ouvrir la boîte de Pandore, qui renferme, outre les monstruosités d’un homme qui a abusé pendant des années de dizaines de jeunes garçons placés sous son autorité, toute la mécanique du silence qui a insidieusement été mise en place par la hiérarchie de l'Église, par les familles, par la société.
    Face au manque évident de réactivité de l’Évêché, parce qu’il croit sincèrement à la vertu de la parole et qu’il demeure viscéralement attaché aux valeurs chrétiennes, Alexandre va aller plus loin et chercher d’autres témoignages. Un, puis un autre, et un troisième lui parviennent : parmi les anciens scouts du groupe Saint-Luc, nombreux sont ceux à avoir subi les attouchements, et parfois plus, du père Preynat, homme d’Eglise charismatique et terrible prédateur sexuel.

    Le film s’attache alors à raconter la création, dans un élan où fraternité et douleur se rassemblent, de l’association « La parole libérée » : en portant l’affaire sur la place publique, en demandant des comptes à l’église sur son silence, en voulant que justice soit faite, les victimes vont faire céder le verrou qui a cadenassé des décennies de honte, relâchant dans les esprits les torrent de souffrance qui, enfin, va pouvoir être dite et entendue. Et l’image, symbolique, de ces adultes accompagnant les enfants trahis qu’ils étaient dans ce délicat cheminement est tout simplement bouleversante.
    Alexandre s’est construit tant bien que mal une identité avec ce fardeau, trouvant le salut dans l’amour d’une famille et dans la foi. Mais Gilles n’a jamais pu s’extirper de la peur, de la culpabilité, ni en finir avec cette rage sourde qui distille encore en lui tant de violence. François, de son côté, a enfoui le secret dans un recoin bien planqué de sa mémoire, bouffant du curé comme on prend un antidote au poison. Certaines familles ont essayé de protester et ont renoncé devant l'impossibilité de se faire entendre, d'autres ont su et se sont tues, d’autres ont détourné le regard, d’autres encore ont minimisé les faits…

    Porté par un trio de comédiens remarquables, Grâce à dieu a l’intelligence de placer au centre de son propos la dimension humaine et la question du droit, de la justice, sans éluder les questions spirituelles et morales que le sujet implique.


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  • On rit d'un bout à l'autre. Les acteurs sont formidable e les dialogues plein d'humour. Une comédie sociale portée par deux acteurs au top. Mohamed Hamidi se joue des clichés et signe un film énergique - prix du public au Festival de l'Alpe d'Huez - qui fait du bien, avec un Gilles Lellouche attachant en PDG stressé.

    scénario: 17/20    acteurs: 17/20     technique: 17/20   note finale: 17/20

    Jusqu'ici tout va bien

    Fred Bartel est le charismatique patron d’une agence de communication parisienne branchée, Happy Few. Après un contrôle fiscal houleux, il est contraint par l’administration de délocaliser du jour au lendemain son entreprise à La Courneuve. Fred et son équipe y font la rencontre de Samy, un jeune de banlieue qui va vite se proposer pour leur apprendre les règles et usages à adopter dans ce nouvel environnement. Pour l’équipe d’Happy Few comme pour les habitants, ce choc des cultures sera le début d’une grande histoire où tout le monde devra essayer de cohabiter et mettre fin aux idées préconçues.


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  •  Un pur navet. Tout est dans la bande annonce. ce n'est pas amusant du tout. j'ai bien aimé les autres films d'Oteniente mais là, c'est complètement creux. Pathétique, ridicule et pas vraiment "feel good". Bref, scénario bâclé, dialogues pas travaillés, comédiens en surjeu, image mal léchée, ce All Inclusive est d'un ennui mortel.

    scénario: 5/20     acteurs: 5/20    technique: 16/20   note finale: 5/20

    Planté par sa fiancée à l’aéroport, Bruno s’envole seul pour une semaine dans un club de vacances All Inclusive aux Caraïbes. Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, il va devoir partager sa chambre avec Jean-Paul Cisse, éternel célibataire très envahissant…
    Avec  Lulu, retraitée et veuve très open, Caroline, Manon et Sonia, trois copines venues enterrer le divorce de la première et Edouard Laurent, le directeur du Club Caraïbes Princess, les deux vacanciers ne sont pas prêts d’oublier leur séjour sous le soleil des cocotiers.


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  • Une totale réussite. Adam McKay réalise un tour de force : nous instruire avec intelligence et humour sur la success story la plus dramatique que l’Amérique ait connue ces dernières années. "Vice" est de ce point de vue la démonstration implacable d’un système inepte et fallacieux, qui prêterait plus à en pleurer qu’à en rire. Heureusement, Adam McKay opte pour la farce, dans un film jubilatoire, instructif et irrésistible. Le machiavélisme de la politique est particulièrement bien décrit.

    scénario: 17/20     acteurs: 17/20   technique: 17/20   note finale: 17/20

    Vice

    Fin connaisseur des arcanes de la politique américaine, Dick Cheney a réussi, sans faire de bruit, à se faire élire vice-président aux côtés de George W. Bush. Devenu l'homme le plus puissant du pays, il a largement contribué à imposer un nouvel ordre mondial dont on sent encore les conséquences aujourd'hui…

    Dick Cheney : il y a des chances que ce nom ne vous dise pas grand chose, notamment aux plus jeunes d’entre vous… Et pourtant durant quelques années, de 2001 à 2006, Richard Bruce Cheney fut probablement l’homme le plus puissant de la planète. 2001, c’est évidemment le 11 septembre, cet attentat qui a sidéré l’Amérique non seulement par le nombre impressionnant de ses victimes (près de 3000 morts) mais aussi par la symbolique de son mode opératoire (plusieurs avions étaient capables de frapper simultanément le pouvoir économique et militaire du pays le plus puissant du monde). Le 11 septembre 2001, le nouveau président inexpérimenté, G.W Bush, n’est que depuis quelques mois au pouvoir. Et c’est le méconnu Dick Cheney, vice président qui a su négocier un poste aux super compétences renforcées, qui va, dans l’ombre et en lieu et place du président complètement dans les choux, assurer la riposte jusqu’au déraisonnable, avec dans un premier temps la guerre en Afghanistan, puis en 2003 la trop fameuse affaire des armes de destruction massive irakiennes qui mènera à l’invasion du pays, puis au chaos qui s’en suivra, aboutissant à la montée de Daesh.

