• Un excellent documentaire sur un problème méconnu de la guerre d'Algérie. Bien filmé, très intéressant, je recommande.

    scénario: 17/20     technique: 17/20   note finale: 17/20

    Algérie si possible

    En rencontrant ses anciens compagnons de combat, le film suit le parcours d’Yves Mathieu, anticolonialiste en Afrique Noire puis avocat du FLN. À l’indépendance de l’Algérie, il rédige les Décrets de Mars sur les biens vacants et l’autogestion, promulgués en 1963 par Ahmed Ben Bella. La vie d’Yves Mathieu est rythmée par ses engagements dans une Algérie qu’on appelait alors « Le Phare du Tiers Monde ». La réalisatrice, qui est sa fille, revient sur les conditions de son décès en 1966.

    C'est un film passionnant, un document rare et précieux sur une période pas vraiment connue de notre histoire récente, saisie dans sa dimension personnelle, locale et néanmoins universelle. À travers le destin d'un homme engagé, ce sont les destins des peuples qui se dessinent, se confrontent, et interrogent notre propre actualité.
    Viviane Candas part ici à la recherche de ceux qui étaient les compagnons de son père, tué un matin de 1966 sur une route d'Algérie par un camion militaire, et réussit au fil de ce parcours personnel à nous questionner sur des sujets aussi forts que la pureté en politique, les difficultés à ancrer une belle idée révolutionnaire dans la durée alors que, l'individualisme des uns, la soif de pouvoir des autres, la bureaucratie et l'immaturité politique du plus grand nombre la menacent autant que les interférences des pays « partenaires ». Ici, le récit factuel ne se dissocie jamais de ce qu'il y a de plus fondamental : le sens des choses, le sens de l'engagement, la difficulté d'agir dans un contexte où s'exercent des forces contradictoires. Pour autant qu'il y ait un lien affectif profond, en suivant les fils de vie qui la relie à l'histoire de son père, jamais Viviane Candas ne cède à la facilité et tisse un portrait intense et superbe, à la hauteur d'un homme exceptionnel et modeste, porté par un idéal immense et dont les valeurs survivent malgré le temps et sa disparition précoce.

    Yves Mathieu est né en Algérie. Avocat, militant anticolonialiste, engagé très tôt dans les réseaux de la résistance française, il devient un des avocats du FLN et continue après l'indépendance à travailler avec acharnement pour donner autonomie et force à cette Algérie qui lui est chevillée à l'âme. Son épouse aussi est avocate et ils participent ensemble à l'alphabétisation des populations, au reboisement des zones brûlées au napalm par l'armée française, à la mise en place d'un système de santé… Il est un des acteurs du projet d'autogestion des domaines agricoles, rédigeant les décrets de Mars 1963 sur les biens vacants, il participe aux comités de gestion qui dessinent les contours de la démarche révolutionnaire qu'engage Ben Bella dès 1963… L'Algérie devient alors « le phare du tiers-monde », le point de convergence de tous ceux qui luttent un peu partout dans le monde pour construire des sociétés plus justes… Che Guevara y tiendra son dernier discours public (en français).
    Puis Houari Boumédiène, à la suite d'un coup d'état, prendra le pouvoir et Ben Bella sera mis en résidence surveillée… La lumière n'a jamais été faite sur les conditions de l'accident qui a coûté la vie à Yves Mathieu ce matin là. Il se savait surveillé et les réactions de certains proches du pouvoir d'alors laissent entendre qu'ils s'attendaient à une issue de ce genre.

    Viviane Candas, en sus d'être la fille d'Yves Mathieu, est comédienne, scénariste, romancière, réalisatrice (Suzanne, qu'on avait beaucoup aimé il y a déjà dix ans). Son film est riche de rencontres exceptionnelles, d'informations multiples. Au-delà du portrait d'un homme, elle dessine celui d'un pays à un moment précis, donne à méditer sur son évolution, sur le rôle que la France a pu y jouer… « Pour que la jeunesse élargisse le champ des possibles et n'aie pas peur de faire de grandes expériences, il faut que la mémoire des expériences précédentes lui soit transmise. Elle trouvera comment s'en servir. » Viviane Candas


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  • Un film égyptien, touffu, improbable et bordélique. Mais assez intéressant.

    scénario: 14/20       technique: 16/20      acteurs: 16/20     note finale: 14/20

    Le ruisseau, le pré vert et le doux ruisseau

    Yehia est chef cuisinier. Avec son fils Refaat, passionné de recettes et de saveurs, et son cadet Galal, coureur de jupons, ils préparent des banquets pour des cérémonies de fête. 
    Lors d’un mariage paysan orchestré par Yehia et ses fils, au cours duquel se dévoileront des amours secrètes, un homme d'affaires de la région et sa riche épouse proposent de racheter leur commerce. ‎Devant le refus de Yehia, la proposition tourne à la menace...

    « L’air du temps est sinistre. Je vois autour de moi une agressivité, une violence terribles, dans la vie comme au cinéma. Je comprends qu’il faille secouer les gens, les pousser à se réveiller et à agir. Mais alors qu’on subit cette avalanche de mauvaises nouvelles permanentes, de gens qui nous répètent que les temps sont durs, comme si on ne le savait pas, j’ai pensé que c’était le moment de faire un film pour dire ce que j’aime dans la vie. En l’occurrence, des choses de base, celles-là mêmes qui ont poussé les Égyptiens à sortir dans la rue en Janvier 2011 : le pain, la dignité et la liberté. Le film part de cet élan-là, comme quand, en pleine épidémie de peste, circulaient les histoires du Décameron. Il y a des moments où les gens doivent se raconter des histoires pour se souvenir de la vie, et résister à la mort. » Yousry Nasrallah

    Le précédent film de Yousry Nasrallah, Après la bataille (2012), était une fiction presque improvisée dans l'Égypte au lendemain de la chute de Moubarak, avec histoire d'amour sur fond de manifestations sanglantes.
    Le cinéaste change de ton avec ce nouvel opus au titre sybillin, qui évoque les trois éléments définissant le paradis dans la poésie arabe. Paradis perdu, puisque le pays s'enfonce chaque jour un peu plus dans la sinistrose. Du coup, Nasrallah a eu envie de ressusciter l'opulence des fêtes populaires d'avant la crise économique : on entre dans les préparatifs d'un grand mariage derrière une famille de cuisiniers qui s'affairent entre les tables dressées en plein air et les abris où ils sont installés.
    Plus de la moitié du film n'est qu'un tourbillon de personnages sur fond de couleurs éclatantes, clin d'œil évident aux productions de Bollywood. Femmes en tenues extravagantes, hommes en habit, serveurs circulant dans une effervescence constante. Dire que l'on suit parfaitement le méli-mélo des intrigues amoureuses (entre les fils du cuisinier, une cousine, une nièce et un ex grand amour) serait exagéré… mais qu'importe ! Ce qui compte, c'est la célébration de la vie, que Nasrallah a voulue « renoirienne », voire paillarde (avec danses sensuelles, couplets coquins chantés, qui plus est, par des femmes).
    Vers la fin, la gravité pointe, un crime est commis. En témoin engagé depuis toujours, Nasrallah tient à évoquer la violence de l'Égypte actuelle, dénoncer les crimes commis par un magouilleur corrompu, valet du pouvoir…
    Un film touffu, épuisant par moments, mais un hymne courageux et généreux au plaisir, à la liberté et au droit à la dignité.


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  • Si comme moi, vous vous attendez à voir un film sur Saint François d'Assise, ce film n'est pas pour vous. C'est un film un peu bizarre, qui tourne à vide et au scénario incertain. C'est magnifiquement filmé, les images sont sublimes mais on aurait aimé un peu plus de profondeur.

    scénario: 12/20     technique: 18/20    acteurs: 16/20   note finale: 14/20

    L'ami, François d'Assise et ses frères

    À l’aube du XIIIème siècle en Italie, la vie simple et fraternelle de François d’Assise auprès des plus démunis fascine et dérange la puissante Église. Entouré de ses frères, porté par une foi intense, il lutte pour faire reconnaître sa vision d’un monde de paix et d’égalité.

    Une première approche superficielle du film pourrait déclencher des réactions décontenancées, voire déçues : où est le François que nous connaissons ? Car il ne faut pas venir voir L’Ami, François d’Assise et ses frères dans l’idée d’y trouver une nouvelle Vie du Poverello.
    Nous découvrons d’abord une Fraternité partageant étroitement la vie des plus démunis. Une Fraternité qui puise dans la prière son unité et son amour du Christ pauvre. Au cœur de cette Fraternité, François est comme brûlé par le feu de l’Évangile. Vivre l’Évangile, la mettre en pratique de manière radicale au milieu des plus petits, des parias de notre société, voilà sa vie et sa Règle. François qui se fait saltimbanque, héraut de l’Évangile, au risque de rencontrer incompréhension et hostilité.

    Mais le cœur de l’intrigue est ailleurs. Le film choisit de mettre en lumière la relation entre deux hommes : François et Élie. Élie de Cortone, un de ses premiers disciples, est profondément attaché à François. Il veut l’aider à « réussir » son utopie fraternelle ; mais pour cela, il pense qu'il faut un minimum d’organisation afin de gagner en « efficacité », afin d'institutionnaliser ce style de vie. Elie veut le bien de François, même contre son propre gré. Il veut assurer le succès de l’ordre et du coup ne pas refuser, a priori, le rapport avec les hiérarchies ecclésiastiques, les compromis, les arrangements. Alors que François ne pense pas à l'après, Elie est habité par l'idée que les Franciscains doivent durer dans le temps.

    Pourquoi cette ambition à première vue généreuse se heurte-t-elle au refus de François et à l’incompréhension des frères ? Qu’est-ce qu’Elie n’a donc pas compris de l’idéal évangélique de François ? De ces visions opposées naît un affrontement qui impliquera aussi leurs camarades. Le film laisse au spectateur le choix de sa propre position, en suggérant l’intemporalité d’un tel dilemme, par ailleurs plus que jamais d’actualité.

