• Maya

     Maya de Mia Hansen-Løve, brosse le portrait tout en délicatesse d'un reporter de guerre qui se reconstruit grâce à l'amour... L'acteur principal est formidable, tout en nuance.

    scénario: 16/20    technique: 18/20   acteurs: 18/20   note finale: 17/20

    Maya

    Décembre 2012, après quatre mois de captivité en Syrie, deux journalistes français sont libérés, dont Gabriel, trentenaire.
    Après une journée passée entre interrogatoires et examens, Gabriel peut revoir ses proches : son père, son ex-petite amie, Naomi. Sa mère, elle, vit en Inde, où Gabriel a grandi. Mais elle a coupé les ponts.
    Quelques semaines plus tard, voulant rompre avec sa vie d’avant, Gabriel décide de partir à Goa. Il s’installe dans la maison de son enfance et fait la connaissance de Maya, une jeune indienne.

    « Aucun monde n’est plus réel qu’un autre ». En partant tourner en Inde, Mia Hansen-Løve ne fait pas mystère de ses intentions de sonder le voile des illusions. Culpabilité, sentiment de vide, poids du passé, découverte de nouveaux territoires, beauté intemporelle du monde, sentiments purs et manœuvres de l’ombre, guerre et amour : le long métrage parcourt souterrainement une multitude de thèmes sous l’enveloppe d’une intrigue tissée autour du fil de la reconstruction psychologique d’un reporter de guerre occidental traumatisé et de sa rencontre à Goa avec une jeune femme indienne. L’occasion d’un voyage au long cours, romanesque et magnifiquement mis en scène, à travers lequel la réalisatrice fait s’incarner les conflits intérieurs en un personnage de témoin accro à la violence de son métier et tentant de se ressourcer et de renaître.

    « Je m’épanouis dans l’action, pas dans la parole ; ni psychanalyse, ni bouquin. Ma thérapie ne passe pas par ça. » Rapatrié à Paris après quatre mois de captivité en Syrie, Gabriel est meurtri. Simulacres d’exécution, sévices, déplacements forcés, cris des autres détenus, sentiment de culpabilité d’avoir laissé un collègue derrière lui : à part avec Fred, autre journaliste libéré en même temps que lui, il n’arrive à échanger avec personne, se sentant vide et faisant le vide autour de lui. Il décide alors de partir en Inde, un pays dont on découvrira plus tard qu’il y a vécu les sept premières années de sa vie et où sa mère est restée, pilotant une ONG à Mumbai.
    Mais c’est à Goa que Gabriel s’installe, dans un bungalow en bord de mer tout en retapant une petite maison à la campagne, sillonnant en solitaire et en scooter les environs, hantant les bars pour des aventures sans lendemain. Une latence, ponctuée de rappels à son passé douloureux, qui va prendre une nouvelle direction lorsqu’il rencontre Maya, la fille adolescente (de passage à Goa, au milieu d’études entre Londres et Sidney) de son parrain Monty, propriétaire d’un hôtel de luxe niché dans une nature paradisiaque. Au fil du temps qui passe entrecoupé par les périples de Gabriel à la découverte de l’Inde, une attirance se développe tandis que commencent à planer d’étranges menaces…
    C'est une belle histoire d’amour dont Mia Hansen-Løve sait à merveille saisir toutes les étapes en donnant le temps de s’installer aux nuances de son vaste récit, Maya est un film visuellement très riche et esthétiquement très accompli, la cinéaste ayant de toute évidence une connaissance approfondie des splendeurs de l’Inde.


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