    Vice, qui porte bien son titre à la double signification, est donc le biopic trépidant et au vitriol de celui qui fut un maître du monde insoupçonné du grand public. Le film suit le parcours de Dick Cheney depuis ses débuts laborieux d’étudiant fêtard et alcoolique, viré de la prestigieuse université de Yale au milieu des années 60, mis au pied du mur par son épouse à la volonté de fer qui menace de le quitter s’il ne se reprend pas en main, puis tout au long de son ascension dans l’échelle politique qu’il grimpe étape par étape grâce à une soumission parfaite aux hommes de pouvoir qu’il croise sur son chemin, notamment Donald Rumsfeld, futur secrétaire à la Défense durant la guerre en Irak. Mais c’est forcément sur la période Bush junior que le film s’attarde le plus longuement : l’acmé de la carrière de Cheney, la période durant laquelle lui, Rumsfeld et Wolfowitz, trois âmes damnées tenantes d’un conservatisme très marqué et d’un bellicisme délirant, vont instaurer le mensonge d’état comme arme de manipulation massive, contribuant par leurs faux renseignements à construire la crédibilité de Daesh par la suite. Mais c’est aussi, remarquablement analysée, la période de l’affaiblissement des droits fondamentaux, autant pour les citoyens américains que pour ceux qui vivent à l’extérieur en temps de guerre sous le joug américain, et aussi celle de la privatisation de la guerre puis de l’exploitation des terrains conquis déjà entamée sous Georges Bush père sous l’égide de Cheney, alors secrétaire d’Etat à la Défense. Cheney qui deviendra par la suite, au terme de sa carrière politique, PDG d’un des principaux conglomérats de l’industrie pétrolifère : Halliburton.

    Si tout cela peut paraître bien sinistre, il faut souligner qu’Adam McKay réussit à faire de toute cette histoire une géniale comédie acide, aux multiples rebondissements, dans laquelle tous les protagonistes de cette sinistre farce sont tous plus pathétiques et dangereux les uns que les autres. Et pour les incarner, des acteurs au sommet : Christian Bale, méconnaissable (on pense forcément à la prestation de Gary Oldman dans le rôle de Churchill, l’an dernier), donne une interprétation du rondouillard Cheney qui lui a valu un Golden Globe mérité, mais aussi Steve Carell dans la peau de l’insupportable Donald Rumsfeld, sans oublier la formidable Amy Adams dans le rôle de l’épouse discrète mais omniprésente, intraitable femme de pouvoir par procuration.


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  •  Un joli film typiquement français. Une totale réussite. Avec la coscénariste Cécile Vargaftig, Judith Davis offre un état des lieux de la France d’aujourd’hui, où l’obligation de rentabilité fait souffrir la population. Le talent de Judith Davis, actrice, scénariste et réalisatrice, éclate dans cette comédie, pleine d’un charme impétueux, sur la perte des idéaux.

    scénario: 17/20   acteurs: 17/20   technique: 17/20  note finale: 17/20

    Tout ce qu'il me reste de la révolution

    Angèle avait 8 ans quand s’ouvrait le premier McDonald’s de Berlin-Est… Depuis, elle se bat contre la malédiction de sa génération : être né « trop tard », à l’heure de la déprime politique mondiale. Elle vient d’une famille de militants, mais sa mère a abandonné du jour au lendemain son combat politique, pour déménager, seule, à la campagne et sa sœur a choisi le monde de l’entreprise.
    Seul son père, ancien maoïste chez qui elle retourne vivre, est resté fidèle à ses idéaux. En colère, déterminée, Angèle s’applique autant à essayer de changer le monde qu’à fuir les rencontres amoureuses.
    Que lui reste-t-il de la révolution, de ses transmissions, de ses rendez-vous ratés et de ses espoirs à construire? Tantôt Don Quichotte, tantôt Bridget Jones, Angèle tente de trouver un équilibre…

    « C’est une fille bien campée sur ses deux jambes… Jolie fleur du mois de mai ou fruit sauvage… Qui nous donne envie de vivre, qui donne envie de la suivre… jusqu’au bout ! » Qui se souvient encore des refrains de ces lendemains prometteurs qui chantaient au soleil ? Georges Moustaki, sans la nommer, nous parlait alors de la révolution permanente.
    Cinquante ans plus tard, c’est à ces idéologies, leurs mythes, à un monticule de trahisons et de déceptions que s’attaque de façon complètement hilarante et pertinente le premier film en tant que réalisatrice de l’actrice Judith Davis. Comme quoi le rire n’a jamais empêché la réflexion, ni la tendresse, bien au contraire ! Et comme par hasard, c’est Agat Films, société dont fait partie Robert Guédiguian, qui a produit ce joli remède à la mélancolie ! L’occasion de leur rendre hommage et de leur dire combien une fois de plus ils ne se sont pas trompés. Tout ce qu’il me reste de la révolution est un film formidable, gorgé d’une intelligence et d'une énergie qui mettent du baume au cœur et donnent la niaque d’avancer !

    Mais commençons par le commencement… Angèle, silhouette rousse d’éternelle révoltée, est de celles qui n’abdiquent jamais. Son dessin favori est sans doute ce doigt d’honneur qu’elle placarde sur les distributeurs de billets, les publicités débiles ou sexistes. Ça ne change pas la face du monde, mais qu’est-ce que ça fait du bien, cette modeste contestation du quotidien ! Sa colère légitime l’aide à se tenir droite dans les pire moments, elle en fait son carburant. En même temps, côté cœur c’est la Bérézina. Avoir grandi dans l’ombre écrasante de la génération 68 ne laisse pas grand place à la construction individuelle. Scander « L’intime est dérisoire face à l’action publique et citoyenne ! » laisse peu d’espace aux discours amoureux.
    Alors que sa grande sœur, plus cynique, en a soupé des engagements militants de ses parents, Angèle baigne inlassablement dans les idéaux d’alors, qu’elle a fait siens. Pas de concessions à la société de consommation, au capitalisme, aux dominants ! Sus à l’ennemi, plus grand il est, plus glorieux sera le combat ! Chaque jour elle se prend une nouvelle portière dans la figure, une nouvelle désillusion, un revers de manche, chaque jour elle trébuche maladroitement. Qu’importe, elle a la fougue de ceux qui se sentent investis par de justes causes ! Chaque matin elle se redresse et se redressera toujours, bien décidée à lutter contre la misère, l’exploitation, à œuvrer pour un monde meilleur ! Comme Simon, son père, qui ne s’est jamais avoué vaincu, ni pute, ni soumis. Il faut la voir arborant fièrement sa Chapka soviétique en plein Paris, affublée comme un arbre de Noël alors qu’elle débarque chez lui, puisque ses bons patrons urbanistes de gauche viennent de la virer. Pourtant elle y croyait ! Elle se sentait pousser des ailes pour transformer l’espace public, remettre l’humain au cœur de la ville. Des mots, encore des mots, toujours des mots… Face à une société qui se désagrège, que reste-t-il de tout cela, dites-le moi ?