    (Frère Nicolas Morin, ordre des Franciscains – Chiara Frugoni, historienne)


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  • Mais comment fait-il? Comment fait Clint Eastwood pour nous réjouir à chacun de ses films? Quoiqu'il filme, quelque soit le sujet traité, il réussit à nous intéresser. Le scénario, les acteurs et la technique sont formidables. et pourtant le sujet de base ne l'était pas a priori...

    scénario: 17/20      acteurs: 17/20       technique: 17/20      note finale: 17/20

    Sully

    L’histoire vraie du pilote d’US Airways qui sauva ses passagers en amerrissant sur l’Hudson en 2009. 
    Le 15 janvier 2009, le monde a assisté au "miracle sur l'Hudson" accompli par le commandant "Sully" Sullenberger : en effet, celui-ci a réussi à poser son appareil sur les eaux glacées du fleuve Hudson, sauvant ainsi la vie des 155 passagers à bord. Cependant, alors que Sully était salué par l'opinion publique et les médias pour son exploit inédit dans l'histoire de l'aviation, une enquête a été ouverte, menaçant de détruire sa réputation et sa carrière.

    Clint Eastwood est une énigme. Logiquement, considérant ses déclarations largement relayées par les médias au moment des élections américaines, son soutien régulièrement ré-affirmé au candidat puis au sinistre Président Trump, sa propension à militer pour la défense d'un pur patriotisme va-t-en guerre qui ferait passer le défunt Charlton Heston pour un apôtre de la non-violence façon Ghandi, nous devrions avoir au minimum quelques réticences sinon des difficultés à rentrer dans ses films – sensés, d'une façon ou d'une autre, illustrer un certaine vision du monde. Et, on ne va pas se mentir, ces dernières années, ça a parfois été le cas. Autant dire qu'on n'attendait pas grand chose de ce Sully qui, sur le papier, portait en germe, justement, tous les ingrédients de la fable édifiante propre à célébrer l'Amérique éternelle, l'Américain béni de(s) dieu(x), l'héroïsme individuel, tout ça… et patatras ! En plus d'avoir réalisé un film vertigineux et captivant, un magnifique huis-clos désabusé déguisé en film-catastrophe, on voit Eastwood détricoter consciencieusement le mythe à mesure que la machine médiatique le construit. Revenir au simple, au concret, au palpable.


    Qui se souvient du « miracle de l’Hudson » ? De ce côté de l’Atlantique, pas grand monde. Pourtant aux États-Unis en 2009, quand un A320 de l’US Airways réussit un amerrissage en catastrophe sur le fleuve Hudson, l’exploit des pilotes prend rapidement une dimension psychologique inattendue sur un peuple encore traumatisé par les attentats du 11 Septembre et se remettant à peine du choc de la crise financière de 2008.
    Qui se souvient de Chesley Sullenberger dit Sully, le commandant de bord de l’avion qui, en trois minutes et une poignée de secondes, a décidé de la vie de cent cinquante quatre personnes en prenant la décision de se poser sur le fleuve plutôt que de faire demi-tour pour atterrir sur les pistes de l'aéroport de La Guardia tout proche ? Sully immédiatement porté aux nues et élevé au rang de héros de la nation par l'opinion publique et les médias ? Pas grand monde. Ce que l’on sait encore moins, c’est que les autorités aéronautiques – et surtout les assurances des compagnies aériennes, peu enclines à payer – ont auditionné à charge les deux pilotes, remettant en cause leurs décisions et menaçant ainsi leur carrière et leur réputation. Ce que l'on reproche à Sully, c'est de ne pas avoir suivi la procédure et d'avoir perdu un avion. D'après les conclusions des simulateurs de vols, il aurait dû se poser sur une des nombreuses pistes des aéroports voisins et ainsi ne pas mettre en danger la vie de ses passagers ni celle des habitants de Manhattan. Mais les simulateurs calculent a posteriori, et ne sont pas dans l'obligation de faire des choix dans l'urgence… Et ce qui entre en jeu dans ce récit, c'est aussi les rapports de plus en plus déshumanisés qui régissent la vie de nombre d'entreprises. C'est la place faite aux machines, aux ordinateurs au détriment de celle de l'humain.

    C’est cette histoire sans le moindre suspense mais avec un tension dramatique qui vous scotche littéralement à votre fauteuil pendant une petite heure et demie qui passe comme dans un rêve, que ce satané Clint Eastwood se propose de nous raconter. Avec une habileté consommée, il mêle les codes du film catastrophe (où rarement l'angoisse des passagers au moment de l'accident aura été montrée avec autant de pudeur et d'efficacité) et le portrait intime d'un homme ordinaire, devenu héros d'une Amérique en mal de figure positive. Qui mieux que Tom Hanks pour incarner cet homme intègre et droit ? Il confère à ce personnage en proie aux doutes la fragilité aussi bien que la force de caractère qui siéent à un pilote de ligne en fin de carrière. Sully, le film, a une classe imparable et une générosité qui mettent à bas – et c'est tant mieux – l'image qu'on se faisait cet été d'un Clint Eastwood de plus en plus réac en vieillissant. Chic !


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  •  Un joli dessin animé mais pas à partir de trois comme indiqué dans les pubs. Les petits sont trop sensibles pour ce dessin animé. A partir de 7 ans. Pas avant.

    scénario: 16/20    technique: 16/20   note finale: 16/20

    Ballerina

    Félicie est une jeune orpheline bretonne qui n’a qu’une passion : la danse. Avec son meilleur ami Victor qui aimerait devenir un grand inventeur, ils mettent au point un plan rocambolesque pour s’échapper de l’orphelinat, direction Paris, ville lumière et sa Tour Eiffel en construction ! Félicie devra se battre comme jamais, se dépasser et apprendre de ses erreurs pour réaliser son rêve le plus fou : devenir danseuse étoile à l’Opéra de Paris…


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  • Un très beau documentaire sur Jerôme Bosch et son célèbre tableau "le jardin des délices" en particulier. Très réussi et passionnant.

    scénario: 16/20     technique: 16/20      note finale: 16/20

    Le mystère Jerôme Bosch

    500 ans après sa disparition, Jérôme Bosch, l’un des plus grands peintres flamands, continue à intriguer avec une œuvre aussi fascinante qu’énigmatique, aux interprétations multiples. À travers « Le Jardin des Délices », historiens de l’art, philosophes, psychanalystes en cherchent le sens et rendent un hommage vibrant à un artiste qui défie le temps.

    Savez-vous quel est le point commun entre Deep Purple, le groupe précurseur du heavy metal, et Michael Jackson, le King de la Pop ? La réponse, pour le moins étonnante, est : Jérôme Bosch et plus précisément son célébrissime Le Jardin des Délices. Fascinés par le peintre flamand, les uns et l'autre ont utilisé un détail de ce tableau mythique pour illustrer une de leurs pochettes, celle de l'album éponyme Deep Purple de 1969 et, pour le roi du moon walk, celle de son album Dangerous, en 1991…
    C'était une amusante petite anecdote pour montrer à quel point ce peintre et tout spécialement son Jardin des Délices, exposé depuis 1936 au Musée madrilène du Prado, ont marqué des générations d'artistes de tout poil, autres peintres comme Dali et plus largement les surréalistes, mais aussi artistes de BD, philosophes et évidemment historiens d'art. Le documentariste José Luis López-Linares, qui connait chacun des recoins du Prado, a eu tout le loisir de voir et revoir Le Jardin des Délices et de se laisser subjuguer par sa beauté vénéneuse et son vertigineux mystère. Il a ressenti l'impérieux besoin de confronter cette œuvre non seulement au regard des visiteurs – frappés parfois du célèbre syndrome de Stendhal –, mais à celui de prestigieux intervenants de tous horizons qui nous font partager leur passion pour Bosch et leur ressenti face à une œuvre dont l'interprétation prête encore, cinq siècles après sa création, à controverses.


    Car ce qui se dévoile au fil du film et des entretiens, c'est que Jérôme Bosch, né au milieu du xve siècle dans un honnête bourg du Brabant septentrional (l'actuel nord des Pays Bas, alors sous domination du duc de Bourgogne avant son annexion quelques années plus tard à l'Empire des Habsbourg) est lui-même un mystère. Ce qui surprend, c'est le contraste entre ce qu'on connaît du parcours de l'homme, très conservateur, fils d'une famille de peintres installés, membre honorable de la très pieuse confrérie Notre Dame (une assemblée de notables très catholiques, qui vouaient un culte à la Vierge) et sa folie picturale absolument singulière et même inacceptable pour son époque, au point qu'il fut boudé pendant quatre siècles avant d'être redécouvert entre autres par les surréalistes. Cette folie créatrice est peut être à son apogée dans ce Jardin des Délices tryptique probablement commandé par le prince de Nassau dont la cour était alors à Bruxelles. Un tryptique à vocation morale, avec sur le panneau gauche une évocation supposée de la Genèse et du Jardin d'Eden. Au centre une description hallucinante, à base d'innombrables micro saynètes, d'un eden voué aux excès et à la luxure. Et enfin à droite une description méticuleuse des affres de l'enfer. Face à ce tableau fourmillant de détails géniaux et grotesques – fruits géants que des personnages minuscules dévorent, animaux fantastiques symboles du péché pour la plupart, scènes orgiaques à peine déguisées, tortures que même le plus sadique des bourreaux chinois impériaux n'auraient pas imaginées – on a toujours cherché comprendre si Bosch était un moraliste rigoriste voulant montrer le pire pour inciter à la vertu, ou un génie provocateur se vouant à la description du vice avec gourmandise.

    Le film voyage au cœur d'une œuvre qui mériterait des heures de contemplation et permet de confronter les réflexions de grands noms de la littérature, de la philosophie, de l'histoire de l'art, des arts plastiques contemporains pour tenter de décrypter – peut-être en vain – un mystère qui se voulait dès le départ insoluble. Mais même si aucune réponse définitive n'est donnée, l'enquête est passionnante et excitante.


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  • Navrant. C'est complètement raté et on s'ennuie ferme malgré quelques répliques amusantes.

    scénario:10/20     acteurs: 12/20   technique: 16/20    note finale: 8/20

    Cigarettes et chocolat chaud

    Denis Patar est un père aimant mais débordé qui se débat seul avec l’éducation de ses filles, Janis 13 ans et Mercredi 9 ans, deux boulots et une bonne dose de système D. Un soir Denis oublie, une fois de trop, Mercredi à la sortie de l’école. Une enquêtrice sociale passe alors le quotidien de la famille Patar à la loupe et oblige Denis à un « stage de parentalité ». Désormais les Patar vont devoir rentrer dans le rang…

    Un premier film ennuyeux. À éviter. On imagine dès le titre les volutes de fumée des adultes s'entremêlant aux parfums chocolatés de l'enfance. Raté!  Petites joies simples et sensuelles auxquelles on revient toujours en grandissant. Pèlerinage discret vers les instants douillets de l'âge tendre et son goût contrasté d'insouciance et d'interdits. Petits, on prend conscience du monde et de ses contradictions, surtout celles des grands qui semblent prendre un malin plaisir à faire ce qu'ils nous interdisent. Comme les cigarettes : il n'est pas plus convenable de fumer devant des gosses que de les accompagner en retard à l'école ou de les y oublier. Le genre de choses que fait perpétuellement Denis Patar. Une conduite qui pourrait le faire passer pour un père indigne et pourtant ! Mais la sauce ne prend pas.


