• Béliers

     Je crois que c'est le premier film islandais que je vois. Pas mal, intéressant. Original.

    scénario: 16/20      acteurs: 16/20    technique: 16/20    note finale: 16/20

    Béliers

    Dans une vallée isolée d’Islande, deux frères qui ne se parlent plus depuis quarante ans vont devoir s’unir pour sauver ce qu’ils ont de plus précieux : leurs béliers.

    C'est un magnifique film d'hiver (si toutefois ce mot a encore un sens, à l'heure où s'écrivent ces lignes, Dimanche 8 Novembre, le thermomètre affiche un déprimant 26° sous un ciel agaçant à force d'être bleu), un film de neige et de froid, de vent et de glace, une sorte de conte de Noël rude et gaillard, qui aurait oublié d'être niais, qui cacherait sa chaleur humaine sous les barbes rousses hirsutes et les gros pulls en laine sauvage. C'est beau, c'est singulier, c'est vivifiant ! Le film à voir d'urgence pour échapper à tout ce que cette « période des fêtes » peut avoir de convenu, de contraint, d'étouffant…
    Cette histoire aurait sans doute pu prendre racine au plus profond des Cévennes, ou bien sur les contreforts des Alpes ou des Pyrénées, dans un de ces coins de France de plus en plus rares où les hommes vivent dans des conditions parfois hostiles, au contact de la nature et des bêtes, aussi sauvages l'une que les autres. Des coins où les humains, souvent confrontés à la solitude, deviennent des taiseux, vivent des relations familiales compliquées, et, histoire d'être encore plus seuls, peuvent avoir la rancune tenace jusqu'à ne plus parler à leur voisin ou voisine des décennies durant…


    Mais ici nous sommes loin de la France, nous sommes dans une vallée isolée du centre de l'Islande, bien loin de la partie maritime et touristique du pays. Une vallée où les éleveurs vivent aux côtés de leurs moutons sur des landes magnifiques, battues par les vents, recouvertes d'un épais tapis de neige une grande partie de l'année. Dans ces contrées, l'élevage des moutons est une religion : on les bichonne comme les émirs leurs purs sangs, les mamies leurs chiens de genoux. A plus forte raison les béliers, dont force et virilité font l'objet de concours fort disputés.
    Parmi ces éleveurs, deux figures seront au centre du film. Gummi et Kiddi, tous deux sexagénaires, tous deux célibataires, qui vivent dans des fermes contigües, tout juste séparées par un portail. Ils se croisent forcément mais ne s'adressent pas même un regard. S'ils ont un besoin impératif de communiquer, ils confient leur message à un chien, qui fait l'aller et retour entre les deux maisons. Sacrés Gummi et Kiddi ! Ils sont fâchés. À mort. Depuis quarante ans. Pour une raison qu'on ne vous dévoilera pas mais qui ne peut évidemment pas justifier ces années de brouille intégrale entre voisins… qui par dessus le marché sont frères ! Des frères qui bien sûr élèvent tous deux des béliers et qui sont donc des concurrents acharnés quand vient le moment du fameux concours…
    Cette situation qui flirte avec l'absurde va prendre un tour plus dramatique quand la maladie de la tremblante va être repérée chez les bêtes de Kiddi, ce qui signifie l'abattage de tous les troupeaux de la vallée, principe de précaution oblige… Et rien que l'idée de perdre leurs animaux, pour des éleveurs qui leur ont consacré leur vie et leur amour… c'est le monde qui s'écroule…

    Ce formidable Béliers commence comme une comédie à l'humour très scandinave, autrement dit décalé, introverti, désarçonnant, qui nous rend immédiatement attachants ces étranges personnages qui vivent franchement hors du monde… et puis le film prend une autre dimension, plus lyrique, plus grave, et s'ouvre à une ample réflexion – jamais théorique, toujours physique et sensible – sur le rapport de l'homme à la nature, de l'humain à l'animal, sur le lien fraternel qui peut renaître dans l'adversité. La mise en scène exalte à merveille la beauté dantesque de ces paysages incroyables, qui rendent plus impressionnant encore le combat des hommes, particulièrement dans une scène finale stupéfiante d'émotion et de force.


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