    Mais le désarroi est vite digéré ! Ce qui triomphe, c’est la force vitale, la joie en tant qu’énergie réparatrice, libératrice. Et c’est cet héritage que nous lègue Tout ce qui me reste de la révolution : malgré le constat cinglant qu’il dresse de notre époque, ce qu’on retiendra c’est son refus joyeux du No Future !


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  • Si ce film n'était pas aussi grossier et vulgaire, il aurait tout pour être un chef d'oeuvre. Bien joué, beaux costumes, beux décors et bien filmé. Mais tout cela ne parvient pas à masquer une grossièreté bien inutile.

    scénario: 12/20   acteurs: 18/20    technique: 18/20   note finale: 12/20

    La favorite

    Début du XVIIIème siècle. L’Angleterre et la France sont en guerre. Toutefois, à la cour, la mode est aux courses de canards et à la dégustation d’ananas. La reine Anne, à la santé fragile et au caractère instable, occupe le trône tandis que son amie Lady Sarah gouverne le pays à sa place. Lorsqu’une nouvelle servante, Abigail Hill, arrive à la cour, Lady Sarah la prend sous son aile, pensant qu’elle pourrait être une alliée. Abigail va y voir l’opportunité de renouer avec ses racines aristocratiques. Alors que les enjeux politiques de la guerre absorbent Sarah, Abigail quant à elle parvient à gagner la confiance de la reine et devient sa nouvelle confidente. Cette amitié naissante donne à la jeune femme l’occasion de satisfaire ses ambitions, et elle ne laissera ni homme, ni femme, ni politique, ni même un lapin se mettre en travers de son chemin.

    Yorgos Lanthimos, le réalisateur du formidable The Lobster (son film suivant, Mise à mort du cerf sacré, était moins réussi mais même les plus doués peuvent avoir une baisse de régime), déboule dans le genre ultra-codé du « film à costumes » et l'aborde sans révérence aucune, le dépoussière avec l'humour acerbe qui est sa marque de fabrique. Dans le récit comme dans les dialogues ou la mise en scène, La Favorite ose un style qui tranche, un rythme vif, un langage qui détonne. Avec une virtuosité assez sidérante (qui en agacera sans doute certains), Yorgos Lanthimos signe une sorte de délicieuse tragicomédie aux griffes acérées, entre rire, drame, ironie et cruauté.


    Début du xviiie siècle. L’Angleterre et la France sont en guerre. Toutefois, à la cour britannique, la mode est aux courses de canards et à la dégustation d’ananas. La reine Anne, à la santé fragile et au caractère instable, occupe le trône tandis que son amie Lady Sarah gouverne le pays à sa place. Lorsqu’une nouvelle servante, Abigail Hill, arrive à la cour, Lady Sarah la prend sous son aile, pensant qu’elle pourrait être une alliée ; la nouvelle venue va y voir l’opportunité de renouer avec ses racines aristocratiques.
    Alors que les enjeux politiques de la guerre absorbent Sarah, Abigail quant à elle parvient à gagner la confiance de la reine et devient sa nouvelle confidente. Cette amitié naissante donne à la jeune femme l’occasion de satisfaire ses ambitions, et elle ne laissera ni homme, ni femme, ni calcul politique, ni raison d'état ni même un lapin se mettre en travers de son chemin…

    Cette plongée sarcastique dans les coulisses de la cour d'Angleterre est l'occasion d'un discours impertinent sur la bassesse des hautes sphères de pouvoir. Les personnages y sont tous fielleux, vils, égoïstes, cruels, lâches et manipulateurs. Lanthimos s’amuse évidemment d’une époque lointaine pour composer un miroir de celle d’aujourd’hui, où rien n’a fondamentalement changé. Pour bien incarner sa proposition, le cinéaste n’hésite pas à enlaidir ses protagonistes, comme un masque extérieur de leur laideur intérieure qui jaillit dans leur apparence, leurs actions ou leur discours. La Favorite devient ainsi une satire mordante de la médiocrité humaine, la cupidité, la soif de pouvoir et l’envie rapace de gravir l’échelle sociale pour les uns ou de tenir son rang et ses privilèges pour les autres. Pour faire vivre cette comédie amèrement dramatique qui est aussi une tragédie délicieusement rieuse, Lanthimos s'appuie un trio de comédiennes formidables (Emma Stone, Rachel Weisz et surtout Olivia Colman régalent) qui n’hésitent pas à beaucoup donner d’elles-mêmes dans un jeu de jubilation pervers. Et alors que l’élégance se mêle au grotesque, que le trivial épouse un esthétisme raffiné ou que les sentiments s’opposent aux rivalités, La Favorite d'apparaître comme le meilleur film de Lanthimos à ce jour, le mieux maîtrisé de bout en bout et délesté des petits défauts d’équilibre qui pouvaient habiter ses beaux efforts précédents. Un régal jouissif, grinçant et virtuose !


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  • C'est peu de dire que ce film est ennuyeux. c'est bavard, c'est long, c'est chiant. Si la dialectique ne peut pas casser des briques, dans "Double vies" elle nous les brise. Tout le film est conçu autour de ce paradigme, une succession d'échanges pontifiants entre bobos narcissiques, ne refaisant pas le monde à moitié ivres à 4 h du matin, mais proférant tour à tour de pseudo vérités dont la pertinence reviendrait à celui qui manie le mieux l'art de la rhétorique.Mais c'est bien filmé.

    scénario: 4/20      technique: 16/20   acteurs: 10/20   note finale: 2/20

    Doubles vies

    Alain, la quarantaine, dirige une célèbre maison d’édition, où son ami Léonard, écrivain bohème publie ses romans. La femme d’Alain, Séléna, est la star d’une série télé populaire et Valérie, compagne de Leonard, assiste vaillamment un homme politique. Bien qu’ils soient amis de longue date, Alain s’apprête à refuser le nouveau manuscrit de Léonard… Les relations entre les deux couples, plus entrelacées qu’il n’y paraît, vont se compliquer.