    Dans l'intimité de sa famille, ce gros ours nonchalant aux manières un peu spéciales (parfaitement incarné par Gustave Kervern !) est surtout un véritable papa poule. Il suffit de regarder la manière dont s'épanouissent ses deux filles, joyeuses, sans complexes, pour en être assuré. Peut-être n'ont-elles pas les codes traditionnels ? Pourtant elles semblent pouvoir s'adapter à tout. Jamais en difficulté face à leurs interlocuteurs qu'elles prennent un malin plaisir à désarçonner grâce à leur sens de la répartie. Même les flics ! Ben oui ! C'est chez eux que la cadette de neuf ans (prénommée Mercredi, la pauvre !) atterrit régulièrement dès que son paternel oublie un peu trop les horaires. Elle les tutoie, les amadoue, les appelle par leur petit nom, va jusqu'à les taquiner sans qu'ils fassent mine de broncher. Mais cette fois-là : rien n'y fait… Quand Denis arrive au commissariat, un signalement a été fait auprès des services sociaux. Autant dire : le début des emmerdements.

    Les services en question sont incarnés par une jeune femme lisse et formatée par sa fonction d'assistante sociale. Lorsqu'elle vient auditionner la famille Patar, Séverine, avec son œil inquisiteur de professionnelle, a tôt fait de noter le moindre détail qui cloche. Le branlebas de combat, la vague de rangement provoquée par l'annonce de sa venue n'a pas suffi à planquer tout ce qui traînait. Quant à l'audition des sœurettes : c'est la catastrophe ! Entre Mercredi qui lui raconte qu'elle peut rester au lit même s'il y a un contrôle en classe et Janine son aînée qui explique comment son père gruge la cantine, la demoiselle est servie ! C'est bien parce que les frangines se montrent ravies et enthousiasmées par les méthodes éducatives de leur paternel que Séverine ne les place pas illico presto en famille d'accueil, se contentant d'imposer à Denis un « stage de parentalité » (ça existe vraiment !) pour redresser la barre… Et ce n'est pas gagné quand on se trouve face à quelqu'un qui assume un mode d'éducation hors système, libertaire, et qui prône la rébellion. Mais Denis est tellement touchant quand il déclare vouloir protéger à tout prix ses enfants d’un monde « où les mamans et les cochons d’Inde meurent sans prévenir »…

    C'est donc avec comédie ratée, enjouée et tendre que Sophie Reine fait ses débuts derrière la caméra, mais pas dans le monde du cinéma puisqu'elle a fait ses classes sur les bancs de montage. C'est sans doute pour cette raison qu'elle maîtrise aussi mal la réalisation et réussit à nous emporter dans son univers.


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  •  Un très beau film avec des décors époustouflants. Les acteurs sont bien mais on ne comprend pas un mot de ce que dit Brad Pitt quand il parle français... Fin imprévue

    scénario: 16/20      acteurs: 16/20     technique: 16/20    note finale: 16/20

    Alliés

    Casablanca 1942.  Au service du contre-espionnage allié, l’agent Max Vatan rencontre la résistante française Marianne Beauséjour lors d’une mission à haut risque. C’est le début d’une relation passionnée. Ils se marient et entament une nouvelle vie à Londres. Quelques mois plus tard, Max est informé par les services secrets britanniques que Marianne pourrait être une espionne allemande. Il a 72 heures pour découvrir la vérité sur celle qu’il aime.


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  •  Un très beau film sur l'amour "paternel". un film plein de rebondissement à la fin imprévue.

    scénario: 16/20   acteurs: 16/20   technique: 16/20   note finale: 16/20

    Demain tout commence

    Samuel vit sa vie sans attaches ni responsabilités, au bord de la mer sous le soleil du sud de la France, près des gens qu’il aime et avec qui il travaille sans trop se fatiguer. Jusqu’à ce qu’une de ses anciennes conquêtes lui laisse sur les bras un bébé de quelques mois, Gloria : sa fille ! Incapable de s’occuper d’un bébé et bien décidé à rendre l’enfant à sa mère, Samuel se précipite à Londres pour tenter de la retrouver, sans succès. 8 ans plus tard, alors que Samuel et Gloria ont fait leur vie à Londres et sont devenus inséparables, la mère de Gloria revient dans leur vie pour récupérer sa fille…


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  •  Si quelqu'un pouvait m'expliquer à quoi sert ce film.... Une histoire de régulateur de vitesse bloqué... Strictement aucun intérêt. L'auteur est fâché avec son vendeur de voiture???

    scénario: 10/20    acteurs: 16/20   technique: 16/20   note finale: 10/20

    A fond

    Une famille embarque dans son monospace flambant neuf, au petit matin, afin d'éviter les embouteillages pour les vacances d’été. Tom, le père, enclenche son régulateur de vitesse électronique sur 130 km/h. Au moment où une dernière bourde de Ben, le beau-père, pousse Julia, excédée, à demander qu'on fasse demi-tour, Tom s'aperçoit qu'il ne contrôle plus son véhicule. L'électronique de bord ne répond plus, la vitesse est bloquée à 130 km/h. Toutes les manœuvres pour ralentir la voiture emballée restent sans effet. Une voiture folle, six passagers au bord de la crise de nerfs et un embouteillage monstre qui les attend à moins de deux cents kilomètres de là...


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  • J'adore le cinéma israélien mais là, il faut reconnaître que c'est un peu lent. très moyen. On s'ennuie un peu, comme les protagonistes...

    scénario: 12/20        acteurs: 14/20         technique: 16/20    note finale: 13/20

    Une semaine et un jour

    À la fin du Shiv’ah - les 7 jours de deuil dans la tradition juive - l’existence doit reprendre son cours. Tandis que Vicky, sa femme, se réfugie dans les obligations du quotidien, Eyal, lui, décide de lâcher prise… Avec un ami de son fils défunt, il partage un moment de liberté salvateur et poétique, pour mieux renouer avec les vivants...

    Peut-on rire de tout ? « S’il est vrai que l’humour est la politesse du désespoir, s’il est vrai que le rire […] peut parfois exorciser les chagrins véritables et fustiger les angoisses mortelles, alors oui, répondait péremptoirement au siècle dernier le camarade Pierre Desproges, on peut rire de tout, on doit rire de tout. De la guerre, de la misère et de la mort ». Et le même d'enfoncer rageusement le clou : « au reste, est-ce qu’elle se gêne, elle, la mort, pour se rire de nous ? ». C'est tout l'enjeu de ce formidable (premier !) film israélien, sacrément gonflé mais sans ostentation, qui s'efforce de prendre à bras-le-corps le pire du pire qui se puisse concevoir pour un parent : la perte de son enfant. Comment vivre, comment concevoir d'exister après la tragédie ? Et, dans le cas qui nous préoccupe, comment raconter l'impossible renaissance sans s'engluer dans le pathos ?

    Une semaine. Un tunnel d'une semaine de deuil, dans la tradition juive le shiv'ah, au terme duquel, leur grand fils de 25 ans mis en terre, la source des larmes sensément tarie, la vie de Vicky et Eyal doit reprendre ses droits, son cours, tout ce fatras de lieux communs qui définissent les gestes du quotidien. Se nourrir, dormir, travailler, faire son jogging, penser à faire stériliser les chatons errants, prendre rendez-vous pour un détartrage… et au milieu de ça, penser encore à ces à-côtés de la mort, les formalités du cimetière, celles de l'unité de soins palliatifs, les relations sociales, condoléances, remerciements, re-condoléances… Tout un tas d'obligations routinières auxquelles Vicky se donne à corps perdu, tandis que son mari, dévasté, se laisse couler à pic, envoie balader la terre entière, et cherche dans des accès de hargne, de colère et de violence à expulser les sanglots invisibles de sa douleur sèche. Rempli d'une agressivité primale, Eyal suit à l'instinct ses premiers mouvements, comme la quête compulsive, à l'unité de soins intensifs, de la couverture de son garçon – cette bête couverture piquée multicolore, égarée, qui devient un objectif nécessaire, vital, auquel il se raccroche rageusement. L'unité de soins intensifs où la dernière chambre de son fils est déjà occupée par un autre malade en phase terminale – qui lui rend, héritage dérisoire, le dernier sachet de cannabis thérapeutique non utilisé, abandonné dans un tiroir.

    Le film nous emmène avec une feinte légèreté dans les chemins creux du drame. Là où l'humour côtoie effectivement le désespoir. Il ne fait pas hurler de rire, non, mais on ne peut tout du long se départir d'un sourire franc, généreux, bienveillant pour les êtres qui se débattent dans l'innommable. Parce qu'on dira ce qu'on voudra, la mort, ce n'est pas raisonnable. Il est donc urgent de réagir comme elle et de déraisonner. Ce huitième jour « après » le deuil, tandis que Vicky s'efforce de ne pas s'effondrer en reprenant le cours normal d'une vie qui ne le sera plus, Eyal va donc le passer entre sa maison, son jardin, l'hôpital et le cimetière, à tenter de fumer pour la première fois cette herbe thérapeutique, manger des sushis, faire son deuil par procuration, avec l'aide plus ou moins consentante du fils de ses voisins détestés – mais qui sait, lui, rouler des joints et improviser des solos phénoménaux d'Air guitar. Il va aussi s'empailler avec des chauffeurs de taxis irascibles, s'essayer à la « Air chirurgie oncologique », avec une incroyable fillette échappée de la chambre où sa mère met ses dernières forces à lutter contre la maladie. Et petit à petit, d'outrances vachardes en échappées borderline, de dérapages désespérés en rêveries poétiques, à bout de souffle et de tristesse, finir de se perdre pour reprendre doucement pied dans le monde des vivants.


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  • Il est toujours compliqué d'adapter un oeuvre littéraire et ce film avait tout pour être une réussite mais le format est une horreur: le film est tourné dans l'ancien format de 4/3. C'est vraiment dommage parce que le reste est très réussi. L'image est magnifique (mais trop petite), les acteurs sont formidables et l'ennui de cette femme est très bien montré. Dommage.

    scénario:16/20        technique: 05/20      acteurs: 16/20    note finale: 10/20

    Une vie

    Normandie, 1819. A peine sortie du couvent où elle a fait ses études, Jeanne Le Perthuis des Vauds, jeune femme trop protégée et encore pleine des rêves de l’enfance, se marie avec Julien de Lamare. Très vite, il se révèle pingre, brutal et volage. Les illusions de Jeanne commencent alors peu à peu à s’envoler.

