• Out

     Dés que j'ai vu que c'était un coproduction slovaquo-tchéco-hongroise, j'ai foncé. Malheureusement, l'acteur ne parle slovaque que pendant deux scènes au début du film, quand il se fait virer de son usine. Ensuite, il parle hongrois à la maison, puis ruse quand il va en Lituanie. C'est bien joué, le triste sort des slovaques expatriés. le pessimisme slave est aussi bien montré. j'ai bien aimé ce film délicat.

    scénario: 16/20           acteurs: 16:20          technique: 16/20        note finale: 16/20

    Out

    Ágoston, la cinquantaine, quitte sa famille pour s'aventurer à travers l’Europe de l’Est avec l’espoir de trouver un emploi et de réaliser son rêve : pêcher un gros poisson.

    Porté par le vent et le sel marin, il parvient en mer baltique. Son périple le plonge dans un océan d’événements et de rencontres inattendus : une femme solitaire, un Russe aux intentions hostiles et un étonnant lapin empaillé.

    Agoston, la cinquantaine, travaillait dans une usine en Slovaquie. Avait-il seulement fait autre chose avant ? Il s’est fait virer, salement, comme la plupart de ses collègues... Un discours pompeux du dirigeant pour faire passer la pilule, pour donner l’illusion que cette réalité n’a rien de violent et le voilà mis dehors : out ! Seul face à de longues journées vides, il est obligé d’imaginer une vie différente... Un leurre à poisson qui surgit d’un tiroir lui rappelle qu’il aimerait pêcher de gros morceaux. Ce souvenir sera le point de départ d’un voyage vers la mer Baltique, à travers l’Europe de l’Est, un voyage ponctué de rencontres, d’espoirs et de désillusions. Il n’est jamais trop tard et Agoston entend bien réaliser son rêve.

    Ici commence la mer et on ne sait où elle s'achève… Dans les rêves d'Agoston, peut-être ? Il ne serait pas difficile d'imaginer ce beau quinquagénaire grisonnant au regard clair dans la peau d'un marin aventurier. Mais il est des pays et des situations d'où on ne sort pas si facilement. Sa vie fut semblable à celle de tant d'autres : travail, famille, patrie… engloutissant ses jours, ne laissant nulle place à ses chimères. Le voilà donc, après des années de ce régime devenu mari normal, père normal, travailleur normal… prêt à devenir un futur retraité normal dans une Slovaquie redevenue normale (du moins indépendante et démocratique). Il en serait ainsi sans l'annonce brutale faite à l'usine par le patron à son personnel anéanti : « Malheureusement je dois renvoyer 40% d'entre vous. Ne paniquez pas. Pour prendre un nouveau départ vous devrez faire preuve de beaucoup d'énergie, de passion et de courage ! » Cynisme ou irréalisme de la part du dirigeant ?

    Agoston encaisse, tout autant abattu que ses collègues, du moins dans un premier temps. Est-ce l'intuition que son univers s'effondre en même temps que sa modeste carrière, ou la dernière phrase du discours qui va mettre le feu aux poudres ? Toujours est-il que notre homme, qui n'a plus rien à perdre, va prendre ces mots au pied de la lettre ! Et si cet incident de parcours devenait synonyme d'un nouvel envol ? Le voilà qui, bravache, décide de trouver du boulot où il y en a, loin de son foyer, en Lettonie, un pays où l'on peut, accessoirement, pêcher de gros poissons, ce qui n'est pas pour lui déplaire. Pourquoi ne pas joindre enfin l'agréable à l'utile ? Lorsqu'il consulte sa femme (incrédule) et sa fille (qui mène sa propre vie) afin d'avoir leurs avis, la première se moque, la seconde s'en moque : ni l'une ni l'autre ne semble lever le petit doit pour le retenir. Le couple se quitte donc, en se jurant volontiers qu'ils vont se manquer, pariant sur les moyens modernes de communication pour entretenir les liens tissés par tant d'années de tendre cohabitation.

    Voilà notre anti-héros parti vers des courses lointaines et un peu folles qui le mènent d'abord sur un port industriel en Lettonie. On le perçoit si frêle, comme écrasé par la grandiloquence des paysages industriels, pris dans la nasse d'un monde qui tourne comme un rouleau compresseur. C'est bel et bien là que démarrent les pérégrinations de ce bon Agoston. Pas de Chat du Cheshire ni de Reine de Cœur dans ce périple, mais quelques uns des personnages qu'il croise, tels Zeb le lapin empaillé ou une impressionnante pin up sur-botoxée, valent bien ceux du Pays des Merveilles ! Quant à certains alcools fort, ils semblent parfois faire tout autant d'effet que des fioles magiques ! Autant dire que l'on ne s'ennuie jamais en sa bonne compagnie. Et ce compère sur lequel on n'aurait pas misé une sardine, gagne peu à peu en consistance, en considération… Comme si ce petit pas de côté impensable, salutaire, l'amenait progressivement à renaître à lui-même…
    C'est croustillant d'humour, de cocasserie et de désillusion. Le tableau brossé d'une Europe de l'Est en pleine déconfiture n'est certes pas glorieux, mais cela reste un magnifique voyage où chaque prise de vue, particulièrement léchée, dévide son pesant d'anecdotes qui ouvrent sur plusieurs niveaux de lecture.

    Le charme du film tient beaucoup à la personnalité d’Agoston, joliment interprété par Sándor Terhes : derrière un visage toujours rayonnant se cache un personnage simple et bienveillant, encaissant les coups durs, accueillant les moments de grâce et les belles rencontres. Chaque événement peut mener au meilleur ou au pire et le film réussit brillamment à nous faire basculer tantôt de la légèreté à l’effroi, tantôt du sérieux à l’absurde. Les espaces sont magnifiquement filmés : que ce soit l’industrialisation des chantiers navals ou les horizons marins, tous ces paysages semblent traversés par le regard ouvert et naïf d’Agoston. Cette douce candeur court tout au long du film et lui donne une tonalité généreuse et humaniste. Les situations ne sont jamais appuyées mais toujours étonnamment justes : ce voyage est un merveilleux parcours initiatique, très touchant et dont les rebondissements ne manqueront pas de vous surprendre. Une très belle découverte qui n’est pas sans rappeler un certain cinéma grolandais !

    Coup de maître pour un premier film dans lequel György Kristóf parvient à dépeindre avec brio, en quelques plans splendides, une humanité écrasée par les éléments, quand ce n'est pas tout bonnement par elle-même.


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