    On vit une époque redoutable. Hier encore, le cinéma se fabriquait pour la salle, la critique s'exprimait dans la presse et le temps, c’est certain, s’écoulait avec beaucoup moins de frénésie. Aujourd’hui, ce sont des géants du numérique qui font le cinéma (voir Scorsese et les frères Coen faire la promo de Netflix, ça nous fend bien le cœur), tout le monde et n’importe qui peut donner son expertise à grand coup de blogs, de tweets ou de publications sur un mur virtuel. Pourtant, faut-il dire que l’époque est moins intéressante ? Doit-on affirmer que « c’était mieux avant » ? Assistons-nous à la fin d’une époque ? d’un cycle ? d’un monde ? Il y a bien toutes ces questions dans le nouveau film d’Olivier Assayas, une œuvre diablement intelligente et précise, à l'écriture riche et complexe, aux dialogues ciselés, souvent drôles, toujours rythmés.


    C’est une sorte de comédie morale filmée comme un ténébreux thriller d’espionnage qui se situe dans le secteur de l’édition, en plein bouleversement, à l’heure donc où le numérique vient bousculer les anciennes pratiques de lecture et de publication. L’art, le cinéma, la littérature : tout est mangé à la sauce écran et bien malin qui pourrait prédire de quoi l’avenir sera fait pour les vieux modèles, ni même la pérennité des nouveaux modes de consommation culturelle. Dans les couloirs feutrés d’une belle et classieuse maison d’édition, on se sait plus à quel saint se vouer.
    Alain (Guillaume Canet, très bon), le responsable, est persuadé que le digital est l’avenir du métier, surtout s’il est placé entre les mains de personnes comme Laure (Christa Théret), sa jeune, jolie et talentueuse collaboratrice qui a plein d’idées pour révolutionner le monde de l'édition et mettre un bon coup de « point zéro » dans la fourmilière. Alain a conscience que le lectorat change et qu’il lui faut renouveler les auteurs emblématiques de sa société.
    Pas de bol pour Léonard (Vincent Macaigne, égal à Vincent Macaigne) qui, incapable de signer autre chose que des « auto-fictions » où il revient sur ses aventures sentimentales tumultueuses, s’essouffle à essayer de retrouver le succès de son premier roman. Au terme d’un déjeuner amical, Alain lui fait comprendre qu’il ne publiera pas son nouveau texte, qu’il est temps de changer, de registre ou d’éditeur.
    Alain assume son choix, car il estime que le texte est trop cru et ne correspond pas aux attentes des lecteurs. Mais en même temps (ah oui, encore ce « en même temps »), il se pose des questions sur la fiabilité de son jugement, car son épouse Selena (Juliette Binoche) a, de son côté, adoré – par ailleurs elle se refuse à l’idée de la mort du papier au profit des « liseuses numériques ».
    Léonard, vaguement rebelle, se drape dans une posture d’artiste maudit et incompris et ce n’est pas sa compagne, attachée parlementaire débordée d’un député engagé et forcément à gauche, qui va le réconforter.

    Autour de ce manuscrit vont se cristalliser les tensions du petit microcosme de l’art en général, de la littérature et du cinéma en particulier, autant que celles, plus intimes et inavouées, que vivent les protagonistes. Jusqu’où est-on prêt à se corrompre, à se mentir, à tromper les autres pour réussir, pour sauver les apparences, ou une pose sociale, ou son couple ? C'est dans ces interrogations que Doubles vies dépasse le petit milieu artistique parisien qui aurait pu l'étouffer, c'est dans le regard ultra-lucide, amusé et souvent grinçant, qu'il porte sur des personnages un peu perdus dans un monde en pleine mutation, que le film prend toute sa dimension, qu'il nous concerne, nous touche et nous fait rire. Une vraie réussite qui confirme la place de tout premier rang qu'occupe désormais Olivier Assayas dans le cinéma français.


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  • Un film plein d'humour et de tendresse! Une totale réussite, tant au niveau des acteurs, que du scénario et des dialogues. Et en plus, c'est bien filmé! Felix Moati est un grand réalisateur.

    scénario: 18/20       acteurs: 18/20     technique: 18/20     note finale: 18/20

    Deux fils

    Joseph et ses deux fils, Joachim et Ivan, formaient une famille très soudée. Mais Ivan, le plus jeune, collégien hors norme en pleine crise mystique, est en colère contre ses deux modèles qu’il voit s’effondrer. Car son grand frère Joachim ressasse inlassablement sa dernière rupture amoureuse, au prix de mettre en péril ses études de psychiatrie. Et son père a décidé de troquer sa carrière réussie de médecin pour celle d’écrivain raté. Pourtant, ces trois hommes ne cessent de veiller les uns sur les autres et de rechercher, non sans une certaine maladresse, de l’amour…

    Il y a quelque chose de Woody Allen dans le film de Félix Moati. Est-ce la musique, délicieusement jazzy ? Ou bien cette manière particulière de filmer la ville comme on filme une amoureuse ? À moins que ce ne soit cette tonalité vive et langoureuse qui swingue entre tragique et nonchalance, comme si le pire était toujours à craindre mais que la tendresse pouvait éclore à la moindre des occasions. Avec ses maladresses touchantes et ses hésitations mélancoliques, c’est un premier film délicat et étonnamment mature, qui aurait pu facilement se noyer dans la verve charismatique et envahissante de ses deux comédiens principaux (Poelvoorde et Lacoste) mais qui réussit pourtant un subtil dosage où chaque personnage tient sa place, sans bousculer ni faire de l’ombre aux autres. Lacoste est impeccable (quelle série pour lui ! Plaire, aimer et courir vite, Première année, Amanda, Deux fils…), Poelvoorde a rarement été aussi touchant et discret et le jeune Mathieu Capella est génial de naturel et d’audace.