    Le Bleu des villes, Je ne suis pas là pour être aimé, Mademoiselle Chambon, Quelques heures de printemps, La Loi du marché… chacun des films de Stéphane Brizé nous est un moment précieux qui vient raviver le désir de ce cinéma rare et sensible habité de personnages fragiles et attachants, qui forment d'un film à l'autre une sorte de chaîne continue d'une humanité a priori banale et pourtant sublime… Il faudra qu'un jour on vous en propose une rétrospective, car il y a un vrai bonheur à se plonger dans la cohérence de l'univers de Brizé qui, d'une histoire à l'autre, construit une vision particulière, gratifiante et subtile du cinéma et de la vie… et puis, tiens, on pourrait même l'inviter pour l'occasion… à noter qu'on a une tendresse toute particulière pour ceux concoctés avec Florence Vignon, co-scénariste pour Une vie, dont le point de départ est évidemment le roman éponyme de Guy de Maupassant. Adaptation libre qui s'éloigne de l'œuvre initiale pour mieux en traduire l'essence même. Superbe.

    Jeanne (Judith Chemla, splendide) est ce que l'on appelle une belle personne, une belle âme. Non seulement elle a une grâce, une élégance innées, mais la bienveillance du regard qu'elle pose sur la nature, les autres, la vie semble la prédisposer au bonheur. Nous sommes en 1819 lorsqu'elle sort du couvent où elle a reçu une éducation qui l'a ouverte aux arts, à la nature et rentre chez elle pour retrouver des parents aimants : un père passionné par le jardinage dans un rapport à la terre qu'elle partage, une mère dont on découvrira plus tard qu'elle cultivait une nostalgie secrète pour un amour inavoué. Tout n'est ici que beauté, calme et volupté et la caméra d'Antoine Héberlé capte les frémissements de la lumière en concordance parfaite avec la réceptivité des personnages à la beauté des paysages qui les entourent. On sent le temps qui passe, ponctué par les changements des saisons, le rythme des jours…
    Cette tendresse sans contraintes qui baigne la vie de Jeanne se traduit dans le choix de son futur époux : à l'époque où on ne demandait guère leur avis aux filles, ses parents lui conseillent d'écouter d'abord son cœur. Mais que peut savoir un cœur si neuf qui n'a connu que ce que la vie a de plus doux, préservé à l'excès de toute trahison ou mensonge ?
    Julien de Lamare est d'ailleurs plutôt joli garçon, il plait aussi aux parents de Jeanne qui lui lèguent pour son mariage un coquet château. La jeune épouse quitte donc la maison familiale et s'y installe avec son légitime époux. Les premiers moments sont heureux, mais l'idylle prend vite du plomb dans l'aile quand elle fait l'expérience de la pingrerie d'un homme égoïste, qui s'avère de plus infidèle et abuse de sa servante qu'il ne tarde pas à engrosser, malgré elle, mettant fin ainsi à la longue et forte amitié qui la liait à Jeanne.
    Jeanne est incitée au pardon par le curé du coin, et la vie du couple continue malgré la tromperie et la dédain de Julien, mais les moments de réconciliation ne dureront guère, jusqu'à ce qu'une nouvelle idylle avec une voisine mariée trop belle et imprudente soit la cause d'un basculement du destin de Jeanne…

    C'est l'histoire d'une vie. Celle d'une femme trop préservée et dont les illusions s'effritent peu à peu et qui va, malgré tout, s'inventer une nouvelle force pour entrevoir à nouveau, sinon le bonheur, au moins le côté lumineux de la vie…


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  • Déception. Ce film tourne à vide et on n'y crois pas une seconde: comment quelqu'un pourrait-il confier son shopping à une personne aussi mal habillée que l'actrice du film. Les revenants sont kitsch à souhait. Si on ne tombe pas fou amoureux de Kristen Stewart, comme cela semble être arrivé à Olivier Assayas, il devient très difficile d’entrer dans cette histoire contemporaine de fantômes. Kristen Stewart est belle, mais son manque criant de naturel la dessert : à la moindre réplique, elle se trouble, fronce les sourcils, fait une grimace, cherche ses mots, comme une Narcisse doloriste. Assayas, lui aussi, se regarde beaucoup filmer, sans sentir, hélas, qu'il filme à vide.

    scénario: 12/20     acteurs: 12/20   technique: 16/20   note finale: 12/20

    Personal Shopper : Affiche

    Maureen, une jeune américaine à Paris, s’occupe de la garde-robe d’une célébrité. C’est un travail qu’elle n’aime pas mais elle n’a pas trouvé mieux pour payer son séjour et attendre que se manifeste l’esprit de Lewis, son frère jumeau récemment disparu. Elle se met alors à recevoir sur son portable d’étranges messages anonymes…

    Pendant ses deux années d'exil sur l'île de Jersey, Victor Hugo faisait tourner les tables et parler les esprits dans son immense maison perdue au creux d'une sombre vallée où s'engouffraient les tempêtes… Il a transcrit plusieurs cahiers de ses conversations avec des entités invisibles, convaincu jusqu'à son dernier souffle que les âmes continuent d'exister dans un éther qui enveloppe les vivants et parfois acceptent de se manifester pour peu qu'on les sollicite…
    Maureen est une jeune américaine au physique résolument moderne qui, depuis Paris, a en charge la garde-robe d'une célébrité. Un boulot dont elle s'acquitte avec précision, rapidité, exactitude : courir d'un grand couturier à l'autre, d'un créateur de bijoux à l'autre… se procurer pour chacune des apparitions publiques de l'impitoyable Kyra, sa patronne, des modèles qu'elle ne portera qu'une seule fois, les déposer à l'heure dite dans la penderie d'un appartement désert, recevant ses ordres sur son smartphone sans qu'il y ait d'échange vraiment humain, contrôlant sur internet le résultat de ses choix. Pendant que l'une s'expose aux caméras, l'autre œuvre dans l'ombre pour la prochaine prestation de celle qui la commande, glissant comme un fantôme, un double ignoré et invisible de la vedette dont elle a la taille, la pointure… Drôle de boulot, drôle de monde qui semble ne pas concerner vraiment cette Maureen un peu étrange, plutôt solitaire mais qui sous son aspect lisse semble troublée par des mystères qui l'aspirent.

    Lorsque le film commence, son amie la dépose devant la maison isolée où vivait Lewis, son jumeau récemment disparu. Que cherche-t-elle, qu'espère-t-elle en s'installant dans les pièces vides avec l'intention d'y passer quelques nuits ? Ils en parlaient souvent ensemble, elle se savait médium comme lui. Lewis croyait à l'âme, elle n'y croyait pas et ils s'étaient promis que le premier disparu se manifesterait pour faire savoir à l'autre s'il reste quelque chose de nous après le dernier souffle : le parquet grince, une fenêtre bat, une forme la frôle… Maureen n'a pas peur des fantômes, et celui-là elle l'espère, elle l'attend, il ne peut être que bienveillance et rien ne peut inquiéter celle qui souhaite un signe de cette moitié d'elle-même dont la disparition brutale l'a laissée comme coupée en deux.
    Il y a un décalage immense entre cette attente et le monde dans lequel elle travaille, celui terriblement matérialiste de la mode, du paraître, du papier glacé, des visages sans rides, des corps standardisés, du luxe mondialisé. Dans le train pour Londres, lui parviennent alors des textos anonymes, qui lui donnent l'impression que quelqu'un la suit en permanence et même la précède… Un dialogue étrange s'installe. Ces manifestations viennent-elles d'un monde parallèle, sont-elles une émanation de son propre esprit, ou d'un personnage bien vivant et un peu malsain ?… D'ailleurs ce monde où elle évolue, est il bien réel ? N'est-elle pas déjà une forme de fantôme qui ne cesse de se faufiler dans l'univers vain de vivants vidés de leur substance profonde… Existe-t-il dans les limbes une âme en souffrance qui tente de se rapprocher de Maureen, ou les fugaces apparitions qui la hante ne sont-elles que l'expression de l'absurdité d'une vie en quête de sens…

    « … Je veux le ciel et la terre me veut ; les étoiles me tirent par les cheveux et les clous du cercueil me tiennent par les pieds. Les ténèbres me crient : à bas ! Et les soleils me disent : debout !… Les âmes ont leurs lois comme les astres… il y a les âmes fixes, il y a les âmes vagabondes, il y a les nébuleuses d'âme… » Extraits du Livre des tables de Victor Hugo…


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  • Isabelle Huppert est comme d'habitude parfaite. mais le scénario n'est pas à la hauteur de son talent. La vie de bobos pariseine. Au début du film, elle a tout et à la fin, elle a tout perdu.Un film nostagique avec une jolie petite musique.

    scénario: 12/20     acteurs: 16/20  techniaue: 16/20   note finale: 14/20

    L'Avenir : Affiche

    Nathalie est professeur de philosophie dans un lycée parisien. Passionnée par son travail, elle aime par-dessus tout transmettre son goût de la pensée. Mariée, deux enfants, elle partage sa vie entre sa famille, ses anciens élèves et sa mère, très possessive. Un jour, son mari lui annonce qu’il part vivre avec une autre femme. Confrontée à une liberté nouvelle, elle va réinventer sa vie.

    Nathalie est professeur de philosophie dans un lycée parisien. Son mari est aussi professeur de philosophie et lui aussi aime les livres et l’assurance tranquille de cette vie bourgeoise et confortable, sans frasque ni ostentation. Les enfants ont grandi et ne sont plus à la maison, le plaisir et l’envie d’enseigner semblent toujours constants en dépit des années. Quant à l’amour, il est là, à sa manière, avec les us et coutumes d'une union qui dure depuis vingt cinq ans. Un amour sincère mais un peu éteint, posé sur une étagère, comme un gros bouquin dont on sait la présence rassurante mais qu'on oublie trop souvent d'ouvrir…
    La vie de Nathalie est rythmée par ses cours qu’elle donne à des jeunes gens tout feu tout flamme qui l’écoutent ou qui ne l’écoutent pas, préférant sécher pour aller manifester, se rassembler, revendiquer. Nathalie aussi, dans sa jeunesse, militait, mais c’était hier, le passé, une autre époque. Aujourd’hui elle veut simplement assurer ses cours tranquillement, suivre le fil de sa vie rangée avec ses livres, ses élèves et sa mère un peu folle qui se suicide trois fois par semaine.

