• Le ruisseau, le pré vert et le doux ruisseau

    Un film égyptien, touffu, improbable et bordélique. Mais assez intéressant.

    scénario: 14/20       technique: 16/20      acteurs: 16/20     note finale: 14/20

    Le ruisseau, le pré vert et le doux ruisseau

    Yehia est chef cuisinier. Avec son fils Refaat, passionné de recettes et de saveurs, et son cadet Galal, coureur de jupons, ils préparent des banquets pour des cérémonies de fête. 
    Lors d’un mariage paysan orchestré par Yehia et ses fils, au cours duquel se dévoileront des amours secrètes, un homme d'affaires de la région et sa riche épouse proposent de racheter leur commerce. ‎Devant le refus de Yehia, la proposition tourne à la menace...

    « L’air du temps est sinistre. Je vois autour de moi une agressivité, une violence terribles, dans la vie comme au cinéma. Je comprends qu’il faille secouer les gens, les pousser à se réveiller et à agir. Mais alors qu’on subit cette avalanche de mauvaises nouvelles permanentes, de gens qui nous répètent que les temps sont durs, comme si on ne le savait pas, j’ai pensé que c’était le moment de faire un film pour dire ce que j’aime dans la vie. En l’occurrence, des choses de base, celles-là mêmes qui ont poussé les Égyptiens à sortir dans la rue en Janvier 2011 : le pain, la dignité et la liberté. Le film part de cet élan-là, comme quand, en pleine épidémie de peste, circulaient les histoires du Décameron. Il y a des moments où les gens doivent se raconter des histoires pour se souvenir de la vie, et résister à la mort. » Yousry Nasrallah

    Le précédent film de Yousry Nasrallah, Après la bataille (2012), était une fiction presque improvisée dans l'Égypte au lendemain de la chute de Moubarak, avec histoire d'amour sur fond de manifestations sanglantes.
    Le cinéaste change de ton avec ce nouvel opus au titre sybillin, qui évoque les trois éléments définissant le paradis dans la poésie arabe. Paradis perdu, puisque le pays s'enfonce chaque jour un peu plus dans la sinistrose. Du coup, Nasrallah a eu envie de ressusciter l'opulence des fêtes populaires d'avant la crise économique : on entre dans les préparatifs d'un grand mariage derrière une famille de cuisiniers qui s'affairent entre les tables dressées en plein air et les abris où ils sont installés.
    Plus de la moitié du film n'est qu'un tourbillon de personnages sur fond de couleurs éclatantes, clin d'œil évident aux productions de Bollywood. Femmes en tenues extravagantes, hommes en habit, serveurs circulant dans une effervescence constante. Dire que l'on suit parfaitement le méli-mélo des intrigues amoureuses (entre les fils du cuisinier, une cousine, une nièce et un ex grand amour) serait exagéré… mais qu'importe ! Ce qui compte, c'est la célébration de la vie, que Nasrallah a voulue « renoirienne », voire paillarde (avec danses sensuelles, couplets coquins chantés, qui plus est, par des femmes).
    Vers la fin, la gravité pointe, un crime est commis. En témoin engagé depuis toujours, Nasrallah tient à évoquer la violence de l'Égypte actuelle, dénoncer les crimes commis par un magouilleur corrompu, valet du pouvoir…
    Un film touffu, épuisant par moments, mais un hymne courageux et généreux au plaisir, à la liberté et au droit à la dignité.


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