• Egon Schiele

    Haaaa, du cinéma comme je l'aime: bien filmé, bien joué, des décors et des costumes somptueux et on apprend quelque chose! Il faut dire que tout est réussi dans ce film. Au début du XXème siècle, Egon Schiele est l’un des artistes les plus provocateurs de Vienne. Ses peintures radicales scandalisent la société viennoise tandis que les artistes audacieux comme Gustav Klimt les considèrent exceptionnelles...Ce film nous plonge dans l’univers de Schiele, véritable objet de fascination, pour essayer de mieux comprendre sa peinture, à travers son rapport à la sexualité, à ses modèles, aux conventions et à la société. Sa trop courte carrière aura été foisonnante, probablement grâce à cette forme de radicalité qui lui a permis de s’adonner entièrement à l’art, sans aucune forme de concession.

    scénario: 18/20         acteurs: 18/20      technique: 18/20    note finale: 18/20

    Egon Schiele

    Au début du XXe siècle, Egon Schiele est l’un des artistes les plus provocateurs de Vienne. Ses peintures radicales scandalisent la société viennoise tandis que les artistes audacieux comme Gustav Klimt les considérent exceptionnelles. Egon Schiele, artiste prêt à dépasser sa propre douleur et à sacrifier l’Amour et la Vie pour son Art guidés depuis toujours par son amour des femmes. Mais cette ère touche à sa fin…

    En 1912, devant le juge bien décidé à le condamner pour ses dessins à caractère érotique – sans oublier des soupçons de détournement de mineurs – Egon Schiele proclame haut et fort : « Je suis un artiste ! » Durant sa courte vie, Egon Schiele, emporté par la grippe espagnole à 28 ans, s'est battu pour faire reconnaître son œuvre, en équilibre entre érotisme et mort, novatrice donc choquante. Son désir d’indépendance et de liberté, à fleur de peau, s’est heurté aux réflexes des collectionneurs, à l’armée, au conservatisme des classes dirigeantes viennoises, et à un passé dont l’empereur est l’unique symbole.
    Un peintre et dessinateur « maudit » – malgré un succès sur la fin de son existence – dont l’œuvre s’est nourrie du chaos des épreuves : la mort de son père, qui a brûlé l’héritage familial, son incarcération, ses amours déchirées, la séparation d’avec sa muse, son mariage « calculé ». Autant de moments qu’il s’est appliqué à traduire dans ses toiles, lui qui, avec son mentor Gustav Klimt – mais aussi Oskar Kokoschka et Koloman Moser pour ne citer qu’eux –, a cherché à imposer une modernité picturale dans la capitale autrichienne.


    Le réalisateur Dieter Berner, depuis toujours fasciné par le peintre rebelle, s’est lancé dans l’aventure d'un film sur Schiele après avoir découvert le roman d’Hilde Berger, qui a accepté d'être sa co-scénariste. Un livre qui place les femmes au cœur du travail de l’artiste, qu’il croque passionnément, d’un trait vif, urgent. Et il en a eu, des histoires d’amour sulfureuses, même si aucune n’a dépassé en intensité celle avec Wally Neuzil (jouée par Valerie Pachner), déjà modèle de Klimt, beauté ardente et moteur de ses choix.
    Parmi celles qui l’ont inspiré, ou porté, il y a aussi Gerti, sa sœur, premier de ses modèles et dernière à ses côtés au moment de sa mort ; la danseuse « exotique » Moa Mandu ; ou encore les deux filles Harms, Adele et Edith – cette dernière deviendra sa femme en 1915, et mourra, enceinte de six mois, trois jours avant lui.

    C’est suite à la lecture du roman biographique de Hilde Berger sur Egon Schiele que le réalisateur Dieter Berner s’est lancé dans l’écriture de ce film. Fasciné par le lien très fort qu’il a perçu entre ses modèles et ses toiles, il a voulu comprendre et rendre perceptible cette manière essentielle de vivre son art. Schiele possédait une collection de carnets à dessins, il en avait toujours un sur lui et semblait capter des moments de vie tout en nuances... Il avait beaucoup de modèles et entretenait avec elles des relations souvent torrides et passionnelles, mais le dessin et la peinture prenaient toujours toute la place... À l’instar de ses liens plus qu’ambigus avec Gerti, sa sœur et tout premier modèle, cette obsession dresse un portrait nuancé de l’artiste, profondément égoïste vis-à-vis de son entourage, prêt à sacrifier jusqu’à sa plus grande histoire d’amour pour échapper à la guerre et pouvoir continuer à peindre.

    Egon Schiele le film raconte de façon classique cette vie passionnelle faite de rencontres et de recherche d’affranchissement, malgré un destin bien pernicieux : en plus de toutes les autres épreuves, la Première Guerre mondiale vient en effet interrompre l'impulsion créatrice du peinte.
    Le jeune acteur Noah Saavedra incarne bien la vitalité de Schiele qui, finalement, dans sa riche production (300 tableaux et quelque 3000 dessins), est allé à la recherche de lui-même, ses nombreux autoportraits témoignant bien de cette quête intérieure constante. Rappelons que sa dernière œuvre, inachevée, « La Famille », le représente, chair à vif, avec sa femme et son enfant, alors même qu’il n’est pas encore père et ne le sera jamais. Une preuve supplémentaire, s’il en faut, qu’Egon Schiele peignait la vie, sa vie, comme elle venait, à la fois heureuse et torturée. Comme ses corps, livrés à la toile.

     

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