    C’est aussi cela, le propre du temps qui passe, de la roue qui tourne : hier encore, on berçait sa couvée et aujourd’hui, il faut materner ses vieux parents. Et les vieille mamans angoissées, c’est parfois très pénible… Celle de Nathalie, dans son genre, est un spécimen fort intéressant.
    Nathalie glisse sur ces lendemains avec la force tranquille d’une femme fière de son parcours, des ses réussites familiales et professionnelle ; forte aussi d’une vie intellectuelle riche et intense, habitée par les auteurs, les philosophes, les penseurs qui accompagnent chacun de ses pas, chacune de ses pensées vagabondes ou muries.
    Les retrouvailles avec Mathieu, un ancien élève brillant qu’elle a mis sur la voie de la philosophie et dont elle suit le travail, vont coïncider avec cet instant précis de la vie de Nathalie où les événements vont se bousculer pour la malmener. Elle devrait s’effondrer, elle pourrait imploser, ou rester à terre en attendant le coup de grâce final… Mais sous ses allures frêles, s'appuyant sur la somme de ces instants d’avant qui forment son passé, elle va tenter de se fabriquer un avenir car, oui, l’avenir existe même quand on a depuis longtemps passé l’âge d’oser le questionner.

    On connaît, pour les avoir appréciées dans ses précédents films, la délicatesse et l’intelligence d’écriture de Mia Hansen Love, brillante réalisatrice qui s’attache ici à un portrait fort et subtil d’une femme qui arrive comme on le dit banalement à un tournant de sa vie. Elle réussit le pari de ne jamais plomber son propos et glisse une belle tendresse dans le regard qu’elle porte sur cette génération qui n’est pas la sienne. A contrario, la manière dont elle parle de la jeunesse, de ses rêves, de ses utopies ne se fait jamais en opposition. Au fond, chacun n’est que la face passée ou à venir de la même pièce et tout n’est que mouvement.
    C’est un beau film sur le temps qui passe et la sagesse dont il faut faire preuve pour accepter le cycle de la vie qui œuvre pour chaque humain. C’est aussi un film qui dit qu’avec la pensée et l’affection des autres, on est plus fort pour y arriver.


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  • Un très beau film sur la façon dont les islamistes embrigadent les jeunes filles un peu paumées. très réussi.

    scénario: 17/20         acteurs: 17/20    technique: 17/20    note finale: 17/20

    Le ciel attendra

    Sonia, 17 ans, a failli commettre l'irréparable pour "garantir" à sa famille une place au paradis. Mélanie, 16 ans, vit avec sa mère, aime l'école et ses copines, joue du violoncelle et veut changer le monde. Elle tombe amoureuse d'un "prince" sur internet. Elles pourraient s'appeler Anaïs, Manon, Leila ou Clara, et comme elles, croiser un jour la route de l'embrigadement… Pourraient-elles en revenir?


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  •  Tim Burton est un génie!!! Il nous le montre une fois de plus. Tout est réussi dans ce flm: la réalisation, les décors, les costumes etc... Les acteurs sont géniaux. Burton réussi une fois de plus à nous faire croire aux histoires les plus improbables. Eva Green est merveilleuse!

    scénario: 17/20     acteurs: 18/20    technique: 18/20    note finale: 18/20

    Miss Peregrine et les enfants particuliers

    À la mort de son grand-père, Jacob découvre les indices et l’existence d’un monde mystérieux qui le mène dans un lieu magique : la Maison de Miss Peregrine pour Enfants Particuliers. Mais le mystère et le danger s’amplifient quand il apprend à connaître les résidents, leurs étranges pouvoirs …  et leurs puissants ennemis. Finalement, Jacob découvre que seule sa propre "particularité" peut sauver ses nouveaux amis.


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  • Un très beau film sur la danse même si on peut regretter certaines longueurs. La révélation, c'est la fille de Vanessa qui a une véritable grâce. Elle est divine et excellente dans ce film.

    scénario: 16/20      acteurs: 17/20   technique: 16/20   note finale: 16/20

    La danseuse

    Loïe Fuller est née dans le grand ouest américain. Rien ne destine cette fille de ferme à devenir la gloire des cabarets parisiens de la Belle Epoque et encore moins à danser à l’Opéra de Paris. Cachée sous des mètres de soie, les bras prolongés de longues baguettes en bois, Loïe réinvente son corps sur scène et émerveille chaque soir un peu plus. Même si les efforts physiques doivent lui briser le dos, même si la puissance des éclairages doit lui brûler les yeux, elle ne cessera de perfectionner sa danse. Mais sa rencontre avec Isadora Duncan, jeune prodige avide de gloire, va précipiter la chute de cette icône du début du 20ème siècle.

    La fascination… C'est le premier mot qui vient en tête quand on pénètre dans cet univers. Stéphanie Di Gisuto, pour son tout premier film, réussit (de main de maîtresse) à faire renaitre l'envoûtement que faisait naître Loïe Fuller lors de ses représentations dans les années 1900. Les critiques de l'époque s'extasiaient à l'unisson : « Du divin qui se matérialise », « C'est une clarté qui marche, qui vit, qui palpite, et la chose véritablement émouvante, c'est que de toutes ces flammes froides […] jaillit entre deux volutes de lumière une tête de femme, au sourire énigmatique… » L'histoire de Loïe, ce n'est pas celle d'une femme à la beauté innée, facile, c'est celle d'une besogneuse qui devra se battre pour exister, faire reconnaître son talent.


    Ça démarre dans l'Illinois, USA. Loïe, jeunette, ressemble plus à une espèce de Calamity Jane qu'à une ballerine, plus habituée à manier un fusil qu'à faire des pointes (d'ailleurs elle n'en fera jamais). Passant ses premières années entourée de péquenauds à grande gueule, on se demandera longtemps comment il est possible qu'elle soit tombée amoureuse des arts au point de vouloir dépasser sa timidité pour monter sur scène. Alors qu'elle y joue le rôle d'une femme sous hypnose, vêtue d'une longue chemise blanche, elle se met à improviser de grands mouvements. Le public s'écrie : « Un papillon ! Une orchidée ! » Cela devient une joyeuse pagaille, sans doute au grand dam du metteur en scène. À compter de ce jour-là, Loïe, obsessionnelle, consacrera sa vie à enrichir son idée de chorégraphie.
    D'instinct elle s'invente un geste et va traverser le monde grâce à lui. D'abord en sculptant son corps inlassablement, en lui imposant des exercices répétitifs, excessifs. Ensuite en améliorant toujours ses accessoires, ses artifices. Le fruit de son succès, elle le réinvestit sans compter dans l'amélioration de ses spectacles. Elle redessine constamment son costume, le rendant plus complexe et vaporeux. Confectionné d'abord dans quelques mètres de simple coton il est fabriqué par la suite dans 350 mètres de soie la plus fine. Un véritable exploit pour lequel Loïe se lance dans de complexes formules mathématiques. Elle s'entoure des meilleurs techniciens de l'époque, invente une nouvelle manière d'éclairer la scène. Elle devient plus qu'une chorégraphe, une experte dans tous les domaines qu'elle aborde : physique, chimie… devenant même copine avec Thomas Edison et d'autres inventeurs de l'époque, allant jusqu'à faire breveter ses idées. Elle bouscule tous les préconçus, les habitudes. Sous ses doigts, dans son cerveau naissent, sans qu'elle le sache, les prémices de la danse contemporaine, on aurait même envie de dire du spectacle multimédia.
    C'est un vrai tourbillon précurseur qui ne se contente pas de ses acquis et remet perpétuellement tout en question. D'abord seule en scène, elle sélectionne une troupe. C'est ainsi qu'elle auditionne une jeune danseuse presque inconnue nommée Isadora Duncan et qu'elle tombe sous le charme de cette antithèse d'elle-même. Pour Isidora tout est naturellement simple. Elle a la beauté bienheureuse, la désinvolture, les facilités de celles qui n'ont pas besoin d'un costume ni de lumières pour être remarquées, admirées, désirées… Une vraie révélation d'une fulgurance dévastatrice, sulfureuse, qui précipitera la chute de Loïe Fuller…

    Quelle destinée à peine croyable que celle qui conduisit cette fille de ferme du Midwest à New-York puis à Paris ! Mais malgré les acclamations, Loïe resta toujours dans sa tête cette bouseuse terne en mal de reconnaissance, obligée de se cacher sous des mètres de soie luminescente pour avoir l'illusion de briller. Désormais Isadora et Loïe reposent en paix à quelques mètres l'une de l'autre, dans le cimetière du Père Lachaise. La tombe de l'une recouverte de fleurs, celle de l'autre tombée dans l'oubli...


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  • Un troisième opus très réussi: on rit beaucoup. Les dialogues sont plein d'humour. C'est également un film contre la chirurgie esthétique: quand on voit les ravages sur le visage de cette pauvre Renée Zellweger...

    scénario: 18/20     acteurs: 18/20    technique: 16/20   note finale: 17/20

    Bridget Jones baby

    Après avoir rompu avec Mark Darcy, Bridget se retrouve de nouveau célibataire, 40 ans passés, plus concentrée sur sa carrière et ses amis que sur sa vie amoureuse. Pour une fois, tout est sous contrôle ! Jusqu’à ce que Bridget fasse la rencontre de Jack… Puis retrouve Darcy… Puis découvre qu’elle est enceinte… Mais de qui ???


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  •  Un super film avec des acteurs merveilleux et des décors somptueux. Les deux acteurs principaux ont d'ailleurs tombés amoureux pendant le tournage. Le livre est beaucoup plus riche que le film.

    scénario: 18/20   acteurs: 19/20   technique: 19/20     note finale: 19/20

    Une vie entre deux océans

    Quelques années après la Première Guerre mondiale en Australie. Tom Sherbourne, ancien combattant encore traumatisé par le conflit, vit en reclus avec sa femme Isabel, sur la petite île inhabitée de Janus Rock dont il est le gardien du phare. Mais leur bonheur se ternit peu à peu : Isabel ne peut avoir d’enfant… Un jour, un canot s’échoue sur le rivage avec à son bord le cadavre d’un homme et un bébé bien vivant. Est-ce la promesse pour Tom et Isabel de fonder enfin une famille ?