    Il a beau être un brillant psychiatre, Joseph ne fait pourtant pas l'économie d'une très grosse crise existentielle. De celle qui vous retourne le cerveau en moins de temps qu’il n’en faut pour décider de tout plaquer, le cabinet, les patients, la renommée, et oser enfin vivre son vieux rêve : devenir écrivain. Quant au talent, c’est une autre affaire.
    Il a beau être très charmant et étudiant prometteur, Joachim, son fils aîné, n’en est pas pour autant épargné par un chagrin d’amour balèze comme un 4 tonnes qui l’a figé tout net dans un état de procrastination chronique qui l’empêche de commencer ou de terminer quoi que ce soit, et surtout sa thèse, au grand désespoir de son directeur de recherche, affligé par un si beau gâchis.
    Et entre les deux il y a Ivan, 13 ans, latiniste convaincu de la force d’un « rosa rosae rosam », collégien hors norme qui est très très en colère face au spectacle désolant de cet effondrement en bonne et dûe forme des deux modèles qui avaient jusqu’à présent guidé sa jeune vie.
    Ils sont père et fils, mais pourraient tout aussi bien être les trois âges de la vie d’un seul homme. L’adolescent fougueux et passionné, le cœur encore pur et l’âme incandescente, porté par le sens de l'absolu et une quête mystique. Le jeune homme désinvolte en pleine incertitude identitaire qui ne sait pas encore de quelle écorce sera construite sa vie et qui, déjà, sombre dans la nostalgie. Et l’homme mûr qui assiste passivement au départ de ceux qu’il aime (la toute première scène du film raconte avec force et pudeur tout le chagrin d’un deuil) et s’interroge sur ses erreurs passées et le temps qu’il lui reste (ou pas) pour enfin s’accomplir.

    Ils sont un père et ses deux fils, mais à l'occasion les rôles s’inversent, parce que les enfants ont quelquefois bien plus de sagesse et de lucidité que les grandes personnes, et que les grands ont eux aussi peur du noir ou besoin d’être tenus par la main.
    Et les femmes dans tout ça ? Elle brillent de mille feux, tout en étant souvent les grandes absentes. C’est Suzanne, le grand amour de Joachim qu’il ne peut oublier. C’est la mère qui est partie il y a si longtemps et dont l’ombre plane comme un fantôme. C’est la jeune prof de Latin (délicieuse Anaïs Demoustier), libre et sensuelle, fragile et diablement indépendante.
    Au fil des grands espoirs perdus et des petites victoires sur l’existence, à coups de gueule, à coups de blues, dans les étreintes maladroites et les silences complices, ces trois-là tentent de dire « je t’aime » et ça nous parle.


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  • Une pure merveille! Gamblin mérite le césar du meilleur acteur! Il est grandiose dans ce film: je crois que c'est son meilleur rôle. Casta aussi est magnifique et son jeu tout en nuances et en douceur est une pure merveille.  Un film romantique qui, à travers le portrait de cet homme rugueux au cœur tendre, donne foi en l’humanité. Ce biopic plein de poésie doit en grande partie sa réussite à l’interprétation sans faille de Jacques Gamblin, totalement habité par ce rôle de doux rêveur. Ce projet réclamait un acteur idéal, crédible dans un personnage de taiseux, inadapté au monde des hommes. Le film ressemble à son personnage central : silencieux et attachant, tenant les émotions à distance sans jamais les esquiver. Il puise sa beauté dans le mystère qui continue d’entourer le Palais idéal du facteur Cheval.les acteurs sont au service d'un scénario particulièrement réussi. C'est divinement filmé.

    scénario: 19/20                 acteurs: 19/20                  technique: 19/20   note finale: 19/20

    L'incroyable histoire du facteur cheval

    Fin XIXème, Joseph Ferdinand Cheval, est un simple facteur qui parcourt chaque jour la Drôme, de village en village. Solitaire, il est bouleversé quand il rencontre la femme de sa vie, Philomène. De leur union naît Alice. Pour cette enfant qu’il aime plus que tout, Cheval se jette alors dans un pari fou : lui construire de ses propres mains, un incroyable palais. Jamais épargné par les épreuves de la vie, cet homme ordinaire n’abandonnera pas et consacrera 33 ans à bâtir une œuvre extraordinaire : "Le Palais idéal".

    On connaît tous, peut-être sans toujours savoir le nommer ni le situer, cet étrange et saisissant monument, ce palais aux formes singulières, ni tout à fait bâtiment, ni tout à fait sculpture, amoncellement harmonieux de pierres, de colonnes, de statues et de tours comme tout droit sorties d’un conte oriental. Mais si l’on sait le destin tragique d’un Van Gogh ou les passions d’un Rodin, on aura du mal à raconter l’histoire du créateur de cette œuvre unique et hors-norme, un homme simple et ordinaire qui ne se voyait pas lui-même comme un artiste. Avec ce film, Niels Tavernier comble nos lacunes et nous raconte le destin incroyable d’un taiseux solitaire, facteur de son état mais poète dans l’âme. Jacques Gamblin campe un facteur Cheval plus vrai que nature, visage émacié, regard un peu fou perdu dans les paysages lointains de son imaginaire et inspiration dévorante pour l’œuvre de toute une vie. Il donne à l’homme toute la complexité de ses silences et au créateur toute la passion de son projet, mais surtout, il retranscrit avec une grande justesse ce que devait être le caractère de ce singulier bonhomme à l’aune de son palais : un cœur pur, encore perché dans l’arbre naïf de l’enfance, un esprit vif et drôle ayant plus le goût de l’écrit que celui du langage et un grand amoureux de la Nature, les deux pieds dans la Terre mais la tête dans les étoiles. Mais entrons plutôt dans le palais…

    Nous sommes à la fin du xixe siècle, à Hauterives, petit village de la Drôme. Ferdinand Cheval est facteur et fait tous les jours sa tournée à pieds, 33 kilomètres de chemins escarpés, de ruisseaux, de bois, de prairies qu’il parcourt les sens aux aguets, attentif au moindre chant d’oiseau. L’homme est effacé et peu à l’aise en compagnie de ses semblables dont il semble ne pas comprendre les codes et les usages. La nature, sa beauté, sa pureté, ses surprises et ses trésors, lui offre tout ce dont il a besoin pour être heureux. Peu de temps après la disparition tragique de sa femme et la séparation d’avec son jeune fils, il fait la connaissance de Philomène, une jeune veuve dont il va s’éprendre. Une fille naîtra de cette union, Alice.