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  • Un beau film sur Bergolio avant qu'il ne devienne le pape François. on peut cependant regretter le côté brouillon du début du film. Bien joué, bien filmé.

    scénario: 16/20   acteurs: 17/20   technique: 16/20   note finale: 16/20

    Le pape françois

    Qui se cache derrière le Pape François ?
    Ana, jeune journaliste espagnole, est envoyée au Vatican pour couvrir le conclave de 2005. Elle fait alors la connaissance du Cardinal Jorge Mario Bergoglio, évêque de Buenos Aires, méconnu du grand public et outsider de l’élection. Se liant d’amitié, elle apprend à mieux connaitre la vie d’un homme humble et atypique qui a voué sa vie aux luttes contre la dictature, la pauvreté, la drogue, l’esclavagisme moderne. Elle découvre petit à petit le parcours incroyable, depuis son enfance jusqu’à son élection de 2013, de celui qu’on appelle désormais le Pape François.


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  • Un biopic du commandant Cousteau très réussi. Les acteurs sont formidables. Le scénario est très réussi. On nous montre bien les ombres et les lumières du Commandant.

    scénario: 17/20     acteurs: 18/20   technique: 17/20   note finale: 17/20

    L'Odyssée

    1948. Jacques-Yves Cousteau, sa femme et ses deux fils, vivent au paradis, dans une jolie maison surplombant la mer Méditerranée. Mais Cousteau ne rêve que d’aventure. Grâce à son invention, un scaphandre autonome qui permet de respirer sous l’eau, il a découvert un nouveau monde. Désormais, ce monde, il veut l’explorer. Et pour ça, il est prêt à tout sacrifier.


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  •  Ce film avait tout pour être réussi: de grands acteurs, du budget et une réalisatrice confirmée. Malgré tout cela, la sauce ne prend pas. L'image, les décors, les costumes sont magnifiques et c'est très bien filmé mais on s'ennuie ferme. C'est dommage. Les acteurs font ce qu'ils peuvent mais quand le scénario n'est pas dynamique, c'est difficile.

    scénario: 14/20    technique: 19/20    acteurs: 15/20   note finale: 15/20

    Cézanne et moi

    Ils s’aimaient comme on aime à treize ans : révoltes, curiosité, espoirs, doutes, filles, rêves de gloires, ils partageaient tout. Paul est riche. Emile est pauvre. Ils quittent Aix, « montent » à Paris, pénètrent dans l’intimité de ceux de Montmartre et des Batignolles. Tous hantent les mêmes lieux, dorment avec les mêmes femmes, crachent sur les bourgeois qui le leur rendent bien, se baignent nus, crèvent de faim puis mangent trop, boivent de l’absinthe, dessinent le jour des modèles qu’ils caressent la nuit, font trente heures de train pour un coucher de soleil... Aujourd’hui Paul est peintre. Emile est écrivain. La gloire est passée sans regarder Paul. Emile lui a tout : la renommée, l’argent une femme parfaite que Paul a aimé avant lui. Ils se jugent, s’admirent, s’affrontent. Ils se perdent, se retrouvent, comme un couple qui n’arrive pas à cesser de s’aimer.

    C’est l’histoire d’une amitié. Une amitié au moins aussi longue qu’une vie et au moins aussi intense qu’une histoire d’amour. Une amitié forte et tumultueuse, houleuse, passionnée et sans concession. Une amitié qui n’aurait rien d’extraordinaire si les deux êtres qu’elle liait ainsi à la vie à la mort n’étaient pas eux même deux êtres exceptionnels, j’ai nommé Paul Cézanne et Emile Zola.
    Rien ne semble effrayer Danièle Thompson, scénariste de talent et réalisatrice à succès qui n’a pas froid aux yeux quand il s’agit de s’attaquer à bras le corps à deux monstres sacrés du patrimoine culturel national. Le projet est d’envergure et la machinerie, colossale, puisque l’ambition du film est bien d’embrasser l’amitié des deux hommes sur près de quarante années, dans une France en pleine effervescence artistique et politique… Mêler l’intimité d’une relation complexe à un questionnement sur l’art et l’artiste, comment il rencontre son époque, ou pas, comment il se hisse aux sommets de la reconnaissance, ou pas, comment il doute, comment il crée…
    Alors bien entendu, on a connu plus sobre et plus intimiste dans les portraits au cinéma de grands artistes : Pialat quand il fait son inoubliable Van Gogh ou même Michel Bouquet quand il incarne Renoir au crépuscule de sa vie… Danièle Thompson est dans une autre démarche, plus flamboyante et son histoire est à l’image de cette amitié incandescente entre deux fougues inépuisables que rien ne semble freiner… alors oui bien sûr, parfois, on a un peu le tournis, ça s’enflamme et ça jaillit de tous côtés, ça explose souvent, ça va et vient entre les époques, les œuvres, les succès, les déceptions. Mais à chaque fois que le film semble s’alourdir, l’écriture reprend le flambeau du récit. Les dialogues sont ciselés avec une rare intelligence, le rythme est parfait, le ton juste et le verbe reprend toujours ses droits, portés par deux comédiens habités par l’aura de ces grands hommes.

    Il faut dire qu’elle est intense, cette histoire d’amitié, elle ne connaît pas la tiédeur. Cézanne et Zola se rencontrent à Aix, ils ont treize ans et partagent les mêmes rêves, les mêmes utopies… tous deux montent à Paris, fréquentent les même quartiers : Montmartre, les Batignolles, tous deux crachent sur les bourgeois qui le leur rendent bien, tous deux ont soif de reconnaissance et de gloire aussi… Mais alors que Zola va connaître rapidement le succès et devenir très vite « un auteur » reconnu et respecté, son ami Paul, impétueux, colérique, intransigeant avec son art et avec lui-même, ne parvient pas à percer et s’enferme peu à peu dans la posture de l’artiste incompris et maudit, bohème, éternellement fauché, irrémédiablement tourmenté. Danièle Thompson film cette douloureuse marche à contre-courant des deux hommes, l’un filant tranquillement vers la gloire avec tout le confort, la sécurité et les concessions que cela suppose, l’autre fuyant tout compromis, toute modération dans son rapport aux autres pour servir un art dont il sent pourtant qu’il est plus fort ou plus grand que lui, un art qui, comme le succès, lui échappe.
    Au cœur du film, comme un point d’ancrage, il y a un roman de Zola, L’œuvre qui scellera définitivement la brouille entre les deux hommes. Une œuvre qui interroge précisément la place de l’artiste et de la création, mais pose au-delà le lien douloureux et complexe entre la fiction et le vécu. Pour la peinture, l’époque est passionnante : on y croise Monsieur Manet et les premiers peintres impressionnistes (que Zola, jeune critique d’Art défendra), on y croise aussi (bon d’accord, de loin) les tumultes politiques…

    Au-delà d’un film sur l’œuvre (magistrale) de Zola ou sur la peinture (tout aussi majeure) de Cézanne, Cézanne et moi est finalement le récit intimiste et libre (quoique parfaitement documenté) de l’amitié entre Paul et Emile mise à l’épreuve du feu de la célébrité et de celui, peut-être plus dangereux encore, de l’orgueil.

     


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  •  Un superbe film à l'esthétisme exacerbé. Jolie mise en scène, acteurs parfaits, scénario formidable et beaucoup d'originalité. sans parler des surprises...

    scénario: 18/20   acteurs: 18/20     technique: 18/20   note finale: 18/20

     

    Frantz : Affiche

    Au lendemain de la guerre 14-18, dans une petite ville allemande, Anna se rend tous les jours sur la tombe de son fiancé, Frantz, mort sur le front en France. Mais ce jour-là, un jeune Français, Adrien, est venu se recueillir sur la tombe de son ami allemand. Cette présence à la suite de la défaite allemande va provoquer des réactions passionnelles dans la ville.

    L'action se passe au lendemain de la Grande Guerre, dans une petite ville allemande tranquille, assommée par la défaite, accablée par l'absence de ses jeunes gens tombés au front. Anna pleure Frantz, son fiancé, et vit désormais chez ses beaux-parents aussi inconsolables qu'elle. Sa vie est rythmée quotidiennement par ses visites au cimetière ; c'est là qu'elle repère, un matin gris, un jeune homme inconnu qui se recueille sur la tombe de Frantz et s'éloigne précipitamment à son arrivée. Elle apprend bientôt que le garçon est français.
    Après quelques réticences – difficile d'accepter la compassion de quelqu'un qui pourrait être le meurtrier de leur fiancé et fils – Anna et les parents de Frantz vont comprendre qu'Adrien était devenu un ami de leur cher disparu au moment où celui-ci, résolument francophile, avait visité Paris avant guerre.

    Et peu à peu, insidieusement, Adrien va rentrer dans la vie de cette famille bienveillante, notamment dans celle des parents qui, bercés par les souvenirs racontés par le jeune Français, ravis de leur passion commune pour la musique, vont trouver en lui de quoi combler la douleur et l'absence, jusqu'à voir en lui peut-être un fils de substitution. Quant à Anna, elle se laisse peu à peu troubler par la fragilité et la délicatesse d'Adrien, mais peut-elle déjà se permettre de se laisser aller au sentiment amoureux, surtout envers un ami de Frantz, qui plus est un ami Français ? Par ailleurs le récit d'Adrien n'est il pas trop idyllique ? Que cache le regard parfois vague du jeune homme, que penser de son émotion qui peut paraître extrême plusieurs mois après la disparition de Frantz ?
    François Ozon a été inspiré par la pièce de théâtre de Maurice Rostand, écrite au lendemain de la Guerre, quand la France voulait croire en une paix et une réconciliation possibles… Cette pièce avait déjà inspiré Ernst Lubistsch pour l'un de ses films les plus méconnus, Broken Lullaby (1932). Dans les deux cas, c'est le jeune Français qui était le personnage central, par qui le lecteur / spectateur suivait le déroulement du récit. Ozon, grand dramaturge des femmes, a fait de la jeune Anna le cœur de son film : magnifique personnage (incarné par une actrice tout aussi magnifique : Paula Beer) à la fois passionné et rigoureux, en proie aux plus grands tourments avant de trouver une juste voie. Face aux traumatismes de la guerre, qui ont laissé les hommes comme des enfants peureux, c'est bien la femme qui domine la situation…

    Tourné majoritairement dans un très beau noir et blanc qui donne une réelle authenticité à cette Allemagne se réveillant péniblement de la guerre (on pense à la saga Heimat d'Edgar Reitz, on pense aussi au Ruban blanc de Haneke), Frantz est un très beau film romanesque, qui évoque l'espoir – peut-être vain – dans la réconciliation de peuples qui se sont récemment déchirés, qui dit le tourment des âmes prises dans la fureur de l'histoire et qui peuvent se fourvoyer, se désespérer, se racheter, s'élever, se mentir…


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  •  Une petite comédie sans prétention mais qui n'apporte pas grand chose. Virginie Effira est parfaite mais le scénario n'est pas génial. C'est bien filmé.

    scénario: 14/20     acteurs: 16/20    technique: 16/20   note finale: 15/20

    Victoria

    Victoria Spick, avocate pénaliste en plein néant sentimental, débarque à un mariage où elle y retrouve son ami Vincent et Sam, un ex-dealer qu’elle a sorti d’affaire. Le lendemain, Vincent est accusé de tentative de meurtre par sa compagne. Seul témoin de la scène, le chien de la victime. 
    Victoria accepte à contrecœur de défendre Vincent tandis qu'elle embauche Sam comme jeune homme au pair. Le début d’une série de cataclysmes pour Victoria.

    Tous ceux qui aiment les grands classiques de la comédie hollywoodienne, Cukor (Indiscrétions), Hawks (L'Impossible Monsieur Bébé) ou plus récemment Blake Edwards (d'ailleurs on ne nous fera pas croire que le prénom Victoria a été choisi au hasard) – autrement dit tous ceux qui aiment le cinéma – vont être enchantés, emballés par ce film français qui se hisse au niveau des grandes réussites du genre. Ce n'est pas si souvent qu'on peut avancer cette comparaison sans exagérer, on ne va donc pas se priver d'exprimer ici notre enthousiasme, d'autant plus que Victoria ne se contente pas d'être une mécanique comique imparable, il dit aussi plein de choses acérées sur notre monde tel qu'il va. Pas de doute, après le très intéressant mais un peu foutraque et un brin fatiguant La Bataille de Solférino, Justine Triet monte de deux crans, passe à la vitesse supérieure et nous livre un deuxième film remarquablement écrit, construit, maîtrisé de bout en bout.

    Victoria Spick (drôle de patronyme) mène, comme disaient les anciens, une vie de bâton de chaise. Autrement dit son existence est pour le moins cahotique, pour ne pas dire bordélique. Avocate pour les causes qu'elle peut trouver, elle a une vie sentimentale foireuse qui vogue au bon gré de tinder (pour les déconnectés, cette application permet aux célibataires et assimilés en manque affectif et/ou sexuel de trouver dans une zone géocalisée d'éventuels partenaires souffrant des mêmes carences) et s'occupe plutôt très mal de ses enfants qu'elle confie trop souvent à des babysitters surexploités… Il paraît que c'est ce qu'on appelle une vraie femme moderne. Et comme si ça ne suffisait pas, elle va faire deux choix qui ont toutes les chances de s'avérer mauvais, voire cata : accepter de défendre, contrairement à l'éthique professionnelle, son meilleur ami, accusé par la femme qu'il vient d'épouser de l'avoir poignardée en plein mariage (cérémonie à laquelle Victoria a assisté) ; et prendre comme baby sitter et colocataire un ancien client dealer, charmant par ailleurs (excellent Vincent Lacoste, qui joue dans le film un rôle dévolu aux femmes dans les classiques hollywoodiens évoqués plus haut ; Virginie Efira, elle, endosse carrément le rôle de Cary Grant !). Dans le même temps son ex, écrivain raté mais entêté, s'est mis à tenir un blog où il raconte tous les travers de son ancienne compagne, y compris des secrets concernant des clients parfois facilement énervables… Tout cela va avoir des conséquences en cascade, conséquences professionnelles, conséquences sentimentales, conséquences fâcheuses, conséquences rocambolesques surtout, qui ne feront peut-être pas le bonheur de notre personnage mais qui font en tout cas le nôtre !

    On ne racontera pas toutes les séquences hilarantes – souvent des scènes de procès – qui ponctuent le film et en font un festival de drôlerie. On citera quand même celle où Victoria dissèque, avec le plus grand sérieux, l'analyse comportementale d'un chien, ou bien celle où elle présente comme pièce à conviction un selfie pris par un chimpanzé… Et encore cette impayable plaidoirie, au lendemain d'une soiré dépressive et médicamentée, qui voit Victoria dérouler son argumentaire comme un 45 tours passé en 33… Stop !
    Mais on ne peut pas ne pas insister sur la performance époustouflante de Virginie Efira, qui s'impose définitivement comme une magnifique interprète de comédie (la dernière actrice à nous avoir fait une telle impression, c'était Sandrine Kiberlain dans le Neuf mois ferme de Dupontel, le rôle lui a valu un César, le rendez-vous est pris). Virginie Efira aussi épatante quand elle est volubile et cynique que lorsqu'elle est amoureuse et fragile, craquant sous le vernis. Une grande comédienne pour une formidable comédie !


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  •  Un très beau film sur l'univers carcéral servi par des acteurs formidables. Sophie Marceau a un très beau rôle et est parfaite dans ce rôle de taularde qui se pose beaucoup de questions.

    scénario: 17/20      acteurs: 17/20    technique: 17/20    note finale: 17/20

    La taularde

    Pour sauver l’homme qu’elle aime de la prison, Mathilde prend sa place en lui permettant de s’évader. Alors que sa survie en milieu carcéral ne dépend que de lui, Mathilde n’en reçoit plus aucune nouvelle. Isolée, soutenue uniquement par son fils, elle répond désormais au numéro d’écrou 383205-B. Mathilde deviendra-t-elle une taularde comme une autre ?


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  • Une comédie noire pleine d'humour. C'est très réussi et on rit de bon coeur même s'il s'agit de la vie d'un tueur.

    scénario: 18/20    technique: 16/20   acteurs: 17/20   note finale: 17/20

    Un petit boulot

    Jacques habite une petite ville dont tous les habitants ont été mis sur la paille suite à un licenciement boursier. L'usine a fermé, sa copine est partie et les dettes s’accumulent. Alors quand le bookmaker mafieux du coin, lui propose de tuer sa femme, Jacques accepte volontiers... 

    C'est une réjouissante comédie noire et grinçante, d'autant plus savoureuse qu'on en voit peu de cet acabit dans le cinéma français. La tradition dans le genre est plutôt anglo-saxonne (le scénario est d'ailleurs adapté d'un roman de l'américain d'origine écossaise Iain Levison) ou belge. Ou alors il faut remonter aux polars parodiques et anars des années soixante, dont les plus réussis étaients souvent dialogués par Michel Audiard.
    Iain Levison situait son intrigue dans une petite ville industrielle de l'Amérique profonde dévastée par le transfert au Mexique de l'entreprise locale. Ici on est en France, dans une bourgade dont la brique rouge et les cités ouvrières rappellent le Nord des dures années de désindustrialisation et de misère sociale. L'usine du coin, qui fournissait l'essentiel du travail, a fermé, pas assez rentable, et les salariés sont restés sur le carreau. Jacques (qui a le charme gouailleur de Romain Duris) fait partie de ces victimes collatérales. Fuyant la débine, sa copine l'a plaqué, le vent peut parcourir son frigo entre les quelques bières restantes. Pas folichon tout ça. Heureusement il a quelques potes pour lui remonter le moral, comme Tom (formidable Gustav Kervern), à peine mieux loti après avoir accepté d'être surexploité comme gérant d'une station service.


    Dans ces conditions, difficile de refuser un petit boulot, surtout quand il peut vous rapporter près vingt mille euros en une journée. À ce tarif, inutile de vous dire que ce n'est pas n'importe quel petit boulot : Gardot, le bookmaker-mafieux local demande à Jacques de tuer sa femme adultère. Il lui fait sa proposition dans une scène aux dialogues savoureux : « Pourquoi tu me demandes ça à moi ? — Parce que tu es un ami » répond Gardot. D'ailleurs l'humour noir et très efficace du film réside essentiellement dans ce personnage de Gardot, un truand à l'ancienne, capable de buter son homme de main sur un simple soupçon, mais aussi de s'inquiéter de tous ses amis et de se montrer affable, avec un air débonnaire de bon bourgeois affublé de petits chiens ridicules. Un rôle savoureux que le scénariste-dialoguiste Michel Blanc a mitonné aux petits oignons pour Michel Blanc l'excellent acteur. Romain Duris, qui se bonifie comme un vieil Armagnac, lui donne parfaitement la réplique dans le rôle de l'ouvrier bon gars qui se laisse embarquer par nécessité dans une spirale meurtrière. Parce que c'est bien connu : quand on a tué une fois, on peut remettre ça plus facilement. Et tant mieux si ça permet de se débarrasser du cadre sadique (savoureusement incarné par Alex Lutz) envoyé par la compagnie pétrolière pour chercher des poux dans la tête de son ami Tom !

    Au fil d'un scénario qui dit plein de choses sans en avoir l'air, Pascal Chaumeil livre un polar acide qu'on suit avec plaisir au premier degré sans jamais oublier l'arrière plan bien présent : les ravages du capitalisme sauvage face auxquels l'ouvrier floué pourrait être tenté de réagir en sortant le calibre (la présence de Gustave Kervern aidant, on pense évidemment au bien aimé Louise-Michel de lui-même et Benoît Delépine)…


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  • Le dernier film du talentueux Xavier Nolan est une réussite. Tous les acteurs de ce casting de rêve sont géniaux et Nathalie Baye mérite un prix d'interprétation. Marion Cotillard ne sert à rien. Cela commence un peu lentement mais après le film prend toute sa dimension. C'est un peu bavard. Mais les secrets de cette famille sont intéressants. Réussi.

    scénario: 18/20      acteurs: 18/20    technique: 18/20     note finale: 18/20

    Juste la fin du monde

    Après douze ans d’absence, un écrivain retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine.
    Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles, et où l’on dit malgré nous les rancoeurs qui parlent au nom du doute et de la solitude.