    Au cours de l’une de ses tournées, il butte sur une pierre, manquant de tomber. Attiré par sa forme curieuse, il la ramasse et la glisse dans sa poche pour mieux la regarder à tête reposée. Ce sera « la pierre d’achoppement », celle sur laquelle il va bâtir son œuvre. Car par amour pour Alice, sa fille chérie, il a déjà en tête les contours de ce sublime Palais, fruit de son imagination, de ses lectures sur des pays lointains et de la contemplation des cartes postales exotiques qu’il achemine chaque jour jusqu’à leurs destinataires. Tout en restant facteur, il commence alors la construction de ce Palais Idéal, travaillant la nuit, charriant des cailloux dans sa besace, un panier, une brouette, inventant des techniques pour que son œuvre soit robuste, montant des échafaudages et faisant fi de tous les sarcasmes de ceux qui le prennent pour un fou. Absorbé tout entier par cette tâche qui le nourrit et l’habite, lui l’architecte, le maître d’œuvre, l’ouvrier, lui l’homme simple, le père aimant, le facteur Cheval crée le monde dans lequel il veut vivre. Une mosquée, un temple hindou, des animaux, un chalet suisse, un balcon, des escaliers, une cascade, des géants… la liste est infinie et montre toute l’audace et toute la curiosité de ce modeste facteur qui inventa, sans le savoir, l’art brut.


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  • Bof, déception. Hormis quelques scènes qui ressuscitent la folie absurde de la série animée, le film s'épuise dans une mollesse d'exécution que rien ne réanime : ni la scène seins nus de Chantal Ladesou ni la participation en bimbo insipide de Pamela Anderson. Les acteurs ne sont pas très bons et c'est assez mal filmé.

    scénario: 12/20    technique: 14/20      acteurs: 12/20       note finale: 12/20

    Nicky Larson et le parfum de Cupidon

    Nicky Larson est le meilleur des gardes du corps, un détective privé hors-pair. Il est appelé pour une mission à hauts risques : récupérer le parfum de Cupidon, un parfum qui rendrait irrésistible celui qui l’utilise…


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  • Encore plus réussi que le premier!!! C'est rare! Ce second opus est encore meilleur que le premier sorti en 2014. Le scénario cosigné Philippe de Chauveron et Guy Laurent est particulièrement bien écrit. Les répliques fusent. Les rebondissements sont multiples. Christian Clavier et Chantal Lauby portent cette nouvelle comédie qui bouscule les conventions et file à toute vitesse. On rit beaucoup, sans arrière-pensées. Et Dieu que c’est bon !

    scénario: 18/20      acteurs: 18/20     technique: 18/20   note finale: 18/20

    Qu'est-ce qu'on a encore fait au bon Dieu?

    Le retour des familles Verneuil et Koffi au grand complet !
    Claude et Marie Verneuil font face à une nouvelle crise.
    Leurs quatre gendres, Rachid, David, Chao et Charles sont décidés à quitter la France avec femmes et enfants pour tenter leur chance à l’étranger.
    Incapables d’imaginer leur famille loin d’eux, Claude et Marie sont prêts à tout pour les retenir.
    De leur côté, les Koffi débarquent en France pour le mariage de leur fille. Eux non plus ne sont pas au bout de leurs surprises… 


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  • Un très beau film. On sort des Invisibles avec la banane parce qu’on s’est amusé sans jamais éprouver de mépris ou de méchanceté. Le rire y est franc, mais bienveillant.

    scénario: 16/20    acteurs: 18/20   technique: 16/20   note finale: 16/20

    les

    Suite à une décision municipale, l’Envol, centre d’accueil pour femmes SDF, va fermer. Il ne reste plus que trois mois aux travailleuses sociales pour réinsérer coûte que coûte les femmes dont elles s’occupent : falsifications, pistons, mensonges… Désormais, tout est permis !


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  • Amanda Kernell ne se contente pas de nous faire don d’une réflexion bouleversante sur un colonialisme méconnu. Elle en profite pour clamer son admiration pour ceux qui ont l’incroyable capacité de couper tout contact avec leur culture et leur histoire. Tout un pan -méconnu, peu glorieux et non enseigné - de l'histoire de la Suède nous est dévoilé dans ce premier long métrage courageux et généreux. Ce très beau film, souvent très démonstratif, est aussi un très beau et délicat récit d’émancipation d’une jeune fille qui choisit de renier sa famille, sa culture et son identité pour conquérir son autonomie de femme et tenter de s’intégrer par l’éducation à la société suédoise.

    scénario: 18/20    technique: 18/20    acteurs: 18/20   note finale: 18/20

    Sami, une jeunesse en Laponie

    Elle, 14 ans, est jeune fille d’origine Sâmi. Elève en internat, exposée au racisme des années 30 et à l’humiliation des évaluations ethniques, elle commence à rêver d’une autre vie. Pour s’émanciper et affirmer ce qu’elle souhaite devenir, elle n’a d’autres choix que rompre tous les liens avec sa famille et sa culture.

    L'intérêt premier de ce beau film est de nous faire découvrir les Samis, communément appelés les Lapons mais c'est un terme qu'eux-mêmes refusent car c'est il est pour le moins péjoratif, puisque c'est un mot suédois qu'on peut traduire par « porteurs de haillons » ! Les Samis sont un peuple d'éleveurs de rennes et de pêcheurs qui occupe le Nord des trois pays scandinaves : Suède, Norvège et Finlande. Un peuple qui a su conquérir des formes d'autonomie et préserver un minimum de ses traditions ancestrales au prix de luttes et parfois de renoncements.

    C'est à un voyage dans le temps, à travers le destin d'une jeune fille devenue femme puis vieille dame, que nous convie la jeune réalisatrice danoise Amanda Kernell. La première séquence du film est contemporaine : une femme âgée, Christina, est conduite bon gré mal gré par son fils tout au nord de la Suède, à un enterrement où elle est attendue, alors qu'elle n'a pas vu les autres membres de sa famille depuis des décennies. On comprend qu'elle rechigne à rejoindre la cérémonie où tout le monde a revêtu, contrairement à elle, les habits traditionnels samis. Elle ne peut pas reprendre la route le soir même mais elle refuse de dormir dans la famille, préférant l'hôtel local, rempli de touristes venus du Sud du pays et qui pestent contre le voisinage bruyant des éleveurs de rennes…
    Un flash-back nous projette alors 70 ans auparavant. Christina s'appelle en fait Elle Marja, elle est une adolescente sami qui vit en campement avec ses parents et sa petite sœur Njenna mais se rend tous les jours à l'école suédoise, où elle apprend la langue nationale. Contrairement à sa cadette, elle brille en classe et, poussée par son institutrice, elle veut s'affranchir de sa culture d'origine pour réussir. Mais le racisme est omniprésent, par les moqueries des voisins suédois ou quand une délégation venue d'Uppsala vient effectuer un examen médical et anthropométrique des jeunes filles, en faisant fi de leur pudeur. Mais qu'à cela ne tienne, Elle Marja veut changer de vie, trouver l'amour, partir loin, même si elle doit tout quitter, renier ses origines et passer pour une bonne petite Suédoise.