    Adapté de la pièce de Jean-Luc Lagarce, écrite en 1990 alors qu’il se savait atteint du sida, ce sixième long-métrage de Xavier Dolan (vingt-sept ans cette année !) est son plus abouti, son plus fort à ce jour. Il saisit Louis, alter ego de l’auteur interprété par Gaspard Ulliel, dans un avion, tandis qu’en « off », la voix de l’acteur annonce le programme : revenir sur ses pas, retrouver sa famille, leur annoncer sa mort « prochaine et irrémédiable ». « En être l’unique messager… Me donner, et donner aux autres, une dernière fois, l’illusion d’être responsable de moi-même et d’être‚ jusqu’à cette extrémité‚ mon propre maître. »
    Ce prologue funèbre diffuse sa terrible gravité dans la course folle qui suit, un voyage en taxi recomposé comme un flip book d’images filantes au son, poussé à plein volume, d’une musique conquérante, qui propulse le film sur sa rampe de lancement. Et nous voilà chez Martine (Nathalie Baye, impayable sous sa perruque noir corbeau), où tout le monde attend le retour du fils prodigue. Ce qui va se jouer dans ce huis clos grotesque et désespéré est une tragédie de l’intime, de la solitude radicale de l’homme, où l’âme se voit littéralement mise à nu. La rencontre de ce personnage qui vient pour annoncer sa mort et de ceux à qui il vient l’annoncer, qui attendent de sa part la promesse d’un avenir partagé, ne peut provoquer qu’un hurlement muet. On est par-delà l’incommunicable, dans la zone irréparable du déjà trop tard.


    Douze ans que Louis n’a pas vu sa mère, ni son frère, ni sa sœur. Avec ces gens mal dégrossis, incapables de communiquer autrement que par l’invective ou l’insulte, l’homosexuel sophistiqué qu’il est, intellectuel brillant, doux et posé dans son rapport aux autres, ne partage rien. « J’ai peur d’eux », dit-il à un ami, au téléphone. Comment trouver non seulement la force, mais aussi, simplement, un moment pour prendre la parole dans ce climat délétère, très Dolan première époque, où personne n’écoute personne et où tout le monde se coupe en vociférant ? Ce régime d’hystérie à haute intensité n’a pas eu l’heur de plaire à tout le monde lors du Festival de Cannes…
    C’est dommage, car malgré le poids de la situation qui vous cloue littéralement au fond de votre siège, c’est souvent drôle. Dans son rôle de « connard ascendant violent », Vincent Cassel, notamment, est dément. Dolan, en outre, a l’élégance d’offrir à ses spectateurs des échappées fantasques comme cette chorégraphie (très mal) improvisée par Léa Seydoux et Nathalie Baye au son d’un vieux tube d’O-Zone. Ou cette réminiscence lumineuse, provoquée par la découverte, dans la remise, du vieux matelas qui accueillit jadis les amours de Louis et de Pierre, dit Joli-Cœur.

    Dans la gabegie qui masque mal le champ de ruines de cette famille rongée par la souffrance, la honte et le ressentiment qu’a nourris le vide laissé par un dieu vivant qui fut un jour des leurs, la mise en scène baroque de Dolan travaille les creux ; réveillant, ici, dans un échange de regards furtif, la mémoire d’une complicité ; révélant, là, l’indicible à la surface d’une alternance hallucinée de gros plans de visages. Elle exprime ce que les personnages sont incapables de dire eux-mêmes. Elle raconte en silence que Catherine (inutile Marion Cotillard qui joue vraiment mal dans ce film dont elle est l'erreur de casting) – épouse hypersensible et souffre-douleur d’Antoine que tout le monde prend pour une idiote – a compris la raison de la visite de Louis, que les autres, murés dans leurs névroses, ne s’expliqueront jamais.


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  • Un film d'une beauté à couper le souffle. C'est une totale réussite à tous les niveaux. La réalisatrice a réussi à faire un chef-d'oeuvre. la mise en scène est magnifique, l'image est sublime. Et le tout est d'une incroyable douceur. Audrey Tautou est géniale et aura un prix d'interprétation, j'espère. Plus beau, c’est difficile. Le moindre tissu, le moindre reflet sur des cheveux, le duveté de la peau d’un nouveau-né, le moindre bouquet, la couleur de l’eau de mer... Donnent à chaque instant envie de se lover dans l’image. Plus magique, c’est impossible. Le film nous plonge dans une famille française, de la fin du XIXe siècle à aujourd’hui, sous le regard de Valentine — Audrey Tautou, que l’on suit de la prime jeunesse à l’extrême vieillesse, de même que les autres actrices qui l’entourent, Mélanie Laurent et Bérénice Bejo. Voir « Éternité », film plus subversif qu’il n’en a l’air, c’est comme saisir dans sa main le sentiment de l’existence et éprouver pour de vrai comment le temps passe sur les visages et les corps. Ceux des principales actrices, bien sûr, que l’on voit vieillir et rajeunir entre deux plans, mais aussi ceux des enfants, nombreux dans le film. La vie tout simplement. C’est totalement émerveillé qu’on quitte la salle de cinéma. Un long-métrage choral qui brille par sa mise en scène originale et soignée.

    scénario: 20/20     technique: 20/20    acteurs: 20/20   note finale: 20/20

    Eternité

    Quand Valentine se marie à 20 ans avec Jules, nous sommes à la fin du 19e siècle. À la fin du siècle suivant, une jeune Parisienne, l’arrière-petite-fille de Valentine, court sur un pont et termine sa course dans les bras de l’homme qu’elle aime. Entre ces deux moments, des hommes et des femmes se rencontrent, s’aiment, s’étreignent durant un siècle, accomplissant ainsi les destinées amoureuses et établissant une généalogie… Une éternité…

    Éternité est l'adaptation de L’Élégance des veuves d’Alice Ferney, paru en 1995. Un roman qui a particulièrement ému le réalisateur Tran Anh Hung, "bouleversé par cette histoire de famille nombreuse, de filiation et de généalogie", se confie-t-il. "Moi qui me suis senti sans enracinement solide parce que je n’ai connu en tout et pour tout que trois personnes en guise de famille. C’est en cela que le sujet du livre me touche intimement. Quand je vois une famille nombreuse, j’éprouve un sentiment de solidité, de pérennité qui m’émerveille".

     


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  •  Une comédie sympa mais qui ne fera pas date. Pas super réussi. Mais on rit.

    scénario: 14/20      technique: 16/20      acteurs: 16/20   note finale: 15/20

    Radin

    François Gautier est radin ! Economiser le met en joie, payer lui provoque des suées. Sa vie est réglée dans l’unique but de ne jamais rien dépenser. Une vie qui va basculer en une seule journée : il tombe amoureux et découvre qu’il a une fille dont il ignorait l’existence. Obligé de mentir afin de cacher son terrible défaut, ce sera pour François le début des problèmes. Car mentir peut parfois coûter cher. Très cher…


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  • Un thriller psychologique superbement réussi; Le scénario est plein de suspens et la fin pleine de surprises... les actrices sont sublimes. Tout est réussi. Bravo!

    scénario: 17/20       acteurs: 18/20     technique: 15/20    note finale: 16/20

    Moka

    Munie de quelques affaires, d’un peu d’argent et d’une arme, Diane Kramer part à Evian. Elle n’a qu’une obsession : retrouver le conducteur de la Mercedes couleur moka qui a renversé son fils et bouleversé sa vie. Mais le chemin de la vérité est plus sinueux qu’il n’y paraît. Diane devra se confronter à une autre femme, attachante et mystérieuse…

    Elle a quelque chose d'un héros de western, ou de polar… enfin, un truc dans lequel on imagine mal habituellement une femme. Une femme, c'est doux, ça pleure, ça souffre, ça peut aimer, être terrible… mais ça va rarement acheter un gun et se mettre en quête de résoudre le problème qui lui pourrit la vie, en poursuivant de façon solitaire, obsessionnelle, obstinée, calculée… un projet de vengeance. On n'est pas dans un polar, on n'est pas dans un western, il y a un peu de ça mais ici les choses sont plus subtiles. On est entre la Suisse et la France, entre Evian et Lausanne, on reste autour du Lac Léman, qui est assez peu rassurant, malgré son aspect lisse : plutôt étrange, et finalement inquiétant peut-être… on sent qu'on n'est pas à l'abri de surprises.
    Notre héroïne n'est pas simple à saisir. Au départ, on peut la trouver bizarre, voire un peu folle, d'ailleurs elle s'échappe d'une clinique où elle semble soigner les suites d'un drame non résolu… Ça n'a pas l'air d'aller fort, mais il émane d'elle une sorte de tension froide et silencieuse, une sorte de violence rentrée, elle apparaît fichtrement résolue avec sa parka qui la banalise, ses basket qui ne font pas de bruit. Et puis bon sang ! Elle a la tête d'Emmanuelle Devos, qui a une façon d'être à l'image qui accroche l'intérêt, séduit, intrigue.


    On ne vous racontera pas l'histoire… c'est sans doute mieux parce que ce serait vous priver de cette curiosité qui grandit peu à peu et ne s'arrête pas à l'énoncé de ce qui pourrait avoir l'air à première vue d'un fait divers. Cette belle femme qui largue les amarres, qui semble avoir vacillé un moment sous l'effet d'une grande douleur, tangue comme une équilibriste entre l'appel du vide et un profond appétit de vie. Peu à peu son besoin viscéral de vérité va la propulser du côté moins sombre des choses, au cours de méticuleuses recherches qui la conduiront à résoudre cette affaire qui la concerne au plus profond d'elle même et à laquelle les flics du coin s'intéressent assez peu.
    Se faire justice… Au bout de son enquête, elle trouve une femme, et la rencontre ne sera pas banale. Sous l'évidence apparente des faits pourrait bien se cacher une erreur judiciaire. La vie adore les stratégies alambiquées. Diane aurait pu conclure un peu trop vite, en se contentant de la découverte de la propriétaire de la voiture couleur moka qui désigne Marlène comme responsable de son malheur… mais si elle n'est pas pressée, c'est qu'elle ne veut pas seulement savoir, elle veut aussi comprendre.

    On croit être prêt à haïr. Mais il suffit qu'on s'approche de plus près, qu'on plonge dans une vie, ce qu'on en découvre change fatalement le regard : celui que l'on abordait en ennemi cesse alors d'être anonyme. Écouter, c'est chercher à comprendre, c'est perdre la distance qui permet la froideur… Comprendre c'est déjà excuser disait l'autre. Ici cette belle femme qui fait face à Diane, fragile et forte à la fois, a elle-même une histoire compliquée. Au delà des apparences il y a la profondeur abyssale de l'humain écartelé entre ses forces et ses faiblesses, fichtrement touchant et attachant (particulièrement quand il a la subtilité et la capacité naturelle de séduction de Nathalie Baye).
    Passant à deux doigts d'un nouveau drame, Diane va découvrir en Marlène un autre prototype d'humanité tout aussi fascinant et complexe qu'elle l'est elle-même. En démêlant l'écheveau de cette tragédie qui la touche, elle va se révéler infiniment proche d'elle, rencontre improbable et superbe de deux femmes qui commence par un désir de vengeance et évolue vers une réconciliation avec soi-même donc avec les autres.


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