    Porté par une jeune actrice remarquable, dont l'énergie pourrait rappeler la jeune Emilie Dequenne dans le Rosetta des Frères Dardenne, Sami, une jeunesse en Laponie pose magnifiquement tous les choix complexes et les épreuves auxquels ont dû faire face les Samis et par extension de nombreux peuples autochtones ; il montre bien le renoncement, l'acculturation au profit des dominants et évidemment le racisme qui n'a pas forcément le visage de la haine mais plutôt celui de l'exotisme condescendant, comme dans cette scène où des jeunes bourgeois d'Uppsala demandent à Elle Mjara de chanter un joik, le chant sami traditionnel. Mais la beauté du joik et de la culture sami est bien plus forte que le complexe de supériorité des Suédois ! Et le film s'avère un superbe hommage à ce peuple méconnu.


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  • Il manque un je-ne-sais-quoi pour que ce soit totalement réussi. Et malheureusement, je ne parle pas turc et la lecture des sous-titres fait manquer une partie du film. Quelques scènes amusantes. Mais c'est  long, beaucoup trop long.

    scénario: 12/20   technique: 16/20   acteurs: 15/20   note finale: 15/20

    Qui a tué Lady Winsley?

    Lady Winsley, une romancière américaine, est assassinée sur une petite île turque. Le célèbre inspecteur Fergan arrive d’Istanbul pour mener l’enquête.
    Très vite, il doit faire face à des secrets bien gardés dans ce petit coin de pays où les tabous sont nombreux, les liens familiaux étroits, les traditions ancestrales et la diversité ethnique plus large que les esprits.

    Parmi les films de Hiner Saleem, on retiendra tout particulièrement le dernier en date, le savoureux My sweet pepper land (disponible en Vidéo en Poche !), qui était une sorte de western revisité. Cette fois le réalisateur vient taquiner le polar façon Agatha Christie. Avec la même verve, la même fougue, le même sens de la dérision. Autant de qualités indispensables quand on est né comme lui dans le Kurdistan irakien et qu’on a dû le fuir à l’âge de 17 ans. Les gags à répétition, les situations comiques qu’il glisse dans ses films ne l'empêchent pas de conserver et de partager un regard critique sur la société turque, ses dérapages vis-à-vis de la question kurde, de la place des femmes… Dans ce Qui a tué Lady Winsley ?, Hiner Saleem adopte comme souvent un décalage humoristique qui lui permet de dire les choses en douceur, laissant aux spectateurs le loisir de prendre l’intrigue au premier degré ou de creuser plus en amont les allusions à peine voilées et leurs implications.


    Quand une enquête piétine alors qu'elle ne devrait surtout pas piétiner, c’est le célèbre inspecteur Fergan que la police stambouliote mandate pour la reprendre en main. Les cas insolubles, les affaires sensibles, c’est forcément pour sa pomme. Alors, dès que les autorités apprennent l’homicide de la romancière américaine Lady Winsley sur la petite île où elle passait tranquillement l’hiver, devinez qui on envoie pour éviter tout incident diplomatique avec le puissant oncle Sam ?
    Voilà donc Fergan qui vogue vers Büyükada, scrutant l’horizon tel Corto Maltese partant pour une course lointaine… Quand il débarque dans un petit village insulaire qui semble être resté figé au siècle dernier, on le croirait parvenu au fin fond de la Turquie. Ceux qui connaissent l’endroit y verront un premier clin d’œil : Büyükada n’est qu’à une quinzaine de kilomètres d’Istanbul ! Gardez cela en tête pour savourer l’effet comique des tribulations de notre détective affublé d’un éternel trench-coat aussi beige que celui de Columbo. Bien sûr les autorités locales accueillent l’intrus en grande pompe, comme il se doit, mais il devient vite clair que tous languissent de s’en débarrasser au plus vite, quitte à accuser arbitrairement un innocent.

    Dans le fond, la seule personne que la présence de Fergan ravit est la jolie aubergiste qui n’espérait pas un tel client en morte saison. Mais le devoir happe Fergan et peu lui importe d’être mal aimé, pourvu qu’il coffre le meurtrier. Débute donc l’enquête à partir d'un seul et unique indice : une goutte de sang dans l’œil de la victime, certainement celui de l’assassin. Tout parait si simple avec les technologies modernes : quelques tests ADN et le tour sera joué ! Bien sûr cela va se révéler plus complexe que prévu, sinon ce ne serait pas marrant. Pour parvenir à ses fins, Fergan va soulever bien des lièvres et semer la zizanie dans la petite communauté dont s’élèveront bientôt moult protestations, à commencer par celles de la pauvre vétérinaire locale, soudain mise à toutes les sauces…


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  •  Pourquoi Laurent Lafitte joue-t-il toujours dans des films bizarres? Celui-là ne m'a pas du tout convaincu. c'est ennuyeux et le scénario est vraiment approximatif. Bof.

    scénario: 12/20        acteurs: 12/20   technique: 16/20   note finale:12/20

    L'heure de la sortie

    Lorsque Pierre Hoffman intègre le prestigieux collège de Saint Joseph il décèle, chez les 3e 1, une hostilité diffuse et une violence sourde. Est-ce parce que leur professeur de français vient de se jeter par la fenêtre en plein cours ? Parce qu’ils sont une classe pilote d’enfants surdoués ? Parce qu’ils semblent terrifiés par la menace écologique et avoir perdu tout espoir en l’avenir ? De la curiosité à l’obsession, Pierre va tenter de percer leur secret...

     


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  •  Un très beau film sur la méchanceté humaine. Ce portrait d’une femme courageuse pourrait se dérouler n’importe où, à n’importe quelle époque, mais il possède le charme suranné d’une tragi-comédie British en costumes, qui fleure bon le vieux papier et l’amour des vrais livres. The Bookshop vaut pour son ambiance de bord de mer du Nord de l’Angleterre, à la fois froide, émouvante et corrosive, comme la société qu’il décrit, celle de l’après-guerre, traumatisée, entre tradition bien ancrée et volonté de changement frémissante, coincée dans un statu quo morne où la manipulation l’emporte sur la confrontation.Très réussi!

    scénario: 17/20     acteurs: 17/20      technique: 17/20    note finale: 17/20

    The bookshop

    En 1959 à Hardborough, une bourgade du nord de l’Angleterre, Florence Green, décide de racheter The Old House, une bâtisse désaffectée pour y ouvrir sa librairie. Lorsqu’elle se met à vendre le sulfureux roman de Nabokov, Lolita, la communauté sort de sa torpeur et manifeste une férocité insoupçonnée.


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  •  Encore un film magnifique où la musique est omniprésente. Jules Benchetrit, fils de Marie Trintignant, se montre impressionnant par sa capacité à donner une crédibilité totale à son personnage rétif au destin qui ne lui veut que du bien et triomphe dans son art de l’illusion.Bravo!

    scénario: 18/20    acteurs: 18/20     technique: 18/20    note finale: 18/20

    Au bout des doigts

    La musique est le secret de Mathieu Malinski, un sujet dont il n’ose pas parler dans sa banlieue où il traîne avec ses potes. Alors qu’un des petits cambriolages qu’il fait avec ces derniers le mène aux portes de la prison, Pierre Geitner, directeur du Conservatoire National Supérieur de Musique l’en sort en échange d’heures d’intérêt général. Mais Pierre a une toute autre idée en tête… Il a décelé en Mathieu un futur très grand pianiste qu’il inscrit au concours national de piano. Mathieu entre dans un nouveau monde dont il ignore les codes, suit les cours de l’intransigeante « Comtesse » et rencontre Anna dont il tombe amoureux. Pour réussir ce concours pour lequel tous jouent leur destin, Mathieu, Pierre et la Comtesse devront apprendre à dépasser leurs préjugés…


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  •  C'est la saison des beaux films. ce film est tout simplement magnifique; Avec douceur et subtilité, "Monsieur" bouscule les conventions pour montrer l’héritage des castes, pourtant abolies, et inviter à reconstruire des relations dans le respect mutuel. Un film à voir, indéniablement, pour comprendre ce que vivent encore les femmes en Inde, de manière la plus discrète qui soit. Un film aussi fin qu'intelligent, à ne surtout pas rater.

    scénario: 19/20       acteurs: 20/20     technique: 20/20     note finale: 19/20

    Monsieur

    Ratna est domestique chez Ashwin, le fils d'une riche famille de Mumbai.
    En apparence la vie du jeune homme semble parfaite, pourtant il est perdu. Ratna sent qu'il a renoncé à ses rêves. Elle, elle n'a rien, mais ses espoirs et sa détermination la guident obstinément.
    Deux mondes que tout oppose vont cohabiter, se découvrir, s'effleurer...

    Au creux de l’hiver, rien de tel qu’un film ensoleillé tout droit venu du pays des saris pour réchauffer nos sens engourdis. Monsieur est une gourmandise, aussi tendrement colorée et épicée qu’un subtil tandori. Ne reniant nullement les codes du cinéma populaire bollywoodien, il en élargit le champ, s’attaque aux carcans de la société indienne contemporaine dans un remarquable équilibre entre compréhension et dénonciation des traditions. Pour sa première fiction, la réalisatrice Rohena Gera s’attaque aux plafonds de verre et aux cages dorées de son pays natal, bousculant les convenances en douceur.

    Quand Ratna arrive à Bombay, c’est comme une bouffée d’incognito salutaire pour la villageoise qu'elle a toujours été. Ici son passé ne lui colle plus aux babouches. Non qu’il soit si terrible, mais il est des préjugés ancestraux qui persistent dans son village d’origine où chacun épie les faits et gestes des voisins, surtout ceux des voisines, des filles, des cousines… Impossible d’échapper aux injonctions des parents, à l'obsession du qu’en dira-t-on dans un bled où tout le monde vous a vu grandir. Arriver dans l’immense capitale du Maharashtra procure dès lors une véritable sensation de liberté. Ici une veuve pas trop éplorée (mariage de raison oblige) peut remettre des bijoux sans qu’on l’accuse de trahir son défunt mari, sans passer pour une dévergondée. On devine qu’elles sont nombreuses à être venues à la ville chercher une forme de rédemption, ou tout simplement la possibilité de respirer, l’espoir d’avancer vers un futur plus ouvert. Mais l’anonymat offert par cette grande marée humaine ne résout pas tout. Il y a au moins une chose à laquelle nul n’échappe : sa condition sociale. Pas plus qu’on échappe à son genre.

    Mais Ratna est loin d’être une victime soumise. Sous ses dehors dociles se cache une volonté inflexible qui va progressivement attirer l’attention de son nouveau maître, Ashwin. Bel homme languide, il est le fruit d’une classe supérieure qui persistera toujours à mépriser les humbles. Chez ces gens-là, on ne marie pas les torchons avec les serviettes et les domestiques sont constamment renvoyées à leur rang de serpillère, de petit électro-ménager humain interchangeable. Autant dire qu’Ashwin ne prête d'abord pas plus d’attention à sa nouvelle employée qu’aux tapis de son salon. Ils appartiennent à deux mondes opposés, deux planètes faites pour ne jamais se rencontrer, chacune rivée à son orbite, mue par des forces immuables. Chacun-e connait sa place et se garde de la remettre en question.

    Ce qui va faire la différence, c’est l'intelligence vive de Ratna. Elle observe, analyse sans disserter, anticipe les demandes et finit par comprendre son patron à demi-mots, mieux que quiconque. Elle perçoit son profond désarroi. La grandiloquence du paraître s’effrite. Bien calfeutré sous l’opulence, elle découvre le microcosme étriqué dans lequel Arshwin évolue à petits pas déjà vieux, du sofa au bureau, de son appartement frigide à sa luxueuse voiture climatisée. Dans le fond lui aussi n’est qu’un rouage, un mâle reproducteur prédestiné à perpétuer la dynastie familiale grâce à un mariage digne de son rang. Son avenir est tout bouché, alors que celui de Ratna est peuplé de tissus chatoyants, de marchés bruyants, de pousses verdoyantes, en un mot d’humanité. Il semble tout soudain qu’elle a tout à rêver, pas grand chose à perdre. Sans mot dire, l’obéissante servante creuse son sillon, avec ténacité, forçant le respect, même celui d’Arshwin, à son corps défendant. L’un et l’autre commencent alors à s’épier, sans jamais oser se frôler… C’est d’un romantisme fou !

    Cela pourrait être l’histoire banale d’un amour empêché qui laisserait un souvenir larmoyant et tragique. Mais dans un ordre si bien établi, nul clan n’a besoin de s’interposer entre les amoureux. Pas de poison, pas de poignards, pas de larmes… pas d’autres armes que les mots. Des mots qui enferment mais qui permettent aussi parfois de se libérer…

     


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